652 billets et 934 commentaires jusqu'à maintenant

Les fans de PKP

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

Ce qui fascine dans l'effet PKP n'est pas tant l'homme lui-même, il en dit trop peu pour se soumettre à une analyse, que ceux qui prennent sa défense. Ses fans lui prêtent des pouvoirs, savent lire entre les lignes de sa stratégie, qui sera assurément gagnante, et n'hésitent pas à offrir l'exégèse de ses silences.
Andrée Ferretti nous sert un parfait exemple de cette clairvoyance lorsqu'elle écrit dans un billet intitulé « L'intelligence révolutionnaire de PKP », rien de moins, que

ses silences et réponses évasives ne sont ni le fruit de son impréparation à la joute politique ni l'effet de son caractère orgueilleux. Elles relèvent de son intelligence des règles de base de la stratégie à adopter, quand on engage une lutte à finir avec l'ennemi. Elle lui permet de comprendre que toutes réponses, hic et nunc, aux questions sur ses intentions ne serviraient qu'à fourbir les armes de celui-ci.

Ferretti comprend ce que PKP veut réellement dire, et pense nous rendre service en l'expliquant, alors que l'intéressé refuse de le dire lui-même à la population.

Un autre exemple sur Twitter de compréhension de la stratégie de PKP, où une militante répond à mes questions sur son plan d'accession à l'indépendance :


Discussion sur Twitter d

Les admirateurs clairvoyants sont aussi légion sur Facebook. On peut le lire dans ce commentaire expliquant pourquoi PKP ne répond pas aux questions :

Commentaire pro PKP sur la page Facebook de ce dernier.

Il n'y a pas que des supporters, loin s'en faut. Les opposants sont nombreux, mais les partisans de PKP semblent avoir compris quelque chose que les autres ne peuvent saisir en l'écoutant.

En agissant de la sorte, les partisans de PKP ne rendent service à personne. D'une part, la méthode d'accession à l'indépendance que PKP adoptera, dans la mesure où il s'engagera concrètement à faire l'indépendance après la prochaine élection, ne correspondra probablement pas à ce qu'ils avaient envisagé. D'autre part, convaincre la population du Québec ne pourra se faire uniquement sur les réseaux sociaux. Il faudra que PKP s'adresse au peuple québécois à travers les médias traditionnels, médias qu'il se met à dos pendant cette course.

Ce dont on peut être certain, c'est que si PKP gagne avec son unique réputation et ses fans inconditionnels, il ne faudra pas s'étonner si par la suite tout ce qu'il peut offrir, c'est une réputation et des fans inconditionnels.

Après une course où il n'aura joué, essentiellement, que de stratégie, PKP n'aura toujours rien prouvé politiquement. Cela n'implique pas qu'il n'arrivera à rien, mais la course à la direction du PQ n'aura pas été un test, tout au plus un concours de notoriété. Et les lendemains risquent d'être difficiles, alors que Facebook et Twitter ne pourront plus être les uniques véhicules médiatiques. Il faudra se frotter aux journalistes, présenter des projets concrets et surtout, répondre aux questions. Si les fans de PKP l'étaient un peu moins, il serait possible de savoir ce que PKP a dans le coffre. D'ici là, tout n'est qu'art divinatoire.

ptaff.ca cité par l'ombudsman de Radio-Canada

Dans une décision du 19 février 2015 portant sur l'utilisation du refroidissement éolien sur ses ondes, l'ombudsman de Radio-Canada cite la page humidex de ptaff.ca:

L’indice a d’ailleurs de nombreux détracteurs. Parmi eux, M. Miguel Tremblay, un physicien qui a cofondé ptaff.ca, un site web ouvert à tous et qui dit favoriser la propagation des idées et du raisonnement.

M. Tremblay y a consacré une longue analyse critique de l’indice de refroidissement éolien. Voici, à son avis, plusieurs raisons de s’opposer à l’utilisation de cet indice, comme, d’ailleurs, à l’indice humidex utilisé en été :
[…]

Et M. Tremblay de conclure que cet indice « plutôt que d'informer les gens sur une réalité, les induit en erreur ».

La plupart des critiques de M. Tremblay rejoignent celles du plaignant.

Oléoducs au Québec: le pétrole sera vendu au plus offrant

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

TransCanada et Enbridge, les deux compagnies désirant amener le pétrole albertain au Québec par oléoducs, utilisent comme argument principal l'autonomie énergétique canadienne pour faire accepter leur projet. Leurs deux oléoducs, Énergie Est et 9B, permettront selon eux de remplacer le pétrole importé au Québec par du pétrole canadien. Or, rien ne garantit que le pétrole transitant par ces oléoducs sera entièrement raffiné au Québec. Voici pourquoi.

Premièrement, le pétrole se vend et s'achète librement sur le marché mondial. Le pétrole mis en vente et transitant par ces deux oléoducs ne représentera donc pour les raffineries québécoises qu'un vendeur supplémentaire. Les raffineries québécoises achèteront, au moment où ils le jugent opportun, le pétrole léger le moins cher disponible sur le marché mondial. Le pétrole albertain, de moindre qualité, parce que lourd, ne sera qu'une offre parmi d'autres, et rien ne garantit que cette offre sera la plus avantageuse pour les raffineries.

Suivant la même logique marchande, les compagnies pétrolières qui feront passer le pétrole dans ces oléoducs vendront le pétrole au prix le plus élevé possible sur ce même marché mondial. Les raffineries du Québec ne seront que deux clients parmi tous ceux de la planète, et rien ne garantit que les raffineries offriront le meilleur prix pour le pétrole coulant dans les oléoducs.

Deuxièmement, le pétrole transitant par ces oléoducs ne peut être complètement raffiné au Québec. D'abord en raison du type de pétrole transporté, car les raffineries québécoises ne peuvent traiter qu'un pétrole de qualité supérieure (léger) au pétrole des sables bitumineux (lourd). Et même si les raffineries québécoises pouvaient utiliser le pétrole lourd il y en aura beaucoup trop : la capacité des deux oléoducs sera de 1,4 million de barils de pétrole par jour (bpj), alors la consommation québécoise est de 300 000 bpj, quatre fois moins que la quantité de pétrole qui y transitera. On peut donc conclure que la grande partie de ce pétrole devra être exportée. Cette exportation se fera notamment avec des superpétroliers, pouvant contenir 700 000 barils de pétrole, qui navigueront sur le fleuve et le golfe St-Laurent.

Seule la méthode coercitive permettrait de garantir le remplacement des importations québécoises de pétrole par du pétrole canadien. Les gouvernements devraient forcer les producteurs de pétrole albertain et les raffineries du Québec à conclure des contrats d'approvisionnement pour que cela survienne. Bien sûr, aucun gouvernement n'a envisagé cette possibilité. Les acheteurs, comme les vendeurs, ont avantage à avoir accès à un libre marché mondial du pétrole.

Notons au passage que cette argumentation est tout aussi valable pour une éventuelle production de pétrole au Québec. Le pétrole québécois serait lui aussi vendu sur un marché mondial et le serait au plus offrant, pas nécessairement aux raffineries québécoises contrairement à ce que laisse sous-entendre les compagnies rêvant à cette exploitation (Pétrolia, Junex, Corridor Resources, Questerre).

Au moment où le gouvernement du PLQ lance sa réflexion sur sa politique énergétique, dans laquelle il affirme que « tout le pétrole raffiné au Québec serait canadien ou américain d'ici à la fin de l'année », il est bon de rappeler que le pétrole est acheté et vendu sur un marché mondial et qu'on ne peut forcer des ententes. Ne nous laissons pas tromper par les campagnes de communication des entreprises et des gouvernements, le pétrole des oléoducs n'est pas destiné aux Québécois, mais bien à faire le maximum de profits.

Les dénégateurs du réchauffement climatique

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

Lors de la rédaction de ma réponse aux mensonges climatiques, j'ai été confronté à la difficulté de trouver un mot, ou une expression, permettant de désigner les personnes niant le réchauffement climatique. Je n'y suis pas parvenu et j'ai dû utiliser explicitement « personne niant le réchauffement climatique ». C'est ce problème que je propose de résoudre en utilisant l'expression dénégateurs du réchauffement climatique pour les identifier. Voici mon raisonnement.

Les mots climatosceptique et négationniste sont ceux qui sont le plus utilisés dans les médias pour qualifier ces personnes. Cependant, leur étymologie soulève des problèmes importants.

Le terme climatosceptique, comme l'Association communicateurs scientifiques du Québec se l'est fait rappeler lors de leur riposte à Friend of Science, contient le mot sceptique, qui est relié à la méthode scientifique. Or, on reproche justement à ces personnes de nier la méthode scientifique et ses résultats. Les affubler d'un mot incluant sceptique est élogieux à leur égard et ne correspond par à leur attitude. Un groupe de sceptiques américains a d'ailleurs publié en décembre dernier une lettre demandant à ce que ces deniers ne soient plus qualifiés de skeptics.

Quant au mot négationniste, il soulève encore plus de problèmes. Ce mot est en effet utilisé uniquement pour désigner ceux qui nient des événements historiques, plus particulièrement la Shoah. D'une part, le réchauffement climatique n'est pas un événement historique, mais bien une théorie scientifique. D'autre part, cela permet aux personnes ainsi étiquetées de se victimiser, car elles sont assimilées à une tendance néonazie. Cette victimisation a par exemple été le premier reflexe de l'auteur à qui je m'adressais dans ma réponse à ses mensonges climatiques, alors que le mot négationniste n'apparaissant pas dans mon texte:

- Vous utilisez l'attaque ad hominem classique du «négationnisme». Or, ce terme n'est utilisé que pour renier des faits indéniables comme l'Holocauste.

En raison des problèmes reliés à ces deux mots, il faut donc trouver un nouveau terme.

Les personnes que l'on tente de qualifier peuvent être regroupées dans trois catégories, soient les personnes qui:

  1. Nient l'existence du réchauffement climatique;
  2. Croient en l'existence du réchauffement climatique, mais nient le rôle de l'humain ;
  3. Nient que l'on peut déterminer s'il y a réchauffement climatique, ou si les humains y jouent un rôle, car les incertitudes sont trop grandes (ces derniers s'identifient souvent comme agnostiques).

Le terme «dénégateur du réchauffement climatique» désigne bien ces personnes, car:

  • Le mot dénégateur a pour définition « celui qui nie », le verbe que l'on retrouve dans la description des trois groupes;
  • C'est également un mot dans la même famille que déni, qui définit en psychologie un « refus de reconnaître une réalité à caractère traumatisant » (Larousse), le réchauffement climatique pouvant certes être vu comme étant traumatisant;
  • Il permet d'éviter le problème du mot négateur, qui est défini comme une personne « portée à tout nier, à tout critiquer » (Larousse). Or, les dénégateurs du réchauffement climatique nient un sujet bien précis, et non tous les sujets.
  • C'est une traduction qui correspond au terme anglais Climate change denialist.

Certains prétendront que les termes climatosceptique et négationniste sont déjà d'usages courants et qu'il serait contre-productif de les changer pour un autre terme. Mais comme il est certain que ces personnes continuent d'avoir un rayonnement médiatique, mieux vaut ajuster notre sémantique le plus tôt possible afin de mieux refléter la réalité. Ajuster le discours pour refléter la réalité est la force des scientifiques, et la faiblesse des dénégateurs du réchauffement climatique. Soyons conséquents et adaptons notre vocabulaire.

Réponse à «Cinq mensonges climatiques en 2014»

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

Ce billet est en réponse à celui de Pierre-Guy Veer intitulé « Cinq mensonges climatiques en 2014 ».

Lorsqu'on a porté ce billet à mon attention, comme toujours j'ai hésité entre prendre la parole pour rectifier les faits, ou me taire de crainte d'attirer l'attention sur un billet qui n'en mérite pas. Il faut dire que les personnes niant le réchauffement climatique, ou le rôle des humains dans ceux-ci, ont une exposition médiatique disproportionnée par rapport à ce que leur opinion représente parmi les scientifiques. En lui répondant, ne contribuerais-je pas à lui donner un rayonnement immérité?

J'ai alors décidé de saisir l'opportunité d'une réponse afin de permettre aux lecteurs de développer des anticorps face à tous ces personnages qui sévissent dans les médias.

Je débuterai ma réponse en soulignant que les personnes niant le réchauffement climatique ne sont que très rarement des spécialistes du champ d'études en question. Lorsqu'ils ont une formation scientifique, ils sont pour la plupart des géologues, ce qui n'est en rien un spécialiste du climat ou de l'atmosphère. Dans le cas présent, Pierre-Guy Veer se qualifie comme libertarien et a une formation en économie, il n'a donc pas de formation précise sur le sujet et ne travaille pas dans ce domaine.

Dans mes réponses, j'utiliserai comme source des agences gouvernementales, des facultés universitaires ou encore des publications reconnues, contrairement à M. Veer qui se contente pour l'essentiel de faire des liens à un blogue niant le réchauffement climatique. Pour ce qui est de ma formation, je suis physicien et je travaille dans le milieu de la modélisation atmosphérique depuis plus de 10 ans.

Pour chaque affirmation, j'indiquerai s'il s'agit d'un mensonge ou non, comme le prétend l'auteur, en précisant ma réponse.

L'année 2014 est la plus chaude jamais enregistrée

M. Veer prend les mesures d'un seul satellite, propriété d'une compagnie privée californienne, pour qualifier cette affirmation de mensonge.

Or, la NOAA (l'équivalent américain d'Environnement Canada) et l'Organisation mondiale de la météo (OMM) affirment toutes deux que l'année 2014 sera la plus chaude jamais enregistrée.

L'OMM collecte toutes les données d'observation météorologique du monde. Douter de son analyse revient à prétendre qu'il existe une collusion entre les pays qui font les observations, ou que les scientifiques travestissent les données ou leur analyse.

Pour ma part, je préfère faire confiance aux milliers de scientifiques et d'observateurs météo partout sur la planète, plutôt qu'à une seule compagnie américaine.

L'Arctique menace de disparaître

Ce n'est pas un mensonge. Il est d'ailleurs étonnant qu'on puisse prétendre l'inverse, car année après année, les données sont cohérentes et vont dans le même sens.

Il suffit de regarder le graphique des étendues de la glace arctique en septembre, mois pendant lequel l'étendue est à son minimum, depuis les années 1979 pour s'en convaincre. Le déclin de glace pour le mois de septembre est de 13,3 % par décennie, par rapport à la moyenne de 1981 à 2010. Les 10 mois de septembre avec la plus faible couverture de glace ont eu lieu lors des 10 dernières années (source).

M. Veer prétend également que la superficie de la glace arctique est à son plus haut depuis 10 ans, ce qui est faux. L'année 2014 est en fait jusqu'ici une année ordinaire en comparaison avec les 5 dernières années, l'étendue de glace du mois de novembre étant la neuvième plus basse depuis 1979.

Les ours polaires sont en danger

Cette affirmation ne peut être qualifiée de « mensonge climatique » car elle n'est pas nécessairement reliée au climat.

Ce que l'on sait, c'est que le réchauffement climatique perturbe profondément l'habitat de la plupart des espèces. Certaines espèces seront favorisées et d'autres défavorisées. Il est difficile de prévoir l'impact des réchauffements climatiques sur une espèce précise, car les facteurs dont dépend la survie d'une espèce sont multiples et souvent difficiles à prévoir (comme les mesures de protection ou la destruction de l'habitat par l'humain par exemple).

Dans le cas de l'ours polaire, il serait possible d'expliquer l'augmentation des observations par les habitats humains qui sont de plus en plus nombreux dans le nord. L'ours polaire se nourrissant des déchets, cela faciliterait sa survie tout en augmentant le nombre d'ours observés. Cet exemple, bien que fictif, illustre bien la problématique de relier l'augmentation d'une population à l'absence d'une dégradation, ou à une amélioration, de son milieu naturel. Le milieu peut se dégrader et une augmentation d'une espèce y vivant peut tout de même être observée.

Ce que l'on peut affirmer, c'est que le réchauffement climatique, combiné à la destruction des milieux naturels par l'homme, a fait chuter le nombre d'espèces, et que cela ira en s'accentuant.

Pour avoir une meilleure compréhension des enjeux du réchauffement climatique sur la biodiversité, je vous invite à lire l'introduction du livre Changements climatiques et biodiversité au Québec.

Une augmentation du CO2 amènera famine et misère

Il s'agit là d'une déformation grossière de la Banque mondiale qui affirme dans un rapport qu'à « défaut de mesures concrètes de lutte contre le changement climatique, la communauté internationale pourrait bien subir les conséquences catastrophiques d'une hausse de 4 degrés de la température moyenne d'ici la fin du siècle, y compris des vagues de chaleur extrême, une baisse des stocks mondiaux de denrées alimentaires, et une élévation du niveau des mers qui pourrait toucher des centaines de millions de personnes ».

M. Veer indique qu'une augmentation de CO2 serait bénéfique à la croissance de certaines plantes, ce qui est tout à fait vrai. Cela dit, les autres dommages liés à l'augmentation de CO2, et donc à la quantité de chaleur dans l'atmosphère, mettront en péril les productions agricoles dans le monde, particulièrement dans les zones où les conditions agricoles sont difficiles. Cela expose les populations à une fluctuation importante des prix, comme lorsque le prix du blé avait doublé suite aux incendies en Russie.

Ces pénuries peuvent aller de pair avec une augmentation de productivité agricole dans certains pays comme le Canada ou les États-Unis. Cependant, les populations dépendantes de l'agriculture locale, ou consacrant une partie importante de leur revenu à l'alimentation, seront grandement exposées aux conséquences du réchauffement climatique sur l'agriculture. C'est à cela que fait référence la Banque mondiale lorsqu'elle indique qu'il pourrait y avoir une baisse importante des stocks mondiaux de denrées alimentaires.

Ainsi, bien que le CO2 puisse être considéré comme un fertilisant pour les plantes, les effets négatifs de l'augmentation de sa concentration dépasseront de loin les bénéfices qu'elle apportera.

La sécheresse en Californie est sans précédent

C'est peut-être un mensonge, mais cela ne change rien à la réalité des changements climatiques.

Il est en effet toujours hasardeux de relier un événement météorologique particulier au réchauffement climatique. Il faut plutôt regarder la tendance en combinant plusieurs événements pour en tirer une signification statistique. On ne pourra pas imputer un ouragan particulier au réchauffement climatique, mais il sera possible d'indiquer que le réchauffement climatique a causé l'augmentation du nombre d'ouragans ou encore leur puissance.

Il en va de même pour tous les événements météorologiques violents: inondations, sécheresse, ouragans, tornade, etc. On sait que le réchauffement climatique augmentera leur fréquence, mais on ne pourra jamais attribuer un événement précis au réchauffement climatique.

Pourquoi les chèques sont-ils aussi dispendieux?

Commander des chèques

Devant commander des chèques, je me suis rendu sur le site de Desjardins et j'ai suivi les instructions. Coût final: 40$ pour 100 chèques. Ça fait 40¢ du chèque, un coût ridiculement élevé.

Ayant souvent entendu qu'un chèque écrit sur un bout de papier avait valeur légale, j'ai cherché une entreprise offrant un produit moins coûteux. Recherche effectuée, ce billet de blogue de 2010 est toujours d'actualité, l'émission de chèques au Canada est le monopole de l'entreprise D+H. Toutes les institutions financières du pays font affaire avec cette entreprise.

Il semble y avoir une compagnie ontarienne qui offre des chèques un peu moins chers sur le web, mais leurs chèques ne sont pas disponibles en français, seulement dans les deux langues officielles du Canada: en anglais et en bilingue. Or, au Québec mon argent est unilingue français, et le chèque sur lequel il se transige ne saurait être dans une autre langue.

J'ai alors pensé avoir trouvé un filon pour arrondir mes fins de mois. J'allais monter une petite compagnie qui imprime des chèques deux fois moins chers que D+H et les vendre sur le web. Information prise, ce n'est malheureusement pas si simple. Tout d'abord, ce n'est pas vrai qu'une institution financière reconnaît une valeur à un bout de papier quelconque sur lequel il est écrit, par exemple, que « Je donne 20$ à Geoff Molson, voici mon numéro de compte… » En effet, pour qu'un chèque soit accepté par une institution financière, il doit respecter la Norme 006 de l'Association canadienne des paiements, ce qui n'est pas une mince affaire.

En parcourant la centaine de pages de spécifications techniques pointues, j'en conclus que pour créer un chèque valide, il faut mettre sur pied une imprimerie spécialisée et investir une quantité de temps phénoménale pour créer un produit utilisable. Or, comme la plupart des chèques sont livrés par les institutions financières elles-mêmes et que leur coût est refilé directement au consommateur, il y a peu de chances qu'elles soient intéressées par un produit moins cher. De plus, comme la plupart des gens ignorent que rien ne les oblige à commander leurs chèques à leur institution financière, et comme le marché du chèque a chuté drastiquement depuis l'avenue des paiements par guichet et par internet, cela donne un marché potentiel minuscule, des commandes individuelles de l'ordre de 10 $, pour un investissement initial colossal.

Bref, je ne me rendrai pas riche en imprimant des chèques. Ça explique aussi pourquoi aucune autre entreprise n'exploite ce filon, laissant au monopole de D+H tout le loisir de facturer des prix ridiculement élevés.

Lutter contre l'harmonie universelle

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

Dans un texte publié dans Le Devoir du 17 novembre 2014, Fabien Deglise se désole de l'augmentation du nombre de langues sur le web. L'abandon de l'anglais comme langue universelle sur la toile pourrait, selon le journaliste, « exacerber les risques de confusion, d'incompréhension et même de repli ».

Les universitaires cités présentent la diversité linguistique comme un mur, en indiquant que les langues sont « les nouvelles frontières du web à surmonter », qu'utiliser une autre langue que l'anglais équivaut à « se protéger des idées venant d'ailleurs » ou encore, que cette diversification n'est en fait qu'un instrument pour « mieux contrôler ce qui se passe dans sa langue ».

La thèse développée par Deglise et ces universitaires est claire. La langue internationale étant l'anglais, les idées circulent entre les cultures dans cette langue. Corolaire : tout changement contre cette uniformisation vers l'anglais est un obstacle à la circulation des idées, à la compréhension entre les peuples, à l'harmonie universelle. Utiliser une autre langue que l'anglais mène de « la peur au repli », mène à s'emmurer pour se protéger de l'Autre.

C'est l'application du concept de « citoyen du monde » à la technologie. Les communautés humaines devraient, selon cette théorie, se fondre dans une culture et une langue communes. Il faudrait que tous apprennent cette culture, et donc renie ou oublie la sienne, afin de participer à cette utopie collective. Tout geste allant dans une direction inverse est alors vu comme un refus de l'autre, une fermeture d'esprit. C'est d'ailleurs pour cela que Deglise fait appel à la mythologie de l'Ancien Testament. La diversité linguistique n'est rien de moins qu'une « babélisation du monde », menant vers le chaos et l'incompréhension.

Or, l'augmentation de la diversité des langues sur le web est la conséquence de l'abaissement de la barrière technologique. Monsieur et Madame tout le monde pouvant maintenant publier du contenu, il le fait le plus simplement du monde: dans sa langue. C'est en fait une bonne nouvelle, la technologie calquant simplement la diversité linguistique de l'humanité.

La défense du français au Québec, du catalan en Catalogne ou du slovène en Slovénie, est un acte de préservation de la diversité culturelle de l'humanité. Cette diversité est consubstantielle aux sociétés humaines. Elle fait partie de ce que nos ancêtres ont été, de ce que nous sommes et de ce que nous serons à l'avenir. Il faut cesser d'assimiler la préservation linguistique, tant sur le web que dans les pays à travers le monde, comme une lutte contre l'harmonie universelle.

La diversité linguistique est une richesse qu'il faut préserver.

Lettre aux Acadiens et aux francophones hors du Québec

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

Lors de mes deux campagnes électorales comme candidat pour Option nationale (ON), il m'est arrivé à plusieurs reprises de discuter avec des Acadiens. Lorsque j'expliquais qu'ON militait pour l'indépendance du Québec, ils avaient pour la grande majorité une réaction négative. Ils m'expliquaient que l'indépendance du Québec allait affaiblir les communautés francophones hors Québec, que leurs communautés seraient encore plus rapidement assimilées.

Amis acadiens et francophones hors Québec, le Québec pays sera plus utile à la prospérité de vos communautés qu'il ne peut l'être à l'intérieur du Canada. Voici pourquoi.

Observons d'abord que la survie de la langue française au Canada est étroitement liée au nombre d'habitants et au pourcentage relatif de francophones dans chaque province. Moins il y a de francophones dans une province, plus l'assimilation vers l'anglais y est rapide. Le déclin des communautés francophones est présentement rapide et avancé dans la majorité des provinces, alors même que le Québec fait partie du Canada.

Constatons ensuite que le Québec n'a aucun rôle officiel dans la protection de la langue française dans les autres provinces. C'est à chaque gouvernement provincial, sur son territoire, de même qu'au gouvernement fédéral, d'assurer cette protection. Que le Québec soit présent dans cette fédération ne représente aucune garantie que les autres juridictions protégeront le français. C'est d'ailleurs une réalité qui se vérifie tout au long de l'histoire du Canada. Prenons par exemple le règlement 17 de l'Ontario, qui fut en vigueur de 1911 à 1927, interdisant l'enseignement en français au-delà des deux premières années du primaire. Ou encore plus récemment, en 2003, alors que le gouvernement néo-écossais s'est fait blâmer de ne pas avoir suivi l'ordonnance d'un juge acadien, qui le sommait de construire des écoles françaises pour les Acadiens. On trouve de tels exemples dans chacune des provinces du Canada.

La présence du Québec dans la fédération canadienne n'assure donc aucune protection pour les communautés francophones des autres provinces. Le Québec lui-même peine à mettre en place des mesures de protection de la langue, notamment parce qu'il est soumis à la constitution canadienne. Comment pourrait-il aider politiquement les autres communautés francophones?

Même si leur gouvernement est menotté, rappelons que les Québécois ont déjà soutenu de façon indirecte les francophones des autres provinces. Avant la Révolution tranquille, cela se faisait grâce à un réseau d'entraide parallèle mis sur pied par l'Église catholique. Ce mouvement religieux, représentant l'écrasante majorité des Québécois francophones, a joué un rôle essentiel grâce aux prêtres québécois ayant mis sur pied des écoles de langue française dans les autres provinces. Avec la laïcisation de la société, ce réseau n'a plus les moyens, ni la mission, de soutenir de tels projets.

Lorsqu'il sera un pays, le Québec disposera de représentations dans les États étrangers, y compris le Canada. S'ajoutera alors tout un réseau d'institutions inexistant dans le Québec-province. Ces institutions auront des ressources pour promouvoir les intérêts et les valeurs des Québécois. Et comme la langue française sera une pierre d'assise de ce nouveau pays, la promotion de cette langue sera sans aucun doute au cœur de ses mandats. Ce soutient pourrait prendre la forme, par exemple, d'un réseau d'éducation calqué sur le modèle des collèges français, les « collèges québécois », dans les provinces du Canada.

Amis Acadiens et francophones de toutes les provinces du Canada, pourquoi défendre l'intégrité d'un pays qui, depuis sa création, utilise les outils politiques qu'il possède pour forcer directement ou indirectement votre assimilation? En appuyant l'indépendance du Québec, vous favorisez la création d'un pays francophone en Amérique du Nord qui sera en mesure de vous aider à sauvegarder votre culture. Le Québec province ne peut à peu près rien pour vous, alors qu'un Québec pays possédera les institutions, les moyens financiers et le mandat de renforcer les communautés francophones.

TransCanada Est émettra autant de GES que toutes les industries du Québec

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

En permettant à l'oléoduc TransCanada Est de passer sur son territoire, le gouvernement du Québec provoquera une augmentation d'émission de gaz à effet de serre (GES) supérieure à toutes les diminutions qu'il a prévues d'ici 2020.

À terme, c'est le tiers de toute la production des sables bitumineux de l'Alberta qui passera par le Québec, par le plus gros oléoduc du continent. C'est 1,1 million de barils de pétrole supplémentaires qui seront extraits des sables bitumineux et qui passeront quotidiennement par TransCanada Est. Cette extraction causera l'émission de 25 mégatonnes (Mt) de CO2 par année, l'équivalent de ce qu'émettent toutes les industries du Québec réunies. Ou encore 30% de tous les GES émis par le Québec. Avec un seul projet.

Aucun projet entrepris par le Québec ne permettra de diminuer d'une quantité équivalente les émissions de CO2. L'atteinte des objectifs du protocole de Kyoto par le Québec, une diminution de 17 Mt par année, ne permettrait même pas de compenser les émissions supplémentaires de tout ce pétrole.

Ce qu'il faut comprendre, c'est que cet oléoduc n'est pas une option parmi d'autres pour sortir le pétrole de l'Alberta. Tous les moyens de transporter le pétrole de l'Alberta sont déjà utilisés à pleine capacité. Si le Québec refuse le passage de cet oléoduc, ce sera donc autant de pétrole qui restera sous terre.

Rappelons que selon le GIEC, 65 à 80 % de toutes les réserves d'hydrocarbures connues doivent demeurer inexploitées afin que le climat ne se détériore pas au-delà du seuil jugé scientifiquement acceptable (2⁰C de réchauffement en 2100). Ces réserves devant rester inexploitées incluent bien sûr les sables bitumineux de l'Alberta et les pétroles de schistes qui seront transportés dans cet oléoduc.

C'est fort probablement pour cette raison que l'Office national de l'énergie, l'organisation responsable d'approuver la construction de l'oléoduc TransCanada Est, n'a pas pris en compte l'émission des GES. L'effet sur le bilan des GES est si désastreux, qu'aucune propagande du gouvernement du Canada n'aurait pu justifier d'aller de l'avant. Plutôt que d'affronter un problème insoluble, le gouvernement fédéral a simplement décidé de l'écarter des critères à prendre en compte.

Si d'un côté le Québec s'engage à réduire les émissions de GES sur son territoire, mais que de l'autre il prend des décisions créant une augmentation supérieure sur un autre territoire, il respecte l'accord de Kyoto, mais nuit aux efforts pour lutter contre les changements climatiques en empirant le solde du Canada. Car ce qui contribue au réchauffement climatique, c'est la quantité totale de CO2 dans l'atmosphère, quel que soit l'endroit d'où ce CO2 est émis.

L'oléoduc TransCanada Est n'est pas seulement une menace terrible pour le fleuve St-Laurent et l'environnement du Québec dans son ensemble. Il fait aussi partie des projets ne devant pas voir le jour si l'on veut être cohérent dans la lutte contre les changements climatiques.

La quantité supplémentaire de GES qui sera émise si ce projet voit le jour est une raison suffisante pour que le gouvernement du

Extrait d'un discours de Lionel Groulx, le 29 juin 1937

Lionel Groulx

Ce discours de Lionel Groulx a été prononcé lors du Deuxième Congrès de la langue française au Canada en 1937. Ayant pour titre « L'histoire gardienne des traditions vivantes », les organisateurs ne pouvaient se douter de la conclusion, où l'abbé Groulx appelle à la création d'un État français.

La fin de ce discours est recopiée ici.

De grâce, que l'on ne réplique point, avec les défaitistes: « Trop tard! Le peuple ne veut plus! » J'aurai le courage de prendre ici la défense de notre petit peuple. Sans doute, se révèle-t-il parfois bien inerte, bien décevant. Mais l'histoire m'a appris que d'ordinaire, il vaut autant que ses chefs. Au surplus, quand tout un peuple est endormi, c'est qu'il y a eu quelque part des endormeurs. Je dénie le droit à ceux qui ne sont pas même éveillés, de reprocher au peuple son sommeil. Trop tard? Passons, Messieurs les dirigeants, autant de temps à faire quelque chose que nous en avons passé à ne rien faire; dépensez, pour le réveil national, pour le redressement de la conscience collective, autant d'activité, autant de millions, autant d'esprit d'organisation et de propagande, propagande de husting1, propagande de radio, propagande de journaux, qui s'en est dépensé, en cette province, depuis soixante ans, pour nous insuffler les passions insanes de la politique; dépensez autant d'effort, pour nous éclairer et pour nous unir, que vous en avez dépensé pour nous aveugler et nous diviser; et alors, vous pourrez parler de l'apathie populaire.

Trop tard? Mais vous ne voyez donc pas, vous n'entendez pas ce qui s'en vient? Le souffle de grandeurs, le voici qui commence à soulever une génération. Notre avenir nouveau, la jeunesse la plus intelligente, la plus allante, la plus décidée, le porte déjà dans ses yeux. Voilà pourquoi je suis de ceux qui espèrent. Parce qu'il y a Dieu, les ancêtres qui ont espéré; j'espère avec tous les espérants d'aujourd'hui; j'espère par-dessus mon temps, par-dessus tous les découragés. Qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, notre État français, nous l'aurons; nous l'aurons jeune, fort, rayonnant et beau, foyer spirituel, pôle dynamique pour toute l'Amérique française. Nous aurons aussi un pays français, un pays qui portera son âme dans son visage. Les snobs, les bonne-ententistes, les défaitistes, peuvent nous crier, tant qu'ils voudront: « Vous êtes la dernière génération de Canadiens français… » Je leur réponds, avec toute la jeunesse: « Nous sommes la génération des vivants. Vous êtes la dernière génération des morts! »

1. Hustings [habituellement au pluriel]: anglicisme désignant une plateforme, généralement construite en bois, utilisée en campagne électorale à l'époque. Par ellipse, peut désigner la campagne en elle-même.

Source: Courtois, Charles-Philippe; Parenteau, Danic (2011). Les 50 discours qui ont marqué le Québec, Anjou: Les éditions CEC, p. 168. ISBN: 9782761732703

Page suivante »
  •  

    Voir tous les tags
  • Nous suivre

  • Meta