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Températures et précipitations annuelles moyennes au Québec

Couverture du rapport Vivre avec les changements climatiques au Canada : édition 2007

Ce billet est le premier d'une série portant sur le rapport Vivre avec les changements climatiques au Canada : édition 2007. Le lecteur pourra retrouver l'ensemble de cette série en consultant les billets portant l'étiquette Vivre avec les changements climatiques au Canada.

En moyenne, quelle est la température et quelles sont les précipitations auxquelles le Québec à droit à chaque année?

Voici 2 cartes montrant les moyennes de températures et de précipitation annuelles du Québec.

Températures annuelles moyenne au Québec

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Températures (en °C) moyennes annuelles au Québec entre 1966 et 1996 (Ouranos, 2004)

Analyse

Les couleurs représentent une différence d'environ 2°C. Le Québec, du nord au sud, a une différence de température de 17°C. Il y a une stratification est-ouest pour les régions de même température. La région la plus chaude est celle entourant Montréal. La région du Saguenay–Lac-Saint-Jean et la bordure du fleuve St-Laurent, de la ville de Québec jusqu'à la basse Côte-Nord, sont des incursions chaudes dans une zone plus froide. Il en est de même pour l'île d'Anticosti et la majorité de la Gaspésie. Cette zone plus chaude est due à la présence d'eau qui empêche ces zones de se refroidir rapidement en hiver (voir le billet La couverture de glace du golfe du St-Laurent).

Il y a une corrélation entre les zones de températures et la végétation de ces zones. Le frère Marie-Victorin avait d'ailleurs dressé une carte des températures et précipitations normales enregistrées à Montréal, Québec et Anticosti durant 40 ans, (1885-1924). Vous pourrez retrouver ces cartes sur le site de Nichole Ouellette (charmante dame au demeurant) consacré à la Flore laurentienne.

Précipitations annuelles moyenne au Québec

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Précipitations (en mm) moyennes annuelles au Québec entre 1966 et 1996 (Ouranos, 2004)

Analyse

De façon générale, plus on est au sud du Québec, plus il y a de précipitations. Encore une fois, la bordure du fleuve St-Laurent influence le comportement normal que l'on pourrait s'attendre à voir: il y a plus de précipitations. La zone la plus sombre semble correspondre à la Réserve faunique des Laurentides. La chaîne de montagnes de cette région provoque probablement les précipitations par phénomène d'ascendance orographique.

Référence

* Ressources naturelles Canada. «Vivre avec les changements climatiques au Canada : édition 2007». Impacts et adaptation liés aux changements climatiques. Site de Ressources naturelles Canada [En ligne]. http://www.adaptation.nrcan.gc.ca/assess/2007/pdf/full-complet_f.pdf (Document consulté le 11 juillet 2008)

Vivre avec les changements climatiques au Canada

Il y a quelques semaines, j'ai demandé gentiment à Ressources naturelles Canada de me faire parvenir le document intitulé Vivre avec les changements climatiques au Canada: édition 2007 (aussi disponible en pdf).

J'ai reçu, à ma grande surprise, une brique de 450 pages séparée en 10 chapitres. Les informations et les graphiques colligés dans cet ouvrage constituent un survol climatique et une exploration de l'avenir du climat du pays que vous ne retrouverez nulle part ailleurs dans l'Univers.

Photo du livre « Vivre avec les changements climatiques au Canada »

Le Canada est séparé en 6 régions correspondant à 6 chapitres. Ce sont les experts de chacune des régions qui ont rédigé le chapitre de la section correspondante. Par exemple, le chapitre consacré au Québec a été rédigé par pas moins de 17 auteurs.

On y trouve des études de cas pour chaque région, les graphiques et les tableaux ont une bonne définition, sont exhaustifs et toutes les couleurs sont bien rendues, les citations sont nombreuses et faites comme elles se doivent (hyperlien et date de consultation sont monnaies courantes). Un bijou je vous dis.

Je vous propose dans une série de billets les extraits que je trouve pertinent.
On pourra les retrouver en visitant la section portant l'étiquette Vivre avec les changements climatiques au Canada.

Au bout du pétrole de Normand Mousseau

Suite à une entrevue de Normand Mousseau à la radio de Radio-Canada, je me suis procuré le livre de Normand Mousseau qui porte sur le deuxième liquide le plus abondant de la planète: Au bout du pétrole.

Le livre «Au bout du pétrole» sur le pare-choc avant d’une camionnette GMC

Tout d'abord, les défauts du livre:

  • Son prix, 25$ pour 150 pages;
  • Le manque de références (moins de 30 références pour tout l'ouvrage, avec certaines références comme « Voir le Devoir du 23 mai » qui mériteraient d'être plus précises);
  • L'opinion de l'auteur qui transparaît parfois directement dans le texte (parlant du Québec et du Canada, l'auteur écrit qu'« il a de plus le malheur de partager sa frontière avec un pays assoiffé prêt à presque tout pour assouvir ses besoins. », p. 115);
  • Seulement 6 graphiques et 3 tableaux, tous au début du livre;
  • Pas de liste des tableaux, pas de liste des figures;
  • Pas de bibliographie;
  • Pas d'index.

J'ai tendance à blâmer la maison d'édition, les Éditions MultiMondes, pour ces faiblesses. Ayant déjà lu un autre livre de cette maison d'édition, celui de Claude Villeneuve intitulé Vivre les changements climatiques, j'avais déjà éprouvé ce genre de frustration.

Malgré tout, le contenu de ce livre est bien divisé, pertinent et sera d'actualité pendant encore très, très longtemps. On fait un tour d'horizon avec l'auteur, et c'était d'ailleurs son objectif en écrivant ce livre, des différentes caractéristiques des hydrocarbures (origine, abondance, coût d'exploitation, etc.) et des impacts sur l'avenir énergétique de la planète. De plus, point qui me touche particulièrement, ces problématiques sont présentés dans un contexte québécois et canadien. Les politiques énergétiques des gouvernement du Québec et du Canada y sont décortiquées, de même que l'influence que les choix de ces gouvernements ont sur notre avenir.

Je retranscris ici pour vous, bande de chanceux, les extraits qui m'ont le plus surpris lors de la lecture du livre:

Guillement français, ouverture

  • En 1985, il restait 40 années de réserves de pétrole, calculées au niveau de consommation de cette année-là. Aujourd'hui, rien n'a changé: le niveau actuel des réserves de pétrole nous assure 40 ans de combustible, alors qu'on a consommé 66 milliards de tonnes de pétrole depuis presque 25 ans, ce qui représente 60% des réserve officielles de 1985. (p.17)
  • Avec plus d'un milliard d'habitants, environ 35 fois le Canada, l'Inde a consommé à peine 10% plus de pétrole que notre pays, en 2005. Quant à la Chine, qui compte environ 40 fois plus de citoyens que notre pays, elle a consommé à peine trois fois plus que le Canada au total, soit environ 335 millions de tonnes de pétrole contre 110 millions de tonnes pour notre grand pays. (p. 29)
  • Il est certain que toute augmentation significative de la production de pétrole à partir des sables bitumineux risque de créer d'importantes pénuries d'eau douce dans le nord de l'Alberta, mais aussi dans le reste de la province ainsi qu'en Saskatchewan, la province voisine. Pour parvenir à satisfaire leurs besoins, les pétrolières puisent déjà 7% de l'eau disponible dans les puits souterrains et les rivières de l'Alberta, asséchant les sols et vidant une nappe phréatique malmenée depuis longtemps par les fermiers. Aucun plan provincial n'est en place pour contrer cette pénurie. (p.57)
  • L'industrie des sables bitumineux à besoin d'un volume d'eau équivalent à celui de l'ensemble de la ville de Montréal sans disposer d'un fleuve au débit équivalent. (p.62)
  • Le charbon ne peut donc rivaliser avec le gaz naturel ou le pétrole lorsqu'il doit être transporté sur de longues distances. Ironiquement, sa position concurrentielle est appelée à se détériorer, dans un premier temps, à tout le moins, avec la hausse des prix du pétrole. L'encombrement du charbon limite donc son utilisation à des industries locales, ce qui implique que les grands producteurs de charbon sont également les grands consommateurs. C'est ce qu'on constate avec la Chine et les États-Unis, par exemple, laissant relativement peu de charbon pour le commerce international. (p.74)
  • Au rythme actuel, les gisements de gaz naturel d'Amérique du Nord seront épuisés en 2015, dans 8 ans, c'est-à-dire, demain. (p.84)
  • Déjà, les autorités albertaines commencent à chercher des alternatives au gaz naturel pour le traitement des sables bitumineux et on a entendu parler au début 2007, pour la première fois officiellement, de la possibilité de construire des centrales nucléaires afin de soutenir l'industrie de l'huile lourde en Alberta et en Saskatchewan. (p.85)
  • Le gouvernement libéral [de Jean Chrétien], sitôt en place, négocia et signa le traité de libre-échange de l'Amérique du Nord (ALENA), incluant une close de traitement national du pétrole, qui empêche le Canada de limiter les exportations de son pétrole vers les États-Unis à moins de diminuer proportionnellement sa propre consommation. Le Mexique, pourtant dans une position économique beaucoup moins favorable que notre pays, refusa de signer cette clause, préservant ses droits de regard à l'endroit de cette ressource essentielle. (p.117)

Guillement français, fermeture

Je recommande chaudement la lecture de ce livre. Avec la crise pétrolière que nous connaissons à l'échelle planétaire depuis quelques mois, et qui ne risque pas de s'éteindre de sitôt, des connaissances de base des hydrocarbures de la Terre sont essentielles pour comprendre ce défi qui se présente à l'humanité.

Au bout du pétrole / Tout ce que vous devez savoir sur la crise énergétique, Normand Mousseau, Éditions MultiMondes, 2008, 156 pages, reliure souple, ISBN 978-2-89544-125-0, 24,95 $

La dépression de Bodélé

Si je vous disais que la forêt amazonienne ne serait qu'un désert mouillé sans la présence du Sahara, me croiriez-vous?

2 photos: à gauche le désert, à droite le fleuve Amazone.

La grande majorité des nutriments nécessaires à la croissance des plantes dans le bassin de l'Amazonie provient du Sahara, après un voyage de plus de 5000 km au-dessus de l'océan Atlantique. En tout, il y a 50±15 millions de tonne de poussières qui sont transportées en Amazonie chaque année. 50 millions de tonne, c'est environ 1 million d'éléphants d'Asie. En poussières. Ça fait du sable en ti-péché.

Tempête de sable qui s’en va au-dessus de l’Atlantique

Et de tout ce sable qui provient du Sahara, il y en a environ la moitié qui vient d'un tout petit endroit du Tchad qui se nomme la « dépression de Bodélé ».

La dépression de Bodélé est située au fond d'un lac qui s'est desséché au court des derniers millénaires (ce qui en reste aujourd'hui forme le lac Tchad). Les organismes vivants jadis dans ce lac ont séché sous le soleil du Sahara et, après sédimentation, s'envolent aujourd'hui avec le vent vers l'Amazonie pour y nourrir la forêt. La dépression de Bodélé ne représente que 0,2% de la superficie du Sahara ou encore 0,5% de la superficie de l'Amazonie. Il est extraordinaire qu'une si petite région soit à l'origine de l'alimentation en nutriments d'une aussi grande superficie: 200 fois plus grande!

Cette dépression est coincée entre 2 formations montagneuses: le massif du Tibesti et le plateau de l'Ennedi, ayant une altitude de 2600 m et 1000 m, respectivement. Ces montagnes ont une disposition particulière: elles canalisent le vent qui atteint alors des vitesses permettant d'éroder la surface et d'emporter la poussière sur des milliers de kilomètres. Ce vent a même été baptisé: le courant-jet à basse altitude de Bodélé (traduction de Bodele Low Level Jet).

On peut d'ailleurs voir sur l'image satellite de cette région les stries causées par le vent sur la surface (cliquer sur l'image pour avoir une plus haute définition):

Cette découverte est assez récente, l'étude que je résume ici a été publiée en 2006. Je trouve fascinant de voir à quel point un écosystème si riche dépend de conditions si particulières à un endroit aussi précis. S'il n'y avait pas eu des conditions climatiques pour créer le désert du Sahara, l'Amazonie telle qu'on la connaît aujourd'hui n'existerait pas.

La prochaine fois que vous entendez parler de géo-ingénierie pour sauver la planète des frasques de l'humain, pensez à tout ce qu'il faudra prévoir comme conséquences d'un changement que l'on effectuerait à la dynamique planétaire. Un travail d'orfèvre climatique telle que la dépression de Bodélé pourrait-il être prévue?

Références:
* Koren, Ilan; et al (2006). "The Bodélé depression: a single spot in the Sahara that provides most of the mineral dust to the Amazon forest". Environ. Res. Lett. 1 (October–December 2006) 014005. Note: l'article est disponible en ligne.
* Bodélé Depression. (2008, February 6). In Wikipedia, The Free Encyclopedia. Retrieved March 5, 2008, from http://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Bod%C3%A9l%C3%A9_Depression&oldid=189514080

De la science et du gouvernement du Canada

L'éditorial de la prestigieuse revue scientifique Nature, édition du 21 février 2008, est consacré au traitement fait à la science par le gouvernement canadien.

Intitulé «Science in retreat», plusieurs aspects de la politique scientifique du gouvernement du Canada nouveau y sont traités.

Dans le coin gauche, Stephen Harper, dans le coin droit, la science représentée par son icône, Albert Einstein

À lire, que l'on soit scientifique, électeur, ou encore un Canadien soumis aux lois de la physique.

La fuite de la glace arctique

Il n'y a pas seulement l'augmentation de la température de l'air qui fait fondre la banquise arctique, les vents et les courants marins ont aussi un rôle à jouer. Moins bien compris, ils pourraient avoir une influence plus grande que prévue.

Voici un film tiré de l'article Variations in the Age of Arctic Sea-ice and Summer Sea-ice Extent de Ignatius G. Rigor. Il s'agit de la couverture de glace de l'océan arctique entre 1979 et 2007. La couleur représente l'âge de la glace, plus c'est blanc, plus la glace est vieille. Les points rouges représentent les trajectoires de bouées dérivantes.

On constate que la couverture de glace diminue énormément dans les dernières années. La fuite de glace dans le coin inférieur droit se situe entre le Groenland et Svalbard.

Au mois de septembre dernier (2007), la banquise arctique a atteint un niveau minimal record depuis que l'on a des données sur son étendu. Il ne faut pas être surpris si la disparition de la couverture atteint encore un nouveau record au mois de septembre prochain.

Plus d'info: ptafflist

Open Medicine, une deuxième revue scientifique médicale librement accessible au Canada

La première c'est le Canadian Medical Association Journal qui publie un message de bienvenue à la deuxième, Open Medicine.

Espérons que les publications scientifiques librement accessibles seront, un jour pas trop loin, la norme plutôt que l'exception.

Un extrait en anglais du message de bienvenue qui sonne comme de la musique à mes oreilles:

The primary mission of medical journals, the reason for their origin and the justification for their continued existence is the effective and widespread dissemination of medical knowledge, particularly that which is new, important, timely or controversial. It should be obvious that barriers to access, financial or otherwise, directly contradict this mission and impair the basic function of a journal. It therefore seems paradoxical that most of the world’s journals, particularly those that historically have had the greatest impact on the biomedical community, continue to feel that their mission is best served by hiding their content behind password-protected firewalls.

et plus encore

In the modern area, when access to medical information routinely occurs using 21st-century technology, it seems grotesquely inappropriate for journals to publish this information with attitudes and operational models that originated in the 19th century.

Cette dernière phrase est véridique pour tous les domaines de la science dont les publications conservent le format papier comme gabarit. Ça me rappelle curieusement un ancien billet

Estimez votre consommation d'air

Dans l'optique de l'empreinte écologique, Lewis Poulin a fait une publication qui permet de calculer votre consommation d'air en utilisant comme métrique le volume d'air que respire l'être humain moyen dans une journée.

ptaff.ca est fier d'héberger cette publication ainsi que l'engin permettant de calculer le volume d'air consommé par une population (pouvant se réduire à une personne, c'est-à-dire vous!).

Bon formulaire!

De la distribution du code source dans les publications scientifiques

Une publication scientifique a comme finalité de faciliter la transmission du savoir et de permettre la reproductibilité des résultats.

Il y a, plus souvent qu'autrement, utilisation de logiciels et de code pour faire l'analyse, la manipulation, pour établir des relations bref, pour une foule de raisons. Or, la quasi-totalité des publications scientifiques expliquent le raisonnement et la méthodologie utilisées pour ces calculs mais ne fournissent jamais le code source qui en est à la base.

Ce code est en fait la réalisation de l'expérience, ce n'est pas seulement le raisonnement derrière celui-ci qui doit être publié, mais bien la manière de pouvoir le reproduire. En ne publiant pas le code source, il est plus ardu, plus long et plus coûteux de reproduire l'expérience. Chaque personne voulant la reprendre devra elle-même faire une implémentation des idées évoquées pour ensuite comparer les résultats. N'ayant pas accès au code source, toute différence entre les résultats devra être interprétée comme une remise en question de l'idée sous-tendant le code, alors qu'un accès au code source aurait permis de vérifier la présence d'une erreur dans l'implémentation.

De plus, la réalisation d'expérience soulève souvent des problèmes techniques et pointus devant être résolus mais dont la description dans un article le rendrait trop lourd, voire illisible. Les manières dont sont contournées ou résolues ces difficultés peut influencer les résultats, parfois de façon déterminante. Les techniques développées pourraient aussi par la suite être réutilisées dans d'autres contextes, la science a aussi une composante importante de technicalité que les artisants, les scientifiques, ont le devoir de cultiver.

Pourquoi donc, lorsque les articles sont publiés en format numérique, est-ce que les auteurs ne publient-ils par leur code sous un licence libre? Ceci permettrait à toute la communauté scientifique de pouvoir évaluer leur implémentation, de l'utiliser, de le modifier et de l'améliorer? N'est-ce pas le but même des publications scientifiques?

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