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Dons politiques au Québec: 2019-04

Votre mise à jour mensuelle sur les dons aux partis politiques du Québec. Pour le mois précédent, voir le billet pour mars 2019.

La CAQ, grâce à des dons de 78 000$ pour avril, vient s'installer en solide deuxième position derrière le PQ (76 000 pour avril). Avec des dons totaux de moins de 100 000$ jusqu'à présent, QS et le PLQ ferment la marche.

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Tout ceci n'entame pas vraiment la position dominante du PQ, sa proportion des dons totaux passant de 47% à 41% entre mars et avril. Le PQ pourrait même atteindre son objectif annuel de 800 000$ s'il parvient à amasser le même montant qu'en avril chaque mois d'ici 2020.

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QS réussit à franchir la barre de 20 000$ mensuel pour la première fois de l'année, mais c'est tout de même moins que les autres partis pour avril.

Le montant mensuel total des contributions augmente depuis le début de l'année, passant à 220 000$ pour avril, en comparaison à 21 000$ pour janvier, 37 000$ pour février et 157 00$ pour mars. Cela est peut-être causé en partie par le délai de traitement des formulaires de dons, tant aux partis politiques qu'au DGEQ, quoiqu'en 2018 les contributions avaient connu un léger fléchissement en avril.

Il sera intéressant de voir si la tendance à la hausse des contributions totales se poursuit en mai, et si le CAQ peut espérer rattraper le PQ dans les prochains mois.

Données analysées à l'aide du logiciel libre donsprenoms. Vous pouvez accéder en ligne aux données brutes pour le mois courant.

Desjardins et l’urgence climatique

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

Lettre à Guy Cormier, président et chef de la direction Mouvement Desjardins,

Dans une publication récente sur le blogue de Desjardins ainsi que dans la LaPresse+, vous avez mis à profit l'engagement des étudiants envers l'environnement dans notre contexte d’urgence climatique pour réaffirmer les valeurs écoresponsables de Desjardins. Or, une lecture attentive de votre texte suggère que celui-ci relève plutôt de l'exercice de communication que d'une véritable communion de valeurs. Je m'explique.

Vous écrivez d'abord que Desjardins :

  1. a une « participation marginale » dans les énergies fossiles, avec 3% de vos actifs ;
  2. « soutient » le secteur des énergies renouvelables à hauteur de 2,3 milliards de dollars.

Or, Desjardins a 295,5 milliards d'actifs au total. Si on invertit les unités dans vos affirmations, il en résulte que Desjardins :

  1. « soutient » les énergies fossiles à hauteur de 8,9 milliards de dollars ;
  2. a une « participation très marginale » dans les énergies renouvelables, avec moins de 0,8% de vos actifs.

On pourrait donc en conclure que Desjardins a près de 4 fois plus d'actifs dans les énergies fossiles que dans les énergies renouvelables.

Vous conviendrez que votre présentation initiale porte à croire que Desjardins possède peu d'argent dans les énergies fossiles et que l’institution soutient les énergies renouvelables de manière importante. Le Journal de Montréal s’est même emmêlé les pinceaux à ce sujet, diminuant d’un facteur 3 votre participation dans les énergies fossiles en confondant pourcentage et milliard, dans sa couverture de votre annonce. En tant que membre de Desjardins, je me sens floué par cette stratégie de communication qui tente de démontrer l'inverse de la réalité, a fortiori quand on constate que des journalistes se laissent berner.

Vous écrivez également que 7 de vos fonds d'investissement n'ont aucune entreprise dans le secteur des énergies fossiles. Deux remarques à ce sujet. La première : avez-vous déjà tenté de trouver la liste de ces fonds sur le site web de Desjardins, M. Cormier ? Je vais vous épargner du temps : elle n'y est pas, vos services me l’ont confirmé. Sans vous demander le désinvestissement des énergies fossiles de tous vos fonds, une première étape, rapide et peu coûteuse, serait de mettre en évidence sur une page web les fonds qui en sont exempts. Pourquoi ne pas vous inspirer de votre propre Caisse d’économie solidaire, qui affiche clairement ses fonds sans pétrole ? Deuxième remarque : de ces 7 fonds, seulement 2 ont été conçus afin de ne pas inclure d'énergies fossiles. Les 5 autres le sont de manière accidentelle et sont donc soumis à la conjoncture davantage qu’à leur vocation. Par exemple, le fonds Équilibré Québec, aujourd’hui exempt d’énergies fossiles, pourrait soutenir des entreprises de ce secteur demain. Identifier et publiciser les « fonds Desjardins sans énergie fossile » permettrait de consacrer leur vocation, sans risque de retour en arrière. Ça aiderait aussi vos membres qui désirent décarboniser leur portefeuille.

Vous terminez en élargissant la responsabilité de la transition énergétique au-delà de Desjardins, en indiquant qu'elle relève d’abord des citoyens, des entreprises et des gouvernements. Eh bien c'est justement ce que font vos citoyens-membres en interpellant Desjardins. Ils se mobilisent, assistent aux assemblées et tentent d'influencer leur entreprise, le plus grand employeur privé du Québec : leur coopérative Desjardins. Et à lire votre réponse, on se sent plus solidaires des jeunes que de la direction de Desjardins, car il ne semble pas, en effet, que nous soyons entendus.

Plutôt que de vous livrer à un exercice de communication, que diriez-vous, M. Cormier, de devenir un meneur de la transition énergétique du Québec ?

Cordialement,
Miguel Tremblay
Membre Mouvement Desjardins

Dons politiques au Québec: 2019-03

Votre mise à jour mensuelle sur les dons aux partis politiques du Québec. Pour le mois précédent, voir le billet pour février 2019, pour le mois suivant, voir le billet d'avril 2019. L'analyse se trouve au bas des graphiques.

Dons totaux par parti politique au Québec 2019-03

Pourcentage des dons totaux par parti politique au Québec 2019-03

Le mois de mars 2019 a vu le Parti québécois prendre la tête des dons aux partis politiques. Ils en sont maintenant à plus de 100 000$, ce qui représente 47% de tous les dons enregistrés par le DGEQ jusqu'à présent. Ceci ressemble grandement à l'embellie que le PQ avait connu en mars l'an dernier.

Les lettres d'appel au financement du PQ étant envoyé vers la fin janvier/début mars, le temps que les personnes sollicitées complètent le formulaire, le retourne au parti, qu'il soit traité par le PQ et que le DGEQ comptabilise, c'est le mois de mars. Il s'agit donc là du point de départ annuel du financement du PQ, sans d'autres efforts qu'une simple demande. On peut aussi se questionner s'il n'y a pas eu un effet Catherine Fournier, des appels au financement du PQ ayant circulé sur les réseaux sociaux après la défection de celle-ci pour siéger comme indépendante.

Avec le mois de mars, tout porte à croire qu'à partir d'ici, le PQ ne sera pas rattrapé de l'année par aucun autre parti politique, le consacrant encore une fois comme le grand champion des dons individuels.

Dons mensuels totaux par parti politique au Québec 2019-03

Nombre total de donateurs par parti politique au Québec 2019-03

Don moyen par contributeur aux partis politiques au Québec 2019-03

Québec solidaire a connu sa moins bonne performance de l'année, avec environ 10 000$ de dons en mars, terminant quatrième des grands partis. QS fait cependant toujours bonne figure en termes de nombres de donateurs. Le PLQ et le CAQ sont à la traîne dans les montants, mais sont les premiers en termes de moyenne par donateur.

Données analysées à l'aide du logiciel libre donsprenoms. Vous pouvez accéder en ligne aux données brutes pour le mois courant.

Les environnementalistes québécois

On me permettra de revenir sur le panel des Oui-Québec sur « l'environnement et l'indépendance ». C'est que, voyez-vous, ces panélistes permettent de mieux catégoriser le discours des environnementalistes québécois. Je m'explique.

On a d'abord Louis-Gilles Francoeur, qui représente l'axe classique « souverainiste-fédéraliste ». C'est un boomer, seul panéliste dont l'exposé répond à la thématique. Il présente l'environnement dans un contexte d'indépendance du Québec, en pesant le pour et le contre. Il le fait avec une grande culture, une réflexion et perspective politique, légale et territoriale toute québécoise, sûrement le résultat de ses décennies comme journaliste couvrant l'environnement au Devoir. Il profite d'ailleurs de sa liberté de parole retrouvée, maintenant qu'il n'a plus de liens ni avec le Devoir, ni avec le BAPE, pour s'exprimer en tant qu'indépendantiste. Il en profite pour partager ses réflexions qui sont pour l'essentiel inédites et dont le mouvement pourra profiter.

Vient ensuite Louise Vandelac, professeure de sociologie à l'UQAM spécialisée en environnement. Elle représente le courant « académique fataliste ». Elle présente une longue série de faits, plusieurs étant fort intéressants comme la croyance dans le « technological fix » et sa parenthèse sur l'excision du clitoris. Malheureusement, son énumération de défis manque de cohérence et, surtout, on ne voit pas l'espoir et ne termine pas avec un appel à l'action. Bref, du savoir en vrac dont on ne sait pas trop quoi faire et dont on ressort pessimiste.

Elle ne fera pas une fois référence à la situation politique du Québec dans le Canada, encore moins de l'indépendance, au cours de son allocution ou encore dans ses réponses aux questions. Si ça avait été un match d'impro, elle aura reçu une pénalité pour non-respect du thème.

Finalement, Karel Mayrand, militant écologiste de métier qui représente le courant « environnementaliste postmoderne ». Karel Mayrand débute en exprimant sa surprise d'avoir été invité par des « souverainistes » pour prendre la parole, car sa dernière invitation par ce groupe, lors du colloque d'ouverture de l'IRAI en septembre 2016, avait mal été reçue. Pour y avoir assisté, je confirme que plutôt de parler d'environnement, sujet pour lequel il avait été invité, il avait plutôt profité de sa tribune pour sermonner les souverainistes, comprendre le PQ et sa Charte des valeurs, sur leur fermeture envers l'Autre. Un moment malaisant pour tout le monde.

Karel tient un discours environnemental globalisant, j'irais même jusqu'à dire holistique. Il inscrit le Québec et ses problématiques environnementales locales (béluga, caribou forestier, etc.) dans les grands courants mondiaux. Il a du métier, il a fait partie de plusieurs initiatives et a parcouru le Québec de long en large pour parler d'environnement, ce qui rend son discours intéressant et structuré. Il termine sur une note d'espoir et fait un appel à l'action. Une belle construction positive.

Concernant le Québec, il fait cette mention lorsqu'il démarre sa conclusion: « [..] je pense que l'idée d'être un pays souverain ou une nation qui conserve son identité très très forte c'est quelque chose qui peut nous aider à faire cette transition ». Ce n'est pas clair pour moi si c'est une position d'indépendantiste ou de fédéraliste. Il me semble que Stephen Harper aurait bien pu prétendre que le Québec pouvait être « une nation qui conserve son identité très forte » à l'intérieur du Canada. Bref, tant dans cette allocution que dans celle tenue à l'IRAI, Karel Mayrand aurait pu être plus clair sur sa vision et l'intégrer dans sa présentation.

Tout ça pour dire, et c'est ce que je désirais mettre de l'avant ici, c'est que je trouve que la position de Karel Mayrand est typique d'une majorité des environnementalistes québécois. Pour préserver l'environnement, il n'hésite pas d'un côté à appeler à la fin du modèle néolibéral, voire capitaliste, mais de l'autre, il se refuse à une opinion critique du Québec dans le régime fédéral canadien. Peut-être dans l'espoir de ne pas brûler des ponts et de pouvoir faire avancer la cause de l'environnement peu importe l'interlocuteur, Québec ou Ottawa. C'est une position qui se défend, mais il s'agit d'une rupture avec la vision classique des années 70, où les militants des causes progressistes faisaient corps avec le binôme d'alors, le « PQ-souverainistes ».

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Il sera intéressant de voir comment Québec solidaire intégrera les deux courants en question. Car, d'une part, sa base militante est issue d'un amalgame de militants de différentes causes progressistes, qui portent ses causes avant toute chose. D'autre part, la fusion avec Option nationale a amené des militants, dont deux deviendront députés, qui défendent leur position avec le prisme de l'indépendance (note: je fais partie de ces militants).

L'environnement sera un (le?) grand thème de la prochaine élection: serait-il défendu par QS dans l'optique d'une cause en elle-même, ou sera-t-elle juxtaposée à l'indépendance du Québec?

Les Subversifs répond aux questions sur Léo Major

Le Réduit de Léo Major

Une première boisson alcoolisée a été nommée en l'honneur du guerrier Québécois Léo Major. Le microdistillateur Les Subversifs de Sorel-Tracy ont en effet nommé leur spiritueux en faisant référence à des personnages historiques du Québec, dont leur « réduit » qui se nomme « Le Réduit de Léo Major ».

M'intéressant à ce héros méconnu depuis de nombreuses années, j'ai contacté Les Subversifs qui a aimablement accepté de répondre à mes questions sur leur produit.

1.Comment avez-vous connu Léo Major?

Nous voulions changer l’image et les noms de nos produits pour les rendre plus proches de notre histoire, celle du Québec. Nous avons étudié différentes options et nous avons choisi de rendre hommage à des personnages qu’ont été subversifs à leur époque et un peu ou complètement oubliés. Lors de notre recherche dans l’histoire, l’histoire du soldat Léo Major nous a vraiment interpellés.

2.Dans le domaine militaire, un ​réduit est une fortification​. Pourriez-vous nous expliquer de quoi il s'agit lorsqu'on dans le domaine des eaux-de-vie?

Lors de l’élaboration du sirop d’érable, on appelle le Réduit, le liquide entre l’eau d’érable et le sirop d’érable. La tradition des cabanes à sucre familiales veut que pendant la chauffe dans l’évaporateur, on offre aux convives, un verre de Réduit chaud, mélangé avec un peu de gin. Je suis content d’apprendre qu’il a une signification aussi dans le domaine militaire.

3.Comment avez-vous décidé d'opter pour Léo Major comme nom pour votre réduit?

Cette liqueur de gin et sirop d’érable, c’est une boisson typique du Québec qui peut dépasser nos frontières, un peu comme Léo Major.

4.Avez-vous eu des rétroactions depuis le changement de nom?

Dans le cas de Léo Major, ç’a été très positif.

5.Comme suggérez-vous de boire cette liqueur?

Tel quel, froid, sur glace ou chaude.

6. Où les amateurs peuvent-ils se procurer le Réduit de Léo Major?

Dans presque toutes les succursales de la SAQ au Québec.

7.Comptez-vous rendre hommage à d'autres héros militaires de notre terroir?

Notre critère pour les personnages est d’avoir fait partie de notre histoire, d’avoir été oublié et d’avoir été subversif.

8.Avez-vous un message pour les admirateurs de Léo Major?

Continuer à lui rendre hommage et surtout de ne pas l’oublier, ainsi que tous les autres combattants qu’ont défendus les gens et nos valeurs.

Dons politiques au Québec: 2019-02

Votre mise à jour mensuelle sur les dons aux partis politiques du Québec. Pour le mois précédent, voir le billet pour janvier 2019, pour le mois suivant, voir le billet pour mars 2019. L'analyse se trouve au bas des graphiques.

Cliquez sur le graphique pour une version pleine définition.

Analyse

Le mois de février a été à l'image de celui de janvier, avec QS largement en avance sur les autres partis. QS a eu 313 des 588 dons (53% des donateurs, 57% des dons totaux) des deux premiers mois de 2019. Le nombre de donateurs est environ 3 fois moindre qu'en 2018, année électorale. À l'instar de 2019, QS avait été le premier dans le financement pour janvier-février, le PQ explosant en mars pour prendre la première place, qu'il a par la suite conservée.

Pour la proportion des femmes parmi les donateurs, le mois de février a ramené les partis politiques plus près de leur moyenne de 2019: CAQ autour de 30%, PQ et PLQ à 35% et QS à 47%.

Curiosité, avec près de 65 donateurs le Parti Libre (PL) est proche du nombre de donateurs du PLQ (73). Après quelques recherches, ce parti politique, dont je n'avais jamais entendu parler, est le parti de Michel Leclerc de St-Sauveur. Le parti est présent sur la scène municipale de St-Sauveur, en plus du Québec, et leur page Fabecook a moins de mentions j'aime que de contributeurs!

Ce mois-ci a été marqué par un article indiquant que le Parti québécois est au bord du gouffre financier. Pour atteindre sa cible de 800 000$, le PQ aura besoin de 12 300 donateurs avec le montant moyen qu'il a reçu jusqu'ici (65,14$). Même en tenant compte des règles d'appariement, il faudrait que le PQ obtienne plus de 10 000 donateurs. Voilà un objectif qui paraît ambitieux, car l'an dernier, une année électorale où le plafond était de 200$ au lieu de 100$, le PQ a reçu un total de 13 500 donateurs. Il faudrait donc que le PQ fasse une solide campagne de financement pour y arriver.

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Du son côté, le PLQ déplore le plafond de 100$ par année par contributeur imposé par le gouvernement Marois. Le PLQ, ayant un montant moyen par donateur plus élevé que QS et le PQ, a connu ses beaux jours du financement dans les années 2000 à 2011, essentiellement le règne de Jean Charest. C'est à cette époque, alors que le montant maximal par année était de 3000$, que le PLQ et les autres partis ont été accusés de corruption, notamment en raison des dons effectués par les firmes de génie-conseil. Ce sont ces scandales qui ont mené à la première baisse du plafond, à 1000$, pour ensuite être abaissé à 100$ (200$ en année électorale). Ce sont ces règles qui s'appliquent encore aujourd'hui et que le PLQ aimerait revoir.

Données analysées à l'aide du logiciel libre donsprenoms. Vous pouvez accéder en ligne aux données brutes pour le mois courant.

Dons politiques au Québec: 2019-01

Votre mise à jour mensuelle sur les dons aux partis politiques du Québec. Vous pouvez aussi visualiser le billet pour février 2019. L'analyse se trouve au bas des graphiques.

Cliquez sur le graphique pour une version pleine définition.

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Analyse

Les résultats sont probablement peu représentatifs de l'allure que prendront les chiffres pour 2019. Avec 378 donateurs, tous partis confondus, l'analyse a ses limites. On commence l'année tranquillement.

Comme pour janvier 2018, QS commence en force pour 2019. On se souviendra que QS avait fait une sortie de presse indiquant qu'ils avaient amassé plus d'argent que les 3 autres partis réunis. Ça demeure vrai pour janvier, mais on se souviendra que QS a terminé 4e niveau financement populaire en 2018. Ce départ canon est probablement causé par une campagne de financement hâtive de la part de QS, plutôt qu'un autre facteur.

Étonnamment, la proportion de femmes de la CAQ, du PLQ et de tous les donateurs est au-dessus de 40%. C'est probablement un effet du faible nombre de donateurs pour les deux partis, 15 et 20, respectivement. Je m'attends à ce que ces taux redeviennent près de leur normale de 2018 au cours des prochains mois.

Les montants moyens semblent assez loin de la limite de 100$, mis à part pour la CAQ et les « Autres ». On verra ce qu'il adviendra au cours des prochains mois.

Notes

On commence une nouvelle année, je mets donc uniquement les chiffres pour le mois de janvier sous formes de graphiquse à barres.

J'ai ajouté une entrée pour « Autres » qui combine tous les dons faits aux autres partis politiques du Québec. Cela permet d'avoir une idée des dons qui leur sont faits.

Données analysées à l'aide du logiciel libre donsprenoms. Vous pouvez accéder en ligne aux données brutes pour le mois courant.

Tirer un trait sur le PQ

Billet originalement publié sur LaPresse+ dans une version légèrement modifiée.

L’Office national du film a rendu disponible sur le web le documentaire Pauline Julien, intime et politique. J’y ai découvert une grande voix, qui m'a rappelé celle d’Edith Piaf. Je ne connaissais pas les détails de la vie de Pauline Julien, comme les circonstances de son ascension en France, où elle chantait Vigneault et y recevait plus de succès que chez elle, au Québec.

J'ai ensuite retrouvé dans le récit de sa vie un schéma similaire à celui de nombreuses personnalités québécoises de cette génération, dont deux nous ont quittés dernièrement :Lise Payette et Bernard Landry. Un parcours que l’on pourrait qualifier de « classique » dans l’histoire québécoise de la fin XXe siècle, du moins pour les nationalistes : prise de conscience de la québécitude, implication politique, Samedi de la matraque, fondation du Parti québécois (PQ), Crise d’octobre, prise du pouvoir du PQ, et défaites aux référendums de 1980 et de 1995.

Ma conscience politique s'est éveillée dans le sillage de cette trame historique. Je dois maintenant confesser que dans ma soif de connaissances du nationalisme québécois, j'évite ce qui concerne la fin du XXe siècle. La raison est simple : je suis tanné d'être triste. Car je ressens au plus profond de mon être que ces défaites, si bien incarnées par les gens du Camp du oui en pleurs au soir du référendum de 80, sont celles de mon peuple, donc un peu les miennes. Je partage le sentiment de Gérald Godin qui, au soir de la défaite en 1980, était triste car il « [voyait] un peuple qui refusait son avenir, sa vie et sa liberté, […] un peuple qui renonçait à vivre ».

Et puis, je pense à la cinglante défaite électorale que vient de subir le PQ, vaisseau amiral de cette époque révolue. À ces grilles d’analyse myopes qu’on utilise expliquer cette dérive : remise de l’option aux calendes grecques, déficit zéro, charte des valeurs, plateforme trop à gauche, ou encore Lisée tentant de débusquer le chef de QS.

Et je me dis, dans le fond, peu importe les causes. La disparition du PQ est peut-être nécessaire, souhaitable, afin de nous libérer de cet historique d’échecs. Afin de nous permettre de mettre définitivement cette époque derrière nous.

Je ne propose pas de renier l’histoire; ces échecs font partis de notre passé, elles sont tissées dans la trame historique de notre peuple. Mais cela permettrait de tracer une ligne, de distinguer un « avant » et un « après » ces refus du peuple québécois de venir au monde.

Nombreux sont ceux qui s’opposent à une telle fin, souvent avec véhémence. Les militants de cette époque, encore vivants aujourd’hui, de même qu’une certaine jeunesse, composent la force active du PQ. Cela se reflète dans le nombre de membres et dans le financement populaire du parti.

Mais il faut être lucide et constater que cette mobilisation n’a plus d’écho dans l’électorat, depuis longtemps déjà. Ne serait-il pas salutaire de changer d’embarcation, plutôt que de « ramer à contre courant », pour reprendre l’image de Jean-François Lisée dans son amer discours de défaite?

Certains militants ont déjà trouvé leur place à QS. Mais pour d’autres, ce parti ne peut être une voie acceptable. Je comprends et respecte cela. Pour ceux-ci, je leur souhaite de trouver une structure qui conviendra – peut-être dans la refondation du PQ dont il est question depuis quelques années – et qui leur permettra de poursuivre leur promotion de l’indépendance.

Ainsi redistribués dans d’autres partis et structures, sans boulet nommé PQ, il sera possible de poursuivre notre route, jusqu’au moment où le peuple du Québec contredira Godin et « choisira son avenir, sa vie et sa liberté ».

Québecor : géoblocage en Europe

En mai dernier, l'Union européenne adoptait un règlement en matière de protection de données personnelles. Le « Règlement général sur la protection des données », ou RGPD, a plusieurs dispositions importantes, mais surtout il s'applique à toutes les entreprises qui font affaire en Europe, que leur siège social y soit domicilié ou non. Vous avez d'ailleurs sûrement reçu des courriels d'une myriade d'entreprises, fin mai, début juin, indiquant que « notre politique de confidentialité a été mise a jour ». Ces entreprises désirant continuer d'opérer en Europe, une telle mise à jour était nécessaire afin de respecter le cadre réglementaire européen.

Tous les médias du Québec se sont d'ailleurs convertis à cette règle, de La Presse au Quotidien, en passant par RDS et le Huffington Post, permettant ainsi aux francophones d'Europe de consulter les journaux et magazines québécois en ligne. Tous? Non, car Québecor, n'ayant pas mis à jour sa politique, bloque l'accès à toutes ces publications sur le continent européen : le Journal de Montréal, le Journal de Québec, TVA nouvelles, TVA sports, etc. Lorsque vous tentez de consulter un de ces sites à partir d'Europe, vous voyez ce bandeau, où l'équivalent, s'afficher :

Géoblocage du Journal de Montréal et du Journal de Québec

Quand, à partir de Paris, l'animatrice de l'émission Kiosque de TV5 dit à Mathieu Bock-Côté « c'est ce que vous écriviez cette semaine dans le Journal de Montréal », on peut donc se questionner à savoir si elle, ou quelqu'un de son équipe l'a vraiment lu. À moins, bien sûr qu'ils ne reçoivent l'édition papier du Journal de Montréal à leurs bureaux à Paris, ce dont on peut raisonnablement douter. En fait, aucune rédaction d'Europe n'a accès aux articles de Québecor!

Certes, il existe des artifices technologiques pour contourner ce blocage (l'utilisation de VPN ou de Tor), mais seule une faible minorité d'internautes en a les capacités, sans parler de la patience et de la volonté requises pour installer une telle solution dans le but de consulter les médias de Québecor.

Cette absence de mise à jour de la part de cette entreprise est peut-être justifiée par l'absence de revenus publicitaires provenant d'Europe. Les publicités sont rarement pertinentes lorsque l'on consulte un site de nouvelles étranger : elles génèrent peu de clics et donc peu de revenus. Une mise à jour de toutes les politiques de confidentialité aurait potentiellement été onéreuse, alors que le géoblocage de l'Europe est une solution simple et rapide à mettre en place.

Ce faisant, Québecor prive la francophonie de toute l'Europe, mais elle prive par le fait même des Québécois en vadrouille des opinions des chroniqueurs et surtout d'un important corpus de nouvelles (surtout celles du CH!). Pour une nation comme le Québec, un tel rayonnement est important. Fait qu'envoye Québecor! Si le site du journal du Citoyen de Val d'Or – Amos est capable d'avoir une politique conforme au RGPD, toé aussi t'es capable!

Dorion la différente

J'aimerais attirer votre attention sur quelques aspects qui n'ont peut-être pas été apparents à première vue dans cette entrevue des nouvelles élues à Tout le monde en parle (TLMEP).

Écoutez la manière dont Geneviève Guilbault répond à la première question de Guy A. Elle y répond de biais, passant les messages que la CAQ a identifiés, et qu'elle a vraisemblablement pratiqués, soient:

  1. Les Québécois ont écrit une page d'histoire en élisant la CAQ;
  2. On a un mandat clair;
  3. À nous maintenant de livrer le changement.

Même chose pour la réponse de Marwah Rizqy du PLQ. Les éléments qu'elle désire communiquer au public sont:

  1. J'ai lutté contre les paradis fiscaux;
  2. Couillard a mis «la maison en ordre»;
  3. Beaucoup de citoyens ne sont pas allés voter.

En comparaison, remarquez comment répond Catherine Dorion aux questions qui lui sont posées: elle réfléchit, puis répond directement. Elle gesticule également pendant qu'elle s'exprime. Il y a des répétitions dans ses formules. Bref, elle est naturelle.

La différence entre la technique et le naturel est palpable. Il ne s'agit pas ici de blâmer la manière «classique» de répondre du PQ/CAQ/PLQ. En fait, cette façon de répondre est une technique enseignée dans les facultés de communication des universités, c'est le B.A.-BA des politiciens (et politiciennes).

Deux raisons mènent les politiciens à répondre de la sorte. Premièrement, les clips pour la télé et la radio sont généralement de quelques secondes. Il faut donc que les politiciens passent leur message dès qu'ils ont le micro, quitte à éluder la question posée. Cette réponse doit de plus être formatée pour être coupée et montée aisément par les médias (4 ou 7 secondes). Message court, simple et répété. Gardez ça en tête, vous verrez passer ça en boucle.

Deuxièmement, les journalistes ne défendent pas le bien commun, mais posent des questions pour faire un titre vendeur, pour coincer les politiciens. Quant aux chroniqueurs, ils tentent plutôt de poser des questions qui confirment leur trame narrative, leur interprétation politique, souvent développée et élaborée au cours des années et de leur chronique (ex.: Michel David pense et promeut l'idée que la baisse de popularité de l'indépendance mène logiquement à la mise au rencart de la promotion de l'option. Mathieu Bock-Côté ramène tout à l'identité et à un passé mythique idyllique. Richard Martineau met du « gros bon sens » partout, etc.)

Une méthode de défense contre les questions tendancieuses, qui finit par devenir une seconde nature, est de répondre à côté en donnant ses propres messages, courts et répétés.

Catherine Dorion n'est pas (encore) passée dans ce moule-là, pas plus que 7 des 10 élus de QS : GND et Manon Massée sont déjà rompus à cette technique, et Vincent Marissal, en tant qu'ex-chroniqueur à la Presse, la connaît bien également.

La différence entre Catherine Dorion et les autres élues sur le plateau de TLMEP, ce n'est pas juste d'avoir des bottes faites pour marcher à la place de talons aiguilles. C'est aussi que Catherine Dorion n'est pas encore formatée au style politicien. On peut également le constater à son attitude non verbale : alors que les élues sourient lors des réponses des autres, Catherine Dorion se manifeste sans filtre. Cela a d'ailleurs été bien saisi au montage lorsque Catherine Fournier du PQ insinue que QS est « dogmatique ». Ajoutons une deuxième exception lors de l'entrevue, lorsque Marwah Rizqy du PLQ passe l'offensive lors de la réponse de Geneviève Guilbault de la CAQ sur les signes ostentatoires : on voit que la question vient la chercher, elle en perd sa composition habituelle.

Ce qui risque d'arriver à terme, c'est que Catherine Dorion et les autres se fassent coincer par une réponse mal interprétée qui donne des titres dont QS doit par la suite se défendre ou, dans le meilleur des cas, que le message ne passe tout simplement pas.

On va probablement assister au cours des prochaines années, à un lissage des messages de QS. C'est d'autant plus probable que QS ayant maintenant des moyens financiers importants, ils vont engager des professionnels de la communication, formés à la technique décrite, qui vont instiller cette méthode chez les députés.

Ou bien, peut-être, ils resteront naturels devant les médias et oseront quelques "scandales" échappés en échange de beaucoup de moments de vérité. Après tout, il y en a eu d'autres avant : Chartrand, Falardeau… et même le maire Labeaume.

Apprécions maintenant le naturel et la jeunesse des élus de QS, en espérant qu'ils ne perdent pas trop rapidement cette façon rafraîchissante et naturelle de communiquer avec la population.

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