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Le couple Terre-Lune

Animation de la Lune qui tourne autour de la Terre

La Lune tente de quitter la Terre. Oh, pas très rapidement, au rythme de 4 cm par année. Mais si la Terre est patiente, la Lune l'est tout autant.

Cette dynamique de couple a débuté il y a un peu plus de 4 milliards d'années. Au début, tout excité de leur rencontre, les deux corps célestes tournaient sur eux-mêmes beaucoup plus vite qu'ils ne le font de nos jours. Puis, par un échange d'énergie que les physiciens nomment poétiquement conservation du moment angulaire, ils ont commencé à ralentir et à s'éloigner.

Même qu'un jour, dans un lointain passé, la Lune s'est mise à tourner en phase avec la Terre, privant cette dernière, à tout jamais, d'admirer son autre face.

À long terme, c'est toujours ce qui survient dans les couples de cette nature. La Terre servira le même traitement à sa compagne Lune: elle ne lui montrera qu'une seule face. Ce faisant, la Terre privera la moitié de ses habitants de la contemplation de la Lune, alors que l'autre la verra fixée au même endroit éternellement.

Se développera alors du tourisme lunaire, non pas pour aller sur l'astre lui-même, mais simplement pour se déplacer du côté planétaire qui la regardera en permanence.

Lorsqu'elles auront terminé leur valse, il y a une chance sur deux pour que la Terre choisisse de montrer le Québec à dame Lune. Espérons que lors du choix de son plus beau visage, nous ferons pencher la balance de notre côté.

UPA 101

Logo de l’UPA

L'Union des producteurs agricoles du Québec, mieux connu sous son acronyme UPA, est une institution unique au monde.

Pour un petit cours d'UPA 101, il suffit de lire ce qu'en disait en 2008 la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois:

LE SYNDICALISME AGRICOLE

1. Une situation unique au Québec

Le besoin des agriculteurs québécois de se regrouper au sein d’associations représentatives a émergé dès 1789, au moment où furent créées les premières sociétés d’agriculture subventionnées par le gouvernement. Ce n’est cependant qu’un siècle plus tard, soit en 1875, que ces différents cercles agricoles se sont unis pour former le premier regroupement provincial, soit l’Union agricole nationale. En 1924, 2400 agriculteurs fondaient l’Union catholique des cultivateurs, l’UCC.

En 1972, le gouvernement du Québec adoptait la Loi sur les producteurs agricoles. Cette Loi précisait qu’une association représentative des producteurs agricoles devait comporter des structures générales et spécialisées, des syndicats de base et des fédérations. Ces caractéristiques correspondaient à l’organisation de l’Union des producteurs agricoles (UPA). La Loi stipulait en outre qu’un référendum devait être tenu pour re- connaître à l’association des producteurs le droit de percevoir des cotisations et des contributions obligatoires auprès des agriculteurs, ce qui fut fait en décembre 1972.

Depuis lors, aux termes de la Loi, l’UPA détient l’exclusivité de la représentativité des agriculteurs. Tous les producteurs agricoles ont l’obligation de verser une cotisation à ce syndicat, même s’ils peuvent formellement choisir de ne pas en être membre. La Loi ne contient aucun mécanisme pour vérifier périodiquement la volonté d’adhésion des agriculteurs à leur syndicat. Comme il a déjà été mentionné, la dernière consultation a eu lieu en 1972, c’est-à-dire il y a 35 ans. Non seulement la Loi crée-t-elle, à toutes fins utiles, une instance unique de représentation des producteurs agri- coles, mais elle lui donne pour ainsi dire un caractère permanent. Une organisation qui souhaiterait représenter les agriculteurs québécois devrait d’abord rassembler une majorité des producteurs. La Loi sur les producteurs agricoles stipule en effet « qu’une association qui demande l’accréditation doit établir, à la satisfaction de la Régie [des marchés agricoles et alimentaires du Québec] et de la manière que cette dernière juge appropriée, qu’elle représente la majorité des producteurs du Québec ».

La Commission a demandé à l’Observatoire de l’administration publique de l’École nationale d’administration publique d’étudier les modes d’association des agriculteurs d’autres provinces et d’autres pays. L’Observatoire n’a recensé aucun cas s’apparentant à celui du Québec. Partout ailleurs, il y a plus d’une association. Les producteurs agricoles adhèrent librement à celle de leur choix et ils peuvent changer d’allégeance.

2. Une représentation pour tous les agriculteurs

Plusieurs représentants aux audiences régionales et nationales de la Commission ont avancé qu’il était temps de remettre en cause ce qu’ils ont appelé le « monopole syndical ». L’Union paysanne est celle qui exprime le plus ouvertement son opposition au mode unique de représentation des producteurs agricoles. Le mémoire qu’elle a présenté à la Commission en fait foi : « La question du monopole de l’UPA, bien qu’elle puisse sembler à premier abord étrangère au débat sur l’agriculture, est au contraire au centre de la tempête et doit ici être abordée. Pendant des décennies, l’UPA a étendu son contrôle bien au-delà d’un simple rôle de représentation syndicale. Son influence est maintenant démesurée sur le financement de l’agriculture, sur la mise en marché, sur les orientations municipales, sur l’aménagement du territoire et sur les instances gouvernementales de contrôle et de supervision. » Elle ajoute : « Loin de vouloir nier le rôle de l’UPA, nous croyons toutefois qu’elle ne représente qu’une partie du monde agricole. Travailleurs agricoles, petites fermes, artisans d’une agriculture différente, autant d’éléments qui n’ont pas droit au chapitre. »

Source: Rapport de la Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire québécois (page 234)

Histoire populaire du Québec: le peuplement sous Jean Talon

Couverture l’histoire du Québec, tome 1

Afin de compléter mes connaissances sur l'histoire du Québec, j'ai entrepris la lecture de l'Histoire populaire du Québec, des origines à 1791 de Jacques Lacoursière. (Vous pouvez consulter la première partie portant sur Jacques Cartier, trappe et pêche.)

Je recopie ici les extraits qui m'ont marqué.

Le peuplement sous Jean Talon

Entre la découverte de l'Amérique par Cartier et le premier établissement permanent en Nouvelle-France par Samuel de Champlain, il s'écoule 74 ans (de 1534 à 1608).

Entre 1608 et 1660, seulement 20 colons par année en moyenne s'établissent en Nouvelle-France. C'est à cette période (1647) que l'ancêtre de tous les Tremblay d'Amérique, Pierre Tremblay, arriva en Nouvelle-France.

En 1665, le régiment de Carignan-Salières est envoyé en Nouvelle-France afin de prêter main-forte à la colonie. Ce régiment, après avoir guerroyé contre les Amérindiens, retourna en France en 1667 et 1668. De ces soldats, 400 décident de demeurer en Nouvelle-France pour s'y établir. Aucun n'a plus de 40 ans.

Nombre de ces soldats donneront les noms à des villages, aujourd'hui devenus villes. Il s'agit de Jacques de Chambly, Antoine Pécaudy de Contrecoeur, Michel-Sidrac Dugué de Boisbriand, Pierre de Saurel, Pierre de Saint-Ours, Louis de Niort de Lanoraye, Alexandre Berthier, Francois Provost, René Gaultier de Varennes, Séraphin Margane de Lavaltrie, François Jarret de Verchères et Thomas-Xavier Tarieu de Lanaudière et de la Pérade.

De 1663 à 1673, 800 Filles du roi vinrent s'établir en Nouvelle-France afin de compenser le déséquilibre démographique causé par l'établissement des soldats de Carignan et des nombreux colons célibataires. Une prime de 50 livres est offerte par le roi à ceux qui les épousent. Plusieurs descriptions ont été faites de ces Filles du roi, dont celle de Louis Armand de Lom d'Arce, qui écrit à leur propos que

Ces vestales étaient pour ainsi dire entassées les unes sur les autres en trois différentes salles, où les époux choisissaient leurs épousent de la manière que le boucher va choisir les moutons au milieu d'un troupeau. Il y a avait de quoi contenter les fantasques dans la diversité des filles de ces trois sérails, car on en voyait de grandes, de petites, de blondes, de brunes, de grasses et de maigres; enfin chacun y trouvait chaussure à son pied. Il n'en resta pas une au bout de quinze jours. On m'a dit que les plus grasses furent plus tôt enlevées que les autres, parce qu'on s'imaginait qu'étant moins actives elles auraient plus de peine à quitter leur ménage et qu'elles résisteraient mieux au grand froid de l'hiver, mais ce principe a trompé bien des gens.

En 1673, l'envoi des Filles du roi cesse, d'une part parce que ces mariages coûtaient cher à la couronne, d'autre part parce que l'équilibre démographique est rétabli. Ceci permet aux filles du pays de trouver mari, car celles-ci étaient désavantagées face aux Filles du roi, leur potentiel mari ne recevant pas de prime pour les épouser.

En 1669, Jean Talon prend en main l'accroissement de la population. Tous les garçons de plus de 20 ans, et toutes les filles de plus de 16 ans qui ne sont pas mariés reçoivent une amende, au rythme d'une à tous les 6 mois. De même, les garçons de moins de 20 ans et les filles de moins de 16 ans qui se marient reçoivent une prime nommée le « présent du roi ».

En avril 1669, une prime est offerte aux familles nombreuses: 300 livres pour le 10ème enfant vivant, 400 livres pour le 12ème.

Le 20 octobre 1670, les hommes célibataires de plus de 20 ans reçoivent une mise en demeure les enjoignant à se marier à une Fille du roi, au plus tard 15 jours après l'arrivé du navire au port. S'ils optent de rester célibataire, ils seront condamnés à « être privés de la liberté de toute sorte de chasse et de pêche et de traite avec les Sauvages, et de plus grandes peines si nécessaire ». Un des objectifs est de forcer la sédentarisation des coureurs des bois.

En 6 ans (de 1667 à 1673), ces mesures font augmenter la population de la Nouvelle-France de plus de 65%, passant de 4000 à 6700 habitants.

Histoire populaire du Québec: Jacques Cartier, trappe et pêche

Couverture l’histoire du Québec, tome 1

Afin de parfaire mes connaissances sur l'histoire du Québec, j'ai entrepris la lecture de l'Histoire populaire du Québec, des origines à 1791 de Jacques Lacoursière. (Vous pouvez consulter la seconde partie portant sur le peuplement sous Jean Talon.)

Je recopie ici les extraits qui m'ont marqué.

Jacques Cartier

Jacques Cartier n'a pas vraiment découvert le Canada. Outre les Amérindiens et John Cabot, il y avait notamment les Basques qui venaient régulièrement pêcher dans le golfe du St-Laurent. Il en aperçoit d'ailleurs sur la Côte-Nord lors de son premier voyage, près de ce qui est connu aujourd'hui sous le nom de Baie des homards. Jacques Cartier est celui qui est reconnu comme le découvreur du Canada, probablement à cause de ses écrits sur la région, les premiers, et parce qu'il a été mandaté par le roi pour prendre possession des terres en son nom.

Les noms des bateaux de Jacques Cartier, lors de son premier voyage, sont inconnus. La Grande Hermine, la Petite Hermine et l'Émérillon sont les noms des bateaux de son deuxième voyage.

Trappe et pêche

Les coureurs des bois étaient un fait français. Les Anglais préféraient transiger directement avec les Amérindiens plutôt que d'aller eux-mêmes faire de la trappe.

On estime à 25 millions le nombre de castors tués entre 1660 et 1760. Ces castors étaient tués pour leurs peaux, destinées à une seule chose: fabriquer des chapeaux pour les Européens.

Les coureurs des bois sont considérés comme « illégaux, amant de liberté et de débauches ». Ils sont très mal vus des autorités qui les considèrent comme une perte pour la colonie puisqu'ils ne cultivent pas la terre, en plus d'inciter les jeunes à suivre leur exemple et à partir dans les bois. De nombreuses lois sont émises afin de les forcer à se sédentariser, notamment une loi de 1673 qui interdisait aux hommes d'être plus de 24 heures consécutives à l'extérieur de leur domicile.

En 1618, Champlain estime à 1 million le nombre de morues pêchées en Nouvelle-France. La morue est pêchée à la ligne, pas au filet. Un bon pêcheur peut en prendre environ 300 par jour, mais « cela lasse beaucoup les bras ».

La pêche en Nouvelle-France se fait uniquement au profit de la France.

La morue n'était pas vidée de la même façon par les Anglais et les Français. Les Anglais les ouvraient en entier, alors que les Français les ouvraient seulement jusqu'à l'anus. Dans le premier cas, nous avons la morue ronde, dans le second, la morue plate.

Divers

En 1610, alors qu'il est âgé d'environ 40 ans, Samuel de Champlain épouse lors d'un séjour en France Hélène Boullé, elle-même âgée de… 12 ans. L'année suivante, Champlain découvre une île qu'il nomme en l'honneur de sa nouvelle épouse: il s'agit de l'île Ste-Hélène.

Friponné est un mot de vieux français qui signifie voler. De ce mot provient celui de fripon.

550 minutes de Révolution tranquille

Radio-Canada a créé une série exceptionnelle sur la Révolution tranquille. Composée de 11 épisodes de 50 minutes, contient des entrevues inédites avec plusieurs acteurs importants de cette époque. Chaque épisode porte sur une thématique précise.

Agréable à écouter sur son baladeur numérique, ou encore sur un beau CD gravé pour la voiture, cette série est un incontournable pour toute personne intéressée à connaître l'histoire du Québec. D'ailleurs, semble-t-il que pour savoir où on s'en va, il faut savoir d'où l'on vient. Et s'il est une chose dont l'on a bien besoin, c'est de savoir où l'on s'en va.

L'ordre des fichiers sur la page de Radio-Canada n'étant pas optimale selon mes critères, je les reclasse ici avec un bel hyperlien qui mène directement vers le fichier mp3. Gardez ça dans un coin de votre disque dur, ça a grande valeur.

Charbon-Noir et le sept nains

Coal Black and de Sebben Dwarfs est un film produit en 1943 par Warner Bros. Il s'agit d'une version jazzée de Blanche Neige et des sept nains telles que vous ne l'avez jamais imaginée.

Considéré comme un chef d'oeuvre et faisant partie de plusieurs listes des meilleurs courts-métrages, il n'a jamais été présenté à la télévision après 1968, ni sur aucun autre support depuis (vidéocassette, DVD, etc.) car il est jugé offensant pour certains groupes par les détenteurs des droits d'auteurs (United Artists et Warner Bros.).

La magie d'internet nous permet de l'écouter aujourd'hui dans le confort de nos foyers. Je vous laisse juger pourquoi il peut être jugé à la fois comme chef d'oeuvre et comme offensant.

De l'existence des êtres vivants, et de l'humain en particulier, sur la Terre

La Terre

Le concept d'être vivant est contre-intuitif. En effet, pourquoi l'Univers en serait-il venu à créer une entité qui nécessite constamment de l'énergie pour maintenir son équilibre interne par rapport au milieu dans lequel il se trouve?

La deuxième loi de la thermodynamique justifie l'existence des êtres vivants 1. Une des formulations de cette loi stipule que les formes d'énergies disponibles doivent se dégrader vers des formes moins utilisables à d'autres fins. C'est la fameuse augmentation sans fin du désordre, l'entropie, de l'Univers.

Attardons-nous sur les implications de cette loi dans le cadre des corps célestes.

L'énergie du Soleil qui arrive sur la Lune est dans sa très grande partie reflétée par la suite dans l'espace. Elle subit très peu de dégradation. Pour dégrader l'énergie, il faut qu'un corps céleste qui reçoit l'énergie du Soleil, la Terre par exemple, puisse la capter et la dégrader sous d'autres formes moins utilisables par la suite.

La photosynthèse, à cet égard, est une réussite: l'énergie solaire est utilisée afin de créer de la matière organique à partir de l'eau, du CO2 et de minéraux dans le sol. Tous des éléments présents sur la Terre en grande quantité avant l'apparition du vivant. Une partie de l'énergie est conservée sur la Terre elle-même sous forme de matière (la matière organique et surtout le carbone de l'amosphère fixé dans la croûte terrestre) plutôt que retournée dans l'espace.

On peut en déduire que, lorsque le milieu le permet, des êtres vivants apparaîtront pour servir la deuxième loi de la thermodynamique. Cette loi ne spécifie pas quelle forme aura ce vivant, seulement qu'il captera l'énergie pour la dégrader en d'autres formes.

Vu sous cette perspective, l'être humain moderne représente le fin du fin comme servitude de la deuxième loi de la thermodynamique:

  • Le mythe judéo-chrétien veut que la Terre appartienne à l'humain et qu'il doive la dominer. Il lui est ainsi loisible d'exploiter toutes les ressources qui sont à sa disposition sur sa planète.
  • La société de consommation supporte la dépense abusive d'énergie à des fins futiles: déplacer des tonnes d'acier sur des routes de façon quotidienne, l'obsolescence programmée qui mène à remplacer des objets encore fonctionnels, les symboles de réussites qui confondent biens et prospérité.
  • Le système de valeur de reproduction amène à augmenter sans fin le nombre d'humains, augmentant d'autant le nombre d'unités cherchant à s'approprier des biens.

Bref, une fuite exponentielle qui, prise sous cette optique, n'a d'autre finalité que de dégrader l'énergie le plus rapidement possible. Les prochaines décennies détermineront si l'homme n'est qu'un instrument d'une loi thermodynamique.

Dans le cas d'une réponse positive, l'humanité n'aura été qu'un épiphénomène au succès planétaire qui, une fois sa consommation maximale d'énergie atteinte, cèdera plus ou moins rapidement sa place aux organismes exploitant l'énergie disponible à un taux plus soutenable.

Dans le cas d'une réponse négative, nous assisterons à un changement notable dans la façon qu'a l'humanité de concevoir son milieu. Elle réussira à redéfinir son rôle et à respecter les réalités physiques qui l'entourent. Il y a du chemin à faire.

Référence

1. Schneider, E.D, Kay, J.J., 1994, "Life as a Manifestation of the Second Law of Thermodynamics", Mathematical and Computer Modelling, Vol 19, No. 6-8, pp.25-48 © James J. Kay and Eric Schneider, 1992

De Noir à Black

Carré noir et black

Il est politiquement correct d'identifier quelqu'un comme un Black alors qu'il est péjoratif de dire un Noir.

Je l'ai réalisé par mon propre comportement lorsqu'en parlant d'un Noir j'ai dit, après hésitation pour ne pas paraître raciste, « regarde le Black là-bas ». Je n'ai pas dit le Noir, trop péjoratif, j'ai dit le Black. Ça sonne correct.

Ce qui a fini par me convaincre qu'il est de notoriété publique que le Black a remplacé le Noir, c'est lorsque j'ai entendu à la radio que le Festival du Film Haïtiens de Montréal était maintenant devenu Le Festival International du Film Black de Montréal. Mis à part le mot Black, tout le reste du site est dans un français impeccable.

Peut-être que le mot Noir a une charge historique trop grande dans notre langage, et que le remplacer par un mot d'une langue étrangère, quoique commune, retire une partie de cette charge. Faudrait demander à un Black.

Mise à jour
(~12 heures après publication): Ce matin, dans le livre La physique des catastrophes de Marisha Pessl, page 217, j'ai lu ceci:

[…] nous passions devant le videur, un grand Black qui nous dévisageait comme si on appartenait au spectacle de Disney on Ice et qu'on avait oublié d'enlever nos costumes.

La traductrice, une Française nommée Laetita Devaux, a choisi de traduire le mot Black, qui devait être celui de la version en langue américaine comme ils disent, par le mot… Black. La traduction date de 2007.

On a donc un grand Black au lieu d'un grand Noir. Je me demande si la version originale avait un B majuscule pour Black.

Texte du manifeste du FLQ

Beaucoup de bruit a été fait autour de la lecture du manifeste du FLQ qui a été élu lors du Moulin à paroles soulignant les 250 ans de la bataille des Plaines d'Abraham.

Mais que dit ce texte?

Voici la lecture du manifeste qui fut diffusé sur les ondes de Radio-Canada le 8 octobre 1970, deux jours avant l'enlèvement du vice-Premier ministre québécois; Pierre Laporte.

L'intégral du manifeste tel que recopié à partir de Wikisource. Curieusement, la lecture qui est faite sur les Radio-Canada ne correspond pas intégralement à ce texte. Un bon bout n'est pas dit (de Oui, il y en a des raisons, et les gars de la Lord les connaissent jusqu'à et de la politique, prêts à toutes les bassesses pour mieux nous fourrer.).

Front de libération du Québec: Manifeste

Le Front de libération du Québec n'est pas le messie, ni un Robin des bois des temps modernes. C'est un regroupement de travailleurs québécois qui sont décidés à tout mettre en œuvre pour que le peuple du Québec prenne définitivement en mains son destin.

Le Front de libération du Québec veut l'indépendance totale des Québécois, réunis dans une société libre et purgée à jamais de sa clique de requins voraces, les « big boss » patronneux et leurs valets qui ont fait du Québec leur chasse-gardée du cheap labor et de l'exploitation sans scrupule.

Le Front de libération du Québec n'est pas un mouvement d'agression, mais la réponse à une agression, celle organisée par la haute finance par l'entremise des marionnettes des gouvernements fédéral et provincial (le show de la Brinks, le bill 63, la carte électorale, la taxe dite de « progrès social », Power Corporation, l'assurance-médecins, les gars de Lapalme …).

Le Front de libération du Québec s'autofinance d'impôts volontaires prélevés à même les entreprises d'exploitation des ouvriers (banques, compagnies de finance, etc.).

«Les puissances d'argent du statu quo, la plupart des tuteurs traditionnels de notre peuple, ont obtenu la réaction qu'ils espéraient, le recul plutôt qu'un changement pour lequel nous avons travaillé comme jamais; pour lequel on va continuer à travailler.» - René Lévesque, 29 avril 1970.

La « democracy » des riches

Nous avons cru un moment qu'il valait la peine de canaliser nos énergies, nos impatiences comme le dit si bien René Lévesque, dans le Parti Québécois, mais la victoire libérale montre bien que ce qu'on appelle démocratie au Québec n'est en fait et depuis toujours que la « democracy » des riches. La victoire du Parti Libéral en ce sens n'est en fait que la victoire des faiseurs d'élections Simard-Cotroni. En conséquence, le parlementarisme britannique, c'est bien fini et le Front de libération du Québec ne se laissera jamais distraire par les miettes électorales que les capitalistes anglo-saxons lancent dans la basse-cour québécoise à tous les quatre ans. Nombre de Québécois ont compris et ils vont agir. Bourassa dans l'année qui vient va prendre de la maturité: 100 000 travailleurs révolutionnaires organisés et armés!

Oui, il y en a des raisons à la victoire libérale. Oui, il y en a des raisons à la pauvreté, au chômage, aux taudis, au fait que vous M. Bergeron de la rue Visitation et aussi vous M. Legendre de Ville de Laval, qui gagnez 10 000 dollars par année, vous ne vous sentiez pas libres en notre pays le Québec.

Oui, il y en a des raisons, et les gars de la Lord les connaissent, les pêcheurs de la Gaspésie, les travailleurs de la Côte Nord, les mineurs de la Iron Ore, de Quebec Cartier Mining, de la Noranda les connaissent eux aussi ces raisons. Et les braves travailleurs de Cabano que l'on a tenté de fourrer une fois de plus en savent des tas de raisons.

Les « vaisseaux d'or »

Oui, il y en a des raisons pour que vous, M. Tremblay de la rue Panet et vous, M. Cloutier qui travaillez dans la construction à St-Jérôme, vous ne puissiez vous payer des « vaisseaux d'or » avec de la belle zizique et tout le fling flang comme l'a fait Drapeau l'aristocrate, celui qui se préoccupe tellement des taudis qu'il a fait placer des panneaux de couleurs devant ceux-ci pour ne pas que les riches touristes voient notre misère.

Oui, il y en a des raisons pour que vous Madame Lemay de St-Hyacinthe, vous ne puissiez vous payer des petits voyages en Floride comme le font avec notre argent tous les sales juges et députés.

Les braves travailleurs de la Vickers et ceux de la Davie Ship les savent ces raisons, eux à qui l'on n'a donné aucune raison pour les crisser à la porte. Et les gars de Murdochville que l'on a écrasés pour la seule et unique raison qu'ils voulaient se syndiquer et à qui les sales juges ont fait payer plus de deux millions de dollars parce qu'ils avaient voulu exercer ce droit élémentaire. Les gars de Murdochville la connaissent la justice et ils en connaissent des tas de raisons.

Oui, il y en a des raisons pour que vous, M. Lachance de la rue Ste-Marguerite, vous alliez noyer votre désespoir, votre rancœur et votre rage dans la bière du chien à Molson. Et toi, Lachance fils avec tes cigarettes de mari… Des tas de raisons Oui, il y en a des raisons pour que vous, les assistés sociaux, on vous tienne de génération en génération sur le bien-être social. Il y en a des tas de raisons, les travailleurs de la Domtar à Windsor et à East Angus les savent. Et les travailleurs de la Squibb et de la Ayers et les gars de la Régie des Alcools et ceux de la Seven-Up et de Victoria Precision, et les cols bleus de Laval et de Montréal et les gars de Lapalme en savent des tas de raisons.

Les travailleurs de Dupont of Canada en savent eux aussi, même si bientôt ils ne pourront que les donner en anglais (ainsi assimilés, ils iront grossir le nombre des immigrants, Néo-Québécois, enfants chéris du bill 63).

Et les policiers de Montréal auraient dû les comprendre ces raisons, eux qui sont les bras du système; ils auraient dû s'apercevoir que nous vivons dans une société terrorisée parce que sans leur force, sans leur violence, plus rien ne fonctionnait le 7 octobre!

Le fédéralisme « canadian »

Nous en avons soupé du fédéralisme canadien qui pénalise les producteurs laitiers du Québec pour satisfaire aux besoins anglo-saxons du Commonwealth; qui maintient les braves chauffeurs de taxi de Montréal dans un état de demi-esclaves en protégeant honteusement le monopole exclusif à l'écœurant Murray Hill et de son propriétaire-assassin Charles Hershorn et de son fils Paul qui, à maintes reprises, le soir du 7 octobre, arracha des mains de ses employés le fusil de calibre 12 pour tirer sur les chauffeurs et blesser ainsi mortellement le caporal Dumas, tué en tant que manifestant ; qui pratique une politique insensée des importations en jetant un à un dans la rue des petits salariés des textiles et de la chaussure, les plus bafoués au Québec, aux profits d'une poignée de maudits « money makers » roulant en Cadillac; qui classe la nation québécoise au rang des minorités ethniques du Canada.

Nous en avons soupé, et de plus en plus de Québécois également, d'un gouvernement de mitaines qui fait mille et une acrobaties pour charmer les millionnaires américains en les suppliant de venir investir au Québec, « la Belle Province », où des milliers de milles carrés de forêts remplies de gibier et de lacs poissonneux sont la propriété exclusive de ces mêmes Seigneurs tout-puissants du XXe siècle;

Les blindés de la Brinks

D'un hypocrite à la Bourassa qui s'appuie sur les blindés de la Brinks, véritable symbole de l'occupation étrangère au Québec, pour tenir les pauvres « natives » québécois dans la peur de la misère et du chômage auxquels nous sommes tant habitués;

De nos impôts que l'envoyé d'Ottawa au Québec veut donner aux boss anglophones pour les « inciter », ma chère, à parler français, à négocier en français : repeat after me: « cheap labor means main-d'œuvre à bon marché ».

Des promesses de travail et de prospérité, alors que nous serons toujours les serviteurs assidus et les lèche-bottes des big shot, tant qu'il y aura des Westmount, des Town of Mount-Royal, des Hampstead, des Outremont, tous ces véritables chateaux forts de la haute finance de la rue St-Jacques et de la Wall Street, tant que nous tous, Québécois, n'aurons pas chassé par tous les moyens, y compris la dynamite et les armes, ces big boss de l'économie et de la politique, prêts à toutes les bassesses pour mieux nous fourrer.

Nous vivons dans une société d'esclaves terrorisés, terrorisés par les grands patrons, Steinberg, Clark, Bronfman, Smith, Neapole, Timmins, Geoffrion, L. Lévesque, Hershorn, Thompson, Nesbitt, Desmarais, Kierans (à coté de ça, Remi Popol la garcette, Drapeau le dog, Bourassa le serin des Simard, Trudeau la tapette, c'est des peanuts).

Les grands maîtres de la consommation

Terrorisés par l'église capitaliste romaine, même si ça parait de moins en moins (à qui appartient la Place de la Bourse ?), par les paiements à rembourser à la Household Finance, par la publicité des grands maîtres de la consommation Eaton, Simpson, Morgan, Steinberg, General Motors…;

Terrorisés par les lieux fermes de la science et de la culture que sont les universités et par leurs singes-directeurs Gaudry et Dorais et par le sous-singe Robert Shaw. Nous sommes de plus en plus nombreux à connaître et à subir cette société terroriste et le jour s'en vient où tous les Westmount du Québec disparaîtront de la carte.

Travailleurs de la production, des mines et des forêts; travailleurs des services, enseignants et étudiants, chômeurs, prenez ce qui vous appartient, votre travail, votre production et votre liberté. Et vous, les travailleurs de la General Electric, c'est vous qui faites fonctionner vos usines; vous seuls êtes capables de produire; sans vous, General Electric n'est rien!

Travailleurs du Québec, commencez dès aujourd'hui à reprendre ce qui vous appartient; prenez vous-mêmes ce qui est à vous. Vous seuls connaissez vos usines, vos machines, vos hôtels, vos universités, vos syndicats; n'attendez pas d'organisation miracle.

Faites votre révolution

Faites vous-mêmes votre révolution dans vos quartiers, dans vos milieux de travail. Et si vous ne la faites pas vous-mêmes, d'autres usurpateurs technocrates ou autres remplaceront la poignée de fumeurs de cigares que nous connaissons maintenant et tout sera à refaire. Vous seuls êtes capables de batir une société libre.

Il nous faut lutter, non plus un à un, mais en s'unissant, jusqu'à la victoire, avec tous les moyens que l'on possède comme l'ont fait les Patriotes de 1837-1838 (ceux que Notre sainte mère l'Eglise s'est empressée d'excommunier pour mieux se vendre aux intérêts britanniques).

Qu'aux quatre coins du Québec, ceux qu'on a osé traiter avec dedain de lousy French et d'alcooliques entreprennent vigoureusement le combat contre les matraqueurs de la liberté et de la justice et mettent hors d'état de nuire tous ces professionnels du hold-up et de l'escroquerie: banquiers, businessmen, juges et politicailleurs vendus.

Nous sommes des travailleurs québécois et nous irons jusqu'au bout. Nous voulons remplacer avec toute la population cette société d'esclaves par une société libre, fonctionnant d'elle-même et pour elle-même, une societe ouverte sur le monde.

Notre lutte ne peut être que victorieuse. On ne tient pas longtemps dans la misère et le mépris un peuple en réveil.

Vive le Québec libre !

Vive les camarades prisonniers politiques !

Vive la révolution québécoise !

Vive le Front de libération du Québec !

Un jeu si simple

Logo du Canadien de Montréal

Le Canadien de Montréal est une institution, ne serait-ce que par l'importance qu'il a dans le coeur des Québécois. Cette organisation a aussi une histoire extraordinaire, qui remonte cette année à plus de 100 ans.

Le film Un jeu si simple de Gilles Groulx, fait vivre un retour historique d'une trentaine de minutes, afin d'y rencontrer le Canadien des années 1950-1960. À l'époque où on pouvait fumer un cigare dans le premier rang au Forum, où le filet du gardien était lousse, où le demi-cercle du gardien était un carré et où l'on parlait non pas de «jeu de puissance» mais bien de «jeu de punition».

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