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Desjardins et l’urgence climatique

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

Lettre à Guy Cormier, président et chef de la direction Mouvement Desjardins,

Dans une publication récente sur le blogue de Desjardins ainsi que dans la LaPresse+, vous avez mis à profit l'engagement des étudiants envers l'environnement dans notre contexte d’urgence climatique pour réaffirmer les valeurs écoresponsables de Desjardins. Or, une lecture attentive de votre texte suggère que celui-ci relève plutôt de l'exercice de communication que d'une véritable communion de valeurs. Je m'explique.

Vous écrivez d'abord que Desjardins :

  1. a une « participation marginale » dans les énergies fossiles, avec 3% de vos actifs ;
  2. « soutient » le secteur des énergies renouvelables à hauteur de 2,3 milliards de dollars.

Or, Desjardins a 295,5 milliards d'actifs au total. Si on invertit les unités dans vos affirmations, il en résulte que Desjardins :

  1. « soutient » les énergies fossiles à hauteur de 8,9 milliards de dollars ;
  2. a une « participation très marginale » dans les énergies renouvelables, avec moins de 0,8% de vos actifs.

On pourrait donc en conclure que Desjardins a près de 4 fois plus d'actifs dans les énergies fossiles que dans les énergies renouvelables.

Vous conviendrez que votre présentation initiale porte à croire que Desjardins possède peu d'argent dans les énergies fossiles et que l’institution soutient les énergies renouvelables de manière importante. Le Journal de Montréal s’est même emmêlé les pinceaux à ce sujet, diminuant d’un facteur 3 votre participation dans les énergies fossiles en confondant pourcentage et milliard, dans sa couverture de votre annonce. En tant que membre de Desjardins, je me sens floué par cette stratégie de communication qui tente de démontrer l'inverse de la réalité, a fortiori quand on constate que des journalistes se laissent berner.

Vous écrivez également que 7 de vos fonds d'investissement n'ont aucune entreprise dans le secteur des énergies fossiles. Deux remarques à ce sujet. La première : avez-vous déjà tenté de trouver la liste de ces fonds sur le site web de Desjardins, M. Cormier ? Je vais vous épargner du temps : elle n'y est pas, vos services me l’ont confirmé. Sans vous demander le désinvestissement des énergies fossiles de tous vos fonds, une première étape, rapide et peu coûteuse, serait de mettre en évidence sur une page web les fonds qui en sont exempts. Pourquoi ne pas vous inspirer de votre propre Caisse d’économie solidaire, qui affiche clairement ses fonds sans pétrole ? Deuxième remarque : de ces 7 fonds, seulement 2 ont été conçus afin de ne pas inclure d'énergies fossiles. Les 5 autres le sont de manière accidentelle et sont donc soumis à la conjoncture davantage qu’à leur vocation. Par exemple, le fonds Équilibré Québec, aujourd’hui exempt d’énergies fossiles, pourrait soutenir des entreprises de ce secteur demain. Identifier et publiciser les « fonds Desjardins sans énergie fossile » permettrait de consacrer leur vocation, sans risque de retour en arrière. Ça aiderait aussi vos membres qui désirent décarboniser leur portefeuille.

Vous terminez en élargissant la responsabilité de la transition énergétique au-delà de Desjardins, en indiquant qu'elle relève d’abord des citoyens, des entreprises et des gouvernements. Eh bien c'est justement ce que font vos citoyens-membres en interpellant Desjardins. Ils se mobilisent, assistent aux assemblées et tentent d'influencer leur entreprise, le plus grand employeur privé du Québec : leur coopérative Desjardins. Et à lire votre réponse, on se sent plus solidaires des jeunes que de la direction de Desjardins, car il ne semble pas, en effet, que nous soyons entendus.

Plutôt que de vous livrer à un exercice de communication, que diriez-vous, M. Cormier, de devenir un meneur de la transition énergétique du Québec ?

Cordialement,
Miguel Tremblay
Membre Mouvement Desjardins

Comment trouver un fonds d'investissement sans pétrole?

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

Lors de la période de questions d'une présentation à la Maison du développement durable à laquelle j'assistais, un intervenant interpella l'auditoire, nous invitant à vendre nos actions dans les compagnies pétrolières. Nous devions voter avec notre argent.

Pas fou, me suis-je dit. Il n'y a pas juste les grandes institutions qui devraient désinvestir dans les actions des pétrolières ; les individus devraient également se joindre au mouvement. Et comme j'avais des placements, j'ai décidé d'embarquer. Mais voilà, avoir des investissements sans pétrole n'est pas une mince affaire.

D'entrée de jeu, je ne désirais pas devenir moi-même un spécialiste de la bourse, c'est-à-dire que je ne voulais pas composer moi-même un portefeuille à partir d'actions de compagnies que j'aurais choisies. Cela m'aurait permis d'éviter les actions des compagnies pétrolières, mais j'aurais par contre dû choisir parmi une sélection d'entreprises correspondant à mon profil d'investisseur. Je ne suis pas un boursicoteur, j'ai peu d'intérêt dans la gestion quotidienne d'un portefeuille et encore moins de temps à y consacrer. Les institutions financières ont d'ailleurs des produits tout indiqués pour les épargnants comme moi : les fonds et les portefeuilles de placement.

Je n'ai cependant trouvé aucun fonds ou portefeuille d'une institution financière ayant pignon sur rue au Québec qui soit explicitement sans pétrole. Certes, il existe bien des investissements éthiques ou encore responsables, mais les critères utilisés sont plutôt opaques et de toute évidence pas garants d'exclusion pétrolière. Par exemple, le fonds d'investissement éthique NEI propose des fonds « Environnemental, Social et de Gouvernance » qui contiennent des actions de Suncor, la plus grosse compagnie pétrolière du Canada. On pourrait discuter de la cohérence d'une telle compagnie dans un fonds « environnemental », mais il apparaît clairement que je ne peux pas utiliser cette étiquette pour éviter les compagnies pétrolières.

Comme aucun produit ne correspondait à mes exigences, j'ai dû faire le travail moi-même. En tant que client et membre chez Desjardins, j'ai d'abord exprimé mes besoins à mon conseiller financier, qui m'a confirmé qu'aucun produit Desjardins ne correspondait explicitement à ma demande, que je devrais examiner leurs produits disponibles pour voir s'ils répondaient à mes critères. Ce que j'ai fait, de manière exhaustive.

J'ai compulsé chaque produit offert par Desjardins pour déterminer lesquels contiennent des actions de compagnie pétrolière, et j'ai créé une liste indiquant si les fonds Desjardins possèdent ou non des actions dans ce secteur.

Première conclusion : tous les portefeuilles Desjardins contiennent des actions de compagnie pétrolière, y compris ceux qui portent l'étiquette de SociéTerre (Suncor se trouve dans chacun d'eux). Deuxième conclusion : lorsque vous trouvez des actions canadiennes dans la description d'un produit de placement, cela implique des compagnies pétrolières (chez Desjardins comme chez les autres institutions financières). Cela reflète bien l'économie canadienne, c'est-à-dire que le pétrole y occupe une place incontournable. Inversement, tout produit à l'étiquette québécoise est exempt de pétrole (le secteur pétrolier occupant une portion économique marginale dans notre économie). Finalement, il importe de savoir que seules les entreprises constituant les principaux placements des fonds sont listées dans la description. Comme je me base sur cette liste pour déterminer quels fonds possèdent des actions dans le secteur des hydrocarbures, je ne peux ainsi m'assurer que 100 % des fonds ne sont pas reliés au pétrole. Il s'agit du mieux que je puisse faire avec l'information disponible sur le site de Desjardins.

À la suite de ce travail, j'ai donc pu composer un portefeuille sans pétrole, adapté à mon profil d'investisseur. Ma motivation et ma discipline ont porté ses fruits ; j'ai toutefois dû m'investir pour en arriver à ce résultat. Autrement dit, la manière dont sont structurés les fonds de placement ne permet pas aux investisseurs de faire des choix respectueux de leurs critères éthiques. Si l'investisseur désire ne pas investir dans les compagnies qui produisent des OGM, des armes, qui exploitent les enfants dans le tiers-monde, ou qui ont des pratiques contraires à ses valeurs, il est laissé à lui-même.

Dans un système où les frais de gestion des produits de placement varient en moyenne entre 1 % et 2 % annuellement, je pense qu'une partie des frais pourrait être utilisée pour expliciter les critères des fonds et portefeuilles. Il serait alors possible, pour les épargnants, de vraiment voter avec leur argent.

Pourquoi les chèques sont-ils aussi dispendieux?

Commander des chèques

Devant commander des chèques, je me suis rendu sur le site de Desjardins et j'ai suivi les instructions. Coût final: 40$ pour 100 chèques. Ça fait 40¢ du chèque, un coût ridiculement élevé.

Ayant souvent entendu qu'un chèque écrit sur un bout de papier avait valeur légale, j'ai cherché une entreprise offrant un produit moins coûteux. Recherche effectuée, ce billet de blogue de 2010 est toujours d'actualité, l'émission de chèques au Canada est le monopole de l'entreprise D+H. Toutes les institutions financières du pays font affaire avec cette entreprise.

Il semble y avoir une compagnie ontarienne qui offre des chèques un peu moins chers sur le web, mais leurs chèques ne sont pas disponibles en français, seulement dans les deux langues officielles du Canada: en anglais et en bilingue. Or, au Québec mon argent est unilingue français, et le chèque sur lequel il se transige ne saurait être dans une autre langue.

J'ai alors pensé avoir trouvé un filon pour arrondir mes fins de mois. J'allais monter une petite compagnie qui imprime des chèques deux fois moins chers que D+H et les vendre sur le web. Information prise, ce n'est malheureusement pas si simple. Tout d'abord, ce n'est pas vrai qu'une institution financière reconnaît une valeur à un bout de papier quelconque sur lequel il est écrit, par exemple, que « Je donne 20$ à Geoff Molson, voici mon numéro de compte… » En effet, pour qu'un chèque soit accepté par une institution financière, il doit respecter la Norme 006 de l'Association canadienne des paiements, ce qui n'est pas une mince affaire.

En parcourant la centaine de pages de spécifications techniques pointues, j'en conclus que pour créer un chèque valide, il faut mettre sur pied une imprimerie spécialisée et investir une quantité de temps phénoménale pour créer un produit utilisable. Or, comme la plupart des chèques sont livrés par les institutions financières elles-mêmes et que leur coût est refilé directement au consommateur, il y a peu de chances qu'elles soient intéressées par un produit moins cher. De plus, comme la plupart des gens ignorent que rien ne les oblige à commander leurs chèques à leur institution financière, et comme le marché du chèque a chuté drastiquement depuis l'avenue des paiements par guichet et par internet, cela donne un marché potentiel minuscule, des commandes individuelles de l'ordre de 10 $, pour un investissement initial colossal.

Bref, je ne me rendrai pas riche en imprimant des chèques. Ça explique aussi pourquoi aucune autre entreprise n'exploite ce filon, laissant au monopole de D+H tout le loisir de facturer des prix ridiculement élevés.