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Les préjugés ne sont pas une fatalité

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

Dans une lettre ouverte au Devoir, Gabriel Villeneuve affirmait plus tôt cette semaine qu'il est un «homme raciste, sexiste et homophobe». Le titre avait de quoi surprendre, surtout lorsque l'on apprend que l'auteur est lui-même homosexuel.

La réplique n'a d'ailleurs pas tardé, témoignant de l'onde de choc provoquée par la lettre ouverte de Villeneuve. Sébastien Bilodeau accuse Villeneuve de manquer de rigueur en opposant simplement les oppresseurs aux opprimés. Mathieu Bock-Côté va plus loin, qualifiant de «délirant» le texte de Villeneuve.

Or, les propos de ce dernier ne peuvent malheureusement être réduits à l'opinion; ils sont plutôt appuyés par la science. Il existe en effet un test en psychologie sociale permettant de mesurer les préférences inconscientes des individus: le test d'association implicite. Le principe de ce test est simple: devant son ordinateur, l'individu interrogé doit départager des catégories de mots ou d'images en cliquant à droite ou à gauche sur son clavier, selon la catégorie. Afin d'éliminer tout biais gaucher/droitier, l'association droite/gauche aux catégories est aléatoire pour chaque test effectué. Chacun peut expérimenter ces tests en se rendant sur le site web du ImplicitProject hébergé par l'Université Harvard.

Par exemple, pour le test portant sur la préférence raciale Blanc/Noir, il faut cliquer à gauche lorsque l'on voit apparaître à l'écran un visage noir, et à droite lorsqu'apparaît un visage blanc. Par la suite, le même exercice gauche/droite est effectué, mais avec des mots à connotation négative et positive. L'ultime épreuve consiste à afficher des visages ou des mots devant également être classés selon des associations: Blanc-positif / Noir-négatif et par la suite Blanc-négatif / Noir-positif. Le délai de réponse entre l'apparition du mot/image et notre réaction pour le classer indique notre aisance à faire des amalgames. On peut ainsi constater que parmi les centaines de milliers d'individus qui ont fait le test racial sur ProjectImplicit, les Blancs ont plus d'aisance à associer les mots positifs avec les Blancs qu'avec les Noirs.

Il y a donc là un biais de préférence qui est partagé par une grande partie de la population. Ces préjugés résultent d'une construction sociale complexe, édifiée à partir d'une exposition plus ou moins consciente à des images à forte résonance (films et médias qui associent la violence aux Noirs), de notre expérience (avoir ou non des Noirs parmi nos proches), ainsi que de plusieurs autres facteurs. Mais quelle qu'en soit la cause, le constat est le même: notre société nous transmet, souvent à notre corps défendant, des préférences basées sur la classification que l'on fait des individus.

Dans le but de mettre à l'épreuve la thèse de Villeneuve, je suis allé sur ImplicitProject.net et j'ai réalisé les tests. C'est confirmé: j'ai un préjugé positif envers les Blancs, les mâles et les hétéros. La découverte de ce biais inconscient ne me réjouit pas, mais il s'agit d'un fait et il ne me sert à rien de le nier. (Avant de me juger, allez faire les tests pour vous-mêmes.) Or, contrairement à l'auteur, je ne me taxe pas de raciste, sexiste et homophobe pour autant. Car bien que je sois soumis à des préférences inconscientes, je fais mes choix de manière consciente. Je peux analyser mes préférences et leur juxtaposer mes valeurs avant de prendre une décision, ce qui me permet d'affirmer que je ne suis ni raciste, ni sexiste, ni homophobe.

Observés dans le contexte québécois, ces tests révèlent que notre société véhicule elle aussi une notion de «normalité» créée par l'inconscient de sa majorité, et que cette normalité est masculine, blanche et hétérosexuelle. Il est dès lors contre-productif de ridiculiser les propos de Gabriel Villeneuve, comme le fait Mathieu Bock-Côté, puisqu'ils sont dans une grande mesure appuyés par la science.

MBC

Au Québec, à l'heure où les questions d'interaction avec l'Autre dans la cité prennent de plus en plus de place et sont souvent instrumentalisées par des politiciens, il est capital de prendre conscience de cette «normalité» qui est la nôtre. Elle est notamment l'héritage d'une époque où la population était plus homogène et où les différences étaient rapidement réprimées. Plutôt que de regretter avec nostalgie cette époque où tout semblait plus simple, appuyons-nous plutôt sur la science pour mettre en place un pays où chaque être humain sera considéré avec la dignité à laquelle il a droit. Voilà un projet qui me semble porteur.

L'inévitable affrontement

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

Les intérêts promouvant le pipeline Énergie Est sont si grands qu'une force d'une puissance comparable est nécessaire pour stopper le projet. Tous les petits et moyens obstacles seront aplanis.

En effet, les intérêts économiques derrière ce projet sont équivalents au budget d'un État. TransCanada, l'entreprise derrière Énergie Est, a une valeur boursière de 70 milliards1, un montant comparable aux dépenses annuelles de fonctionnement du gouvernement du Québec2. La capacité financière de la compagnie est donc supérieure à celles que possèdent les États pour administrer ce projet. Pour construire le pipeline, d'un coût estimé à 16 milliards3, TransCanada dispose donc de ressources abondantes pour engager lobbyistes et anciens politiciens libéraux.

De plus, la motivation politique provenant de l'ouest du Canada pour ce pipeline est gigantesque. L'Alberta et la Saskatchewan, ayant connu une décennie d'essor économique incontrôlé, propulsé par le gouvernement fédéral conservateur, se retrouvent aujourd'hui avec une économie exsangue. Sans aucune provision pour les mauvais jours, les gouvernements de ces provinces cherchent désespérément à redémarrer le moteur qui a fait leurs beaux jours : l'exportation massive du pétrole.

Du côté de l'est, les partis politiques au pouvoir au fédéral et à Québec ont déjà annoncé leur appui de principe à la réalisation du pipeline. À Ottawa, le Parti libéral du Canada opte pour un rôle de grand coordonnateur des provinces, afin de faciliter les discussions pour laisser passer le tuyau.

À Québec, le gouvernement de Philippe Couillard a la mollesse d'une guenille devant les volontés du régime fédéral canadien, que ce soit pour éviter de donner des arguments supplémentaires aux indépendantistes québécois, ou par simple absence de conscience nationale. Le Parti libéral du Québec va même jusqu'à ignorer ses propres lois pour aider TransCanada4,5. C'est dire à quel point ce gouvernement de province n'aura jamais la stature pour s'opposer aux promoteurs de ce projet.

Ces deux paliers de gouvernement ont d'ailleurs eu la prévoyance de retirer du mandat de l'Office nationale de l'énergie (ONÉ)6 et du Bureau d'audience public sur l'environnement (BAPE)7 la quantité de gaz à effet de serre (GES) supplémentaire émise par le pétrole qui transiterait par ce pipeline. Les quantités de GES sont en effet si grandes, plus que toutes les industries du Québec8, qu'elles seraient impossibles à justifier dans un contexte où les gouvernements du Québec et du Canada ont pris l'engagement public de participer à l'effort mondial contre le réchauffement climatique.

Il est difficile de présumer des résultats des audiences de l'ONÉ, mais ses membres, son fonctionnement et son mandat ayant été mis en place par le gouvernement conservateur9, on peut penser que l'ONÉ ne posera pas des conditions trop difficiles pour TransCanada.

Le BAPE n'a, quant à lui, qu'un pouvoir de recommandation à un palier de gouvernement n'ayant ni le pouvoir, ni l'intention de bloquer le projet. Les gouvernements et ses organismes réglementaires ne seront vraisemblablement pas ce qui arrêtera le passage d'Énergie Est.

Pour bloquer le pipeline, il ne reste donc que les personnes qui ont tout à perdre, et rien à gagner, dans ce projet : les Québécois exposés aux déversements10, 11.

Ces citoyens, réunis dans le Regroupement vigilance hydrocarbures Québec, ont investi le palier politique où leur voix se faire entendre le plus directement : le niveau municipal. (Description d'une telle mobilisation dans Lanaudière.)

Or, si une province ne peut, selon la Constitution canadienne, bloquer Énergie Est, les villes le peuvent encore moins. Alors sans levier juridique, comment ces citoyens peuvent-ils créer un rapport de force contre TransCanada et les gouvernements? En faisant nombre.

Parce que de nombreux Québécois s'identifieront aux citoyens dont les terres sont menacées, ils deviendront une force incontournable. Les environnementalistes, tout d'abord, qui utilisent leurs larges réseaux de communication pour faire de l'éducation populaire sur ce dossier. Les indépendantistes feront également bloc avec ces citoyens, car ce dossier constitue une intrusion de la fédération canadienne dans l'administration du territoire québécois.

Les habitants des régions ressources qui ne sont pas concernées par le tracé se reconnaîtront dans ceux des villes et villages où passera le pipeline : les leaders seront des acteurs des communautés visées, pas seulement des environnementalistes provenant des grands centres.

Les Premières Nations du Québec, dont le territoire serait traversé par le pipeline, s'opposent de leur côté déjà au projet. Ces nations sont d'ailleurs les seules disposant peut-être d'une poigne constitutionnelle sur l'avenir de ce projet. Des francophones s'identifieront eux-aussi aux opposants du pipeline, car ce projet est essentiellement celui d'entreprises anglophones et de politiciens niant la spécificité québécoise. Finalement, les mouvements de gauche pourront se joindre au nombre, en voyant dans ce combat une lutte contre les entreprises qui font plier les gouvernements aux dictas capitalistes.

Côte à côte, tous ces citoyens québécois constitueront un obstacle incontournable au déploiement d'Énergie Est.

Le combat du maire de Ristigouche-Sud nous offre un avant-goût du type de lutte à venir. Cet homme se défend présentement devant les tribunaux contre une poursuite de la compagnie Gastem12. J'ai eu la chance de l'écouter durant une conférence. Sa sincérité, la simplicité de ses paroles et son désarroi m'ont ému. Multipliez par 100 le nombre de femmes et d'hommes de ce type qui défendront la terre de leurs ancêtres, des gens qui n'ont rien à perdre, et donnez-leur un accès médiatique pour rejoindre les Québécois. Cela donnera une force d'opposition comparable à celle de TransCanada et des élus qui promeuvent le pétrole.

C'est à cette lutte que les Québécois seront appelés à participer dans les prochaines années. Cela donnera probablement lieu à une mobilisation anti-gouvernementale comparable à celle du printemps érable. Et c'est toute une chance, car la décision sur le passage du pipeline arrivera juste à temps pour donner lieu à un vrai changement politique13.

Références

Des pétitions détournées par les partis politiques

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

Les partis politiques peuvent, légalement, utiliser les adresses courriel des signataires de pétitions électroniques afin d'envoyer des courriels non sollicités. Autrement dit, des pourriels.

C'est de cette manière que le Parti vert (PV) et le NPD on pu m'envoyer des courriels à la fin de la dernière campagne électorale canadienne. Les adresses ont été extraites, selon toute vraisemblance, des pétitions Coule pas chez nous (11 000 signataires) et Non aux sables bitumineux (90 000 signataires), qui ont été remises à tous les partis politiques au début de la campagne.

Comme j'utilise une adresse courriel unique pour signer chaque pétition, je suis en mesure de retracer la source d'une fuite lorsque je reçois un courriel non sollicité. Dans le cas de la pétition Coule pas chez nous, j'ai utilisé l'adresse « cauzio.miguel@ptaff.ca » (cauzio est le nom du site web où était hébergé la pétition) et pour celle Non aux sables bitumineux, j'ai utilisé « equiterre.miguel@ptaff.ca » car le formulaire de la pétition était hébergé sur le site web d'Équiterre.

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J'ai reçu deux courriels de chacun des partis. Deux à l'adresse « cauzio.miguel@ptaff.ca » (PV et NPD), un à l'adresse « cquiterre.miguel@ptaff.ca » (PV) et quatrième à l'adresse « cquiterre.miquel@ptaff.ca » (NPD). Les pétitions ayant été remises aux partis politiques en format papier, le PV et le NPD ont dû retranscrire les adresses courriel dans un logiciel, et c'est lors de ce processus que les coquilles se sont introduites. La « e »de « equiterre » a été remplacée par un « c », et le « g » de mon prénom pour un « q ».

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Munis de cette certitude, j'ai interpellé le Parti vert sur les réseaux sociaux. Daniel Green, lieutenant québécois du PV, s'est excusé quelques jours plus tard pour ce problable détournement d'adresses courriel par son parti politique.

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J'ai également contacté Équiterre, responsable de la pétition Non aux sables bitumineux pour leur expliquer ce détournement des pétitions. Ils ont confirmé qu'ils avaient remis la pétition en format papier à tous les partis politiques du Canada, profitant de la campagne électorale pour susciter une prise de position sur cet enjeu.

Prenant le détournement des adresses courriel par le NPD et le PV au sérieux, Équiterre a consulté un avocat pour savoir s'il y avait un recours juridique, dans la mesure où le détournement d'adresses était confirmé. Il existe en effet une loi anti-pourriel au Canada interdisant l'utilisation sans consentement d'adresses courriel pour faire de la sollicitation. Mais, vérifications faites par le juriste, il existe une exception pour les partis politiques et Équiterre n'a aucun recours juridique contre une telle utilisation des informations de leurs pétitions.

L'apprentissage derrière cette découverte, c'est que les partis politiques peuvent légalement détourner toutes les adresses électroniques qui leur tombent sous la main pour faire de la sollicitation.

Conséquemment, les pétitions en ligne sont de la nourriture pour les bases de données des partis politiques sur les électeurs. En effet, ces pétitions contiennent de l'information précieuse sur les signataires: nom complet, adresse courriel, code postal, profil politique (sujet de la pétition).

Le NPD et le PV ont, dans ce cas-ci, profité du travail d'Équiterre et de la fondation Coule pas chez nous pour contacter les signataires, ceux-ci ayant été identifiés comme étant préoccupés par des enjeux environnementaux. Ces partis auraient donc conclu, à tort ou à raison, que les signataires seraient plus susceptibles de voter pour eux et leur ont envoyé un pourriel pour solliciter leur appui.

Ceci soulève des questions. Est-ce que toutes les pétitions envoyées au gouvernement, et non seulement aux partis politiques, peuvent être détournées de la sorte par les partis politiques? Jusqu'à quel point cette pratique est-elle répandue dans les partis politiques? Est-ce que les partis politiques du Québec recourent également cette pratique? Comment réagiront les auteurs, et les signataires, de pétitions électroniques?

Pistes de solution

Pour créer une pétition électronique

Au Canada, les seules pétitions admissibles sont celles en format papier qui ont « des signatures originales inscrites directement et non collées ou autrement reproduites ». Au Québec, une pétition électronique doit avoir été remplie sur le site de l'Assemblée nationale, et avoir été parrainée par un député.

Les pétitions électroniques comme celles mises sur pied par Équiterre et Coule pas chez nous ne sont donc pas reconnues officiellement. Les organisateurs sont donc sans lignes directrices légales pour présenter leurs pétitions aux partis politiques ou aux gouvernements. Cependant, ces pétitions peuvent tout de même avoir un poids politique, dans la mesure où les signataires sont reconnus comme étant de vraies personnes.

Pour établir qu'il s'agit de vrais signataires, les organisateurs des pétitions pourraient calquer les exigences des pétitions papiers reconnues par le gouvernement du Canada. Le gouvernement du Canada exige trois éléments pour qu'une signature sur une pétition format papier soit admissible: la signature manuscrite, la ville et la province du signataire. Rien d'autre: pas de nom, pas d'adresse civique.

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Il s'agirait alors pour les organisateurs de remplacer la signature manuscrite par l'adresse courriel des signataires.

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Cela retirerait ainsi la possibilité aux partis politiques d'assigner à un électeur les adresses courriel et leur profil politique dans leur base de données, puisqu'il n'y a pas d'information nominative pour identifier les électeurs. Les signataires pourraient toujours recevoir des pourriels des partis politiques, mais leur identité d'électeur demeurera confidentielle.

Pour les signataires de pétitions électroniques

Pour signer une pétition électronique, il faut utiliser son vrai nom et adresse, mais il y a une marge de liberté pour l'adresse courriel fournie. Il est, par exemples, possible d'utiliser un service tel que MyTrashMail.com ou, si vous disposez d'un compte sur Gmail, de personnaliser chaque adresse courriel en utilisant le caractère "+" suivi d'un alias après son nom d'usager (ex: miguel+coulepascheznous@gmail est livré à l'adresse miguel@gmail.com). Si vous optez pour cette dernière stratégie, vous serez identifiés comme électeur dans les bases de données des partis politiques et recevrez des pourriels, mais vous serez capables d'identifier d'où provient le détournement, comme j'ai pu le faire pour écrire ce billet.

Finalement, je vous invite à faire part de votre mécontement aux partis politiques qui détournent les pétitions électroniques de la sorte.

Si vous avez reçu un pourriel d'un parti politique, vous pouvez exiger de l'expéditeur qu'il vous retire de ses listes, en plus de remplir une Soumission de renseignements au Centre de notification des pourriels sur le site du gouvernement du Canada.

Avec suffisament de plaintes, peut-être le législateur comblera-t-il le trou qu'il a volontairement laissé béant?

Audiochromie

En décembre 2013, ayant lu une brève annonçant le concours de création Mur à mur en hommage à Norman McLaren, j'ai proposé à Patrice Levesque, édimestre de ptaff.ca, d'y participer, ce qu'il a accepté avec enthousiasme.

Étant un grand fan de McLaren, je trouvais en effet que son oeuvre se portait bien à la création d'un film synthétique, ce qui était rendu possible grâce à notre connaissance des logiciels libres. J'avais d'ailleurs fait une première expérimentation avec la création du film 1 696 coups de foudre, orage à Montréal, 1er août 2006. Cela serait ainsi une occasion de parfaire nos connaissances sur différents logiciels, tout en laissant libre cours à notre création artistique.

La création du film a surtout été l'affaire de Patrice, me contentant de lui expliquer, dans la mesure de mes connaissances, le parcours de McLaren, ses influences et les caractéristiques de son oeuvre.

Après avoir étudié les différentes possibilités pour le concours, nous avons opté pour une création rendant hommage à Synchromie qui serait projeté sur l'édifice de la Place de la paix.

Notre film, Audiochromie, est une œuvre duale de Synchromie de Norman McLaren. Conservant le synchronisme parfait de l'image et du son, la genèse de Synchromie est inversée : les images traduisent la bande sonore.

Audiochromie explore les multiples manières de remplir la surface de projection spécifique à la Place de la Paix; les contraintes sont sublimées en éléments créatifs et structurants de l'espace visuel. D'abord par la forme des éléments des images, parfois rectangulaire, parfois mosaïque et parfois arabesque; ensuite par le mouvement, qu'il soit discret, linéaire ou courbe (rappelant la progression de McLaren pour la série de films Lignes verticales, Lignes horizontales et Mosaïques); finalement par la couleur.

Comme pour ceux employés par McLaren, les outils utilisés pour créer Audiochromie peuvent être déconstruits; il devait être possible pour les créateurs de triturer les éléments de création, de les pousser à leur limite et d'en expérimenter manuellement les combinaisons. Le film est entièrement créé à l'aide de logiciels libres (ImageMagick, bash, Csound, Lilypond, GNU Make, ffmpeg), qui amènent la liberté créatrice dans le monde numérique, refusant toute contrainte. Ceci offre une réponse abordable à ceux qui s'interrogent sur les moyens et le contexte de production, tout comme dans le cas des films de McLaren.

Vous noterez que le nom de Christine D.D. se trouve dans le générique. C'est que les règlements du concours exigeant qu'un professionnel de l'animation numérique soit dans la liste des créateurs, Christine a gentiment accepté d'ajouter son nom dans notre projet. Pour les curieux, vous pouvez consulter le synopsis complet du film soumis au concours.

Nous n'avons pas gagné ce concours. Il a été gagné par un Bulgare nommé Christo Guelov, qui étudié la peinture de murales et de fresques à l’Académie nationale des arts de Sofia avant de poursuivre sa formation en arts graphiques à Madrid. Notre background à nous était un peu moins artistique, bien qu'il fallait avoir une personne avec cette expérience dans notre dossier de candidature.

Malheureusement, son film n'est pas accessible en ligne, n'ayant que ce clip de 30 secondes pour l'apprécier :

Bien que n'ayant pas gagné, cet exercice nous aura permis d'explorer une autre aspect de la création numérique libre, que nous tentons de perpétuer en le rendant disponible et accessible en ligne.

Précisions sur un extrait du livre « Les baromètres humains »

A la page 213 du livre Les baromètres humains, le météorologue Gilles Brien s'inspire bien librement d'une de mes publications pour écrire:

Les fronts froids auraient-ils le pouvoir de prédire la violence au hockey?

Pour Miguel Tremblay, physicien […], passionné des relations entre la neige et la coupe Stanley, c'est difficile à savoir. Il n'est pas encore prêt à parier sa chemise sur le passage de fronts froids pour prévoir l'issue d'un match, ce qui ne l'empêche pas d'avoir mis au point son propre indice de prédiction relatif à l'accumulation totale de neige à Montréal pendant l'hiver. Après avoir épluché les résultats de 66 saisons des Canadiens, il estime que les hivers avec plus de neige que la normale donnent à l'équipe 37% de chances supplémentaires de remporter la coupe.

Bien que n'ayant mis aucune référence, M. Brien se base sur un billet intitulé Précipitations de neige et Canadien de Montréal: les statistiques publié en 2008 sur ce blogue.

Je suis tellement mal cité dans cet extrait, que cela mérite des précisions:

  • Je n'ai jamais établi, ou même considéré, un lien entre violence au hockey, ou résultat d'un match, et fronts froids. Je n'ai aucune opinion sur cette question, et n'en ai jamais émise aucune, que ce soit écrit ou verbalement.
  • Je ne suis pas un passionné des relations entre la neige et la coupe Stanley. J'ai écrit ce billet dans une perspective ludique et je n'ai fait aucune autre recherche ou publication sur ce sujet.
  • Je n'ai jamais mis au point un indice de prédiction basé sur l'accumulation de neige. J'ai simplement colligé des faits et calculé des statistiques. Je n'ai pas fait de prédiction, ni développé d'indice.
  • Je n'ai pas épluché les résultats de 66 saisons des Canadiens, j'ai pris la liste des années où les Canadiens avaient gagné la coupe Stanley, c'est-à-dire un simple copié-collé d'information qui se trouve partout le web.
  • Jamais je n'ai conclus que les années avec plus de neige que la normale donnent à l'équipe 37% de chances supplémentaires de remporter la coupe. Je conclus plutôt dans mon billet que lorsqu'il y a eu une quantité plus grande de neige que la moyenne, le Canadien a gagné la coupe 37 % du temps; les années sous la moyenne, 25,6 %.

Par quoi remplacer le baptême?

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

Ma conjointe et moi désirions célébrer la naissance de notre premier enfant en organisant une cérémonie d'accueil laïque. Ce moment se voulait l'occasion de souligner l'arrivée parmi nous d'un nouvel être, que nous souhaitions présenter à sa communauté, à nos amis et à nos familles qui, habitant sur deux continents différents, se verraient pour la première fois rassemblées. Ma conjointe n'est pas baptisée, et pour ma part, bien que baptisé, je suis agnostique. Il n'était dès lors pas question d'opter pour un baptême comme cérémonie d'accueil pour notre enfant. Mais alors comment fêter cet événement de vie de manière solennelle?

Parmi nos critères, nous désirions une institution qui soit conforme à nos valeurs, à nos croyances, et qui pourrait nous recevoir dans un lieu symbolique. En plus d'une fête, nous voulions que cette cérémonie soit accompagnée de rites que nous n'aurions pas inventés de toute pièce, qui auraient un sens, et qui seraient menés par un célébrant.

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Une lettre dans Le Devoir décrivant un questionnement analogue fut publiée alors que ma conjointe et moi tenions ces réflexions. Je partageai l'article sur mon mur Facebook, ainsi que nos interrogations, et un ami nous suggéra l'Église unitarienne universaliste de Montréal. N'ayant jamais eu vent de cette Église - la myriade d'églises anglo-saxonnes a toujours été plus ou moins un mystère pour moi -, nous avons exploré leur site web pour constater que cette église semblait en effet partager nos valeurs.

Curieux, nous rencontrâmes la responsable francophone de l'église et assistâmes à quelques célébrations du dimanche à leur lieu de culte. Nous sûmes alors que nous avions trouvé le bon endroit. En cette église, tout le monde est le bienvenu: croyants de toutes religions, agnostiques ou athéistes, hétérosexuels, homosexuels ou transgenres. Des mariages gais y sont célébrés et le drapeau arc-en-ciel flotte dans l'entrée. De plus, la notion d'environnement est présente, tant comme valeur dans les discours des cérémonies auxquelles nous avons assistées, que dans l'enceinte de l'église (aucune vaisselle jetable n'est permise dans la salle de réception). Il y a des groupes de réflexion sur divers sujets; lors d'une cérémonie à laquelle nous avons assisté, les gens étaient invités à un groupe ayant pour mission de venir en aide concrètement aux réfugiés syriens en Hongrie. Un des aspects qui tient à cœur aux universalistes est de ne se soumettre à aucun dogme, mais d'exercer plutôt notre libre choix, de se construire un esprit critique et de partager nos réflexions. Finalement, le célébrant était une célébrante, les femmes ayant le même statut que les hommes dans cette église. Nous étions séduits.

Cette église, fondée au XVIe siècle et ayant siège à Montréal depuis 1842, est à Montréal de tradition anglo-saxonne. Les Québécois francophones étant restés catholiques pratiquants jusqu'à récemment, et utilisant encore aujourd'hui des églises catholiques pour les mariages et baptêmes, il y a une minorité de membres francophones dans cette église. Cela dit, ce nombre est croissant et un effort notable est fait vers le bilinguisme.

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Convaincus que nous avions trouvé un lieu de culte correspondant à nos valeurs, nous avons rencontré la révérende à deux reprises pour concevoir la cérémonie de notre petite fille. La révérende nous a invités à nous questionner sur nos valeurs, sur ce qu'on nous voulions transmettre à notre enfant. À partir de nos demandes, de ce que nous souhaitions mettre de l'avant, elle nous a présenté la «cérémonie du don du nom» qui est souvent pratiquée en pareille occasion, et nous a proposé deux rites: un premier pour la parrain et la marraine, et un second pour les grands-parents. Nous lui avons fait parvenir les discours que nous avions rédigés autour de la signification des prénoms de notre enfant, et elle a harmonieusement intégré notre message, notre vision, pour élaborer et animer la cérémonie.

Suite à la cérémonie d'accueil, alors que nous partagions un repas avec nos invités dans la salle communautaire attenante (dans de vraies assiettes en faïence), nous avons reçu beaucoup de bons mots au sujet de la célébration. Nos amis ont trouvé la cérémonie touchante, émouvante. Ils ont apprécié que chaque parole ait eu un sens, par opposition aux récits abscons de passages de la Bible lors des célébrations catholiques. Nos invités ont aussi été séduits par le charisme et la douceur de la révérende.

Ma conjointe et moi sommes comblés de la manière dont nous avons pu accueillir notre petite fille à l'Église universaliste unitarienne de Montréal. Il peut être angoissant de trouver un rite remplaçant celui utilisé depuis des siècles par nos aïeux, de rompre, dans mon cas, la chaîne catholique. C'est pourquoi nous avons voulu partager notre expérience. Il existe des alternatives au rite du baptême catholique, et celle-ci est la nôtre.

Québec Beyond the Headlines

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

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Dans le journal belge Le Soir de mai 2015, un encart de 6 pages raconte la contribution russe à la victoire des Alliés en 1945. Cet encart est rédigé en collaboration avec Russia Beyond the Headlines, un organisme de nouvelles commandité par le gouvernement russe. On y trouve des histoires de mariages entre Belges et Russes s'étant rencontrés pendant la guerre, et comment ces deux pays sont encore aujourd'hui reliés par l'histoire de ces familles. À cela s'ajoutent des analyses historiques, dont celle d'un historien de l'Université de Montréal, qui complètent le portrait de l'apport russe à la Belgique.

Le gouvernement russe a compris quelque chose qui échappe à Philippe Couillard: la promotion d'une culture et d'une vision de l'histoire nécessite une représentation à l'étranger. L'encart en question expose la contribution cruciale des Soviétiques à la défaite nazie. C'est une contribution minimisée, pour ne pas dire occultée, dans la représentation occidentale de la Libération. Cet encart sert donc à promouvoir la version de l'histoire du point de vue russe.

En comparaison, le Québec est aujourd'hui affaibli par les coupures du gouvernement Couillard dans sa représentation à l'étranger. Les délégations du Québec sont non seulement des antennes commerciales pour vendre l'expertise québécoise dans les pays et les villes où elles se situent, mais elles sont avant tout les représentantes culturelles d'une vision du monde: la nôtre.

Ce repli du Québec à l'étranger diminue la diversité culturelle qui contribue à la richesse de l'expérience humaine. Notre position historique et culturelle s'efface aujourd'hui devant les dictats canadiens, presque partout dans le monde. On ne parlera plus de l'expérience entre Québécois et Russes, Chiliens ou Taïwanais, mais bien de l'expérience entre Canadiens et Russes, Chiliens ou Taïwanais. Il y a tout un monde de différence entre Canadiens et Québécois. C'est d'ailleurs de là qu'origine notre agacement lorsque les Européens mentionnent qu'ils sont en visite au Canada alors qu'ils visitent le Québec.

C'est le Canada qui choisit le personnel diplomatique et la façon dont les représentations sont effectuées. Il ne s'agit pas ici de prétendre que le Canada ment, pas plus que l'Occident ne ment lorsqu'il minimise la contribution soviétique. Les délégués canadiens raconteront l'histoire qui met le Canada en valeur, ce qui est normal. Il ne faut pas attendre que le Canada s'occupe du Québec: il visera ses intérêts et négligera ceux des Québécois, a fortiori si nous n'avons pas la force de nous tenir debout.

Et c'est ici qu'entre en jeu la petitesse de Philippe Couillard dans le cadre canadien. Le premier ministre du Québec ignore en effet la tradition québécoise et adopte une position «provinciale», confinant le peuple québécois à un rôle de subordonné à celui de la «nation canadienne». Affaiblissant le mouvement indépendantiste, il efface ce que nous obtiendrions de facto avec le statut de pays: une représentation étrangère pour le Québec. C'est d'autant plus méprisant que Couillard est un homme de grande culture: il est conscient de ce qu'il détruit. S'il avait de la considération historique pour le peuple dont il est issu, il aurait un autre rêve que celui d'un équilibre budgétaire.

Discover Francophone electoral coverage in the media

Ce billet est aussi disponible en version française.

There exist two quite different media coverages in Quebec, based on the English and French languages. To the extent that each linguistic culture is exposed to, and sensitive to, different issues, the media reflect this difference. Conversely, differences in media coverage are reflected in the culture.

To better understand media coverage in each other’s language, my anglophone friend, Tom Robinson, and I are using the pretext of the 2015 electoral campaign to exchange articles in our respective mother tongues. Throughout the campaign, each of us will select a link each day to an article about the 2015 federal election in our respective languages. Our objective is to create a panorama of viewpoints allowing each of the two solitudes to see how the media cover the campaign in the other language. The links will be published daily on a Twitter account and a Facebook page created for this purpose. Because we lack the resources to do so, as well as copyright considerations, the articles will not be translated. Therefore a certain level of bilingualism is assumed for reading articles in the other language.

Thus two articles, as far as possible, will be published each day. The two articles will not necessarily cover the same aspect of the electoral campaign. They may not even be from the current day (we are not creating a newswire). We will select articles that we judge pertinent for highlighting a given treatment or viewpoint to the readers of the other language. Selection of articles will not necessarily reflect our own political opinions, nor promote a particular party or political option. Rather, the goal will be to highlight issues of interest to Quebecers, both because we live here and because we are more exposed to the media here. At the same time, we will not restrict ourselves to this geographic area, either in source material or subject matter.

While the project took form with newspapers in mind, we will not be constrained to any particular medium in what we define as an "article". All digital media freely accessible through a browser (video, twitter, blog, etc.) may be subject to our exchange of links. As well, the term "reader" should be understood as someone exposed to media, independent of platform or format.

We reserve the right to change the selection criteria during the campaign if this will attract greater interest. Each of the daily links will be published via a Twitter account and a Facebook page created for this purpose:
https://twitter.com/Elxn42Solitudes
https://facebook.com/Elxn42Solitudes

Articles in French will have the key-word "#Elxn42FR" while those in English will have "Elxn42EN".

We invite all those with a Twitter account to subscribe to this account or, if you do not, to visit the page regularly. Please don't hesitate to interact with us via this medium, either to comment on our selections or to propose one of your own!

After the election, the links will be made available in a table on the following web-page:
http://ptaff.ca/elections2015

Découvrez la couverture médiatique électorale en anglais

This post has an English version.

Il existe au Québec deux couvertures médiatiques fort différentes, selon que l'on consulte des médias de langue française ou anglaise. Chaque culture étant exposée, et sensible, à des enjeux différents, les médias reflètent cette différence. Inversement, la différence dans les couvertures médiatiques se reflète dans chaque culture.

Afin d'avoir une meilleure connaissance des médias dans l'autre langue, mon ami anglophone Tom Robinson et moi-même avons pris prétexte de la campagne électorale fédérale de 2015 pour procéder à un échange d'articles dans notre langue maternelle respective. Quotidiennement, nous sélectionnerons chacun un lien vers un article d'un média s'exprimant dans notre langue maternelle portant sur l'élection fédérale 2015. Notre objectif est de construire un panorama de points de vue qui permettra à chacune des deux solitudes d'avoir un aperçu médiatique de l'autre langue. Ces liens seront publiés sur un compte Twitter et une page Facebook créés à cet effet. Parce que nous n'avons pas les ressources pour les traduire, les articles seront publiés dans leur langue d'origine. Il faut donc être bilingue pour pouvoir consulter les articles dans l'autre langue.

Deux articles par jour, dans la mesure du possible, y seront donc publiés. Ces deux articles ne couvriront pas nécessairement le même aspect de la campagne électorale. Ils pourraient aussi avoir été publiés il y a plus de 24 heures (nous ne visons pas de faire un fil de presse). Nous les sélectionnerons parce que nous estimons pertinent de porter à l'attention ce traitement, ou ce point du vue, aux lecteurs des médias de l'autre langue. Nous ne visons pas à faire une sélection d'articles reflétant notre opinion politique, ni à promouvoir un parti ou une option politique particulière. Les liens viseront principalement les actualités québécoises, parce que nous y vivons et sommes plus exposés à ces médias, mais nous nous ne restreindrons pas à cette géographie, tant pour l'origine des sources que pour les sujets couverts.

Bien que ce projet ait pris naissance en ayant en tête le format papier, nous n'avons aucune contrainte de médium pour ce que nous nommons "article". Toutes les publications numériques librement accessibles dans un navigateur (vidéo, gazouillis, blogue, etc.) pourrait être sujet à notre échange de liens. De même, le terme "lecteur" devrait être compris comme une personne étant exposée au média, peu importe le support ou le format de celui-ci.

Nous nous réservons la possibilité de modifier ces critères de sélection pendant la campagne afin de la rendre plus attrayante. Chaque lien sera diffusé sur un compte Twitter et une page Facebook créés à cet effet:
https://twitter.com/Elxn42Solitudes
https://facebook.com/Elxn42Solitudes

Les articles en français auront le mot-clic « #Elxn42FR » et ceux en anglais « #Elxn42EN ».

N'hésitez pas à interagir avec nous via ce médium pour commenter notre choix, ou encore pour proposer le vôtre!

Après les élections, notre sélection de lien sera disponible dans un tableau sur la page web:
http://ptaff.ca/elections2015

1738 études sur l'indépendance du Québec

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

Je me suis récemment intéressé à la question de la création de l'armée d'un Québec indépendant et, lors de mes recherches pour rédiger la série de trois articles sur ce sujet, j'ai découvert un corpus important d'études sur l'indépendance publiées dans les années 1990 dans le cadre de la Commission d'étude des questions afférentes à l'accession du Québec à la souveraineté.

Malgré mes efforts et ceux de mon frère bibliothécaire, il m'a été impossible de trouver ces études en ligne. J'ai donc été contraint de passer quelques après-midis à la BAnQ pour photocopier ces études (à 15¢ la page).

Outre la richesse du contenu de ces documents, j'ai été marqué par le caractère concret des témoignages rapportés dans le Journal des débats de la Commission.

À l'époque où cette commission a siégé, en 1991 et 1992, ce que l'on nommait alors la souveraineté du Québec était un projet concret auquel des ressources gouvernementales étaient dédiées (par un gouvernement libéral!), et non un hochet électoral se référant à un projet aux contours flous et à l'échéance improbable. À la lecture de ces débats, le contraste avec l'époque ayant suivi le référendum de 1995 est manifeste.

Réalisant que ces documents étaient incontournables pour travailler sur des aspects concrets de l'accession du Québec à l'indépendance, il m'a semblé nécessaire de les rendre accessibles gratuitement en ligne. Mathieu Thomas, bibliothécaire militant que j'ai connu à Option nationale, m'a aidé dans cette tâche de libération de documents.

Fort surpris que ces documents ne soient pas déjà disponibles en ligne, Mathieu a contacté la Bibliothèque de l'Assemblée nationale afin de s'enquérir de la disponibilité des documents et des conditions d'accès. Il s'avéra que ces documents étaient en fait déjà accessibles en ligne, sur le site de la Bibliothèque de l'Assemblée nationale, mais qu'on ne pouvait y accéder qu'après une recherche (plutôt poussée) dans le catalogue. Autrement dit, ils se retrouvaient dans ce qu'on appelle le «Web caché» (aussi connu comme «Web invisible», «Web profond» ou, en anglais, «Deep Web»), cette partie du web qui n'est pas référencée dans les moteurs de recherche traditionnels tels Google.

Pour que ces documents puissent être repérées par une simple recherche Google, une solution était de créer une page web dédiée à ce seul sujet. Chaque document, débat, etc., associé à la Commission y seraient détaillé. Un hyperlien serait intégré à chacune des entrées, permettant un accès direct et facile à l'information enfouie dans le Web caché des collections numériques de la Bibliothèque de l'Assemblée nationale. Le summum serait d'ajouter un lien vers les résultats de la recherche menant à tous les documents publiés dans le cadre de cette commission: ils seraient ainsi tous indexés!

Ce travail complété, il serait donc plus aisé d'à la fois repérer et télécharger ces documents sur le web.

Mais où publier cette page sur le web? Nous avons choisi de publier cette liste de liens sur Wikipédia, dans un article consacré à cette Commission. Opter pour Wikipédia représentait la solution la plus simple: il s'agit d'un site dont la pérennité est assurée, autant que faire se peut. Aussi, je possède déjà depuis 2003 un compte sur cette encyclopédie en ligne et y ai développé une certaine expertise. Enfin, les articles de Wikipédia figurent bien souvent très haut dans les résultats de recherches Google, favorisant la visibilité et donc la diffusion de notre page.

Pour compléter l'article, Danic Parenteau a contribué à la rédaction de son introduction, clarifiant la différence entre cette commission et la commission Bélanger-Campeau.

Le résultat est maintenant en ligne! L'article sur Wikipédia est intitulé Commission d'étude des questions afférentes à l'accession du Québec à la souveraineté et contient les liens vers toutes les études et les échanges leur correspondant dans le Journal des débats.

À ma grande satisfaction, une recherche sur le web avec les mêmes mots-clés que j'avais utilisés à l'époque ("La défense d'un Québec souverain : ses pièges et ses possibilités") donne dans les premiers résultats un lien vers le texte de l'étude. Quiconque effectuant une recherche sur une étude publiée à la Commission trouvera donc dorénavant aisément le document en question en format PDF.

Grâce au lien vers les résultats de recherche de la Bibliothèque de l'Assemblée nationale, les titres des 1738 études déposées à cette Commission sont maintenant disponibles dans les moteurs de recherche!

Les militants indépendantistes investissent beaucoup de temps et d'énergie pour préparer l'accession du Québec au statut de pays. Dans ce contexte, il nous faut mettre des outils en place afin de permettre la recherche et la collaboration sur les sujets qui devront être étudiés en profondeur. Ceci devra être fait de manière non partisane, afin que toute la connaissance soit accessible et que le peuple québécois ait l'heure juste sur les projets et capacités du Québec-pays.

Cela dit, on aurait pu s'attendre à ce que les divers partis politiques indépendantistes consacrent un minimum d'efforts à des tâches de ce type. N'est-il pas inconcevable que, pendant toutes ces années, ni le Parti québécois, ni le Bloc Québécois n'aient fait le nécessaire pour rendre ces documents plus facilement accessibles en ligne, alors qu'ils avaient les ressources pour le faire?

Les partis politiques indépendantistes doivent s'extraire de ce «stratégisme du pouvoir» qui ne vise qu'à se faire élire, et consacrer davantage d'énergie à la diffusion des idées indépendantistes au sein de la population. Faire sortir des études et documents pertinents du Web caché (et il en reste encore beaucoup!) représente un exemple d'initiative qui aide le peuple à prendre le relais. Espérons que notre modeste contribution pourra inspirer d'autres actions du même type, qu'elles soient le fait d'individus ou de groupes.

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