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Les Subversifs répond aux questions sur Léo Major

Le Réduit de Léo Major

Une première boisson alcoolisée a été nommée en l'honneur du guerrier Québécois Léo Major. Le microdistillateur Les Subversifs de Sorel-Tracy ont en effet nommé leur spiritueux en faisant référence à des personnages historiques du Québec, dont leur « réduit » qui se nomme « Le Réduit de Léo Major ».

M'intéressant à ce héros méconnu depuis de nombreuses années, j'ai contacté Les Subversifs qui a aimablement accepté de répondre à mes questions sur leur produit.

1.Comment avez-vous connu Léo Major?

Nous voulions changer l’image et les noms de nos produits pour les rendre plus proches de notre histoire, celle du Québec. Nous avons étudié différentes options et nous avons choisi de rendre hommage à des personnages qu’ont été subversifs à leur époque et un peu ou complètement oubliés. Lors de notre recherche dans l’histoire, l’histoire du soldat Léo Major nous a vraiment interpellés.

2.Dans le domaine militaire, un ​réduit est une fortification​. Pourriez-vous nous expliquer de quoi il s'agit lorsqu'on dans le domaine des eaux-de-vie?

Lors de l’élaboration du sirop d’érable, on appelle le Réduit, le liquide entre l’eau d’érable et le sirop d’érable. La tradition des cabanes à sucre familiales veut que pendant la chauffe dans l’évaporateur, on offre aux convives, un verre de Réduit chaud, mélangé avec un peu de gin. Je suis content d’apprendre qu’il a une signification aussi dans le domaine militaire.

3.Comment avez-vous décidé d'opter pour Léo Major comme nom pour votre réduit?

Cette liqueur de gin et sirop d’érable, c’est une boisson typique du Québec qui peut dépasser nos frontières, un peu comme Léo Major.

4.Avez-vous eu des rétroactions depuis le changement de nom?

Dans le cas de Léo Major, ç’a été très positif.

5.Comme suggérez-vous de boire cette liqueur?

Tel quel, froid, sur glace ou chaude.

6. Où les amateurs peuvent-ils se procurer le Réduit de Léo Major?

Dans presque toutes les succursales de la SAQ au Québec.

7.Comptez-vous rendre hommage à d'autres héros militaires de notre terroir?

Notre critère pour les personnages est d’avoir fait partie de notre histoire, d’avoir été oublié et d’avoir été subversif.

8.Avez-vous un message pour les admirateurs de Léo Major?

Continuer à lui rendre hommage et surtout de ne pas l’oublier, ainsi que tous les autres combattants qu’ont défendus les gens et nos valeurs.

Dons politiques au Québec: 2019-02

Votre mise à jour mensuelle sur les dons aux partis politiques du Québec. Vous pouvez aussi visualiser le billet pour janvier 2019.

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Analyse

Le mois de février a été à l'image de celui de janvier, avec QS largement en avance sur les autres partis. QS a eu 313 des 588 dons (53% des donateurs, 57% des dons totaux) des deux premiers mois de 2019. Le nombre de donateurs est environ 3 fois moindre qu'en 2018, année électorale. À l'instar de 2019, QS avait été le premier dans le financement pour janvier-février, le PQ explosant en mars pour prendre la première place, qu'il a par la suite conservée.

Pour la proportion des femmes parmi les donateurs, le mois de février a ramené les partis politiques plus près de leur moyenne de 2019: CAQ autour de 30%, PQ et PLQ à 35% et QS à 47%.

Curiosité, avec près de 65 donateurs le Parti Libre (PL) est proche du nombre de donateurs du PLQ (73). Après quelques recherches, ce parti politique, dont je n'avais jamais entendu parler, est le parti de Michel Leclerc de St-Sauveur. Le parti est présent sur la scène municipale de St-Sauveur, en plus du Québec, et leur page Fabecook à moins de mentions j'aime que de contributeurs!

Ce mois-ci a été marqué par un article indiquant que le Parti québécois est au bord du gouffre financier. Pour atteindre sa cible de 800 000$, le PQ aura besoin de 12 300 donateurs avec le montant moyen qu'il a reçu jusqu'ici (65,14$). Même en tenant compte des règles d'appariement, il faudrait que le PQ plus de 10 000 donateurs. Voilà un objectif qui paraît ambitieux, car l'an dernier, une année électorale, le PQ a reçu un total de 13 500 donateurs. Il faudrait donc que le PQ fasse une solide campagne de financement pour y arriver.

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Du son côté, le PLQ déplore le plafond de 100$ par année par contributeur imposé par le gouvernement Marois. Le PLQ, ayant un montant moyen par donateur plus élevé que QS et le PQ, a connu ses beaux jours du financement dans les années 2000 à 2011, essentiellement le règne de Jean Charest. C'est à cette époque, alors que le montant maximal par année était de 3000$, que le PLQ et les autres partis ont été accusés de corruption, notamment en raison des dons effectués par les firmes de génie-conseil. Ce sont ces scandales qui ont mené à la première baisse du plafond, à 1000$, pour ensuite être abaissé à 100$ (200$ en année électorale). Ce sont ces règles qui s'appliquent encore aujourd'hui et que le PLQ aimerait revoir.

Dons politiques au Québec: 2019-01

Votre mise à jour mensuelle sur les dons aux partis politiques du Québec.

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Analyse

Les résultats sont probablement peu représentatifs de l'allure que prendront les chiffres pour 2019. Avec 378 donateurs, tous partis confondus, l'analyse a ses limites. On commence l'année tranquillement.

Comme pour janvier 2018, QS commence en force pour 2019. On se souviendra que QS avait fait une sortie de presse indiquant qu'ils avaient amassé plus d'argent que les 3 autres partis réunis. Ça demeure vrai pour janvier, mais on se souviendra que QS a terminé 4e niveau financement populaire en 2018. Ce départ canon est probablement causé par une campagne de financement hâtive de la part de QS, plutôt qu'un autre facteur.

Étonnamment, la proportion de femmes de la CAQ, du PLQ et de tous les donateurs est au-dessus de 40%. C'est probablement un effet du faible nombre de donateurs pour les deux partis, 15 et 20, respectivement. Je m'attends à ce que ces taux redeviennent près de leur normale de 2018 au cours des prochains mois.

Les montants moyens semblent assez loin de la limite de 100$, mis à part pour la CAQ et les « Autres ». On verra ce qu'il adviendra au cours des prochains mois.

Notes

On commence une nouvelle année, je mets donc uniquement les chiffres pour le mois de janvier sous formes de graphiquse à barres.

J'ai ajouté une entrée pour « Autres » qui combine tous les dons faits aux autres partis politiques du Québec. Cela permet d'avoir une idée des dons qui leur sont faits.

Tirer un trait sur le PQ

Billet originalement publié sur LaPresse+ dans une version légèrement modifiée.

L’Office national du film a rendu disponible sur le web le documentaire Pauline Julien, intime et politique. J’y ai découvert une grande voix, qui m'a rappelé celle d’Edith Piaf. Je ne connaissais pas les détails de la vie de Pauline Julien, comme les circonstances de son ascension en France, où elle chantait Vigneault et y recevait plus de succès que chez elle, au Québec.

J'ai ensuite retrouvé dans le récit de sa vie un schéma similaire à celui de nombreuses personnalités québécoises de cette génération, dont deux nous ont quittés dernièrement :Lise Payette et Bernard Landry. Un parcours que l’on pourrait qualifier de « classique » dans l’histoire québécoise de la fin XXe siècle, du moins pour les nationalistes : prise de conscience de la québécitude, implication politique, Samedi de la matraque, fondation du Parti québécois (PQ), Crise d’octobre, prise du pouvoir du PQ, et défaites aux référendums de 1980 et de 1995.

Ma conscience politique s'est éveillée dans le sillage de cette trame historique. Je dois maintenant confesser que dans ma soif de connaissances du nationalisme québécois, j'évite ce qui concerne la fin du XXe siècle. La raison est simple : je suis tanné d'être triste. Car je ressens au plus profond de mon être que ces défaites, si bien incarnées par les gens du Camp du oui en pleurs au soir du référendum de 80, sont celles de mon peuple, donc un peu les miennes. Je partage le sentiment de Gérald Godin qui, au soir de la défaite en 1980, était triste car il « [voyait] un peuple qui refusait son avenir, sa vie et sa liberté, […] un peuple qui renonçait à vivre ».

Et puis, je pense à la cinglante défaite électorale que vient de subir le PQ, vaisseau amiral de cette époque révolue. À ces grilles d’analyse myopes qu’on utilise expliquer cette dérive : remise de l’option aux calendes grecques, déficit zéro, charte des valeurs, plateforme trop à gauche, ou encore Lisée tentant de débusquer le chef de QS.

Et je me dis, dans le fond, peu importe les causes. La disparition du PQ est peut-être nécessaire, souhaitable, afin de nous libérer de cet historique d’échecs. Afin de nous permettre de mettre définitivement cette époque derrière nous.

Je ne propose pas de renier l’histoire; ces échecs font partis de notre passé, elles sont tissées dans la trame historique de notre peuple. Mais cela permettrait de tracer une ligne, de distinguer un « avant » et un « après » ces refus du peuple québécois de venir au monde.

Nombreux sont ceux qui s’opposent à une telle fin, souvent avec véhémence. Les militants de cette époque, encore vivants aujourd’hui, de même qu’une certaine jeunesse, composent la force active du PQ. Cela se reflète dans le nombre de membres et dans le financement populaire du parti.

Mais il faut être lucide et constater que cette mobilisation n’a plus d’écho dans l’électorat, depuis longtemps déjà. Ne serait-il pas salutaire de changer d’embarcation, plutôt que de « ramer à contre courant », pour reprendre l’image de Jean-François Lisée dans son amer discours de défaite?

Certains militants ont déjà trouvé leur place à QS. Mais pour d’autres, ce parti ne peut être une voie acceptable. Je comprends et respecte cela. Pour ceux-ci, je leur souhaite de trouver une structure qui conviendra – peut-être dans la refondation du PQ dont il est question depuis quelques années – et qui leur permettra de poursuivre leur promotion de l’indépendance.

Ainsi redistribués dans d’autres partis et structures, sans boulet nommé PQ, il sera possible de poursuivre notre route, jusqu’au moment où le peuple du Québec contredira Godin et « choisira son avenir, sa vie et sa liberté ».

Québecor : géoblocage en Europe

En mai dernier, l'Union européenne adoptait un règlement en matière de protection de données personnelles. Le « Règlement général sur la protection des données », ou RGPD, a plusieurs dispositions importantes, mais surtout il s'applique à toutes les entreprises qui font affaire en Europe, que leur siège social y soit domicilié ou non. Vous avez d'ailleurs sûrement reçu des courriels d'une myriade d'entreprises, fin mai, début juin, indiquant que « notre politique de confidentialité a été mise a jour ». Ces entreprises désirant continuer d'opérer en Europe, une telle mise à jour était nécessaire afin de respecter le cadre réglementaire européen.

Tous les médias du Québec se sont d'ailleurs convertis à cette règle, de La Presse au Quotidien, en passant par RDS et le Huffington Post, permettant ainsi aux francophones d'Europe de consulter les journaux et magazines québécois en ligne. Tous? Non, car Québecor, n'ayant pas mis à jour sa politique, bloque l'accès à toutes ces publications sur le continent européen : le Journal de Montréal, le Journal de Québec, TVA nouvelles, TVA sports, etc. Lorsque vous tentez de consulter un de ces sites à partir d'Europe, vous voyez ce bandeau, où l'équivalent, s'afficher :

Géoblocage du Journal de Montréal et du Journal de Québec

Quand, à partir de Paris, l'animatrice de l'émission Kiosque de TV5 dit à Mathieu Bock-Côté « c'est ce que vous écriviez cette semaine dans le Journal de Montréal », on peut donc se questionner à savoir si elle, ou quelqu'un de son équipe l'a vraiment lu. À moins, bien sûr qu'ils ne reçoivent l'édition papier du Journal de Montréal à leurs bureaux à Paris, ce dont on peut raisonnablement douter. En fait, aucune rédaction d'Europe n'a accès aux articles de Québecor!

Certes, il existe des artifices technologiques pour contourner ce blocage (l'utilisation de VPN ou de Tor), mais seule une faible minorité d'internautes en a les capacités, sans parler de la patience et de la volonté requises pour installer une telle solution dans le but de consulter les médias de Québecor.

Cette absence de mise à jour de la part de cette entreprise est peut-être justifiée par l'absence de revenus publicitaires provenant d'Europe. Les publicités sont rarement pertinentes lorsque l'on consulte un site de nouvelles étranger : elles génèrent peu de clics et donc peu de revenus. Une mise à jour de toutes les politiques de confidentialité aurait potentiellement été onéreuse, alors que le géoblocage de l'Europe est une solution simple et rapide à mettre en place.

Ce faisant, Québecor prive la francophonie de toute l'Europe, mais elle prive par le fait même des Québécois en vadrouille des opinions des chroniqueurs et surtout d'un important corpus de nouvelles (surtout celles du CH!). Pour une nation comme le Québec, un tel rayonnement est important. Fait qu'envoye Québecor! Si le site du journal du Citoyen de Val d'Or – Amos est capable d'avoir une politique conforme au RGPD, toé aussi t'es capable!

Dorion la différente

J'aimerais attirer votre attention sur quelques aspects qui n'ont peut-être pas été apparents à première vue dans cette entrevue des nouvelles élues à Tout le monde en parle (TLMEP).

Écoutez la manière dont Geneviève Guilbault répond à la première question de Guy A. Elle y répond de biais, passant les messages que la CAQ a identifiés, et qu'elle a vraisemblablement pratiqués, soient:

  1. Les Québécois ont écrit une page d'histoire en élisant la CAQ;
  2. On a un mandat clair;
  3. À nous maintenant de livrer le changement.

Même chose pour la réponse de Marwah Rizqy du PLQ. Les éléments qu'elle désire communiquer au public sont:

  1. J'ai lutté contre les paradis fiscaux;
  2. Couillard a mis «la maison en ordre»;
  3. Beaucoup de citoyens ne sont pas allés voter.

En comparaison, remarquez comment répond Catherine Dorion aux questions qui lui sont posées: elle réfléchit, puis répond directement. Elle gesticule également pendant qu'elle s'exprime. Il y a des répétitions dans ses formules. Bref, elle est naturelle.

La différence entre la technique et le naturel est palpable. Il ne s'agit pas ici de blâmer la manière «classique» de répondre du PQ/CAQ/PLQ. En fait, cette façon de répondre est une technique enseignée dans les facultés de communication des universités, c'est le B.A.-BA des politiciens (et politiciennes).

Deux raisons mènent les politiciens à répondre de la sorte. Premièrement, les clips pour la télé et la radio sont généralement de quelques secondes. Il faut donc que les politiciens passent leur message dès qu'ils ont le micro, quitte à éluder la question posée. Cette réponse doit de plus être formatée pour être coupée et montée aisément par les médias (4 ou 7 secondes). Message court, simple et répété. Gardez ça en tête, vous verrez passer ça en boucle.

Deuxièmement, les journalistes ne défendent pas le bien commun, mais posent des questions pour faire un titre vendeur, pour coincer les politiciens. Quant aux chroniqueurs, ils tentent plutôt de poser des questions qui confirment leur trame narrative, leur interprétation politique, souvent développée et élaborée au cours des années et de leur chronique (ex.: Michel David pense et promeut l'idée que la baisse de popularité de l'indépendance mène logiquement à la mise au rencart de la promotion de l'option. Mathieu Bock-Côté ramène tout à l'identité et à un passé mythique idyllique. Richard Martineau met du « gros bon sens » partout, etc.)

Une méthode de défense contre les questions tendancieuses, qui finit par devenir une seconde nature, est de répondre à côté en donnant ses propres messages, courts et répétés.

Catherine Dorion n'est pas (encore) passée dans ce moule-là, pas plus que 7 des 10 élus de QS : GND et Manon Massée sont déjà rompus à cette technique, et Vincent Marissal, en tant qu'ex-chroniqueur à la Presse, la connaît bien également.

La différence entre Catherine Dorion et les autres élues sur le plateau de TLMEP, ce n'est pas juste d'avoir des bottes faites pour marcher à la place de talons aiguilles. C'est aussi que Catherine Dorion n'est pas encore formatée au style politicien. On peut également le constater à son attitude non verbale : alors que les élues sourient lors des réponses des autres, Catherine Dorion se manifeste sans filtre. Cela a d'ailleurs été bien saisi au montage lorsque Catherine Fournier du PQ insinue que QS est « dogmatique ». Ajoutons une deuxième exception lors de l'entrevue, lorsque Marwah Rizqy du PLQ passe l'offensive lors de la réponse de Geneviève Guilbault de la CAQ sur les signes ostentatoires : on voit que la question vient la chercher, elle en perd sa composition habituelle.

Ce qui risque d'arriver à terme, c'est que Catherine Dorion et les autres se fassent coincer par une réponse mal interprétée qui donne des titres dont QS doit par la suite se défendre ou, dans le meilleur des cas, que le message ne passe tout simplement pas.

On va probablement assister au cours des prochaines années, à un lissage des messages de QS. C'est d'autant plus probable que QS ayant maintenant des moyens financiers importants, ils vont engager des professionnels de la communication, formés à la technique décrite, qui vont instiller cette méthode chez les députés.

Ou bien, peut-être, ils resteront naturels devant les médias et oseront quelques "scandales" échappés en échange de beaucoup de moments de vérité. Après tout, il y en a eu d'autres avant : Chartrand, Falardeau… et même le maire Labeaume.

Apprécions maintenant le naturel et la jeunesse des élus de QS, en espérant qu'ils ne perdent pas trop rapidement cette façon rafraîchissante et naturelle de communiquer avec la population.

Analyse des donateurs politiques selon le genre au Québec

Afin de rendre le financement politique le plus transparent possible, Élections Québec publie depuis 2000 les noms et prénoms des donateurs aux partis politiques. À partir de cette information trouvée sur leur site, j'ai créé un logiciel libre qui permet de déterminer le genre, femme ou homme, des prénoms des donateurs. Il est ainsi possible d'observer certains phénomènes concernant le genre des personnes effectuant des dons politiques au Québec. L'analyse des dons politiques selon le genre est, à ma connaissance, inédite au Québec.

Mes résultats montrent que la répartition des dons par genre varie selon le parti politique et évolue au fil des années. Plusieurs facteurs, variant selon le genre, peuvent influencer ces différences de proportion des donateurs femmes et hommes : revenus, génération, nombre, représentativité politique, etc. Toutefois, l'analyse présentée ici se veut purement descriptive, sans a priori sur les causes, qui pourront, elles, faire l'objet d'autres études.

1. Les femmes font moins de dons aux partis politiques et donnent en moyenne moins d'argent que les hommes

Graphique 1 : Proportion des dons effectués par des femmes, en nombre de dons et en montant d
Graphique 1 : Proportion des dons effectués par des femmes, en nombre de dons et en montant d'argent (2000-2018)

Sur le graphique de la proportion de dons effectués par des femmes au Québec depuis 2000, on constate que les femmes sont systématiquement moins nombreuses à faire des dons que les hommes. Cette différence était particulièrement marquée au début des années 2000, alors que les femmes représentaient moins de 25% de tous les donateurs.

De plus, on voit que le montant d'argent donné par les femmes est moindre que leur proportion ou, si on le formule autrement, les femmes donnent en moyenne moins que les hommes.

2. La progression du nombre de femmes effectuant un don est plus rapide que la progression du nombre de donateurs total

On voit sur le graphique 1 que la proportion de femmes parmi les donateurs augmente de manière presque continue depuis 2000, avec une augmentation rapide de 2011 à 2013. Que s'est-il passé durant cette période qui pourrait expliquer que le nombre de femmes effectuant des dons aux partis politiques a augmenté de dix points de pourcentage (de 28% à 38%) ?

Il s'agit peut-être d'un effet des réformes du financement effectuées par le PLQ, dans un premier temps (2010), et par le PQ dans un deuxième temps (2012). Le montant maximal du don annuel est passé de 3000$ à 1000$ en 2010, et à 100$ par année en 2012. Après ces réformes, le nombre de donateurs a doublé.

Graphique 2 : Variation du nombre de donateurs et du nombre de femmes (2000-2017)
Graphique 2 : Variation du nombre de donateurs et du nombre de femmes (2000-2017)

Le graphique 2 présente la variation annuelle du nombre de femmes ayant effectué un don et la variation du nombre total des donateurs. Chaque fois que la courbe bleue est au-dessus de la courbe fuchsia, la progression du nombre de femmes est plus rapide que la progression du nombre de donateurs total, et donc la proportion des femmes parmi les donateurs augmente. On remarque ainsi que lorsque le nombre de femmes augmente (points bleus au-dessus de zéro), la proportion des femmes augmente également (point fuchsia au-dessus de zéro).

C'est que si le nombre de femmes effectuant un don augmente, cette progression est plus forte que l'augmentation du nombre de donateurs au total.

3. Plus un parti politique est à gauche, plus la proportion des femmes donatrices est élevée

Graphique 3: Proportion de femmes donateurs au Québec, par parti politique (2000-2018)
Graphique 3: Proportion de femmes donateurs au Québec, par parti politique (2000-2018)

Si on regarde la proportion de femmes parmi les donateurs aux 4 principaux partis politiques (CAQ/ADQ, PLQ, PQ et QS), on constate qu'elles sont mieux représentées dans les partis les plus à gauche de l'échiquier politique.

Québec solidaire est à cet égard dans une ligue à part. Il est le seul parti politique avec plus de 500 donateurs par année dont la proportion de femmes est toujours supérieure à 40%. La proportion de donatrices est toujours plus élevée au PQ qu'au PLQ. La CAQ ferme la marche avec un peu plus de 30% de femmes dans ses donateurs.

Conclusion

L'analyse des dons selon le genre ajoute un aspect qui était jusqu'ici invisible dans les informations livrées par Élections Québec. J'en déduis que 1- les femmes font moins de dons aux partis politiques et donnent en moyenne moins d'argent que les hommes, 2- que la progression des donatrices est plus rapide que la progression du nombre de donateurs totaux, et que 3- plus un parti politique est à gauche, plus la proportion de femmes effectuant un don à ce parti est élevée.

Comme futurs axes de recherche, il serait intéressant d'étudier l'effet des réformes du financement sur la représentativité des donateurs, de vérifier si le profil des donateurs pour le genre correspond également à celui des votes.

On peut également se questionner à savoir si la sous-représentation des femmes dans les dons n'est pas une conséquence de la plus grande pauvreté des femmes par rapport aux hommes. Il y a sûrement un seuil de revenu en deçà duquel l'idée de faire un don n'est tout simplement pas admissible. Comme il y a plus d'hommes que de femmes au-dessus de ce seuil, ceux-ci seraient donc plus nombreux à faire des dons.

En conformité avec la méthode scientifique, je rends disponibles le code source, les données et les analyses, de même qu'une série de graphiques sur le site de dépôt Framagit, le tout sous une licence permettant le partage, l'étude, l'utilisation et la modification.

L’anthropocène contre l’histoire

Billet originalement publié sur Facebook. Vous pouvez consulter la série de mes critiques de livre en suivant l'étiquette Critique sur ce blogue.

Anthropocène contre l

Ça fait un petit bout que je ne lis plus d'ouvrages sur les mesures et observations des changements climatiques (CC), sauf peut-être lorsque ça concerne spécifiquement le Québec. D’une part, je n’ai pas besoin de nouvelle information pour être convaincu des CC et, d’autre part, c’est une lecture qui me déprime.

Je me concentre plutôt sur les causes sociales, humaines, qui peuvent permettre de changer le cours des choses. « L’anthropocène contre l’histoire » entre dans cette définition. Il se concentre essentiellement sur une analyse du passé pour comprendre comment nous en sommes venus, collectivement, à une telle utilisation des combustibles fossiles. Il s’agit ici d’une analyse marxiste, où on comprend la dynamique de la révolution industrielle à la lumière de la lutte des classes.


La popularisation de la machine à vapeur s’est répandue 40 ans après le dépôt du brevet par James Watt (1769). Ce n’est donc pas la technologie seule qui a été révolutionnaire, mais bien le contexte social qui a suscité sa monté en popularité en Angleterre au XIXe siècle, pour se répandre dans le monde par la suite.

Au moment de l’invention de la machine à vapeur, les usines de coton anglaises utilisent la force hydraulique pour actionner la machinerie nécessaire au filage. Les usines sont situées sur le bord des rivières, et des villages sont construits tout près pour héberger les ouvriers, à l’image des villes minières comme Schefferville.

L’énergie hydraulique est moins couteuse que celle produite par le charbon. Cependant, les usines sont soumises aux aléas du flux des rivières qui peut, dans une certaine mesure être régularisé, mais ce sont des travaux onéreux.

L’éloignement de la main d’œuvre des rivières, combiné à la fluctuation de l’énergie hydraulique, favorise l’essor de la machine à vapeur. En effet, comme le charbon peut être déplacé facilement, il est possible de l’amener en ville où se trouve une main d’œuvre abondante. Les usines seront donc construites non pas où se trouve l’énergie, la rivière, mais là où se trouve les ouvriers.

Ce problème est d’ailleurs encore présent aujourd’hui : les énergies renouvelables ne peuvent pas être déplacées. Elles ne peuvent suivre les populations et se déplacer au gré du capital. On vit encore ce déplacement des usines vers les endroits où la main d'œuvre est économique, comme en Chine présentement.

Autre avantage de la machine à vapeur actionnée par la combustion du charbon : la régularité. En effet, la machine à vapeur fournit de l’énergie à la demande. Il est dès lors possible d’actionner la machine à vapeur en continue, et d’exploiter la main d’œuvre non pas selon le débit de la rivière, mais bien selon la quantité de charbon fournit à la machine à vapeur.
Ce sont ces deux conditions réunies qui ont favorisé, à partir de 1820, l’essor de la machine à vapeur dans les villes d’Angleterre, même si l’énergie hydraulique était, au final, moins dispendieuse. C’est d’ailleurs vers cette époque que la quantité d'énergie fournie par le charbon dépasse ce que l'île aurait pu fournir par les moyens traditionnels (bois, vent, hydraulique). En d’autres mots, le capital a besoin des combustibles fossiles pour continuer à s’accroître, car l’énergie fournie par la nature lui est insuffisante.

Afin de profiter de ce combustible, le capital se déplace vers la main d’œuvre. Il s’agit ici du fait d’une classe sociale particulière, les riches propriétaires Anglais de l’époque, qui profite de la combustion du charbon, et non le fait de tous les humains en Angletterre et encore moins de par le monde.

La route du charbon s’exportera par la suite en suivant la route de l'Empire, la vapeur remplaçant le vent pour déplacer les bateaux. Dès lors, des réserves de charbon seront nécessaires afin de ravitailler les bateaux de la marine anglaise. Des explorations seront effectuées un peu partout sur la planète, afin de trouver des réserves exploitables. Les populations vivant près des gisements découverts étaient la plupart du temps au fait de son existence, et de la possibilité de l’utiliser comme combustible, mais préféraient utiliser des matières comme le bois comme combustible. Ces communautés étaient souvent traditionnelles, et les Anglais tentent de les transformer afin de pouvoir ouvrir des mines et avoir des ouvriers disponibles. Très souvent, ces personnes sont plus ou moins intéressées à devenir mineur de charbon, un métier très difficile et, selon les conditions d'exploitation anglaises du XIXe siècle, peu rémunérateur.

La conquête du charbon, le premier combustible fossile, suivra ainsi la route anglaise, et se popularisera dans les pays de l’Empire, notamment en Inde, en raison du flux constant que permet sont exploitation. Cela permet les conquêtes militaires par bateaux à vapeur, on encore le déplacement rapide de troupes sur le territoire (prélude aux massacres de la première mondiale qui n’auraient pu avoir lieu sans le chemin de fer pour bouger rapidement les troupes conscrites à la frontière).
On a ainsi les éléments en main pour comprendre la thèse de l’auteur. L’anthropocène étant défini comme une ère géologique où ce sont les humains qui ont transformé la planète, il s’y oppose en indiquant que cela n’a rien à voir avec les humains au sens large, mais bien à une petite frange de ceux-ci, animée par l’accumulation du capital.

C’est en cela que l’anthropocène serait en lutte contre l’histoire, cette dernière indiquant que ce sont les capitalistes qui ont créé, et bénéficié, des combustibles fossiles. Les combustibles fossiles sont un condensé des rapports inégalitaires. Aucun humain ne s'est lancé dans son exploitation pour satisfaire besoin vital. Il nécessite le salariat.

Il avance deux faits qui appuient la thèse de l’élite ayant causée la majeure partie des CC, plutôt que l’espèce dans son ensemble :
Un dixième de l'espèce contribue à la moitié des émissions issue de la consommation. Le 1% le plus riche de la planète a une empreinte écologique 175 fois plus grande que 10% le plus pauvre (p. 59-60)
73% des émissions cumulées entre 1751 et 2010 sont le fait de 90 entreprises (p. 171)

L’auteur explore ensuite le lien entre les révolutions et le climat. On y trouve l’exemple Ottoman du XVIIe siècle et de la Syrie contemporaine. La région qui est la plus vulnérable face aux CC est le Moyen-Orient. Cette région vivant déjà une situation géopolitique pour le moins complexe, on peut penser que les prochaines décennies y seront très difficiles.
On termine le livre sur la narration d’un acte illégal d'activistes en Allemagne où l’auteur exposer la prise du pouvoir comme la solution. Le tout avec une citation de Lénine.


Livre en trois parties, chacune ayant fait l’objet d’une publication à part entière et rassemblées dans cet ouvrage, l’anthropocène contre l’histoire a le mérite de remettre sur la table une vision qui est, selon moi, mise de côté par les élites politiques dans les dernières décennies : la lutte des classes. On réalise qu’il est possible d’avoir la vision d’un autre futur que celui de la productivité telle qu’elle nous est présentée par les tenants du capitalisme. On voit également que les émissions de CO2 sont étroitement reliées à la répartition de la richesse.

Cette analyse vient cependant au coût d’une dialectique marxiste parfois lourde à lire pour le profane. J’ai sauté quelques paragraphes d’une écriture qui semblait par segment plutôt destinée à une revue spécialisée qu'au lecteur du dimanche. Il y a également des formules mathématiques qui n'en sont pas, ce qui irrite quelque peu pour une personne habituée au formalisme des mathématiques.

L'auteur identifie des sujets où il devrait y avoir de la recherche historique pour mieux comprendre les causes de l'avènement de la civilisation/économie/capitalisme fossile. Il permet ainsi de bien mettre en contexte ses thèses dans le corpus scientifique.

Cela dit, j’ai bien aimé la mise en contexte historique de l’Angleterre du XIXe siècle de même que son rapport avec l’Inde. Ne serait-ce que pour ça, la lecture du livre en vaut la peine.

La partie sur les analyses littéraires est cependant le point faible du livre. D’une part, parce qu’il faut connaître les livres en question pour bien comprendre son analyse, ce qui est un exercice impensable pour le commun des mortels, et d’autre part parce qu’une note de bas de page du traducteur vient torpiller le propos de l’auteur. Celui-ci explique en effet que dans la version originale arabe d’un ouvrage analysé, les mots choisis par l’auteur ne s’y retrouvent pas vraiment et qu’ils ne peuvent appuyer la thèse décrite…

Finalement, les solutions arrivent très tard dans le livre, en page 195 dans un livre qui en contient 214. Elles sont données sous forme de liste, sans n’être étoffée d’aucune manière. Clairement, cet ouvrage est plus dans l'analyse des causes que dans la recherche de solutions.

The Fall of the Ottomans

Billet originalement publié sur Facebook. Vous pouvez consulter la série de mes critiques de livre en suivant l'étiquette Critique sur ce blogue.

Couverture du livre « The Fall of the Ottoman »

"The fall of the Ottomans" d'Eugene Rogan, non traduit en français, est un livre qui porte spécifiquement sur la chute de l'empire ottoman, c'est-à-dire entre 1900 et 1920, environ.

Au début de la guerre en juillet 1914, l'Empire ottoman se demande qui seront ses alliées dans cette guerre. Ses dirigeants tentent de soutirer la garantie de la préservation de son territoire aux Français, Anglais et Russes mais, n'en ayant reçu aucune, ils optent pour joindre les forces de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie. Des officiers allemands conseilleront d'ailleurs les Ottomans, qui en ont bien besoin, tout au long de la guerre.

La mobilisation des Ottomans qui a suivi a coûté cher à l'État, déjà pauvre: retrait des hommes des fermes et autres secteurs productifs, routes bloquées en raison des déplacements des troupes mobilisées. Troubles auxquels s'ajoute celui des banques étrangères désirant récupérer leurs prêts, causant une crise économique. Bref, les Ottomans n'étaient pas vraiment prêts à une guerre totale comme celle qui s'annonçait.

Cela dit, et malgré la conscription forcée, le nombre de soldats impliqués au Moyen-Orient est beaucoup moins grand que sur le front Ouest en Europe, où les chiffres sont tous simplement ahurissants. À titre d'exemple, l'Empire ottoman a mobilisé 2,8 millions d'hommes pendant la guerre, soit 12% de sa population, alors que les Allemands ont mobilisé quelque 13,2 millions d'hommes, soit 85% de sa population masculine âgée entre 17 et 50 ans!

Le Sultan de l'Empire ottoman était aussi Calife, c'est-à-dire le chef de tous les Musulmans. Lors du déclanchement de la guerre, le Calife déclara le Djihad contre les infidèles: les Alliés. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour laquelle les Allemands cherchaient l'appui des Ottomans: ils espéraient provoquer des troubles dans les colonies des Alliés où il y avait une population musulmane importante. Paradoxalement, ce ne sont pas les Musulmans qui réagisserent le plus à cet appel, mais bien les Alliés qui craignaient les troubles dans leurs colonies. Afin de couper court à cette menace, les Anglais tenteront ainsi d'arriver rapidement à Istanbul, provoquant la désastreuse bataille des Dardanelles. De même, les Français mobiliseront plus de troupes sur le front d'Europe de l'Ouest afin de libérer des troupes anglaises qui iront combattre en Palestine. Ils prendront notamment Jérusalem en décembre 1917, ce qui sera considérée par les troupes anglaises comme un cadeau de Noël à leur mère patrie. Cette conquête mènera ultimement à la création de l'État d'Israël quelque 30 ans plus tard.

Ces champs de bataille permettent de mieux connaître les pays laissés-pour-compte de l'histoire de la Grande Guerre : les Arabes dans les différents camps, dont les Algériens, et les Indiens (1,4 M) qui ont combattu en Mésopotamie pour les Anglais.

Le génocide arménien est bien expliqué. J'ai déjà publié un billet détaillé sur ce volet abominable.

Essoufflés, et battus sur à peu prêt tous les fronts, les Ottomans signeront l'armistice 12 jours avant les Allemands, le 30 octobre 1918, après la chute du Liban et de la Syrie. Les Alliés se partageront le territoire conquis à l'Empire ottoman lors de la conférence de Paris de 1919. Alors que les dirigeants ottomans se terrent dans la capitale et assistent sans broncher à la partition de leur ancien territoire, certains militaires vétérans se rebiffent. À leur tête, Mustafa Kemal - qui deviendra Atatürk , le « père des Turcs » - réussira sa rébellion en 1923, à peine 5 ans après la fin de la Première Guerre mondiale. Ainsi meurt l'Empire ottoman et naît la Turquie telle qu'on la connaît aujourd'hui.


On connaît moins ce front, où se sont battus les Ottomans contre les Alliés durant la Grande Guerre, probablement parce que les Canadiens, à quelques exceptions près, n'y ont pas combattu. Les Australiens et Néo-Zélandais sont plus familiers avec ce front, eux qui ont combattu dans le désert, troquant parfois leurs chevaux pour des chameaux.

Pour ma part, quand je pense « Première Guerre mondiale », ce sont des images de guerre de tranchées qui me viennent à l'esprit. Pas à la prise de Jérusalem par les Anglais, l'appel au Jihad, ou encore les révoltes arabes. Ce livre est d'autant plus intéressant qu'il nous amène à connaître ces conflits et ces batailles.

On constate que la Première Guerre mondiale dans cette région du monde est, plus qu'en Europe, une rencontre entre le XIXe et le XXe siècle. On y trouve les dernières grandes charges de cavalerie, les premiers bombardements aériens, des villes en état de siège menant à la famine, des tractations entre grandes familles arabes et ottomanes conduisant à des trahisons, les premières communications sans-fil - non-encryptées et interceptés par les Allemands en Palestine - etc.

Cependant, les batailles sont trop détaillées. Les cartes ne conviennent pas pour les descriptions (c'est d'ailleurs un reproche fréquent pour ce type d'ouvrage, les cartes sont presque toujours insuffisantes, pour des raisons de coûts?).

Après avoir terminé « La chute de l'empire ottoman », je suis retourné lire certains passages du livre de Margareth McMillan sur les accords de Paris en 1919. Le style de McMillan est vraiment différent. Elle raconte une histoire avec mise en contexte historique, qui fait que chaque chapitre peut flotter tout seul. De l'autre côté, l'ouvrage d'Eugene est plutôt un récit de guerre mis en contexte. Cette différence de lisibilité donne aux ouvrages de McMillan une plus grande notoriété, et j'en recommanderais d'ailleurs la lecture avant celui sur l'Empire ottoman.

Pour une précédente critique de McMillan, voir:
//ptaff.ca/blogue/2017/09/26/paris_1919/

Le génocide arménien

Cadavres d

En ce 11 novembre jour du Souvenir, petit résumé du génocide arménien.

Si vous êtes comme moi, vous avez peu entendu parler du génocide arménien, si ce n'est que ça s'est passé en Turquie pendant la Première guerre mondiale, que ça visait les Arméniens, et que certaines personnes nient ce génocide. Mais que s'est-il passé pour que les Turques en viennent à tenter d'exterminer le peuple arménien?

Note : J'utilise le nom « Turquie » et « Empire ottoman » de façon équivalente dans le texte.

Empire ottoman, fin du XIXe siècle

L'Empire ottoman se rétrécit de plus en plus. Grugé par des conflits armées sur ses frontières, l'Empire perd des morceaux au profit des autres puissances européennes (France, Angleterre, Russie, Autriche-Hongrie) ou encore par des déclarations d'indépendances (Bulgarie, Serbie, Roumanie).

Après la guerre gréco-turque de 1897, qui dura 30 jours, les Ottomans ont expulsé les Grecs orthodoxes de leur territoire, les envoyant en Grèce, pays que beaucoup d'entre eux n'avaient jamais même visités. Les Grecs ont fait la même chose de leur côté, expulsant les musulmans turcophones de leur territoire vers l'empire ottoman. Les autorités de part et d'autre ont ainsi utilisé les maisons et territoires vidées de leur population pour y reloger les personnes expulsées de l'autre pays. Cet échange ethnique forcé s'est fait avec très peu de morts.

C'est cette technique qui sera utilisée pour les Arméniens, mais sans territoire pour les accueillir.

Les Arméniens

Parmi les peuples ayant des velléités d'indépendances en territoire ottoman, ont trouve les Arméniens. Ceux-ci forment la majorité de la population dans 6 provinces à l'est de l'Empire ottoman, près de la frontière avec la Russie et la Perse (aujourd'hui Iran). On trouve également des Arméniens de l'autre côté de la frontière turque en Russie, dans des villages du sud de la Turquie, près de la frontière syrienne, et dans la capitale Constantinople (aujourd'hui Istanbul).

Les Arméniens sont un peuple présent dans cette région depuis une couple de millénaires. Ils ont leur propre langue, leur propre alphabet et ont été la première nation à adopter le christianisme comme religion d'état autour de l'an 300. Ils ont une branche distincte du christianisme. Les Arméniens de l'Empire ottoman sont donc des chrétiens dans un territoire à majorité musulmane.

Au déclanchement de la Première guerre mondiale, les Arméniens recherchent activement le soutient des puissances européennes, notamment de la France, afin de pouvoir créer leur État. Ce mouvement voit donc dans un possible effondrement de l'Empire ottoman une opportunité de créer leur pays.

Première Guerre mondiale

Deux mois après le début de la Première Guerre mondiale, l'Empire ottoman rejoint le camp de l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie. L'Empire a alors trois fronts à défendre contre les Alliés : la Mésopotamie (sur le territoire aujourd'hui en Irak), sa frontière est avec la Russie et la Perse, de même que le canal connectant la mer Noire à la mer Méditerranée.

À l'automne 1914, les affrontements contre les Russes mènent les Ottomans à de cinglantes défaites. Sur ce front, des Arméniens combattent dans les deux armées, suivant le pays où se trouve leur village au moment de la conscription. Des soldats arméniens de l'Empire ottoman désertent pour aller combattre avec les Russes, d'une part par désir de rejoindre le clan qu'ils pensent avoir plus de chance de gagner, et d'autre part pour quitter une armée musulmane appelée au Jihad afin de se joindre à une armée chrétienne (même si les Russes sont orthodoxes). Des Arméniens qui restent dans l'armée ottomane, beaucoup se font abattre de manière « accidentelle » par leurs frères d'arme, tout ceci sans aucune conséquence pour les tireurs. Constatant cela, de plus en plus d'Arméniens font défection pour les Russes, augmentant d'autant plus les tirs accidentels.

En mai 1915, un nouveau front s'ouvre pour l'Empire ottoman. Les Alliés (Anglais, Français, Australiens et Néozélandais) tentent un coup de force pour attaquer Constantinople et faire tomber la capitale de l'Empire : c'est la « bataille des Dardanelles ».

L'Empire ottoman n'ayant connu que des défaites depuis le début des hostilités, ça va pas ben et il est permis de croire que Constantinople sera bientôt occupée par les Alliés, ce qui mènerait à la chute de l'Empire. De nombreux Arméniens se réjouissent de ces batailles et défaites, notamment ceux habitant la capitale ottomane, car cette chute les rapprocherait de l'indépendance de leur pays.

Dans la même période où débute la bataille des Dardanelles, des villages à majorité arménienne se soulèvent contre les Ottomans à différents endroits sur le territoire. Les soulèvements durent plus ou moins longtemps, se terminant la plupart du temps par le massacre de la population arménienne des villages. En réponse à ces soulèvements, le gouvernement ottoman ordonne l'attaque d'autres villages arméniens.

Afin de les aider dans leurs exactions, les autorités ottomanes font appel aux Kurdes qui habitent eux aussi dans l'est de la Turquie. Les Kurdes, peuples nomades, sont beaucoup mieux armées et formés que les villageois arméniens, essentiellement des paysans.

Le génocide

Afin de se débarrasser de cet ennemi intérieur, le gouvernement ottoman prend la décision au printemps 1915 de régler le problème arménien. Le gouvernement planifie de vider les 6 régions à majorité arménienne de leur population, et de réduire à moins de 10% la présence arménienne sur tout le territoire ottoman. De cette manière, les Arméniens n'auraient plus la masse critique pouvant mener à une sédition.

Afin d'arriver à leurs fins, l'armée ottomane se rend dans les villages arméniens, où les hommes de 12 ans et plus sont séparés des femmes et enfants, et tués sur place. Les femmes et les enfants sont forcés de marcher pour se rendre dans le désert syrien et à la ville de Mossoul. Pendant cette marche, pouvant durer deux mois, les déportés n'ont aucun vêtement de rechange, aucune chance de de laver ou de s'abriter, et très peu à manger.

Les blessés et ceux qui n'arrivent pas à suivre le rythme, sont tués à la baïonnette en cours de route.
Par désespoir, et afin d'échapper aux tortures des soldats, plusieurs Arméniens se jettent dans la rivière afin d'y périr noyer, parfois en y ayant d'abord précipité leurs propres enfants. On estime que moins de 5% des déportés arméniens arriveront au lieu final de leur exil. C'est pourquoi cette marche prendra le nom de « marche de la mort ».

Les Kurdes s'illustreront à cette période également, menant des raids pour voler et tuer les Arméniens déportés.

En additionnant les massacres et les victimes de la déportation, il est estimé que 1,5 million d'Arméniens seront tués, soit les 2/3 des Arméniens en territoire turque. À ces Arméniens, il faut aussi ajouter 250 000 Assyriens, des chrétiens parlant un dialecte néo-araméen, qui ont été tués par des exactions semblables sur la même période en Turquie.

Comme le massacre a été organisé par le gouvernement, et visait une ethnie en particulier, on parle dès lors de génocide. C'est d'ailleurs en tentant de définir les actes perpétrés par le gouvernement alors en place à Constantinople que ce mot a été inventé.

Bien que certaines personnes nient aujourd'hui que le massacre ait été un génocide, essentiellement pour des raisons de définitions (le crime aurait été perpétré par les gens au pouvoir, et non par le gouvernement…), il est aujourd'hui reconnu par 29 pays et parlements nationaux, dont le Canada et le Québec.

Postface

À la conclusion de la Première Guerre mondiale, et pendant les accords de paix qui se sont tenus en 1919 à Paris, les Arméniens n'ont pas réussi à faire reconnaître leur pays. Les Arméniens seront des citoyens des nouveaux pays où ils se trouvent: la Turquie et l'URSS.

En 1991, suite à la chute de l'URSS, la République d'Arménie à vue le jour. Ce pays recouvre le territoire jadis situé en Russie. Les territoires où se trouvaient les 6 provinces vidée par les Ottoman font encore aujourd'hui partie intégrante du territoire de la Turquie.

Il y a aujourd'hui environ 11 millions d'Arméniens. Seul un sur trois habite en Arménie.

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