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Réponse à «Cinq mensonges climatiques en 2014»

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

Ce billet est en réponse à celui de Pierre-Guy Veer intitulé « Cinq mensonges climatiques en 2014 ».

Lorsqu'on a porté ce billet à mon attention, comme toujours j'ai hésité entre prendre la parole pour rectifier les faits, ou me taire de crainte d'attirer l'attention sur un billet qui n'en mérite pas. Il faut dire que les personnes niant le réchauffement climatique, ou le rôle des humains dans ceux-ci, ont une exposition médiatique disproportionnée par rapport à ce que leur opinion représente parmi les scientifiques. En lui répondant, ne contribuerais-je pas à lui donner un rayonnement immérité?

J'ai alors décidé de saisir l'opportunité d'une réponse afin de permettre aux lecteurs de développer des anticorps face à tous ces personnages qui sévissent dans les médias.

Je débuterai ma réponse en soulignant que les personnes niant le réchauffement climatique ne sont que très rarement des spécialistes du champ d'études en question. Lorsqu'ils ont une formation scientifique, ils sont pour la plupart des géologues, ce qui n'est en rien un spécialiste du climat ou de l'atmosphère. Dans le cas présent, Pierre-Guy Veer se qualifie comme libertarien et a une formation en économie, il n'a donc pas de formation précise sur le sujet et ne travaille pas dans ce domaine.

Dans mes réponses, j'utiliserai comme source des agences gouvernementales, des facultés universitaires ou encore des publications reconnues, contrairement à M. Veer qui se contente pour l'essentiel de faire des liens à un blogue niant le réchauffement climatique. Pour ce qui est de ma formation, je suis physicien et je travaille dans le milieu de la modélisation atmosphérique depuis plus de 10 ans.

Pour chaque affirmation, j'indiquerai s'il s'agit d'un mensonge ou non, comme le prétend l'auteur, en précisant ma réponse.

L'année 2014 est la plus chaude jamais enregistrée

M. Veer prend les mesures d'un seul satellite, propriété d'une compagnie privée californienne, pour qualifier cette affirmation de mensonge.

Or, la NOAA (l'équivalent américain d'Environnement Canada) et l'Organisation mondiale de la météo (OMM) affirment toutes deux que l'année 2014 sera la plus chaude jamais enregistrée.

L'OMM collecte toutes les données d'observation météorologique du monde. Douter de son analyse revient à prétendre qu'il existe une collusion entre les pays qui font les observations, ou que les scientifiques travestissent les données ou leur analyse.

Pour ma part, je préfère faire confiance aux milliers de scientifiques et d'observateurs météo partout sur la planète, plutôt qu'à une seule compagnie américaine.

L'Arctique menace de disparaître

Ce n'est pas un mensonge. Il est d'ailleurs étonnant qu'on puisse prétendre l'inverse, car année après année, les données sont cohérentes et vont dans le même sens.

Il suffit de regarder le graphique des étendues de la glace arctique en septembre, mois pendant lequel l'étendue est à son minimum, depuis les années 1979 pour s'en convaincre. Le déclin de glace pour le mois de septembre est de 13,3 % par décennie, par rapport à la moyenne de 1981 à 2010. Les 10 mois de septembre avec la plus faible couverture de glace ont eu lieu lors des 10 dernières années (source).

M. Veer prétend également que la superficie de la glace arctique est à son plus haut depuis 10 ans, ce qui est faux. L'année 2014 est en fait jusqu'ici une année ordinaire en comparaison avec les 5 dernières années, l'étendue de glace du mois de novembre étant la neuvième plus basse depuis 1979.

Les ours polaires sont en danger

Cette affirmation ne peut être qualifiée de « mensonge climatique » car elle n'est pas nécessairement reliée au climat.

Ce que l'on sait, c'est que le réchauffement climatique perturbe profondément l'habitat de la plupart des espèces. Certaines espèces seront favorisées et d'autres défavorisées. Il est difficile de prévoir l'impact des réchauffements climatiques sur une espèce précise, car les facteurs dont dépend la survie d'une espèce sont multiples et souvent difficiles à prévoir (comme les mesures de protection ou la destruction de l'habitat par l'humain par exemple).

Dans le cas de l'ours polaire, il serait possible d'expliquer l'augmentation des observations par les habitats humains qui sont de plus en plus nombreux dans le nord. L'ours polaire se nourrissant des déchets, cela faciliterait sa survie tout en augmentant le nombre d'ours observés. Cet exemple, bien que fictif, illustre bien la problématique de relier l'augmentation d'une population à l'absence d'une dégradation, ou à une amélioration, de son milieu naturel. Le milieu peut se dégrader et une augmentation d'une espèce y vivant peut tout de même être observée.

Ce que l'on peut affirmer, c'est que le réchauffement climatique, combiné à la destruction des milieux naturels par l'homme, a fait chuter le nombre d'espèces, et que cela ira en s'accentuant.

Pour avoir une meilleure compréhension des enjeux du réchauffement climatique sur la biodiversité, je vous invite à lire l'introduction du livre Changements climatiques et biodiversité au Québec.

Une augmentation du CO2 amènera famine et misère

Il s'agit là d'une déformation grossière de la Banque mondiale qui affirme dans un rapport qu'à « défaut de mesures concrètes de lutte contre le changement climatique, la communauté internationale pourrait bien subir les conséquences catastrophiques d'une hausse de 4 degrés de la température moyenne d'ici la fin du siècle, y compris des vagues de chaleur extrême, une baisse des stocks mondiaux de denrées alimentaires, et une élévation du niveau des mers qui pourrait toucher des centaines de millions de personnes ».

M. Veer indique qu'une augmentation de CO2 serait bénéfique à la croissance de certaines plantes, ce qui est tout à fait vrai. Cela dit, les autres dommages liés à l'augmentation de CO2, et donc à la quantité de chaleur dans l'atmosphère, mettront en péril les productions agricoles dans le monde, particulièrement dans les zones où les conditions agricoles sont difficiles. Cela expose les populations à une fluctuation importante des prix, comme lorsque le prix du blé avait doublé suite aux incendies en Russie.

Ces pénuries peuvent aller de pair avec une augmentation de productivité agricole dans certains pays comme le Canada ou les États-Unis. Cependant, les populations dépendantes de l'agriculture locale, ou consacrant une partie importante de leur revenu à l'alimentation, seront grandement exposées aux conséquences du réchauffement climatique sur l'agriculture. C'est à cela que fait référence la Banque mondiale lorsqu'elle indique qu'il pourrait y avoir une baisse importante des stocks mondiaux de denrées alimentaires.

Ainsi, bien que le CO2 puisse être considéré comme un fertilisant pour les plantes, les effets négatifs de l'augmentation de sa concentration dépasseront de loin les bénéfices qu'elle apportera.

La sécheresse en Californie est sans précédent

C'est peut-être un mensonge, mais cela ne change rien à la réalité des changements climatiques.

Il est en effet toujours hasardeux de relier un événement météorologique particulier au réchauffement climatique. Il faut plutôt regarder la tendance en combinant plusieurs événements pour en tirer une signification statistique. On ne pourra pas imputer un ouragan particulier au réchauffement climatique, mais il sera possible d'indiquer que le réchauffement climatique a causé l'augmentation du nombre d'ouragans ou encore leur puissance.

Il en va de même pour tous les événements météorologiques violents: inondations, sécheresse, ouragans, tornade, etc. On sait que le réchauffement climatique augmentera leur fréquence, mais on ne pourra jamais attribuer un événement précis au réchauffement climatique.

Pourquoi les chèques sont-ils aussi dispendieux?

Commander des chèques

Devant commander des chèques, je me suis rendu sur le site de Desjardins et j'ai suivi les instructions. Coût final: 40$ pour 100 chèques. Ça fait 40¢ du chèque, un coût ridiculement élevé.

Ayant souvent entendu qu'un chèque écrit sur un bout de papier avait valeur légale, j'ai cherché une entreprise offrant un produit moins coûteux. Recherche effectuée, ce billet de blogue de 2010 est toujours d'actualité, l'émission de chèques au Canada est le monopole de l'entreprise D+H. Toutes les institutions financières du pays font affaire avec cette entreprise.

Il semble y avoir une compagnie ontarienne qui offre des chèques un peu moins chers sur le web, mais leurs chèques ne sont pas disponibles en français, seulement dans les deux langues officielles du Canada: en anglais et en bilingue. Or, au Québec mon argent est unilingue français, et le chèque sur lequel il se transige ne saurait être dans une autre langue.

J'ai alors pensé avoir trouvé un filon pour arrondir mes fins de mois. J'allais monter une petite compagnie qui imprime des chèques deux fois moins chers que D+H et les vendre sur le web. Information prise, ce n'est malheureusement pas si simple. Tout d'abord, ce n'est pas vrai qu'une institution financière reconnaît une valeur à un bout de papier quelconque sur lequel il est écrit, par exemple, que « Je donne 20$ à Geoff Molson, voici mon numéro de compte… » En effet, pour qu'un chèque soit accepté par une institution financière, il doit respecter la Norme 006 de l'Association canadienne des paiements, ce qui n'est pas une mince affaire.

En parcourant la centaine de pages de spécifications techniques pointues, j'en conclus que pour créer un chèque valide, il faut mettre sur pied une imprimerie spécialisée et investir une quantité de temps phénoménale pour créer un produit utilisable. Or, comme la plupart des chèques sont livrés par les institutions financières elles-mêmes et que leur coût est refilé directement au consommateur, il y a peu de chances qu'elles soient intéressées par un produit moins cher. De plus, comme la plupart des gens ignorent que rien ne les oblige à commander leurs chèques à leur institution financière, et comme le marché du chèque a chuté drastiquement depuis l'avenue des paiements par guichet et par internet, cela donne un marché potentiel minuscule, des commandes individuelles de l'ordre de 10 $, pour un investissement initial colossal.

Bref, je ne me rendrai pas riche en imprimant des chèques. Ça explique aussi pourquoi aucune autre entreprise n'exploite ce filon, laissant au monopole de D+H tout le loisir de facturer des prix ridiculement élevés.