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Réponse aux sophismes de l'industrie pétrolière

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

Dans un article publié sur le site web de La Presse, Pierre-Olivier Pineau, professeur à la chaire de gestion du secteur de l'énergie à HEC Montréal, nous offre le parfait manuel du petit lobbyiste des pipelines au Canada. Il y a en effet une communauté d'esprit qui inscrit cet article dans le discours des compagnies pétrolières canadiennes, ce qui ne saurait surprendre, car celles-ci financent sa chaire de recherche. Alors que certains, sur les médias sociaux, perçoivent cela comme un conflit d'intérêts, j'y vois pour ma part une occasion d'offrir une réponse aux sophismes de cette industrie regroupés dans un seul article.

Débutons par l'affirmation du professeur Pineau, qui nous indique que « l'ajout de pipelines, leur réfection ou leur agrandissement n'est pas un enjeu environnemental global ». Pineau n'étant pas physicien, on peut penser qu'il maîtrise mal les lois de la thermodynamique, qu'il n'entend pas les scientifiques qui ont calculé que le tiers des réserves de pétrole mondial doit rester sous terre si l'humanité désire limiter le réchauffement climatique à 2 °C ou moins.

On peut excuser cette ignorance, mais que fait-il de la loi de l'offre et de la demande ? Ce concept, abordé jadis dans le cours d'économie de Secondaire 4, que doit avoir suivi le professeur, explique que plus l'offre est grande, plus le prix baisse. Or, un pipeline supplémentaire augmente l'offre sur le marché, fait diminuer le prix et rend donc la consommation du pétrole plus attrayante. Sa réflexion ignore cette implication logique.

Pineau poursuit en indiquant que « personne ne gagne à avoir une industrie [du pétrole extrait des sables bitumineux] dysfonctionnelle ». Une simple analyse me permet d'affirmer que les industries en concurrence avec le pétrole sortiront gagnantes d'une industrie pétrolière dysfonctionnelle : énergie renouvelable, efficacité énergétique (transport, logement), commerces de proximité, etc. J'ajouterais même qu'une industrie pétrolière CANADIENNE dysfonctionnelle cessera de doper la devise canadienne (phénomène connu sous le nom de « mal hollandais »), aidant le secteur manufacturier québécois dans son ensemble, un plus gros employeur local que les pétrolières au Québec (j'inclus les 33 bons emplois promis par TransCanada pour Énergie Est).

On pourrait aussi ajouter que le pétrole de l'Alberta est parmi les plus polluants à extraire au monde et qu'à choisir, à peu près toutes les autres sources sont meilleures que celles-ci. Autrement dit, une industrie bitumineuse dysfonctionnelle est bonne pour l'environnement.

Pierre-Olivier Pineau nous sert ensuite une vérité de La Palice, à savoir que tout est « perfectible », comme l'Office national de l'énergie (ONÉ) dont trois membres ont dû se récuser pour conflit d'intérêts. Dans ce cadre, il est assez facile de s'améliorer, en effet. Notons également que ce n'est pas parce que l'ONÉ impose des conditions « imposantes » que celles-ci sont « suffisantes » pour la sécurité publique.

Cerise sur le sundae, le professeur Pineau dresse un parallèle entre les sites d'injection supervisée et l'ajout de pipelines, l'un et l'autre « rend [ant] la vie plus facile aux utilisateurs ». Cette analogie est intéressante, à la différence que dans le cas des sites d'injection, le gouvernement se substitue au crime organisé alors que dans celui d'un pipeline, le secteur privé ne se substitue à… rien. Ce qui devrait être substitué dans ce cas-ci, est le financement privé des chaires universitaires de recherche au Québec par le financement public. Cette substitution mettrait les chercheurs à la contribution du bien public, plutôt que de donner un vernis de légitimité aux arguments de leurs bailleurs de fonds.

Cela dit, j'ai pris bonne note de l'appui de monsieur Pineau à la légalisation des sites d'injection supervisée. J'ai avisé Cactus Montréal qui pourra le contacter pour leur prochaine campagne de financement, et qui sait, espérer une lettre ouverte publiée dans La Presse en leur faveur.

En terminant, le professeur nous parle d'amour. L'amour des individus et des consommateurs. Ce serait les consommateurs qui forcent le marché à s'adapter à leur demande, les pétrolières étant victimes de cet amour. On pourrait ici souligner l'ombre de la main invisible d'Adam Smith, mais pour ma part, j'y lis la peur. La peur des entreprises qui savent que rien n'est plus puissant qu'un gouvernement qui décide d'agir. Ensemble, nous ne nous laisserons pas faire par une argumentation aussi bancale que celle des pétrolières, ici résumée sous la plume de monsieur Pineau. Les nouveaux pipelines sont un mal pour l'environnement planétaire et pour l'économie québécoise. C'est aussi simple que cela.

TransCanada Est émettra autant de GES que toutes les industries du Québec

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

En permettant à l'oléoduc TransCanada Est de passer sur son territoire, le gouvernement du Québec provoquera une augmentation d'émission de gaz à effet de serre (GES) supérieure à toutes les diminutions qu'il a prévues d'ici 2020.

À terme, c'est le tiers de toute la production des sables bitumineux de l'Alberta qui passera par le Québec, par le plus gros oléoduc du continent. C'est 1,1 million de barils de pétrole supplémentaires qui seront extraits des sables bitumineux et qui passeront quotidiennement par TransCanada Est. Cette extraction causera l'émission de 25 mégatonnes (Mt) de CO2 par année, l'équivalent de ce qu'émettent toutes les industries du Québec réunies. Ou encore 30% de tous les GES émis par le Québec. Avec un seul projet.

Aucun projet entrepris par le Québec ne permettra de diminuer d'une quantité équivalente les émissions de CO2. L'atteinte des objectifs du protocole de Kyoto par le Québec, une diminution de 17 Mt par année, ne permettrait même pas de compenser les émissions supplémentaires de tout ce pétrole.

Ce qu'il faut comprendre, c'est que cet oléoduc n'est pas une option parmi d'autres pour sortir le pétrole de l'Alberta. Tous les moyens de transporter le pétrole de l'Alberta sont déjà utilisés à pleine capacité. Si le Québec refuse le passage de cet oléoduc, ce sera donc autant de pétrole qui restera sous terre.

Rappelons que selon le GIEC, 65 à 80 % de toutes les réserves d'hydrocarbures connues doivent demeurer inexploitées afin que le climat ne se détériore pas au-delà du seuil jugé scientifiquement acceptable (2⁰C de réchauffement en 2100). Ces réserves devant rester inexploitées incluent bien sûr les sables bitumineux de l'Alberta et les pétroles de schistes qui seront transportés dans cet oléoduc.

C'est fort probablement pour cette raison que l'Office national de l'énergie, l'organisation responsable d'approuver la construction de l'oléoduc TransCanada Est, n'a pas pris en compte l'émission des GES. L'effet sur le bilan des GES est si désastreux, qu'aucune propagande du gouvernement du Canada n'aurait pu justifier d'aller de l'avant. Plutôt que d'affronter un problème insoluble, le gouvernement fédéral a simplement décidé de l'écarter des critères à prendre en compte.

Si d'un côté le Québec s'engage à réduire les émissions de GES sur son territoire, mais que de l'autre il prend des décisions créant une augmentation supérieure sur un autre territoire, il respecte l'accord de Kyoto, mais nuit aux efforts pour lutter contre les changements climatiques en empirant le solde du Canada. Car ce qui contribue au réchauffement climatique, c'est la quantité totale de CO2 dans l'atmosphère, quel que soit l'endroit d'où ce CO2 est émis.

L'oléoduc TransCanada Est n'est pas seulement une menace terrible pour le fleuve St-Laurent et l'environnement du Québec dans son ensemble. Il fait aussi partie des projets ne devant pas voir le jour si l'on veut être cohérent dans la lutte contre les changements climatiques.

La quantité supplémentaire de GES qui sera émise si ce projet voit le jour est une raison suffisante pour que le gouvernement du

L'environnement: un enjeu indépendantiste

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

En lisant les résumés du dernier rapport du GIEC cette semaine, il m'est venu un certain découragement. Ce que le rapport dit, en gros, c'est qu'au cours des dernières décennies, beaucoup de discussions ont eu lieu sur la scène internationale, mais aucune mesure réellement concrète n'a été mise en place pour lutter contre le réchauffement climatique. Si rien n'est fait, il y aura des famines, des réfugiés climatiques et des morts par millions dans les prochaines années.

Étant porte-parole d'Option nationale pour l'environnement lors de la dernière campagne électorale au Québec, il m'est apparu essentiel d'expliquer, sur les trop rares tribunes qui m'ont été offertes, les problèmes que causera le réchauffement climatique. Il m'est également apparu fondamental de faire comprendre que pour jouer son rôle dans cette lutte, le Québec devait refuser toute politique favorisant l'exploitation du pétrole de schiste ou des sables bitumineux, incluant l'exploitation d'Anticosti et les pipelines d'Enbridge et de Trans-Canada, puisque cette exploitation émet de 25 % à 75 % plus de CO2 que le pétrole conventionnel. Enfin, j'ai expliqué qu'aucune loi votée par les hommes ne peut avoir préséance sur une loi de la physique et que de ne pas faire de l'environnement une priorité revient à prétendre que la gravité n'existe pas. Que pour négocier, le peuple québécois serait mieux représenté sur la scène internationale s'il avait, devant lui, un petit carton avec le mot «Québec», plutôt que celui du «Canada».

Le Canada est en effet parmi les pires États au monde en ce qui a trait à la lutte contre le réchauffement climatique : il a renié sa signature du protocole de Kyoto, a revu à la baisse ses objectifs de réductions d'émissions de CO2 à deux reprises et n'a pris aucune mesure concrète pour les atteindre. C'est donc sans surprise qu'il ne les atteindra pas.

Cela ne veut pas dire que le Québec pays serait nécessairement un exemple, le mouvement indépendantiste a aussi ses dinosaures, mais il aura au moins la chance de faire les choses différemment.

Le Canada ayant 30 % de son PIB issu du pétrole albertain, il protège l'exploitation du pétrole sur la scène internationale. Le Québec a la chance de ne pas avoir une économie basée sur ses ressources en hydrocarbures. Cela lui permettra de faire des choix différents de ceux du Canada et de prendre des mesures réelles afin de lutter contre le réchauffement climatique.

Malheureusement, lors de la dernière élection, les principaux partis politiques ont mis ce débat de côté. Ils ont préféré suivre les conseils de leurs analystes politiques, brandissant la peur comme élément de rassemblement des Québécois : la peur des turbans, la peur des référendums, la peur de la dette.

Les résultats de cette élection ont donné lieu à un foisonnement d'analyses, mais peu importe l'opinion, ils constituent un électrochoc pour une grande partie de l'électorat, surtout celle qui prenait pour acquis la progression historique de l'émancipation du peuple québécois. Il est souhaitable que ce séisme donne lieu à un réalignement des forces politiques du Québec d'ici les élections de 2018 et que l'environnement ait sa juste part au sein de cette renaissance.

Et c'est pour lutter contre le découragement, cet abandon consumériste, que nous devons militer, entre autres, pour un engagement plus concret et réaliste des partis politiques envers l'environnement.

Le mouvement indépendantiste doit s'approprier cet enjeu incontournable, mais il ne doit pas le faire à des fins électoralistes. Il doit se l'approprier afin de démontrer au peuple québécois que la création d'un État lui permettra non seulement de contrôler sa destinée culturelle et économique, mais aussi environnementale. L'environnement est l'ensemble des éléments naturels et culturels qui entourent un être vivant. Il est donc intimement lié à notre émancipation.