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Du désintérêt politique: la fragmentation culturelle

Des filles et des garçons

Ce billet est le cinquième de la série Du désintérêt politique. Cette série présente des hypothèses expliquant le désintérêt de la population pour la politique dans les démocraties occidentales. Vous pouvez consulter toute la série en vous rendant sur le billet d'introduction.

La culture commune connaît aujourd'hui une fragmentation qui suit plusieurs lignes de faille: classe sociale, groupe ethnique et consommation médiatique (journaux, télévision, radio, internet, etc.).

La société de consommation est, d'une part, responsable de cette fragmentation. Les corporations développent et offrent une diversité sans cesse croissante de produits pour chacun des champs d'intérêt pouvant s'avérer rentables. La publicité sert de support pour véhiculer l'information sur ces produits, et encourage ainsi les personnes à consommer et à se spécialiser dans leurs passions.

Bien que la diversité ne soit pas un problème en soi, l'augmentation du temps et des ressources consacrées à ces intérêts spécifiques se fait souvent au détriment des enjeux partagés par un groupe plus large. Cette absence d'intérêt survient, soit parce que les personnes n'entrent plus en contact avec les médias diffusant ces enjeux, soit parce qu'ils sont jugés comme peu intéressants, voire non pertinents.

De plus, la société de consommation tend aussi à glorifier l'individualisme, le bien-être passant par la satisfaction des besoins personnels. Le slogan de L'Oréal, Parce que je le vaux bien illustre à merveille ce principe. La promotion de cet individualisme amène à mésestimer les considérations relevant des collectivités.

L'arrivée d'internet a, d'autre part, favorisé l'éclosion des réseaux d'intérêts. Pour peu qu'il y ait une masse critique de personnes s'intéressant à un sujet (sport, musique, botanique, etc.), une communauté est créée et sert de lieu d'échange et de mise en commun d'informations sur ce sujet.

Ces réseaux se concentrent souvent sur des problématiques qui débordent les frontières de leur pays. Ce faisant, les sujets sur lesquels les individus s'attardent, dans la mesure où ils ont une composante politique, ne relèvent souvent plus du niveau de l'État. Cette conception est aussi favorisée par la mondialisation, les enjeux étant maintenant d'un ordre supérieur à l'État.

La dispersion culturelle a donc pour effet de détourner les individus des enjeux communs, tout en diminuant la perception que peut avoir le rôle de l'État sur les enjeux qui les préoccupent.

Au Québec

Les exemples québécois sont plus difficiles à trouver en ce qui concerne la fragmentation culturelle.

On pourrait, dans un premier temps, souligner l'offre extraordinairement diversifiée des sujets couverts par les magazines: jardinage, science, mariage, cuisine, informatique, etc. Bien que cette réalité soit loin d'être exclusive au Québec, l'esprit curieux peut probablement trouver satisfaction à l'une de ses passions au dépanneur du coin.

On peut aussi penser à ce qu'est le symbole des élections au Québec depuis 2 décennies: les pancartes électorales. La dispersion culturelle a eu pour effet de rehausser l'importance de la publicité dans la rue. Dans bien des cas, il s'agit du seul lieu où la population concernée par des enjeux locaux, au sens large, peut être rejointe.

Cette dernière constatation est paradoxale. Dans la mesure où la dispersion culturelle est causée en partie par internet, on pourrait être amené à penser que l'information ainsi dématérialisée conduirait les supports physiques à être reléguées aux ordures. Or, c'est tout l'inverse que l'on constate.

Dans cette optique on peut penser, par exemple, que la stratégie des partis politiques montréalais de ne pas utiliser de pancartes électorales, lors des élections municipales de 2009, était une erreur.

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