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Ent'deux joints tu pourrais écrire un billet

Extrait de la biographie de Pierre Bourgault:

Guillement français, ouverture

Un jour, le texte d'une chanson lui vient presque d'un seul trait: « Ent' deux joints tu pourrais faire queq'chose/ Ent' deux joints tu pourrais t'grouiller l'cul ». Cette chanson, baptisée tout naturellement Ent' deux joints, sera sa plus célèbre.
« Il l'a écrite devant moi très vite, en moins de 30 minutes », se souvient Steve Fiset. Bourgault veut tout de suite la donner à Robert Charlebois. Afin de la lui présenter, il organise chez lui un repas auquel prend aussi part Geneviève Bujold, toujours belle, énergique, intelligente et tranchante.
La rencontre ce soir-là est très vive, se rappelle Robert Charlebois.

Ça avait été vraiment bien arrosé et bien « jointé » aussi. Bourgault m'avait alos montré Ent' deux joints. Je pense qu'il n'y avait pas encore de refrain. C'est moi qui avais trouvé le « grouille, grouille, grouille-toi l'cul ». Ce n'était pas monté comme une chanson. Mais je n'ai fait au fond que le montage et la musique. Tout était là! Je crois qu'il en a été fier toute sa vie. Bourgault était convaincu, dès le départ, qu'il avait quelque chose d'extraordinaire pour moi. Et c'est devenu en effet un très gros hit. Le lendemain de notre rencontre, la chanson était terminée.

La chanson dépeint tout à la fois une situation historique et ses conséquences, selon la perspective anticolonialiste de Bourgault, avec une remarquable économie de moyens. Le refrain est scandé comme un appel à l'action, urgente, nécessaire, alors que le coeur de la chanson s'applique à projeter des instantanés de la condition québécoise.

Ta soeur est aux États ton frère est au Mexique
Y font d'l'argent là-bas pendant qu'tu chômes icitte
T'es né pour un p'tit pain c'est ce que ton père t'as dit
Chez les Américains c'pas ça qu't'aurais appris

Y t'reste un bout' à faire faut qu't'apprennes à marcher
Si tu fais comme ton père tu vas t'faire fourrer
Ah j’sais qu't'es en hostie pis qu't'en as jusque là
Mais tu peux changer ça vite ça presse en maudit
Ent'deux joints tu pourrais faire qu'qu'chose
Ent'deux joints tu pourrais t'grouiller l'cul

T'as un gouvernement qui t'vole à tour de bras
Blâme pas l'gouvernement mais débarasse-toé z'en
Couche-toé pas comme un chien pis sens-toé pas coupable
Moé j'te dis qu't'es capable c'pays-là t'appartient

[…]

T'a pas besoin d'crier t'a juste à te t'nir debout
Ça sert à rien d'brailler mais faut qu't'ailles jusqu'au bout
T'a rien à perdre vois-tu parc'qu'ici au Québec
Tout commence par un Q pis fini par un bec
Ent'deux joints tu pourrais faire qu'qu'chose
Ent'deux joints tu pourrais t'grouiller l'cul

Cette chanson, en un sens, peut aussi être vue, comme d'autres qu'il a écrites, telle une synthèse de sa propre vie : les joints, les déceptions nombreuses, une famille vivant en bonne partie aux États-Unis, les difficultés économiques, la rage au ventre transmuée en force d'action, avec au final la joie que procure une histoire de cul confondue avec le bonheur lui-même. Tout l'homme est dans cette chanson, autant que son peuple lui-même.

Guillement français, fermeture

Source: Bourgault, Jean-François Nadeau, Lux, 2007, 610 pages, ISBN : 978-2-89596-051-5, pp. 366-368.

La noix de muscade: la drogue des prisonniers

Ce billet est le troisième d'une série de trois portant sur les drogues hallucinogènes. Le lecteur pourra consulter l'ensemble de la trilogie en consultant les billets de ce blogue portant l'étiquette hallucinogène.

Tranche du livre « The hallucinogens »

Témoignage d'un ex-prisonier et ancien alcoolique, nommé P.R., extrait de Hoffer A & Osmond H (1967). The Hallucinogens. Academic Press, New York. ISBN 0-12-351850-4, pp. 52-54. Traduit par Miguel Tremblay.

Note du traducteur: L'utilisation alternée de la 3e personne (« il », « on ») et de la première personne (« je ») peut sembler étrange, mais est fidèle au texte original, où les mots anglais « one », « he » et « I » sont utilisés de cette manière.

Sur le comptoir de cuisine de la plupart des résidences, on trouve une des drogues les plus puissantes, une drogue vendue dans toutes les épiceries, utilisée par tous les cuistots et ignorée par tous les enquêteurs de la division des narcotiques du ministère de la justice. Même les hippies dans leur frénétique recherche de nouvelles sensations négligent son potentiel de créer des rêves et de stimuler la sensualité. Cette étrange drogue exotique qui provient de l'Orient est d'usage courant et, pourtant, malgré son air innocent d'épice, elle contient une substance chimique capable d'envoyer un personne hors de la réalité pour ressentir une transe hypnotique, où le monde des rêves dorés et de l'extase euphorique l'enlace.

Cette drogue, qui se retrouve parmi les épices de la cuisine, est connue sous le nom de noix de muscade.

Mon garde-manger avec vue sur les épices

Je n'ai jamais connu quelqu'un qui pouvait me dire comment les rares individus qui s'étaient perdus pendant des jours ou des semaines dans le monde irréel que cette épice peut produire, avait tout d'abord découvert que la noix de muscade était un narcotique aussi bien qu'une épice. Peut-être qu'un marin est tombé sur ce secret après s'être échoué sur une île tropical où elle pousse? Ou peut-être que les indigènes l'utilisent dans leurs rites religieux de la même façon que les Amérindiens communiquent avec les mondes des esprits à travers la transe du peyotl. Je l'ignore. Tout ce que je sais c'est que c'est horrible à prendre mais, une fois digérée, elle donne à la personne une paix de l'esprit et du corps jamais trouvée par la consommation d'héroïne ou de morphine.

Pour une raison étrange, la noix de muscade est une drogue qui semble être seulement utilisée en prison ou alors seulement par de rares individus. Je crois que la raison derrière ça est qu'il faut d'abord ingurgiter un breuvage répugnant. Ce breuvage doit contenir entre six et huit cuillères à soupe de noix de muscade. Elle est mélangée dans une tasse d'eau chaude. Le liquide est brassé frénétiquement jusqu'à ce que l'eau devienne d'un brun laiteux. Boire cette mixture est seulement le commencement. La noix de muscade ne se dissout pas et l'usager doit ingurgiter à la cuillère, aussi vite que possible, le reste de la mixture amère dans son estomac rebelle. Pour la demie-heure suivante, l'estomac essaie de s'en débarrasser mais l'usager héroïque combat la nausée et ne vomit pas.

Après environ 45 minutes, l'usager se retrouve à rire de tout d'une manière sotte. Peu importe ce qui est dit, ce qui est fait, ce qui est pensé, tout semble d'un ridicule amusant. Quiconque a fumé de la marijuana a expérimenté cette complète inhabilité à contrôler son rire. Certains ont même connu cette expérience avec le LSD.

Après 30 à 60 minutes de ce rire idiot, la bouche et la gorge commencent à s'assécher comme si on avait pris de l'atropine. Je crois que tout le système devient déshydraté parce que l'usager peut être jusqu'à 36 heures sans aller à la selle ou sans désir d'uriner. Lorsque la déshydratation prend place, les rires cessent et une grande léthargie s'empare de l'usager. Même si on peut penser qu'on peut s'étendre et lire, c'est impossible puisque nos yeux deviennent secs, rouges, contractés et il est impossible de les garder ouverts. La chose naturelle à faire est de s'étendre.

Une chose étrange survient lorsque quelqu'un commence à surfer sur la noix de muscade. J'en ai pris en solitaire dans un endroit où le plancher en béton faisait office de lit; et j'en ai pris où il y avait un lit confortable avec un matelas pour s'étendre. Cela n'avait aucune importance. Une fois que la léthargie prend le dessus, j'avais l'impression que je me reposais sur un nuage. Il semble qu'on ait tendance à s'étendre à plat sur le dos et que la léthargie est tellement grande que pas même un doigt ou un muscle ne bougera à moins d'y être forcé.

C'est lorsque la drogue prend vraiment le dessus que de merveilleuses visions remplacent la réalité. Ce sont habituellement des visions très exotiques. Les miennes, possiblement parce que je vis dans le Far East et que j'adore ça, m'amènent immédiatement sur une île tropicale. À ce moment, la noix de muscade commence à avoir les mêmes caractéristiques qu'une séance de LSD. Les visions et les rêves que l'on expérimente commencent à perdre leur continuité et arrivent en expériences non reliées entre elles. On peut trouver que sa propre enfance devient la réalité, sauf que c'est invariablement une enfance heureuse. Alors, ces visions vont continuer dans un tourbillon de couleurs inexplicables. Soudain, comme si elle provenait d'une distance de milliers de kilomètres, une musique se répandra avec tant de douceur, de lucidité et de couleurs qu'on s'y perd. […] Habituellement, la musique que vous êtes en train d'écouter provient de la radio de la prison. Parfois, tout comme la marijuana, on peut entendre une symphonie jouée de la manière la plus exquise alors qu'il n'y a aucune musique qui joue. Des voix, qui te parlent, font aussi parties de l'expérience.

Contrairement au LSD et à la marijuana – je parle seulement de mes propres expériences maintenant – lorsque quelqu'un m'adresse la parole et que je suis dans un coma de noix de muscade, je peux me ramener à la réalité et comprendre ce qu'il dit. Le seul problème, c'est qu'entre le moment où il pose sa question et ma réponse, on dirait qu'il se passe 10 minutes et que ma voix est très lente et lourde.

Le temps perd toute signification comme avec le LSD. On s'apprécie lorsque l'on est sur la noix de muscade, et on devient presque comme un enfant dans l'habileté de se comprendre soi-même et de se pardonner. L'usager devient très sensuel sous cette influence. Même si les effets durent de 24 à 36 heures, il a habituellement une érection la majorité du temps.

[…] Pour en revenir à la sensualité qu'on expérimente, les images sexuelles deviennent très intenses et palpitantes. Sans attention aucune au fait qu'un garde peut vous attraper, on peut se retrouver en train de caresser son pénis avec un grand plaisir jamais expérimenté auparavant. Peu après, il commence à se masturber et les images sexuelles deviennent tellement réelles qu'elles sont dans la cellule avec toi. On dirait que ça prend des heures et des heures avant l'orgasme final mais, pendant toutes ces heures, on a la sensation d'avoir un orgasme sauf qu'il n'y a aucune éjaculation. Si jamais l'éjaculation survient, elle semble aussi être prolongée pour au moins une heure et, même si la marijuana peut donner des sensations formidables durant une relation sexuelle, je ne connais rien qui crée un tel plaisir sexuel comme la noix de muscade. Je n'ai jamais eu de relation sexuelle sous son influence, mais je demeure convaincu que si un homme et une femme ressentent la même sensualité qu'un condamné a en prison en se masturbant sous son influence, un des deux deviendrait fou de plaisir.

Une autre similarité avec la marijuana qu'il est possible d'expérimenter avec la noix de muscade est le développement d'un appétit vorace, spécialement pour les bonbons. De la même manière que quelqu'un sous l'influence de la marijuana voudra manger n'importe quoi ('chuck-horrors'), de telle sorte que même une bouchée de pain sec goûte meilleur que le plus délicieux des mets du monde entier, la même chose survient avec la noix de muscade.

Je n'ai jamais eu de désir pour la nourriture avec le LSD sauf que, tout comme avec la noix de muscade, j'avais une soif immense pour les jus de fruits.

Que l'effet de la noix de muscade dure 24 ou 36 heures, on ne dort pas vraiment durant ce temps-là. Mais on est dans une hébétude ensommeillée et capable de faire taire tout les bruits détestables. Il ne semble pas être possible d'avoir froid lorsque l'on est sous son effet. Bien que les nuits dans le trou soit une horreur pour moi à cause du froid et que je n'avais pas de couvertures, pendant les nuits et les jours où un copain réussissait à me faire parvenir clandestinement de la noix de muscade, je ne sentais aucun inconfort. Pas plus qu'il ne m'importait d'être dans un endroit lumineux ou dans un endroit sombre. Les yeux sont clos et on voit la plupart des visions dans des couleurs érotiques de toute façon. Je pense que la plus grande ressemblance qu'a la noix de muscade par rapport au LSD est la sensation de reculer loin, très loin dans le temps, à des époques que l'on a seulement connu dans les livres. Une autre chose est la perte complète et l'absence de toute référence au temps tel que nous le connaissons.

Lorsque les effets de la drogue finissent par se dissiper, on tombe dans un sommeil de plomb. Mais le réveil est une torture. Les séquelles de la noix de muscade sont très douloureuses. Chaque os et chaque muscle du corps est douloureux comme si on avait la malaria. À eux seuls, les globes oculaires provoquent une douleur lancinante. Le nez coule sans cesse. Bien qu'en prison – à moins d'un confinement solitaire – il faille aller travailler à moins d'être tellement malade que c'est impossible, personne ne se fait porter malade par le docteur pour une gueule de bois à la noix de muscade. […] Il faut alors se trouver un coin tranquille et essayer de se masser les jambes, les épaules et les bras. Je pense que ceci entre en compte dans le fait que très peu de prisonniers se gâtent ainsi. Lorsque vous le faites, vous vous arrangez pour que ce soit la fin de semaine.

Étrangement, vous voyez rarement un accro aux drogues narcotiques ou un alcoolique faire une rechute à cause de la noix de muscade en prison. C'est habituellement ceux qui ont fumé beaucoup de hashish ou de la marijuana, c'est le plus proche qu'ils ont trouvé pour parvenir au même effet. Je n'ai jamais connu personne qui en utilisait quotidiennement et qui était accro; je n'ai jamais vu personne en consommer à l'extérieur [de la prison].

Mescaline, schizophrénie et épilepsie

Ce billet est le deuxième d'une série de trois portant sur les drogues hallucinogènes. Le lecteur pourra retrouver l'ensemble du triptyque en consultant les billets de ce blogue portant l'étiquette hallucinogène.

Tranche du livre « The hallucinogens »

À la lecture de l'extrait plus bas [1], on pourra s'étonner de la froideur technique du ton utilisé pour décrire comment des drogues hallucinogènes ont été administrées à des malades mentaux pour la simple curiosité de voir les effets ainsi obtenus.

Ce texte est à mettre en lumière avec les expériences qui ont été faites dans les années '50 sur les humains, notamment par les Américains. Le lecteur est invité à lire l'article Développement des concepts et des enjeux en éthique de la recherche qui décrit l'histoire de l'éthique de la recherche et comment elle s'applique dans le cadre juridique du Québec.

Mescaline et schizophrénie

[1] La mescaline et les autres hallucinogènes étaient intéressants pour les psychiâtres principalement parce qu'ils permettent à des sujets normaux d'expérimenter pour une courte période ce qu'ils auraient éprouvé pour une longue période s'ils avaient été schizophrènes. Ces substances chimiques altèrent les fonctions cérébrales et nerveuses de telle sorte que les réactions psychologiques finales étaient classées dans la schizophrénie plutôt qu'avec la névrose ou un état psychopathe.

[…]

Les patients schizophrènes réagissent à la mescaline à peu prêt de la même manière que les sujets normaux sauf que des doses plus massives sont requises. Le nombre de variables qui influencent les réactions à la mescaline et au LSD chez les sujets normaux est grand. Lorsqu'un sujet est aussi schizophrène un grand nombre de variables est ajouté. Certains de ceux-ci incluent la durée et le traitement déjà donné au patient. On ne doit pas s'attendre à ce qu'un schizophrène qui est malade depuis une semaine réagisse de la même manière qu'un autre qui a été malade dans un hôpital psychiatrique depuis 20 ans.

Thale et al. (1950) ont administré de 200 à 400 mg de mescaline oralement à 5 sujets schizophrènes. Malheureusement, ils ont sélectionné des sujets qui n'avaient jamais eu d'hallucinations visuelles auparavant. Ceci, à notre avis, fait en sorte qu'il est difficile d'en déduire des comparaisons valides. De plus, les doses administrées étaient plutôt petites pour des patients schizophrènes. Aucun des sujets schizophrènes n'a eu de changement de perception durant l'expérience mais un patient a signalé le lendemain matin qu'il a vu des changements terrifiants dans les caractères de l'examinateur et qu'il a vu d'étranges choses qu'il ne voulait pas décrire.
[…]

Hoch (1951, 1952, 1955) et Hoch et al. (1952) ont donné de la mescaline à des schizophrènes de trois différents types clinique. Un groupe était composé de schizophrènes manifestement non détériorés (nondeteriorated schizophrenics). Avec très peu d'exceptions ils ont subit une accentuation marquée de leurs symptômes et beaucoup de désorganisation. Certains patients étaient capable de différencier les changements de perception dus à la mescaline de ceux qu'ils ont naturellement. En général, la mescaline rendait évidente la symptomatologie schizophrène. Le groupe deux était composé de patients chroniques détériorées. Lorsque les symptômes n'étaient pas grand, la réaction était similaire à celle du groupe un. Mais les schizophrènes émotionnellement blasés, apathiques et indifférents ne se sont pas plaints d'aucune augmentation dans la sévérité de leurs symptômes. Le troisième groupe, des pseudo-schizophrènes, sont devenus nettement plus schizophrènes avec moins de conscience de la réalité et plus de désorganisation intellectuelle. Il y avait des signes soulignant leurs patterns émotionnels et une augmentation de l'anxiété à la panique est survenue. Ces patients étaient dominés par leur expérience de la mescaline et se comportaient envers eux comme des schizophrènes. Hoch croit que la mescaline a conduit à un épisode de schizophrénie temporaire dans ce groupe. Hoch conclu que les sujets normaux ont répondu à la mescaline avec des réactions organiques normales (organiclike) contenant certaines caractéristiques de la schizophrénie, alors que pour les schizophrènes les psychoses étaient aggravées en intensité.

Denber et Merlis (1955) et Merlis (1957) ont administré 500 mg de sulfate de mescaline en intraveineux à 25 patients schizophrènes. L'expérience a atteint sont paroxysme en moins d'une heure. À la quatrième heure l'anxiété aigüe et la plupart des changements mentaux étaient partis mais les patients demeuraient antagonistes, hostiles et négatifs. Ils ont retrouvé leur état mental précédant en 24 heures. L'hostilité des patients, à notre avis, peut ne pas être une conséquence de la mescaline. Ces auteurs ne précisent pas comment les patients ont été sélectionné, s'ils ont eu le choix de ne pas prendre la drogue, s'ils ont adéquatement été préparé, etc. Il est vraisemblable que tout sujet à qui l'on administre de la mescaline contre son gré, ou sans préparation adéquate, puisse demeurer rancunier et hostile après avoir récupéré.

Effet de la mescaline sur les épileptiques

Denber (1955) a administré 500 mg de sulfate de mescaline intraveineux à 12 patients épileptiques. La réaction prédominante fut la somnolence, la léthargie, l'apathie et/ou le sommeil pour 8 patients. Deux sujets ont développé des illusions somatiques. Leur sensorium est demeuré clair en tout temps. Un patient a développé une réaction de panique aigüe avec de l'agitation, une instabilité psychomotrice, de la peur, et de l'anxiété. Elle n'a pas eu aucun changement de perception mais est devenue désorganisée et paranoïaque. Vingt-quatre heures plus tard elle était déprimée et s'est retirée et a eu une amnésie de son expérience de la mescaline. Plus tard il a été déterminé que ce patient souffrait de deux maux: épilepsie et schizophrénie.

[1]: Hoffer A & Osmond H (1967). The Hallucinogens. Academic Press, New York. ISBN 0-12-351850-4. p. 36-40

Références

Denber, H. C. B. (1955). Psychiat. Quart. 29:433
Denber, H. C. B., and Merlis S. (1955). Psychiat. Quart. 29:421, 430 and 433.
Hoch, P.H. (1951). Am. J. Psychiat. 107:607
Hoch, P.H. (1952). "Thie biology of Mental Health and Disease." Harper (Hoeber), New York.
Hoch, P.H. (1955). Am. J. Psychiat. 111:787
Merlis S. (1957). J. Nervous Mental Disease 125:432.
Thale, T., GAbrio, B. W., and Solomon, K. (1950). Am. J. Psychiat. 106:686

De la mescaline

Ce billet est le premier d'une série de trois portant sur les drogues hallucinogènes. Le lecteur pourra retrouver l'ensemble du triptyque en consultant les billets de ce blogue portant l'étiquette hallucinogène.

Tranche du livre « The hallucinogens »

Il y a quelques années de cela, mon frère m'a donné un livre qui était soumis à l'élagage à la bibliothèque où il travaillait à ce moment-là: The hallucinogens [1]. Ce livre, publié en 1967, est une monographie sur la question dont il porte le titre, les drogues hallucinogènes.

Il a trainé dans ma bibliothèque à la maison pendant quelques années, attirant le regard curieux des convives qui eurent la chance de passer un peu de temps dans mon salon. Je ne l'ai ouvert que récemment et, je dois dire, je ne suis pas déçu.

Contrairement à ce que le nom savant de monographie laisse présager, ce livre contient une bonne partie de témoignages et de notes des auteurs qui peuvent être lus comme un roman. Certes, des équations chimiques et des noms de molécules forment l'essentiel de son contenu, mais le texte qui peut être lu par le quidam de passage, comme moi, vaut largement le détour.

Je transcris ici un passage [2], traduit par moi, qui relate un des premiers témoignages (1922) d'une personne sous influence de la mescaline.

L'illusion des sens est le facteur intéressant à cette étape. Des objets forts ordinaires peuvent paraître tout à fait merveilleux. En comparaison, le monde normal tel qu'il nous apparaît à tous les jours semble pâle et morne. Des symphonies de couleurs sont perçues. Les couleurs luisent avec une délicatesse et une variété qu'aucun être humain ne pourrait produire. Les objets baignent dans des couleurs tellement vives, bougent et changent leurs teintes si rapidement que la conscience est à peine capable de suivre. Alors, après un bref instant, des arabesques colorées et des figures apparaissent dans un jeu sans fin, estompées par des ombres noires, ou brillant d'une lumière radieuse. Les formes qui sont alors produites sont de variétés charmantes; des formes géométriques de toutes sortes, sphères et cubes changeant rapidement de couleur, triangles avec des points jaunes desquels émanent des chaînes dorées ou argentées, tapisseries rayonnantes, tapis, dentelles en filigrane bleu ou sur un fond sombre, des rayures rayonnant en rouge, vert, bleu ou jaune, des motifs de carrées sur une broderie dorée, étoiles avec une teinte bleu, verte ou jaune, qui semblent être des réflexions de cristaux magiques, paysages et champs lumineux avec des pierres précieuses de plusieurs couleurs, arbres avec des fleurs jaunes pâles, et plusieurs choses dessous. En plus de ces objets, des personnes de forme grotesque peuvent fréquemment être aperçues, nains colorés, créatures fabuleuses, plastiques et bougeantes ou immobiles, comme dans une photo. À la fin de la psychose un homme avec les yeux ouverts voit des oiseaux blancs et rouges et, avec les yeux clos, des demoiselles blanches, des anges, la Vierge Marie et le Christ dans une couleur bleue pâle. Une autre patiente a vu son propre visage lorsqu'elle fermait les yeux.

C'est avec difficulté que j'ai traduit ce texte, les mots utilisés étant d'une grande précision dans la langue de Shakespeare. Ce qui me fait émettre la recommandation suivante: si jamais vous faites de la mescaline, ou une autre drogue hallucinogène, arrangez-vous pour ne pas être avec un unilingue anglophone ayant du vocabulaire, vous risquez de ne pas saisir grand chose.

Suite à cette lecture, j'ai compris pourquoi les dessins psychédéliques (consulter l'origine de ce mot, ça vaut le détour) proposaient une orgie de couleurs. J'ai aussi pris conscience, paradoxalement, que ces drogues offraient une expérience d'un autre niveau de conscience, me rappelant ainsi L'Heptade d'Harmonium ou encore la théorie des niveaux de conscience de Timothy Leary, très à la mode dans les années 60 et 70, les années psychédéliques.

L’autobus magique

De plus, les personnes à qui j'ai parlé de cette lecture et ayant eux-mêmes fait l'expérience de drogues hallucinogènes, principalement du PCP (ou LSD?) je crois, se sont tous montrés très enclins à me raconter leurs expériences. Le meilleur exemple que l'on m'ait donné est celui d'un voyage, on visite un autre endroit et on en revient avec de nouvelles sensations, de nouvelles expériences que l'on ne connaît pas ici. Curieusement, ces personnes ne désiraient pas consommer de nouveau des drogues hallucinogènes, elles étaient contentes d'en avoir fait l'expérience mais ne voulaient pas recommencer. J'en déduis que le pouvoir toxicomanogène de ces drogues est très réduit, sinon nul.

Sur le même sujet, je vous recommande l'écoute du témoignage de Claude Gagnon, artiste contemporain du Québec, qui nous parle de son expérience du LSD dans une capsule de l'expo 67 diffusée à Radio-Canada. Son commentaire est aussi inspirant et clair que le témoignage copié ci-haut.

Finalement, on m'a proposé de regarder de ce vidéoclip d'Alain Bashung, si jamais j'étais sous l'influence d'un hallucinogène. Bonne écoute!

[1]: Hoffer A & Osmond H (1967). The Hallucinogens. Academic Press, New York. ISBN 0-12-351850-4.
[2]: Ibid., p. 5

Des logiciels gratuits pour toi, le jeune

Quand j'étais jeune, il y a eu une campagne contre les drogues à l'école St-Joseph, mon école primaire. Je me souviens très bien d'un t-shirt très laid arborant un coq, aucune idée pourquoi, qui disait « Non à la drogue ».

On avait bien été averti que, si jamais quelqu'un vous offre de la drogue, même si c'est gratuit, de toujours dire « NON! ». Le raisonnement derrière ça est que s'ils vous la donnent gratuitement, c'est pour mieux vous avoir lorsque vous serez devenu accro. Le pusher rentrerait dans son argent à coup sûr. On était averti, il n'y avait pas de raison de se faire prendre.

Lorsque je lis l'annonce que Microsoft offre des logiciels gratuits à des étudiants ou encore Des iPod Touch et des iPhone pour les étudiants d'une université texane, je ne peux faire autrement que de penser à un Ti-brin de 15-16 ans avec un manteau de cuir à franges qui offre de la drogue, « gratis pour toé mon jeune », dans une ruelle.

Faites comme le coq: Dites non à la drogue!