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Wallonie-Québec: en sens inverse

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

L'un des arguments ayant mené à l'élection de Donald Trump est certainement son opposition aux accords de libre-échange, notamment celui entre les États-Unis, le Canada et le Mexique (ALENA). Afin que la classe politique québécoise prenne conscience de cette opposition de la population, je reviens sur les récents événements qui ont eu lieu lors de la ratification du traité de libre-échange entre l'Europe et le Canada, l'Accord économique et commercial global (AECG).

La Wallonie, par son refus momentané de signer l'AECG liant le Canada et l'Europe, est née à la face du monde il y a quelques semaines. Au cours de la dernière année, pendant mon congé parental, j'ai eu l'occasion d'habiter plusieurs mois dans cette région belge, ma conjointe étant Wallonne. Ainsi, j'aimerais faire un parallèle entre les directions opposées que prennent la Wallonie et le Québec au sein de leur fédération respective.

Il faut d'abord savoir que les habitants de la Wallonie, francophones dans leur vaste majorité, s'identifient d'abord à leur localité: Namurois, Liégeois, Ardennais, Luxembourgeois, etc. Ensuite vient l'identification à la Belgique. Lors de mon séjour, peu de fois ai-je entendu les habitants de la Wallonie se désigner en tant que «Wallon(ne)s». Certes, on y parle de la Wallonie en tant que région et unité administrative, mais pas en tant qu'unité identitaire. Il m'a d'ailleurs paru étrange d'identifier plus haut ma conjointe en tant que «Wallonne» plutôt que «Belge».

C'est un peu comme si on se disait Saguenéen(ne) ou Beauceron(ne) pour ensuite s'identifier directement comme Canadien; le Québec n'étant, dans ce contexte, qu'une unité administrative, gérant Hydro-Québec et la SAQ. En territoire québécois, la population indiquerait d'emblée que vous êtes au Canada et, si vous vous intéressez vraiment à leur situation particulière, dans la partie du pays qui parle français.

La Wallonie est essentiellement envisagée dans sa dimension économique dans le but de relancer cette économie. Les Wallon(e)s se considèrent en effet comme habitant une région défavorisée, et ils font appel à leurs pouvoirs politiques régionaux pour se remettre en route. Ils sont renforcés dans cette autoperception négative par leur voisin flamand, dont les partis politiques n'hésitent pas à souligner leur différence de PIB par habitant pour faire des gains politiques (le principal parti flamand, la N-VA, a déjà fait un coup d'éclat pour illustrer le transfert monétaire des Flamands vers la Wallonie qui n'est pas sans rappeler le coup de la Brinks).

On a ici un parallèle qui peut être établi avec le Québec. Wallons et Québécois représentent une minorité linguistique dans leur fédération, et se font traiter de pauvres par les politiciens des autres membres de la fédération, essentiellement pour des gains politiques locaux.

Lors de mon séjour, il m'est arrivé une seule fois d'entendre un politicien faire un appel «aux Wallons» dans leur ensemble. En mars 2016, Paul Magnette expliquait que la Wallonie allait être à l'avant-garde de l'Europe en refusant d'adhérer à l'AECG tel qu'il était proposé. Ce fut un réel choc et ça me faisait plaisir à entendre. Un sursaut d'identification wallonne forte s'opposant à l'Europe tout entière! Il s'agissait là des premiers soubresauts de la contestation wallonne à l'AECG, qui allait connaître son apogée 7 mois plus tard.

Il est intéressant de s'attarder aux mots utilisés par Paul Magnette dans ses allocutions. Il parle de la «population» qu'il représente, et non du «peuple». Il utilise ainsi le regroupement qui est le plus à même d'interpeller ses commettants, c'est-à-dire des gens habitant un territoire qu'il administre, et non un peuple qui formerait une nation, avant la superposition politique qui peut s'y rattacher.

On peut ici faire un parallèle entre la situation wallonne et le Québec, en examinant la vision de la Francophonie de Jean-Marc Fournier, ministre responsable des Affaires intergouvernementales, depuis que le PLQ de Philippe Couillard est au pouvoir à Québec. En effet, Fournier promeut indirectement la conception que le Québec n'est pas un peuple en soi, que celui-ci consiste plutôt en un sous-ensemble des Canadiens français. Il manipule les chiffres afin de sublimer l'identité québécoise dans le concept canadien. Les francophones québécois ne seraient qu'un sous-groupe d'une population plus grande habitant le Canada.

Il est, dans ce contexte, particulier de voir Philippe Couillard souligner à Paul Magnette la ressemblance entre le Québec et la Wallonie, afin qu'il ratifie l'AECG. D'un côté, Couillard, aveuglé par son amour irrationnel du Canada, fait tout en son pouvoir pour diluer l'identité québécoise et le pouvoir politique du Québec dans la fédération canadienne. De l'autre, il y a Paul Magnette, qui use de ses nouveaux pouvoirs légués par la transformation de son pays en fédération pour s'imposer face à l'Europe, en interpellant quelque chose comme les Wallons. Sur l'autoroute de la revendication politique et nationale, ils avancent en sens inverse, l'un faisant apparaître sa région à la face du monde, l'autre exhibant son aplaventrisme pour diluer sa nation dans la fédération.

Cette caricature de Kroll, le plus célèbre caricaturiste belge, illustre bien le sursaut des Wallons des dernières semaines, dont j'ai pu être directement témoin chez ma conjointe et ma belle-famille. Il est heureux que la contestation soit venu d'une région européenne aux fortes racines démocratiques, plutôt que par la voix d'un populiste comme nous avons pu voir aux États-Unis il y a quelques jours. Ici au Québec, il est impensable que Couillard puisse donner un sursaut de fierté aux Québécois(es), que ce soit sur le plan national ou international. Là comme ailleurs, on peut trouver inspiration chez les Wallons.

Lettre à Jean-Marc Fournier

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

Monsieur le Ministre des Affaires intergouvernementales du Québec,

Je vous écris pour vous encourager dans vos démarches afin que le Québec signe la constitution canadienne. Depuis trop longtemps, nous, les indépendantistes québécois, avons été les seuls à proposer un projet pour l'avenir constitutionnel du Québec. Il est grand temps que le Parti libéral du Québec, avec les autres partis fédéralistes du Québec, fasse lui aussi des propositions concrètes. La peur référendaire ne peut être votre seul programme constitutionnel pour le Québec. Cela doit cesser.

Le Québec, n'ayant pas signé la constitution du Canada en 1982, est enfermé dans un cadre constitutionnel auquel il n'a pas adhéré. Monsieur Fournier, vous avez identifié cela comme un problème, c'est d'une lucidité dont trop peu de fédéralistes font preuve, et je la salue.

Votre enthousiasme pour signer la constitution canadienne permet également à Philippe Couillard de se distinguer de son prédécesseur. Contrairement à Jean Charest, M. Couillard désire ébranler le statu quo qui caractérise la relation du Québec et du Canada. Le premier ministre Couillard croit en effet que le Canada est le meilleur cadre pour le Québec, on le dit radical dans cette croyance, il est donc cohérent que son gouvernement demande aux partenaires de la fédération canadienne de remplir les conditions nécessaires pour inclure le Québec et ainsi donner vie à sa vision.

Il me tarde que le gouvernement du Parti libéral entreprenne concrètement ces démarches. Ceci permettra aux Québécois de constater les changements que votre parti juge nécessaire d'apporter afin de pouvoir signer la constitution canadienne. De cette façon, comme vous le croyez fermement, le Québec pourra occuper la place qu'il lui revient au Canada. Il me tarde également de voir les réactions des provinces et du gouvernement central lorsque vous formulerez ces demandes.

Un dernier mot. Les conditions énoncées par la Cour Suprême qui permettraient au Québec de changer son statut constitutionnel doivent s'appliquer, logiquement, qu'il veuille quitter ou joindre une fédération, celle du Canada dans ce cas-ci. La ratification du Québec à la constitution canadienne devra donc être soumise à la population québécoise par référendum, à l'aide d'une question claire, et devra être approuvée par une majorité claire. Les Québécois constitueraient ainsi le premier peuple de l'histoire du Canada à se prononcer sur le texte qui les régit, une exigence dont notre démocratie peut difficilement se passer, vous en conviendrez.

En espérant vous donner du courage dans votre démarche,

Miguel Tremblay
Vice-président Option nationale