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Desjardins et l’urgence climatique

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

Lettre à Guy Cormier, président et chef de la direction Mouvement Desjardins,

Dans une publication récente sur le blogue de Desjardins ainsi que dans la LaPresse+, vous avez mis à profit l'engagement des étudiants envers l'environnement dans notre contexte d’urgence climatique pour réaffirmer les valeurs écoresponsables de Desjardins. Or, une lecture attentive de votre texte suggère que celui-ci relève plutôt de l'exercice de communication que d'une véritable communion de valeurs. Je m'explique.

Vous écrivez d'abord que Desjardins :

  1. a une « participation marginale » dans les énergies fossiles, avec 3% de vos actifs ;
  2. « soutient » le secteur des énergies renouvelables à hauteur de 2,3 milliards de dollars.

Or, Desjardins a 295,5 milliards d'actifs au total. Si on invertit les unités dans vos affirmations, il en résulte que Desjardins :

  1. « soutient » les énergies fossiles à hauteur de 8,9 milliards de dollars ;
  2. a une « participation très marginale » dans les énergies renouvelables, avec moins de 0,8% de vos actifs.

On pourrait donc en conclure que Desjardins a près de 4 fois plus d'actifs dans les énergies fossiles que dans les énergies renouvelables.

Vous conviendrez que votre présentation initiale porte à croire que Desjardins possède peu d'argent dans les énergies fossiles et que l’institution soutient les énergies renouvelables de manière importante. Le Journal de Montréal s’est même emmêlé les pinceaux à ce sujet, diminuant d’un facteur 3 votre participation dans les énergies fossiles en confondant pourcentage et milliard, dans sa couverture de votre annonce. En tant que membre de Desjardins, je me sens floué par cette stratégie de communication qui tente de démontrer l'inverse de la réalité, a fortiori quand on constate que des journalistes se laissent berner.

Vous écrivez également que 7 de vos fonds d'investissement n'ont aucune entreprise dans le secteur des énergies fossiles. Deux remarques à ce sujet. La première : avez-vous déjà tenté de trouver la liste de ces fonds sur le site web de Desjardins, M. Cormier ? Je vais vous épargner du temps : elle n'y est pas, vos services me l’ont confirmé. Sans vous demander le désinvestissement des énergies fossiles de tous vos fonds, une première étape, rapide et peu coûteuse, serait de mettre en évidence sur une page web les fonds qui en sont exempts. Pourquoi ne pas vous inspirer de votre propre Caisse d’économie solidaire, qui affiche clairement ses fonds sans pétrole ? Deuxième remarque : de ces 7 fonds, seulement 2 ont été conçus afin de ne pas inclure d'énergies fossiles. Les 5 autres le sont de manière accidentelle et sont donc soumis à la conjoncture davantage qu’à leur vocation. Par exemple, le fonds Équilibré Québec, aujourd’hui exempt d’énergies fossiles, pourrait soutenir des entreprises de ce secteur demain. Identifier et publiciser les « fonds Desjardins sans énergie fossile » permettrait de consacrer leur vocation, sans risque de retour en arrière. Ça aiderait aussi vos membres qui désirent décarboniser leur portefeuille.

Vous terminez en élargissant la responsabilité de la transition énergétique au-delà de Desjardins, en indiquant qu'elle relève d’abord des citoyens, des entreprises et des gouvernements. Eh bien c'est justement ce que font vos citoyens-membres en interpellant Desjardins. Ils se mobilisent, assistent aux assemblées et tentent d'influencer leur entreprise, le plus grand employeur privé du Québec : leur coopérative Desjardins. Et à lire votre réponse, on se sent plus solidaires des jeunes que de la direction de Desjardins, car il ne semble pas, en effet, que nous soyons entendus.

Plutôt que de vous livrer à un exercice de communication, que diriez-vous, M. Cormier, de devenir un meneur de la transition énergétique du Québec ?

Cordialement,
Miguel Tremblay
Membre Mouvement Desjardins

Les dénégateurs du réchauffement climatique

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

Lors de la rédaction de ma réponse aux mensonges climatiques, j'ai été confronté à la difficulté de trouver un mot, ou une expression, permettant de désigner les personnes niant le réchauffement climatique. Je n'y suis pas parvenu et j'ai dû utiliser explicitement « personne niant le réchauffement climatique ». C'est ce problème que je propose de résoudre en utilisant l'expression dénégateurs du réchauffement climatique pour les identifier. Voici mon raisonnement.

Les mots climatosceptique et négationniste sont ceux qui sont le plus utilisés dans les médias pour qualifier ces personnes. Cependant, leur étymologie soulève des problèmes importants.

Le terme climatosceptique, comme l'Association communicateurs scientifiques du Québec se l'est fait rappeler lors de leur riposte à Friend of Science, contient le mot sceptique, qui est relié à la méthode scientifique. Or, on reproche justement à ces personnes de nier la méthode scientifique et ses résultats. Les affubler d'un mot incluant sceptique est élogieux à leur égard et ne correspond par à leur attitude. Un groupe de sceptiques américains a d'ailleurs publié en décembre dernier une lettre demandant à ce que ces deniers ne soient plus qualifiés de skeptics.

Quant au mot négationniste, il soulève encore plus de problèmes. Ce mot est en effet utilisé uniquement pour désigner ceux qui nient des événements historiques, plus particulièrement la Shoah. D'une part, le réchauffement climatique n'est pas un événement historique, mais bien une théorie scientifique. D'autre part, cela permet aux personnes ainsi étiquetées de se victimiser, car elles sont assimilées à une tendance néonazie. Cette victimisation a par exemple été le premier reflexe de l'auteur à qui je m'adressais dans ma réponse à ses mensonges climatiques, alors que le mot négationniste n'apparaissant pas dans mon texte:

- Vous utilisez l'attaque ad hominem classique du «négationnisme». Or, ce terme n'est utilisé que pour renier des faits indéniables comme l'Holocauste.

En raison des problèmes reliés à ces deux mots, il faut donc trouver un nouveau terme.

Les personnes que l'on tente de qualifier peuvent être regroupées dans trois catégories, soient les personnes qui:

  1. Nient l'existence du réchauffement climatique;
  2. Croient en l'existence du réchauffement climatique, mais nient le rôle de l'humain ;
  3. Nient que l'on peut déterminer s'il y a réchauffement climatique, ou si les humains y jouent un rôle, car les incertitudes sont trop grandes (ces derniers s'identifient souvent comme agnostiques).

Le terme «dénégateur du réchauffement climatique» désigne bien ces personnes, car:

  • Le mot dénégateur a pour définition « celui qui nie », le verbe que l'on retrouve dans la description des trois groupes;
  • C'est également un mot dans la même famille que déni, qui définit en psychologie un « refus de reconnaître une réalité à caractère traumatisant » (Larousse), le réchauffement climatique pouvant certes être vu comme étant traumatisant;
  • Il permet d'éviter le problème du mot négateur, qui est défini comme une personne « portée à tout nier, à tout critiquer » (Larousse). Or, les dénégateurs du réchauffement climatique nient un sujet bien précis, et non tous les sujets.
  • C'est une traduction qui correspond au terme anglais Climate change denialist.

Certains prétendront que les termes climatosceptique et négationniste sont déjà d'usages courants et qu'il serait contre-productif de les changer pour un autre terme. Mais comme il est certain que ces personnes continuent d'avoir un rayonnement médiatique, mieux vaut ajuster notre sémantique le plus tôt possible afin de mieux refléter la réalité. Ajuster le discours pour refléter la réalité est la force des scientifiques, et la faiblesse des dénégateurs du réchauffement climatique. Soyons conséquents et adaptons notre vocabulaire.

Réponse à «Cinq mensonges climatiques en 2014»

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

Ce billet est en réponse à celui de Pierre-Guy Veer intitulé « Cinq mensonges climatiques en 2014 ».

Lorsqu'on a porté ce billet à mon attention, comme toujours j'ai hésité entre prendre la parole pour rectifier les faits, ou me taire de crainte d'attirer l'attention sur un billet qui n'en mérite pas. Il faut dire que les personnes niant le réchauffement climatique, ou le rôle des humains dans ceux-ci, ont une exposition médiatique disproportionnée par rapport à ce que leur opinion représente parmi les scientifiques. En lui répondant, ne contribuerais-je pas à lui donner un rayonnement immérité?

J'ai alors décidé de saisir l'opportunité d'une réponse afin de permettre aux lecteurs de développer des anticorps face à tous ces personnages qui sévissent dans les médias.

Je débuterai ma réponse en soulignant que les personnes niant le réchauffement climatique ne sont que très rarement des spécialistes du champ d'études en question. Lorsqu'ils ont une formation scientifique, ils sont pour la plupart des géologues, ce qui n'est en rien un spécialiste du climat ou de l'atmosphère. Dans le cas présent, Pierre-Guy Veer se qualifie comme libertarien et a une formation en économie, il n'a donc pas de formation précise sur le sujet et ne travaille pas dans ce domaine.

Dans mes réponses, j'utiliserai comme source des agences gouvernementales, des facultés universitaires ou encore des publications reconnues, contrairement à M. Veer qui se contente pour l'essentiel de faire des liens à un blogue niant le réchauffement climatique. Pour ce qui est de ma formation, je suis physicien et je travaille dans le milieu de la modélisation atmosphérique depuis plus de 10 ans.

Pour chaque affirmation, j'indiquerai s'il s'agit d'un mensonge ou non, comme le prétend l'auteur, en précisant ma réponse.

L'année 2014 est la plus chaude jamais enregistrée

M. Veer prend les mesures d'un seul satellite, propriété d'une compagnie privée californienne, pour qualifier cette affirmation de mensonge.

Or, la NOAA (l'équivalent américain d'Environnement Canada) et l'Organisation mondiale de la météo (OMM) affirment toutes deux que l'année 2014 sera la plus chaude jamais enregistrée.

L'OMM collecte toutes les données d'observation météorologique du monde. Douter de son analyse revient à prétendre qu'il existe une collusion entre les pays qui font les observations, ou que les scientifiques travestissent les données ou leur analyse.

Pour ma part, je préfère faire confiance aux milliers de scientifiques et d'observateurs météo partout sur la planète, plutôt qu'à une seule compagnie américaine.

L'Arctique menace de disparaître

Ce n'est pas un mensonge. Il est d'ailleurs étonnant qu'on puisse prétendre l'inverse, car année après année, les données sont cohérentes et vont dans le même sens.

Il suffit de regarder le graphique des étendues de la glace arctique en septembre, mois pendant lequel l'étendue est à son minimum, depuis les années 1979 pour s'en convaincre. Le déclin de glace pour le mois de septembre est de 13,3 % par décennie, par rapport à la moyenne de 1981 à 2010. Les 10 mois de septembre avec la plus faible couverture de glace ont eu lieu lors des 10 dernières années (source).

M. Veer prétend également que la superficie de la glace arctique est à son plus haut depuis 10 ans, ce qui est faux. L'année 2014 est en fait jusqu'ici une année ordinaire en comparaison avec les 5 dernières années, l'étendue de glace du mois de novembre étant la neuvième plus basse depuis 1979.

Les ours polaires sont en danger

Cette affirmation ne peut être qualifiée de « mensonge climatique » car elle n'est pas nécessairement reliée au climat.

Ce que l'on sait, c'est que le réchauffement climatique perturbe profondément l'habitat de la plupart des espèces. Certaines espèces seront favorisées et d'autres défavorisées. Il est difficile de prévoir l'impact des réchauffements climatiques sur une espèce précise, car les facteurs dont dépend la survie d'une espèce sont multiples et souvent difficiles à prévoir (comme les mesures de protection ou la destruction de l'habitat par l'humain par exemple).

Dans le cas de l'ours polaire, il serait possible d'expliquer l'augmentation des observations par les habitats humains qui sont de plus en plus nombreux dans le nord. L'ours polaire se nourrissant des déchets, cela faciliterait sa survie tout en augmentant le nombre d'ours observés. Cet exemple, bien que fictif, illustre bien la problématique de relier l'augmentation d'une population à l'absence d'une dégradation, ou à une amélioration, de son milieu naturel. Le milieu peut se dégrader et une augmentation d'une espèce y vivant peut tout de même être observée.

Ce que l'on peut affirmer, c'est que le réchauffement climatique, combiné à la destruction des milieux naturels par l'homme, a fait chuter le nombre d'espèces, et que cela ira en s'accentuant.

Pour avoir une meilleure compréhension des enjeux du réchauffement climatique sur la biodiversité, je vous invite à lire l'introduction du livre Changements climatiques et biodiversité au Québec.

Une augmentation du CO2 amènera famine et misère

Il s'agit là d'une déformation grossière de la Banque mondiale qui affirme dans un rapport qu'à « défaut de mesures concrètes de lutte contre le changement climatique, la communauté internationale pourrait bien subir les conséquences catastrophiques d'une hausse de 4 degrés de la température moyenne d'ici la fin du siècle, y compris des vagues de chaleur extrême, une baisse des stocks mondiaux de denrées alimentaires, et une élévation du niveau des mers qui pourrait toucher des centaines de millions de personnes ».

M. Veer indique qu'une augmentation de CO2 serait bénéfique à la croissance de certaines plantes, ce qui est tout à fait vrai. Cela dit, les autres dommages liés à l'augmentation de CO2, et donc à la quantité de chaleur dans l'atmosphère, mettront en péril les productions agricoles dans le monde, particulièrement dans les zones où les conditions agricoles sont difficiles. Cela expose les populations à une fluctuation importante des prix, comme lorsque le prix du blé avait doublé suite aux incendies en Russie.

Ces pénuries peuvent aller de pair avec une augmentation de productivité agricole dans certains pays comme le Canada ou les États-Unis. Cependant, les populations dépendantes de l'agriculture locale, ou consacrant une partie importante de leur revenu à l'alimentation, seront grandement exposées aux conséquences du réchauffement climatique sur l'agriculture. C'est à cela que fait référence la Banque mondiale lorsqu'elle indique qu'il pourrait y avoir une baisse importante des stocks mondiaux de denrées alimentaires.

Ainsi, bien que le CO2 puisse être considéré comme un fertilisant pour les plantes, les effets négatifs de l'augmentation de sa concentration dépasseront de loin les bénéfices qu'elle apportera.

La sécheresse en Californie est sans précédent

C'est peut-être un mensonge, mais cela ne change rien à la réalité des changements climatiques.

Il est en effet toujours hasardeux de relier un événement météorologique particulier au réchauffement climatique. Il faut plutôt regarder la tendance en combinant plusieurs événements pour en tirer une signification statistique. On ne pourra pas imputer un ouragan particulier au réchauffement climatique, mais il sera possible d'indiquer que le réchauffement climatique a causé l'augmentation du nombre d'ouragans ou encore leur puissance.

Il en va de même pour tous les événements météorologiques violents: inondations, sécheresse, ouragans, tornade, etc. On sait que le réchauffement climatique augmentera leur fréquence, mais on ne pourra jamais attribuer un événement précis au réchauffement climatique.

Il fait de moins en moins froid au Québec

Un billet publié sur P45.

Il ne fait pas souvent -30°C à Montréal

Il ne fait pas souvent -30°C à Montréal. Il y a eu seulement 27 jours avec une température de -30°C ou moins depuis 1953 (la température la plus froide enregistrée pendant cette période a été de -37,8°C le 15 janvier 1957). Ça fait 0,47 jour/année, ou encore une journée à tous les 2 ans.

Graphique du nombre de jours où il a fait -30°C à Montréal entre 1953 et 2010

Sauf que la dernière fois que c'est arrivé, c'est en 1994. Il y a 16 ans. Est-ce l'effet du réchauffement climatique? Probablement. Surtout si on tient en compte que le principal effet du réchauffement climatique est de rendre les températures minimales de moins en moins froides. Et les températures minimales à Montréal, c'est pas mal -30°C.

On remarque une tendance semblable pour les jours où il fait plus froid que -25°C.

Graphique du nombre de jours où il a fait -25°C à Montréal entre 1953 et 2010

Idem pour les jours où il fait plus froid que -10°C.

Graphique du nombre de jours où il a fait -10°C à Montréal entre 1953 et 2010

Mais si on regarde sur une carte, on voit que ce n'est pas à Montréal que le réchauffement va être le plus marqué. Plus on monte vers le nord, plus le réchauffement sera grand.

Anomalies de température par rapport à la moyenne pour 2010
Anomalies de température par rapport à la moyenne pour 2010

S'il fait plus chaud sur la basse Côte-Nord et dans le golfe, par exemple, ça pourrait donner des printemps hâtifs où il n'y a pas de couverture de glace. Comme l'an dernier.

Quand un phénomène est global, c'est qu'on peut distinguer ses effets partout. Le Québec ne fait pas exception.

Sources des données:
* Normales climatiques pour Montréal (1970-2000), Environnement Canada.
* Archives nationales d'information et de données climatologiques, Rapport de données quotidiennes pour Montréal, Environnement Canada.
* Bulletin des tendances et des variations climatiques - 2010, Environnement Canada.

Glace arctique: vitesse de fonte record en mai 2010

Jamais la glace dans l'Arctique n'a fondue aussi rapidement qu'au mois de mai 2010. L'étendue de glace Arctique est encore plus petite que celle atteinte en 2007 à pareille date, année où la glace avait atteint son étendue minimale record.

Étendue de glace arctique: 2006, 2007, 2010, moyenne et écart-type.
Étendue de glace arctique: 2006, 2007, 2010, moyenne et écart-type

Cette fonte printanière rapide a été causée par un hiver anormalement chaud dans l'Arctique: de 2 à 5⁰C plus chaud selon les endroits. Il y eut moins de nouvelle glace formée qu'à l'habitude l'hiver dernier, ce qui a causé un maximum de couverture 1 mois plus tard en saison en plus d'une fonte printanière accélérée.

Anomalie de température de la glace arctique pour l’hiver 2009-2010
Anomalie de température de la glace arctique pour le mois de mai 2010

L'été qui s'en vient va probablement être plus chaud que la moyenne. Le Service des Glaces de l’Amérique du Nord prévoit, dans son Aperçu saisonnier pour l'été 2010 des eaux arctiques, que de nombreux records pourraient être établies pour la fonte totale des glaces sur certains plans d'eau, notamment dans la baie d'Hudson qui pourrait être libérée des glaces jusqu'à 1 mois plus tôt que la normale.

Pourquoi ces valeurs minimales sont-elles surprenantes? Pour plusieurs raisons, mais, notamment en raison de ce qui était prévu par les modèles. Si on compare les observations aux prévisions pour la couverture de glace en Arctique effectuée par le GIEC pour son rapport de 2006, on constate que la réalité devance les prévisions d'environ 40 ans. On voit aussi que la moyenne des modèles prévoit l'atteinte d'un nouveau plateau.

Observation des étendues minimales de glace observées par rapport à celles modélisées
Observation des étendues minimales de glace observées par rapport à celles modélisées

Depuis 2007, les observations de la couverture de glace dans l'Arctique posent un grave problème. Celui de savoir si le régime des glaces en Arctique a atteint un nouveau plateau plus bas que le précédent, ou s'il est plutôt en chute libre et que la couverture atteindra sous peu le zéro.

Étendues de glace arctique observée selon la saison
Étendues de glace arctique observée selon la saison

Dans la mesure où un nouveau minimum record serait atteint en septembre cette année, et en fonction de son ampleur, cela pourrait mettre la table pour la rencontre de la réunion de la COP-16 qui se tiendra début décembre 2010 au Mexique. Cette réunion qui suit celle de Copenhague de l'an dernier.

HDLC dans Le Devoir (2)

Le billet intitulé Où est passée la glace du golfe du Saint-Laurent? est cité par Louis-Gilles Francoeur dans l'article intitulé La dérive de la banquise, publié dans l'édition du 5 mars 2010 du journal Le Devoir.

Je recopie ici, avec l'aimable permission de l'auteur, l'intégrale de l'article en question. Toute autre reproduction est interdite.

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Le Devoir, NATURE, vendredi 5 mars 2010, p. b8

La dérive de la banquise

Louis-Gilles Francoeur

Animalistes, écologistes et conservationnistes partagent pour une fois une même inquiétude: où les phoques du Groenland vont-ils se reproduire cette année en l'absence de glaces dans le golfe du Saint-Laurent et quel sera l'impact à long terme d'une pareille situation si le phénomène s'installe à demeure?

Selon le Service des glaces du Canada, l'espace central entre Terre-Neuve et les côtes du Québec, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse était au centre totalement libre de glaces, et en bordure des côtes, la superficie couverte était d'un dixième alors qu'elle est généralement de neuf à dix fois plus dense.

En clair, la quasi-totalité des zones du golfe du Saint-Laurent et du versant nord du Québec est «présentement libre de glaces alors qu'elle devrait en être recouverte en entier».

Un blogueur, Michel Tremblay [SIC], a réuni sur son site (www.ptaff.ca/blogue/) plusieurs des caractéristiques de cet hiver pour le moins anormal. Par exemple, il note que les villes de l'est du Québec ont connu un relèvement surprenant de leurs températures. Ainsi, à Natashquan, la température moyenne de janvier est passée de -13,5 °C à -8,1 °C, une différence énorme, alors que celle de Gaspé passait de -11,9 °C à -8 °C. À Natashquan, on a même vu le sol dénudé de neige en février!

Une conjonction de facteurs semble expliquer ce portrait inusité, dont profitent par contre en milieux terrestres plusieurs autres espèces, dont les cerfs et les orignaux, mais aussi leurs prédateurs, parce que le faible couvert de neige facilite les déplacements et l'accès à la nourriture. D'ailleurs, on mesure mal l'importance des changements qui vont toucher la faune en raison du changement climatique. Il suffit de se remémorer que des chercheurs de Laval ont récemment établi que la ligne de démarcation du pergélisol avait régressé vers le nord sur 130 km en quelques décennies pour mesurer à quel point la végétation et les espèces animales vont modifier leurs aires de distribution dans les prochaines années.

Le réchauffement du climat apparaît comme le moteur principal de cette tendance à l'amenuisement des glaces dans le golfe, un phénomène tout aussi visible dans un fleuve qu'on peut de moins en moins traverser sur la glace, que ça plaise ou non aux climato-sceptiques.

Mais l'année en cours est aussi une année El Nino, ce qui suscite une température plus douce partout en Amérique, et de façon de plus en plus importante jusque dans nos régions nordiques et de l'est. L'année prochaine, qui devrait être une année El Niña, devrait par contre nous apporter plus de froid et de précipitations neigeuses.

Deux impacts majeurs résultent de ce phénomène. L'érosion des rives tout autour du golfe va s'accentuer, car les glaces en rive ne sont plus là pour les protéger contre les puissantes tempêtes hivernales. Dans certains secteurs, on peut perdre jusqu'à 20 mètres par année!

Mais un impact non moins important est sans contredit l'impossibilité dans un tel contexte pour les phoques femelles de se reproduire sur les glaces, comme elles ont l'habitude de le faire. Plusieurs questions se posent désormais. Est-ce que les phoques vont migrer comme d'habitude vers les Îles-de-la-Madeleine et le sud de Terre-Neuve comme par le passé pour se rendre compte à la dernière minute que leur rendez-vous annuel avec les glaces est raté? Les femelles n'auront alors d'autre choix que d'accoucher dans l'eau, ce qui va noyer en quelques minutes les nouveaux nés. On imagine qu'un nombre indéterminé de phoques pourraient tenter d'accoucher sur des îlots rocheux près des côtes, voire sur les plages où ils seront plus vulnérables aux prédateurs.

Mais avec un troupeau de près de six millions de têtes, ce n'est pas la perte d'une année de reproduction qui va justifier l'inscription des phoques sur la liste des espèces menacées! Pour avoir un troupeau en santé, selon les biologistes de Pêches et Océans Canada, il faudrait d'ailleurs ramener ce troupeau à 4,1 millions de têtes, ce qui laisse une ample marge de manoeuvre aux autorités fédérales qui définissent annuellement le quota de prises.

Mais à court terme, il est particulièrement intéressant d'observer le discours des acteurs principaux de ce dossier. Par exemple, le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW), un puissant groupe animaliste, dit s'inquiéter énormément de cette situation sans précédent depuis 30 ans. Il demande du même souffle au gouvernement fédéral de mettre fin à cette chasse «cruelle et inutile» pour aider le cheptel à se maintenir. Assez curieusement, le groupe animaliste met l'accent sur la chasse, alors qu'avec un quota de capture autour de 300 000 têtes par année, le troupeau ne court aucun risque à court terme. Par contre, l'IFAW n'engage pas ses immenses ressources financières contre la cause principale du problème qu'elle pointe, soit le réchauffement du climat et ses causes, la surconsommation de biens et services, la production d'énergies fossiles, l'usage immodéré des transports individuels, la consommation de viande, etc. Elle préfère continuer d'émouvoir le grand public avec de véritables campagnes de désinformation qui misent toujours sur l'image de blanchons attendrissants alors que leur abattage est strictement interdit depuis 20 ans au Canada.

À l'opposé, la sénatrice Céline Hervieux-Payette demandait en décembre au gouvernement Harper d'assurer aux chasseurs terre-neuviens et des Îles le revenu minimum qu'ils tiraient de cette chasse en 2005, soit 15,4 millions, pour contrer l'impact du boycottage institué l'an dernier par l'Union européenne.

«Si le gouvernement conservateur s'est empressé de trouver 4 milliards pour sauver l'industrie automobile américaine, peut-être pourrait-il sauver l'emploi de milliers de travailleurs canadiens» qui tirent un revenu de la chasse au phoque! Le budget fédéral d'hier devrait nous fournir la réponse de Stephen Harper.

***

Lecture: L'Énergie de l'eau, une richesse à exploiter dans le respect de l'environnement, par Maylis Gaillard, éditions Le Cherche midi, Paris, 2009, 117 pages. Une apologie assez peu critique mais intéressante sur le plan technique de la production hydroélectrique dans les eaux douces et salées. On part du principe discutable selon lequel «toute eau est bonne à turbiner» (p. 22) en se fiant, cependant, au contexte législatif de France où, contrairement à ici, les passes migratoires pour les poissons sont obligatoires pour la plupart des projets. On ne fait par contre aucune mention des conclusions du rapport très critique de la Commission mondiale des barrages, publié en 2000.La dérive de la banquise

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Numéro de document : news·20100305·LE·284336
Date d'émission : 2010-03-06
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Où est passée la glace du golfe du Saint-Laurent?

En plein mois de février, il n'y a pas de glace dans le golfe du St-Laurent. Ou si peu.

Les zones en blanc et bleu sur cette carte représentent les endroits où il n'y a pas ou très peu de glace.

Couverture de glace du golfe du St-Laurent le 22 février 2010
Couverture de glace du golfe du St-Laurent le 22 février 2010. (source, Service canadien des glaces)

On peut constater que la situation est anormale en regardant la carte de l'anomalie de la couverture de glace. À pareille date, habituellement, les zones en rouge ont une couverture de 9 à 10 dixième plus élevée. Autrement dit, ces zones sont présentement libres de glace alors qu'elles devraient en être recouvertes en entier.

Anomalie de la couverture de glace du golfe du St-Laurent pour le 22 février 2010
Anomalie de la couverture de glace du golfe du St-Laurent pour le 22 février 2010 (source, Service canadien des glaces)

Et si vous n'êtes pas convaincus que la situation est hors de l'ordinaire, voici le graphique de la couverture de glace pour l'hiver 2009-2010 pour le golfe du St-Laurent. Le trait vert représente la moyenne, les barres en bleu sont les observations.

Graphique de la couverture de glace pour l’hiver 2009/2010 pour le golfe du St-Laurent
Graphique de la couverture de glace pour l’hiver 2009/2010 pour le golfe du St-Laurent (source, Service canadien des glaces)

Vous pouvez visualiser à quoi ressemble une année normale dans le golfe sur le billet portant sur la couverture de glace du golfe du St-Laurent.

Les villes de l'est du Québec ont connu des températures excessivement chaudes en janvier 2010. À Natashquan, la moyenne de température pour le mois de janvier est habituellement de -13,5°C. Elle a été de -8,1°C cette année. À Sept-Îles, la moyenne est habituellement de -15,3°C pour janvier. Il a fait -8,0°C. À Gaspé, habituellement il fait -11,9°C. Il a fait -6,1°C. Les autres villes de la Côte-Nord, et même du Saguenay, ont connu des écarts de température semblables.

Ça donne des paysages surréalistes, comme Natashquan sans neige au mois de février.

Vue de webcam de l’aéroport de Natashquan pour le 28 février 2010. On n’y voit le sable.

Les différences de température que connaissent ces villes ne sont pas des fluctuations auxquelles l'on pourrait s'attendre: elles sont de 2 à 3 fois plus élevées que l'écart-type habituel pour le mois de janvier. C'est, à tout le moins, excessif.

Effets

Quels sont les effets d'une telle absence de glace sur le golfe du St-Laurent?

On peut penser que l'érosion que subit la Côte-Nord sera plus grande cette année. L'augmentation de l'érosion dans les dernières années est principalement due, au premier degré, à la diminution de la couverture de glace dans le golfe du St-Laurent. Ce phénomène en sera donc fort probablement accentué.

La couverture de glace jouant un rôle sur la reproduction des phoques, cela aura un impact majeur sur le nombre de blanchons pour l'année 2010. Il sera bien sûr difficile pour les chasseurs de phoques d'aller sur la banquise, celle-ci n'existera pas selon toute vraisemblance.

Il n'y a pas que la couverture de glace dans le golfe du St-Laurent qui soit affectée par les températures chaudes de cet hiver. La couverture de glace sur le Saguenay est elle aussi plus mince. Cela a écourté la saison de pêche blanche de 3 à 4 semaines, empêchant tout un secteur de dépasser le seuil de rentabilité pour cette année.

Il y aura probablement d'autres effets sur la faune, la flore et l'économie qui pourront être mesurés après l'hiver.

Causes

Deux causes sont vraisemblablement à l'origine de ces températures exceptionnellement chaudes : le réchauffement climatique additionné à un épisode El Niño (valeurs numériques).

C'est d'ailleurs l'addition de ces 2 facteurs qui ont amené le UK Met office, l'équivalent anglais du Service météorologique d'Environnement Canada, à prévoir que l'année 2010 sera la plus chaude jamais mesurée, surpassant le record précédent de 1998 ( it is more likely than not that 2010 will be the warmest year in the instrumental record, beating the previous record year, which was 1998).

1998 était aussi une année El Niño. On peut penser que les épisodes El Niño représentent un réchauffement naturel de l'atmosphère qui s'additionne au réchauffement climatique artificiel, celui-ci augmentant sans cesse. On aurait alors un record de température à chaque épisode El Niño.

Il y a aussi comme cause potentielle le changement dans la circulation atmosphérique de l'hémisphère nord. C'est un effet du réchauffement climatique, puisque ce changement serait causé par la diminution de la couverture de glace dans l'océan Arctique. On peut dès lors penser que le curieux hiver que nous avons connu en 2009/2010 soit chose courante à l'avenir.

Cette diminution de la couverture de glace a une rétroaction positive: moins il y a de glace dans l'Arctique, plus l'air chaud des latitudes tropicales est amené loin au nord, entraînant la glace à fondre plus rapidement. Comme il fait plus chaud cet hiver dans l'hémisphère nord, il y a tout à penser que la glace de l'Arctique sera mince au mois de septembre prochain, moment où elle est à sa plus faible étendue. Peut-être même qu'un record d'étendue sera établi, battant ainsi celui de 2007. À suivre sur le Cryosphere Daily. Et sur Hors des lieux communs.

Portrait canadien des gaz à effet de serre

Environnement Canada vient de publier les données des émissions des gaz à effet de serre (GES) pour le Canada de 1990 à 2006.

Les résultats concernant les émissions globales du pays:

En 2006, les émissions ont été 22 % plus élevées qu’en 1990. Elles ont connu un sommet en 2004, où elles ont atteint 743 mégatonnes, puis ont diminué de 3 % entre 2004 et 2006.

Côté individuel:

Les émissions par personne ont augmenté de 3 % entre 1990 et 2006.

Côté intensité (tonne de GES/PIB):

Les émissions de gaz à effet de serre par unité de PIB ont diminué de 21 % entre 1990 et 2006.

On comprend pourquoi le gouvernement Conservateur souhaitait ardamment une réduction de l'intensité des émissions des gaz à effet de serre plutôt qu'une réduction absolue. Il n'y aurait rien eu à faire. C'est facile d'être bon là-dedans.

Composantes anthropogéniques du forçage radiatif

La Terre

Ce billet fait un survol de tous les facteurs humains qui peuvent influencer le climat. Une fois terminé, le lecteur aura visité les facteurs les plus communément abordés dans la cause des changements climatiques.

Introduction

Anthropogénique: Qui a pour source l'être humain

Forçage radiatif: Énergie du soleil qui est retenue ou repoussée de la Terre.

La composante anthropogénique du forçage radiatif est la partie de l'énergie du soleil qui est retenue sur la Terre à cause de l'action de l'humain.

Le quatrième rapport du Groupe intergouvernemental sur l'évolution climatique contient un résumé pour les preneurs de décisions dont une partie détaille la composante anthropogénique du forçage radiatif (Figure SPM2, page 4). J'en fais la traduction et la vulgarisation ici.

Le watt par mètre carré

Premièrement, une note sur l'unité utilisée. Le forçage radiatif a pour unité le watt par mètre carré (W/m² ou Wm-2). Cette unité est en fait une quantité d'énergie par seconde, le Watt, par unité de surface, le mètre carré.

Pour avoir une meilleure idée de la quantité d'énergie que peut représenter 1 W/m², reportons-nous à la page soleil de ptaff.ca. Une des graphiques produits par cet outil présente le flux solaire maximal théorique en W/m² pour chaque jour à un endroit. Autrement dit, c'est une quantification de la force du soleil tout au long de l'année.

Regardons le graphique qui illustre le flux solaire pour Montréal:

Graphique du flux solaire maximal quotidien pour Montréal

La valeur maximale du flux solaire pour Montréal est de 1018 W/m², lorsque le soleil est à son plus fort, c'est-à-dire autour du 20 juin. La valeur minimale est de 361 W/m², lorsque le soleil est à son plus faible, autour du 20 décembre. Pour les Québécois, notre peau est probablement ce qu'il y a de meilleur pour estimer ce qu'est le W/m². Imaginez une journée dehors en juin au plein soleil de midi, c'est environ 1000 W/m². Imaginez la même situation, mais pendant les vacances de Noël, c'est entre 300 et 400 W/m².

Graphique des composantes anthropogéniques du forçage radiatif

Nous voici avec une idée intuitive du W/m², continuons.

Ceci est le graphique intitulé Composantes du forçage radiatif du quatrième rapport du Groupe intergouvernemental sur l'évolution climatique :

Graphique présentant les composantes du forçage radiatif

SPM2. Moyenne globale du forçage radiatif (RF) estimée selon les émissions de 2005 pour le dioxyde de carbone anthropogénique (CO2), méthane (CH4), l'oxyde nitreux (N2O) et d'autres facteurs et mécanismes importants, avec l'échelle spatiale de l'influence du forçage ainsi que la confiance des scientifiques dans les niveaux affichés (level of scientific understanding, LOSU). Le forçage anthropogénique net et son étendu sont aussi illustrés. Ceci nécessite l'addition d'estimée d'incertitude et ne peut être obtenu par une simple addition. D'autres facteurs de forçage sont absents à cause de la faible confiance des scientifiques dans l'estimation de leurs valeurs. Les aérosols volcaniques contribuent un forçage naturel additionnel, mais ne sont pas inclus ici à cause de leur caractère épisodique. La plage pour les traînées de condensation n'inclut pas les effets possibles de l'aviation sur la couverture nuageuse.

Sur l'abscisse, l'axe des X, on retrouve les valeurs du forçage en W/m². On constate que, peu importe le facteur de forçage considéré, les valeurs considérées sont de l'ordre de 1 W/m². Au regard des valeurs considérées pour Montréal, entre 350 et 1000 W/m², on pourrait être tenté de se dire que ce forçage est négligeable. Rappelons que le forçage dont il est question est une valeur pour toute la surface de la planète et à longueur d'année. Nous y reviendrons.

La balance totale du forçage anthropogénique est positive: 1,6 ou encore 0,6 à 2,4 si on inclut la marge d'erreur. La marge d'erreur est plus grande que la valeur (une plage de 1,8 pour une valeur de 1,6), mais la conclusion est tout de même que la valeur est positive. C'est la somme de ces valeurs qui amène à conclure qu'il y a un réchauffement climatique et qu'il est causé par l'action de l'homme.

Le CO2

Barre du CO2

On voit que le CO2 est nettement le terme dominant. En faisant ainsi le premier facteur à réduire si l'on désire atténuer les effets du réchauffement climatique. Les 2/3 de ces émissions sont dues à la combustion des combustibles fossiles, l'autre 1/3 est dû au changement de vocation dans l'usage des terres (p. 25).

Le méthane

Barre du CH4

Le méthane, ou CH4, est relâché principalement par les activités agricoles et la fonte du pergélisol. Les halocarbures sont des molécules artificielles crées par l'humain et ayant des applications spécifiques dans différents domaines de l'industrie. Ces molécules ont une durée de vie dans l'atmosphère exceptionnellement longue, ce qui leur permet de voyager jusque dans la stratosphère et y détruire la couche d'ozone, en plus de la participation au réchauffement de l'atmosphère.

L'ozone

Barre d’ozone

Il y a 2 types d'ozone: celle dans la stratosphère et celle dans la troposphère. L'ozone est un gaz à effet de serre. Comme il y en a moins qu'avant dans la stratosphère, cette couche se refroidit. Or, dans la troposphère, l'émission de polluants comme le monoxyde de carbone ou encore l'oxyde nitreux a pour effet d'augmenter le taux d'ozone. C'est d'ailleurs une des composantes du smog. Plus d'ozone dans la troposphère, dont une contribution positive à la rétention de la chaleur.

La vapeur d'eau stratosphérique

Barre pour la vapeur d’eau stratosphérique

La durée de vie du CH4, environ 10 ans, lui permet d'atteindre la stratosphère. Rendu là, le méthane s'oxyde créant ainsi des molécules d'eau (H2O). Comme le méthane est émis par l'activité des humains et que l'eau est un gaz à effet de serre, cette contribution dans la stratosphère est considérée comme un forçage anthropogénique. C'est bien sûr une contribution positive (source).

L'albédo

Barre pour l’albedo

L'albédo, c'est le rapport de l'énergie solaire réfléchie par une surface sur l'énergie solaire incidente. Plus l'albédo est élevé, plus la surface réfléchit l'énergie, plus il est bas et plus il l'absorbe. L'activité humaine à un effet sur l'utilisation des terres, son albédo est ainsi changé. Il suffit de penser à une forêt qui fait place à une ville. Le vert n'a pas le même albédo que le gris. En effet, la forêt absorbe plus les rayons du soleil qu'une surface déboisée, ce qui est encore plus vrai lorsque la surface déboisée peut être recouverte de neige (voir chapitre 2, page 180). Cette diminution de l'albédo est représentée par la partie du bleu du graphique. D'autre part, les poussières émises par l'activité humaine recouvrent la neige et augmentent ainsi son albédo, augmentant également la partie de rayon du soleil absorbée. C'est la partie rouge du graphique.

Les aérosols

Effet direct
Barre pour l’effet direct des aérosols

Les aérosols sont en fait les poussières en suspensions dans l'atmosphère. Les activités humaines créant ces poussières sont des plus diverses: sulfate, carbone provenant du combustible fossile, combustion de biomasse et poussière minérale. Ces poussières bloquent les rayons du soleil en les réfléchissant. Ils absorbent aussi une partie de ce rayonnement, mais l'effet net est négatif (voir chapitre 2, page 153). C'est pourquoi l'effet direct est représenté en bleu.

Effet sur l'albédo des nuages
aerosols_albedo_cloud_effect.png

Figure 2.10 (page 154). Diagramme schématique montrant les différents mécanismes radiatifs associés aux effets sur les nuages qui ont été identifiés comme étant significatifs en relation avec les aérosols. Les petits points noirs représentent les particules; les gros cercles représentent des gouttes dans les nuages. Les lignes droites représentent les rayons du soleil incidents et réfléchis et les lignes onduleuses représentent la radiation terrestre. Les cercles blancs pleins indiquent la concentration du nombre de gouttes (cloud droplet number concentration, CDNC). Le nuage non perturbé contient des gouttes d'eau plus grosses puisque les seuls noyaux de condensation existants proviennent des aérosols naturels, alors que le nuage perturbé contient un plus grand nombre de petites gouttes d'eau puisque et la poussière naturelle et la poussière anthropogénique sont disponibles comme noyaux de condensation (cloud condensation nuclei, CCN). Les lignes grises pointillées représentent les précipitations et LWC fait référence au contenu en vapeur liquide (liquid water content).

Barre pour l’albedo des nuages

Ce mécanisme est celui qui est le plus compliqué à comprendre pour les forçages radiatifs. La physique des nuages est un phénomène complexe. Le résultat du changement d'albédo dans les nuages donne un rendement négatif dans le bilan énergétique. Cette valeur est obtenue à l'aide de la modélisation: plusieurs modèles avec des paramètres différents arrivent tous à la conclusion d'une contribution négative.

Pour en savoir plus sur l'influence des aérosols sur les nuages, reportez-vous à la section 2.4.5 du rapport (page 171).

Traînée de condensation

Barre pour la traînée de condensation

Les traînées de condensation sont des traînées de vapeur créées par les moteurs d'avion dans l'atmosphère. Après le passage des avions, les traînées se transforment en nuage artificiel.

De façon générale, les nuages jouent 2 rôles par rapport aux flux d'énergie. Dans un premier temps, ils bloquent les rayons du soleil (contribution négative) et dans un deuxième temps ils empêchent le rayonnement infrarouge de quitter la Terre pour aller dans l'espace (contribution positive puisqu'ils gardent la chaleur dans l'atmosphère). C'est d'ailleurs pour cette dernière raison que les nuits les plus chaudes sont celles avec des nuages.

Dans le cas des traînées de condensation, l'effet de conservation des rayons infrarouges est plus important que celui du blocage du soleil. C'est pourquoi elles ont une contribution positive.

Rayonnement solaire

Graphique du rayonnement solaire du 1600 à nos jours.

Figure 2.17. Reconstruction de la série temporelle du rayonnement solaire total depuis 1600. On distingue bien le cycle de 11 ans dans la reconstruction de Y. Wang et Al. (Source, page 190)

Barre pour le rayonnement solaire

Le rayonnement solaire suit un cycle de 11 ans, tel qu'illustré sur la figure 2.17. On constate aussi que le rayonnement solaire à une tendance moyenne à la hausse. Ces variations seraient communes chez les étoiles du même type que notre soleil. Nous sommes présentement dans une période où le soleil est assez fort comparativement à la moyenne des 400 dernières années.

Conclusion

Barre pour la somme de tous les forçages anthropogéniques
Sommes des forçages anthropogéniques

Les termes les plus significatifs du forçage radiatif imposé à la Terre par l'homme peuvent se résumer à 8 facteurs. La somme de ces 8 facteurs est comme on l'a vu positive. C'est pourquoi on parle de réchauffement climatique. Eut-il fallu que la somme de ces facteurs eut été négative que l'on aurait assisté à un refroidissement climatique.

Toutes les solutions dites de géo-ingénierie tente d'influencer un de ces facteurs en faisant abstraction des autres conséquences. Il a par exemple été proposé de répandre des sulfates en haute atmosphère pour augmenter l'effet direct des aérosols. Ou encore d'ensemencer la mer avec du sulfate de fer pour stimuler l'absorption de CO2 par le plancton, ceci pour diminuer la concentration de ce gaz dans l'atmosphère.

Le degré de confiance dans la valeur de ces différents facteurs est illustré sur le graphique dans chacune des barres (|—|). Bien que les marges d'erreur puissent paraître énormes pour le lecteur profane, il n'en reste pas moins que la valeur finale est positive. Et elle l'est suffisamment pour être certain qu'un réchauffement climatique aura des effets importants.

On ne saura le souligner avec assez d'ardeur, ce réchauffement en tant que tendance pour l'atmosphère dans les prochains siècles est une certitude. De plus, les scientifiques s'entendent également pour dire qu'il est causé par l'action de l'humain. La question est de savoir jusqu'à quel point le comportement humain pourra être modifié dans les prochaines années pour diminuer l'impact qu'aura ce réchauffement.

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