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Audiochromie

En décembre 2013, ayant lu une brève annonçant le concours de création Mur à mur en hommage à Norman McLaren, j'ai proposé à Patrice Levesque, édimestre de ptaff.ca, d'y participer, ce qu'il a accepté avec enthousiasme.

Étant un grand fan de McLaren, je trouvais en effet que son oeuvre se portait bien à la création d'un film synthétique, ce qui était rendu possible grâce à notre connaissance des logiciels libres. J'avais d'ailleurs fait une première expérimentation avec la création du film 1 696 coups de foudre, orage à Montréal, 1er août 2006. Cela serait ainsi une occasion de parfaire nos connaissances sur différents logiciels, tout en laissant libre cours à notre création artistique.

La création du film a surtout été l'affaire de Patrice, me contentant de lui expliquer, dans la mesure de mes connaissances, le parcours de McLaren, ses influences et les caractéristiques de son oeuvre.

Après avoir étudié les différentes possibilités pour le concours, nous avons opté pour une création rendant hommage à Synchromie qui serait projeté sur l'édifice de la Place de la paix.

Notre film, Audiochromie, est une œuvre duale de Synchromie de Norman McLaren. Conservant le synchronisme parfait de l'image et du son, la genèse de Synchromie est inversée : les images traduisent la bande sonore.

Audiochromie explore les multiples manières de remplir la surface de projection spécifique à la Place de la Paix; les contraintes sont sublimées en éléments créatifs et structurants de l'espace visuel. D'abord par la forme des éléments des images, parfois rectangulaire, parfois mosaïque et parfois arabesque; ensuite par le mouvement, qu'il soit discret, linéaire ou courbe (rappelant la progression de McLaren pour la série de films Lignes verticales, Lignes horizontales et Mosaïques); finalement par la couleur.

Comme pour ceux employés par McLaren, les outils utilisés pour créer Audiochromie peuvent être déconstruits; il devait être possible pour les créateurs de triturer les éléments de création, de les pousser à leur limite et d'en expérimenter manuellement les combinaisons. Le film est entièrement créé à l'aide de logiciels libres (ImageMagick, bash, Csound, Lilypond, GNU Make, ffmpeg), qui amènent la liberté créatrice dans le monde numérique, refusant toute contrainte. Ceci offre une réponse abordable à ceux qui s'interrogent sur les moyens et le contexte de production, tout comme dans le cas des films de McLaren.

Vous noterez que le nom de Christine D.D. se trouve dans le générique. C'est que les règlements du concours exigeant qu'un professionnel de l'animation numérique soit dans la liste des créateurs, Christine a gentiment accepté d'ajouter son nom dans notre projet. Pour les curieux, vous pouvez consulter le synopsis complet du film soumis au concours.

Nous n'avons pas gagné ce concours. Il a été gagné par un Bulgare nommé Christo Guelov, qui étudié la peinture de murales et de fresques à l’Académie nationale des arts de Sofia avant de poursuivre sa formation en arts graphiques à Madrid. Notre background à nous était un peu moins artistique, bien qu'il fallait avoir une personne avec cette expérience dans notre dossier de candidature.

Malheureusement, son film n'est pas accessible en ligne, n'ayant que ce clip de 30 secondes pour l'apprécier :

Bien que n'ayant pas gagné, cet exercice nous aura permis d'explorer une autre aspect de la création numérique libre, que nous tentons de perpétuer en le rendant disponible et accessible en ligne.

Norman et Oscar: une histoire en trois actes

Premier acte

Dans une boîte de nuit enfumée, au centre-ville de Montréal, à l'époque où le jazz se jouait à d'autres moments de l'année qu'au début du mois de juillet.
Entracte du spectacle du trio d'Oscar.
Norman s'approche pour entamer la conversation avec celui-ci.

NORMAN

Bonsoir Oscar, mon nom est Norman. Est-ce que je pourrais vous parler quelques instants?

OSCAR

NORMAN

Heu… (Un temps.) C'est que je fais des petits films, des films expérimentaux qu'on appelle, et comme j'aime bien ce que vous jouez comme musique, je me demandais si vous accepteriez de faire la bande sonore d'un de ceux-ci.

OSCAR

C'est quoi ça, un film expérimental?

NORMAN

C'est un peu dur à expliquer… Si vous voulez, vous pourriez passer demain à mon atelier et je pourrais vous montrer à quoi ça ressemble.

OSCAR

Mouais. Laissez-moi l'adresse de votre travail, je passerai si ça adonne.

Deuxième acte

Dans un édifice qui ressemble à un entrepôt sur le bord de l'autoroute 40.
Oscar est dans une pièce sombre où l'on voit la fin d'un film.
La lumière s'allume.

NORMAN

Voilà, ça vous donne un peu une idée de ce que je fais.

OSCAR

C'est ça qu'on appelle un film expérimental?

NORMAN

Oui…

OSCAR

Ha ben, y a pas de problème avec ça debord. Je vais revenir avec ma gang pis on va vous faire ça la musique de ton film.

Troisième acte

Sur le web, quelque part au bout d'un fil de données en transit.
Dans un rectangle, on voit un film expérimental de Norman avec la musique à Oscar.

Le train en folie

Un court métrage d'animation de l'ONF comme on les aime: avec des animaux et du combustible. Succès assuré!

Petit film avant de se rendre au bureau

Le film le plus vu sur ONF.ca

Il s'agit de Un dimanche à 105 ans, un court métrage de 13 minutes sur une mémé Acadienne tout ce qu'il y a de plus attachant.

Plus de 100 000 personnes l'ont visualisé jusqu'à maintenant!

Vous pouvez aussi écouter un reportage sur le film sur le site de Radio-Canada.

Un jeu si simple

Logo du Canadien de Montréal

Le Canadien de Montréal est une institution, ne serait-ce que par l'importance qu'il a dans le coeur des Québécois. Cette organisation a aussi une histoire extraordinaire, qui remonte cette année à plus de 100 ans.

Le film Un jeu si simple de Gilles Groulx, fait vivre un retour historique d'une trentaine de minutes, afin d'y rencontrer le Canadien des années 1950-1960. À l'époque où on pouvait fumer un cigare dans le premier rang au Forum, où le filet du gardien était lousse, où le demi-cercle du gardien était un carré et où l'on parlait non pas de «jeu de puissance» mais bien de «jeu de punition».

Bacon, le film en version intégrale

L'ONF nous offre sur son site web l'intégrale du documentaire d'Hugo Latulippe, Bacon, le film.

Mes 2 citations préférées:

* Selon le Barreau du Québec, la loi 23 est une exception importante au régime normal de démocratie (61:44).

* Arretez de croire que l'on vous a élu pour assurer la compétitivité au niveau international […], on vous a élu pour gérer le bonheur des citoyens au maximum possible (79:00).

Pour une mise à jour sur le dossier du porc au Québec, vous pouvez lire l'article Coup de pouce aux producteurs de porcs publié sur Cyberpresse le 17 août 2009.

L' incroyable histoire des machines à pluie

La première fois que j'ai entendu parlé de pluie provoquée par l'homme, c'est par collègue de travail qui m'a raconté qu'il y avait eu de l'ensemencement de nuages au Saguenay dans les années 60. Il y aurait même eu, selon ses dires, des manifestations de la population au Saguenay Lac-Saint-Jean pour faire pression sur le gouvernement afin qu'il fasse cesser les machines à pluie.

C'était toute une surprise pour moi. De un, j'ignorais à ce moment qu'il existait pareille chose qu'une machine pour provoquer la pluie, de deux je n'avais jamais entendu parler de cette histoire dans ma région natale, encore moins de manifestations!

L'ONF vient de mettre en ligne un documentaire sur ces machines à pluie qui auraient créé des étés pluvieux au Saguenay Lac-Saint-Jean dans les années 60 et 70. Rien de tel que d'écouter un vieux Saguenéen nous raconter une histoire de son jeune temps!

Ces machines ont refait surface dans l'actualité récemment, la Chine aurait utilisé ces machines pour éviter la pluie lors des Jeux de Pékin. Et il y a quelques semaines, la ville de Mumbai a envisagé d'utiliser cette technique pour regarnir ses réserves d'eau potable qui sont à sec.

ONF: Une utilisation de la technologie digne de mention

Logo de l’ONF

Ce n'est pas tout de se plaindre des errements technologiques d'une société d'État, encore faut-il souligner les réussites lorsqu'il y en a. Et de ces réussites, à ma connaissance, la plus flamboyante est celle de l'Office national du film du Canada (ONF).

Dépositaire sans égal d'un pan de notre culture, québécoise et canadienne, l'ONF a réussi à rendre accessible grâce à internet une quantité phénoménale de ses archives.

L'ONF a mis sur son site web plusieurs films qu'il est possible d'écouter en ligne. Avec une interface simple et dépouillée, des centaines (des milliers?) d'heures d'écoute sont possibles et ceci, fait essentiel, sans que l'auditeur n'ait à se soucier du choix technologique qu'il a fait pour exploiter les ressources de son ordinateur (fonctionnalité aussi connue sous le nom de système d'exploitation). Chaque page de film comporte une série de liens vers d'autres films ayant des artisans ou des thématiques communs.

Saisie d’écran de la page d’accueil de l’ONF
Page d'accueil de l'ONF (20 juin 2009)

Même les URL des pages sont bien écrites. L'URL pour La bête lumineuse de Pierre Perrault: http://www.onf.ca/film/bete_lumineuse/. Celle pour la liste des films de Claude Jutra: http://www.onf.ca/explorez-par/realisateur/Claude-Jutra/.

Non seulement l'apparence et l'usabilité sont agréables, mais on peut aussi voir que le travail est bien fait lorsque l'on regarde sous le capot. En effet, selon la page À propos de l'ONF, on apprend que les films sont encodés dans le format au nom peu évocateur de H.264. Ce format est ouvert (au sens le plus restrictif du terme) puisqu'il est possible de savoir exactement comment est effectué la compression. Ce format n'enchaînera donc pas l'institution à un logiciel ou à un vendeur particulier (il pourrait y avoir des nuances). L'ONF demeurera ainsi libre de faire ce qu'il veut de sa propriété, sans être contraint par des intérêts extérieurs ayant un mandat différent du sien. De plus, l'architecture sur laquelle roule le site web est libre. Les fondations du site sont construites avec Linux Ubuntu et Apache, la charpente et la finition ont été construites quant à elles avec une pléthore de logiciels libres (MySQL, Python, Twisted, etc.).

La conjugaison de l'excellence déployée par l'ONF et l'utilisation de logiciels libres et d'un format ouvert n'est pas une coïncidence. La philosophie qui sous-tend le développement et le déploiement de ces technologies en est une qui est axée, justement, sur l'accessibilité et la pérennité.

Il en est ainsi des artisans qui ont de la passion et du savoir-faire, même les détails sont bien pensés. Dans le cas de l'ONF, l'exemple suprême est son modèle de courriel utilisé pour sa liste de diffusion. La plupart des internautes l'ignorent, mais il existe 2 manières de visualiser les courriels. La plus répandue est la visualition en format HTML (Thunderbird, interface web comme Gmail) et la moins commune est la visualisation en format texte (Alpine, Mutt). Si un courriel est agréable à lire en format HTML, il ne l'est pas nécessairement en format texte. Et bien l'ONF nous fournit ses courriels envoyés via sa liste de diffusion dans les 2 formats, le format texte étant un de ceux ayant la plus belle mise en page qu'il m'ait été donné de voir.

Même courriel, mais en format texte:

OFFICE NATIONAL DU FILM DU CANADA
Pour consulter cette page en ligne, allez à: http://www3.onf.ca/newsletters/20090603
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Édition du 17 juin 2009
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### À SURVEILLER SUR ONF.CA ###
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Au chic Resto Pop (1990)
Des assistés sociaux décident de se prendre en main. Ils vous disent la vérité toute crue dans un très beau documentaire. Écoutez-les
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http://www.onf.ca/film/Au_chic_Resto_Pop/?ec=fr20090617
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Mais la plus grande réalisation de l'ONF avec ce projet n'est pas, selon moi, d'avoir réussi à utiliser avec succès la technologie disponible, mais bien d'avoir réussi à régler les problèmes des droits d'auteurs pour en arriver à diffuser tous ces films sur le web. Là, vraiment, j'ignore comment ils ont fait, mais cela a dû nécessiter des ressources énormes et un temps fou. Chapeau!

Finalement, il est à noter que lorsque le travail bien fait est au rendez-vous, il l'est dans tous ses aspects. Il s'agit donc, pour la suite des choses, d'avoir quelques modèles de réussites comme celui de l'ONF, afin de nous servir de guides pour nous inspirer dans la création et la diffusion numériques.

Il est important de savoir quoi ne pas faire, mais il est encore plus important de savoir quoi faire.

Comme récompense pour avoir lu ce billet jusqu'au bout, je vous offre un film d'un ti-gars qui fait un tour dans le Montréal des années '50.

Dehors avril

Juste pour vous.

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