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Le génocide arménien

Cadavres d

En ce 11 novembre jour du Souvenir, petit résumé du génocide arménien.

Si vous êtes comme moi, vous avez peu entendu parler du génocide arménien, si ce n'est que ça s'est passé en Turquie pendant la Première guerre mondiale, que ça visait les Arméniens, et que certaines personnes nient ce génocide. Mais que s'est-il passé pour que les Turques en viennent à tenter d'exterminer le peuple arménien?

Note : J'utilise le nom « Turquie » et « Empire ottoman » de façon équivalente dans le texte.

Empire ottoman, fin du XIXe siècle

L'Empire ottoman se rétrécit de plus en plus. Grugé par des conflits armées sur ses frontières, l'Empire perd des morceaux au profit des autres puissances européennes (France, Angleterre, Russie, Autriche-Hongrie) ou encore par des déclarations d'indépendances (Bulgarie, Serbie, Roumanie).

Après la guerre gréco-turque de 1897, qui dura 30 jours, les Ottomans ont expulsé les Grecs orthodoxes de leur territoire, les envoyant en Grèce, pays que beaucoup d'entre eux n'avaient jamais même visités. Les Grecs ont fait la même chose de leur côté, expulsant les musulmans turcophones de leur territoire vers l'empire ottoman. Les autorités de part et d'autre ont ainsi utilisé les maisons et territoires vidées de leur population pour y reloger les personnes expulsées de l'autre pays. Cet échange ethnique forcé s'est fait avec très peu de morts.

C'est cette technique qui sera utilisée pour les Arméniens, mais sans territoire pour les accueillir.

Les Arméniens

Parmi les peuples ayant des velléités d'indépendances en territoire ottoman, ont trouve les Arméniens. Ceux-ci forment la majorité de la population dans 6 provinces à l'est de l'Empire ottoman, près de la frontière avec la Russie et la Perse (aujourd'hui Iran). On trouve également des Arméniens de l'autre côté de la frontière turque en Russie, dans des villages du sud de la Turquie, près de la frontière syrienne, et dans la capitale Constantinople (aujourd'hui Istanbul).

Les Arméniens sont un peuple présent dans cette région depuis une couple de millénaires. Ils ont leur propre langue, leur propre alphabet et ont été la première nation à adopter le christianisme comme religion d'état autour de l'an 300. Ils ont une branche distincte du christianisme. Les Arméniens de l'Empire ottoman sont donc des chrétiens dans un territoire à majorité musulmane.

Au déclanchement de la Première guerre mondiale, les Arméniens recherchent activement le soutient des puissances européennes, notamment de la France, afin de pouvoir créer leur État. Ce mouvement voit donc dans un possible effondrement de l'Empire ottoman une opportunité de créer leur pays.

Première Guerre mondiale

Deux mois après le début de la Première Guerre mondiale, l'Empire ottoman rejoint le camp de l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie. L'Empire a alors trois fronts à défendre contre les Alliés : la Mésopotamie (sur le territoire aujourd'hui en Irak), sa frontière est avec la Russie et la Perse, de même que le canal connectant la mer Noire à la mer Méditerranée.

À l'automne 1914, les affrontements contre les Russes mènent les Ottomans à de cinglantes défaites. Sur ce front, des Arméniens combattent dans les deux armées, suivant le pays où se trouve leur village au moment de la conscription. Des soldats arméniens de l'Empire ottoman désertent pour aller combattre avec les Russes, d'une part par désir de rejoindre le clan qu'ils pensent avoir plus de chance de gagner, et d'autre part pour quitter une armée musulmane appelée au Jihad afin de se joindre à une armée chrétienne (même si les Russes sont orthodoxes). Des Arméniens qui restent dans l'armée ottomane, beaucoup se font abattre de manière « accidentelle » par leurs frères d'arme, tout ceci sans aucune conséquence pour les tireurs. Constatant cela, de plus en plus d'Arméniens font défection pour les Russes, augmentant d'autant plus les tirs accidentels.

En mai 1915, un nouveau front s'ouvre pour l'Empire ottoman. Les Alliés (Anglais, Français, Australiens et Néozélandais) tentent un coup de force pour attaquer Constantinople et faire tomber la capitale de l'Empire : c'est la « bataille des Dardanelles ».

L'Empire ottoman n'ayant connu que des défaites depuis le début des hostilités, ça va pas ben et il est permis de croire que Constantinople sera bientôt occupée par les Alliés, ce qui mènerait à la chute de l'Empire. De nombreux Arméniens se réjouissent de ces batailles et défaites, notamment ceux habitant la capitale ottomane, car cette chute les rapprocherait de l'indépendance de leur pays.

Dans la même période où débute la bataille des Dardanelles, des villages à majorité arménienne se soulèvent contre les Ottomans à différents endroits sur le territoire. Les soulèvements durent plus ou moins longtemps, se terminant la plupart du temps par le massacre de la population arménienne des villages. En réponse à ces soulèvements, le gouvernement ottoman ordonne l'attaque d'autres villages arméniens.

Afin de les aider dans leurs exactions, les autorités ottomanes font appel aux Kurdes qui habitent eux aussi dans l'est de la Turquie. Les Kurdes, peuples nomades, sont beaucoup mieux armées et formés que les villageois arméniens, essentiellement des paysans.

Le génocide

Afin de se débarrasser de cet ennemi intérieur, le gouvernement ottoman prend la décision au printemps 1915 de régler le problème arménien. Le gouvernement planifie de vider les 6 régions à majorité arménienne de leur population, et de réduire à moins de 10% la présence arménienne sur tout le territoire ottoman. De cette manière, les Arméniens n'auraient plus la masse critique pouvant mener à une sédition.

Afin d'arriver à leurs fins, l'armée ottomane se rend dans les villages arméniens, où les hommes de 12 ans et plus sont séparés des femmes et enfants, et tués sur place. Les femmes et les enfants sont forcés de marcher pour se rendre dans le désert syrien et à la ville de Mossoul. Pendant cette marche, pouvant durer deux mois, les déportés n'ont aucun vêtement de rechange, aucune chance de de laver ou de s'abriter, et très peu à manger.

Les blessés et ceux qui n'arrivent pas à suivre le rythme, sont tués à la baïonnette en cours de route.
Par désespoir, et afin d'échapper aux tortures des soldats, plusieurs Arméniens se jettent dans la rivière afin d'y périr noyer, parfois en y ayant d'abord précipité leurs propres enfants. On estime que moins de 5% des déportés arméniens arriveront au lieu final de leur exil. C'est pourquoi cette marche prendra le nom de « marche de la mort ».

Les Kurdes s'illustreront à cette période également, menant des raids pour voler et tuer les Arméniens déportés.

En additionnant les massacres et les victimes de la déportation, il est estimé que 1,5 million d'Arméniens seront tués, soit les 2/3 des Arméniens en territoire turque. À ces Arméniens, il faut aussi ajouter 250 000 Assyriens, des chrétiens parlant un dialecte néo-araméen, qui ont été tués par des exactions semblables sur la même période en Turquie.

Comme le massacre a été organisé par le gouvernement, et visait une ethnie en particulier, on parle dès lors de génocide. C'est d'ailleurs en tentant de définir les actes perpétrés par le gouvernement alors en place à Constantinople que ce mot a été inventé.

Bien que certaines personnes nient aujourd'hui que le massacre ait été un génocide, essentiellement pour des raisons de définitions (le crime aurait été perpétré par les gens au pouvoir, et non par le gouvernement…), il est aujourd'hui reconnu par 29 pays et parlements nationaux, dont le Canada et le Québec.

Postface

À la conclusion de la Première Guerre mondiale, et pendant les accords de paix qui se sont tenus en 1919 à Paris, les Arméniens n'ont pas réussi à faire reconnaître leur pays. Les Arméniens seront des citoyens des nouveaux pays où ils se trouvent: la Turquie et l'URSS.

En 1991, suite à la chute de l'URSS, la République d'Arménie à vue le jour. Ce pays recouvre le territoire jadis situé en Russie. Les territoires où se trouvaient les 6 provinces vidée par les Ottoman font encore aujourd'hui partie intégrante du territoire de la Turquie.

Il y a aujourd'hui environ 11 millions d'Arméniens. Seul un sur trois habite en Arménie.

J'aime Hydro

Billet originalement publié sur Facebook. Vous pouvez consulter la série de mes critiques de livre en suivant l'étiquette Critique sur ce blogue.

Couverture du livre « J

Comme j’avais pas vraiment lu de théâtre depuis le secondaire, je me suis abonné il y a une couple d’années à Pièces d’Atelier 10. Quatre pièces québécoises livrées à la maison annuellement, ça diversifie les lectures sans trop alourdir le tout (lire du théâtre c’est comme lire une BD, mais sans les dessins). Je dis pièces québécoises car, bien que je n’aie rien contre Molière et Tchekhov, ce sont des sujets et des textes qui me parlent plus.

J’attendais la prochaine pièce, « J’aime Hydro », avec une certaine impatience. Tout d’abord parce que c’est une pièce de « théâtre documentaire », et que j’avais déjà vu une pièce de ce genre il y a quelques années sur Monsanto. J’en gardais un bon souvenir, notamment parce que la pièce m’avais permis de voir Monsanto comme autre chose qu’une corporation méchante à l’état pur. J’avais trouvé que ce format était parfait pour les teintes de gris.
En plus, j’avais entendu une partie de la pièce diffusée en direct sur le web il y a plus d’un an (il en est d’ailleurs question dans la pièce).

Ajoutons à cela que Mathieu Gosselin participe à la pièce. J'ai une alerte Google pour savoir ce Matthieu fait, car c'est un grand acteur de théâtre, de ma génération, et qui se retrouve dans 50% des pièces que je vois au théâtre (c’est comme ça qu’il s’est ramassé avec une alerte Google). J'aime Mathieu Gosselin.

Et Hydro-Québec, c'est important pour nous, Québécois.

Bref, j’ai reçu le livre à la maison la semaine dernière et j’ai plongé dedans. C’est un gros livre comparé aux précédentes pièces d’Atelier 10, et le premier à ne pas avoir de couverture noire. Il contient aussi des illustrations et des photos de Christine Beaulieu dans son périple, ce qui en fait tout de même un ouvrage différent de celui du texte de Molière de notre jeune temps.

Divisé 5 parties, dont les 3 premières sont plutôt centrées sur l’auteure, Christine Beaulieu, et sa démarche qui l'on amené à écrire ce docu-théâtre. Le contenu de fond, se trouve surtout dans les deux dernières parties.

C'est une lecture agréable, au cours de laquelle on apprend à connaître Christine, qui a les défauts-qualités de son peuple : elle est gentille et redoute les conflits. Ses histoires d'amour, plus ou moins réussies, sont utilisées pour illustrer ses doutes et ses remises en question dans sa démarche documentaire. Ça nous permet de mieux la connaître et de s’y attacher, avant d’aborder le contenu spécifique.

On suit donc Christine, qui remonte le raisonnement ayant mené à la construction du barrage de la Romaine, ce qui l’a conduit à rencontrer beaucoup d’experts, de responsables à Hydro-Québec, à participer à des audiences publiques, pour finir avec un road trip en Nissan Leaf à La Romaine.

L’essentiel de l’information se trouve dans la deuxième moitié de l’ouvrage, et devient plus intéressant à mesure que l’on progresse pour culminer à la fin, lors d’une interview avec le PDG d’Hydro-Québec, Éric Martel.

J'aime Hydro nous permet de mieux connaître, en une couple d'heure de lecture, les fondements philosophiques sur lesquels Hydro-Québec poursuit la construction de ses barrages. Les enjeux qui y sont rattachés sont nombreux : appels d'offres mal gérés, développement régional, coupe d'arbres sur les terres inondées, destruction d’écosystème, rôle et participation des Innus dans le projet, sacro-sainte expertise en construction de barrage à conserver, etc. Mais, surtout, on apprend que les dirigeants d'Hydro-Québec pensent que le passé est garant de l'avenir, et que leur prévision du prix de l'électricité dans les 50 prochaines années, autrement dit la rentabilité des projets comme La Romaine, est basée là-dessus.

Pour ceux qui auront la chance d'avoir la pièce jouée dans leur coin, Christine et Mathieu font présentement je tour du Québec pour la présenter, ce sera un exercice instructif ET divertissant que d'y assister. Dates et lieux ici:
http://porteparole.org/fr/pieces/jaime-hydro/