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Conte de l'accélération

Route en automne au Québec

Une fois c'était 4 gars dans un char. Ils sont sans le sou, le char est trop beau pour être le leur, il leur a manifestement été prêté.

Le conducteur démarre.

Il accélère de 0 à 50 km/h.

Il accélère de 50 à 100 km/h.

Il accélère de 100 à 150 km/h.

À 150 km/h, le passager à côté du conducteur commence à s'inquiéter. Il en fait part au conducteur qui lui répond:

— Ça a bien été de 0 à 50 km/h ?

— Oui …

— Ça a bien été de 50 à 100 km/h ?

— Oui …

— Ça a bien été de 100 à 150 km/h ?

— Oui …

— C'est quoi là? Tu voudrais que j'arrête d'accélérer? Avec cette mentalité, on ne serait jamais parti, on serait toujours resté à 0 km/h. C'est ça que tu veux, qu'on avance pas?

— Je veux bien, mais peut-être que le char est pas faite pour aller aussi vite et que le moteur va péter? S'il arrive un obstacle inattendu, un chevreuil mettons, si on va trop vite on aura peut-être pas le temps de l'éviter? Peut-être que les pneus ne réagiront plus de la même façon sur l'eau sur l'asphalte? Qu'est-ce que tu vas faire rendu à 200 km/h de toute façon, continuer à accélérer?

Rien n'y fait, le conducteur ne démord pas. Ça a fonctionné jusqu'ici, y a pas de raison que ça arrête.

Pendant ce temps-là, un des gars en arrière joue au Game Boy avec ses écouteurs sur les oreilles. Il est en train de battre son record à Mario Kart.

L'autre est en train d'envoyer des messages sur Twitter à l'aide de son iPhone en s'extasiant sur le changement de paradigme que constitue ce nouveau mode de communication. Au mouvement de ses hanches entravé par la banquette, on devine qu'il a le goût de danser.

Le passager à côté du conducteur commence sérieusement à prendre peur. Il feint l'envie de pisser. Pas le choix, il faut s'arrêter à la prochaine sortie.

Le passager sort de la voiture et va pisser. De retour, il ouvre la porte du conducteur et le somme de lui remettre les clefs.

— Y a pas de raison que ce soit juste toi qui conduises, espèce de fripon! Donne-moi les clefs! Le char est pas à toi! Envoye!

Les 2 passagers à l'arrière restent ébahis et le regardent faire.

Mécontent, le conducteur cède la place. Il ne voulait quand même pas que ça vire en bagarre. Le passager prend le rôle de conducteur. Il regarde dans le manuel d'instruction du char quelle est la vitesse optimale du moteur, accélère et stabilise à cette vitesse.

Les 2 passagers à l'arrière continuent à jouer au Game Boy et à Twitter.

The Pirate Bay, une base de données immortelle

Logo de The Pirate Bay à l’intérieur d’un phénix

The Pirate Bay est un site suédois permettant l'échange de fichier de type torrent, fichier permettant d'utiliser le protocole de transfert poste-à-poste BitTorrent. BitTorrent est essentiellement utilisé pour l'échange de fichiers de grande taille: films, musique et logiciels.

Les administrateurs du site The Pirate Bay sont actuellement devant les tribunaux de Suède. Ils sont accusés d'avoir fait la promotion de l'infraction aux lois sur le droit d'auteur (promoting other people’s infringements of copyright laws). Les audiences se sont terminées le 3 mars et le verdict sera rendu le 17 avril de cette année.

The Pirate Bay est le site le plus connu pour trouver des fichiers torrent. Cette poursuite est, de ce fait, une bataille capitale pour les ayants droit, notamment pour Hollywood.

Or, même si le juge comdamne les administrateurs de The Pirate Bay et ordonne de débrancher les serveurs, le service offert par The Pirate Bay reviendra en ligne. Avec les mêmes données. Voici pourquoi.

En mai 2006, la police suédoise a fait un raid sur les serveurs de The Pirate Bay. 3 jours plus tard, The Pirate Bay renaissait de ses cendres grâce à des copies de sauvegarde sur un serveur en Hollande (voir le film Steal this movie pour toute l'histoire).

Trois ans plus tard, les administrateurs de The Pirate Bay doivent sûrement être prêts. Et ils ne sont pas seuls. Une foule de gens les appuie, dont plusieurs ont de grandes habiletés avec la chose informatique. Si 3 personnes peuvent administrer un site comme The Pirate Bay, imaginez combien il y a de groupes un peu partout à travers le monde, prêts à prendre la relève. Tout ce qu'il faut, c'est une copie des données et de la configuration des serveurs, beaucoup de bande passante, un accès à des serveurs dans un pays où la législation sur les droits d'auteur est moins restrictive (la Slovaquie ou la Malaisie par exemple) et du financement.

Si j'étais à la place des administrateurs de The Pirate Bay, j'aurais préparé 2 ou 3 emplacements dans le monde, juste pour être sûr qu'il y en a au moins un qui fonctionne le jour où ce sera nécessaire. Il faut mettre le système de copies en place avant le jugement de la cour suédoise, ce qui me fait penser que c'est probablement déjà fait au moment de la publication de ce billet, puisque le jugement interdira probablement aux administrateurs de recommencer ailleurs. Sinon, à quoi bon? Si les mesures ont été mises en place avant le jugement, ils ne peuvent être accusés de façon rétroactive. À partir de là, ce seront d'autres gens qui s'occuperont des nouveaux serveurs et des frais qui y sont associés.

Il y a déjà eu un précédent de ce type, ici même au Québec. En juillet 2008, QuebecTorrrent avait été reconnu coupable et avait dû fermer ses portes. 6 jours plus tard, un clone de l'engin était en ligne: Torrent411. Sauf que cette fois-ci, le serveur était en Malaisie et non pas à St-Jérôme.

Plus la rapidité de la mise en service du serveur remplaçant The Pirate Bay sera grande, plus l'effet sur l'imaginaire sera important. Je prédis un clone de The Pirate Bay, avec un nouveau nom, en moins de 24 heures si jamais il devait fermer ses portes. Et à plus d'un endroit, s'ils veulent vraiment faire comprendre à quel point cette lutte juridique est futile.

Cette utilisation de la technologie est trop puissante et trop simple pour être contrainte de la sorte par la juridiction. La question n'est pas de savoir qui va gagner la bataille, il n'y a aucun doute, mais de savoir combien de temps elle durera.

Carte de la pauvreté à Montréal

Un ami m'a fait parvenir le Guide d’accompagnement de la carte de la défavorisation des familles avec enfants de moins de 18 ans de l’île de Montréal.

Le guide présente des cartes de la région de Montréal qui illustrent la pauvreté des familles avec des enfants pour chacun des quartiers et des sous-quartiers.

Commençons par la première carte, celle de la ville de Montréal (cliquez sur la carte pour une plus haute définition):

carte de la défavorisation des familles avec enfants de moins de 18 ans

Bien sûr, le premier réflexe est de consulter la carte de son quartier. Voici donc Villeray:

carte de la défavorisation des familles, Villeray

On se demande par la suite quel quartier est tout en rouge. Je vous présente Parc-Extension:

carte de la défavorisation des familles, Parc-Extension

Et, allons faire un tour dans l'ouest de l'île pour voir un joli vert uni, quasiment pastoral. Je vous présente Beaconsfield:

carte de la défavorisation des familles, Beaconsfield

Pour les cartes des autres quartiers de Montréal, je vous invite à consulter le document pdf d'où sont tirés ces cartes. Les cartes se trouvent de la page 25 à la page 67, la table des matières est à la page 23.

Je recopie ici l'explication tirée du document de l'indice illustré sur les cartes.

La carte de la défavorisation 2008 du Comité de gestion de la taxe scolaire de l’île de Montréal présente, à l’aide de six couleurs, le niveau de défavorisation des familles avec enfants de moins de 18 ans. Les couleurs varient du rouge brique, pour une concentration importante, au vert foncé, pour une présence minime de la défavorisation. Une concentration de la défavorisation doit être considérée comme étant plus problématique que sa seule présence, puisqu’elle se réfère à des valeurs d’indice plus élevées.

L’indice global de défavorisation se compose de quatre variables : le faible revenu, la scolarité de la mère, la monoparentalité féminine et l’activité économique des parents. Les données à la base du calcul de l’indice global de défavorisation proviennent du recensement de 2006 de Statistique Canada et ont été obtenues auprès d’un échantillon de 20 % des ménages.

Faible revenu
La variable «faible revenu», traduite en indicateur, correspond au pourcentage de familles à faible revenu parmi les familles avec enfants de moins de 18 ans. Le revenu total après impôt sert de base à l’établissement de cette variable.

Statistique Canada détermine les seuils en dessous desquels une famille est considérée à faible revenu. Ces seuils varient selon le nombre de personnes dans la famille et la taille de la communauté du secteur de résidence. Un seuil correspond au revenu en deçà duquel une famille est susceptible de consacrer une part plus importante de son revenu à l’alimentation, au logement et à l’habillement, qu’une famille moyenne. Une famille onsacrant 63 % ou plus de son revenu à ce type de dépenses est considérée comme étant à faible revenu.

Scolarité de la mère
La variable « scolarité de la mère » est mesurée par le pourcentage de familles dont la mère n’a aucun diplôme du secondaire ou l’équivalent parmi les familles avec enfants de moins de 18 ans. Un diplôme du secondaire peut aussi être une attestation, un certificat, un diplôme d’études professionnelles ou d’une école de métiers.

La scolarité des parents, particulièrement celle des mères, fait partie des prédicteurs efficaces de la réussite scolaire.

Monoparentalité féminine
L’indicateur de la monoparentalité féminine (gynoparentalité) correspond au pourcentage de familles monoparentales dont le chef est une femme parmi les familles avec enfants de moins de 18 ans. Une famille monoparentale peut aussi être composée d’un grand-parent vivant avec un ou plusieurs de ses petits-enfants dans un ménage où les parents sont absents.

Activité des parents
La variable «activité des parents» correspond au pourcentage de familles dont aucun des parents ne travaille à temps plein parmi les familles avec enfants de moins de 18 ans. S’il s’agit d’une famille monoparentale, c’est uniquement l’activité du parent seul qui est prise en compte.

Indice global de défavorisation
L’indice global de défavorisation synthétise, en une seule mesure, les valeurs obtenues par chacune des quatre variables retenues. La méthode utilisée pour calculer l’indice accorde à la variable «faible revenu» un poids plus important qu’aux autres variables. De fait, le poids de la variable «faible revenu» représente la moitié du poids total, soit 50 %, alors que les trois autres variables se partagent l’autre moitié à part égale, soit 16,67 % du poids total chacune.

Indice global de défavorisation

Hors des lieux communs en papier

L'initiative du blogue en papier consiste à publier un billet en notes manuscrites plutôt qu'à l'ordinateur. Ça se passe le 5 mars chaque année depuis 2006. Une liste des billets en papier de l'an dernier est publiée sur le blogue d'Émile Girard.

Je trouve l'idée géniale. De plus, dans mon cas, l'étape manuscrite précède souvent l'écriture électronique. Je participe à cette initiative cette année en publiant le travail manuscrit qui précède la publication d'un billet.

Vous trouverez ici la numérisation des notes que j'ai prises pour la publication du billet Une solution alternative à l’énigme des 2 portes, rédigées au dos du carton de la publicité de l'Okanagan Spring que l'on voit sur la photo du billet qui porte sur cette bière.

Même s'il est écrit « par Vincent Finnerty », il s'agit de ma calligraphie et non celle de Vincent. Je rédigeais ce qu'il me racontait et pour souci de référence, j'ai écrit de qui venait l'histoire. Ça, c'est une habitude qui ne dépend pas du médium de publication.

Cliquez sur l'image pour la voir en haute définition.

Scripte du billet « Solution alternative au problème des 2 portes »

Perraultiser internet

Image du film « Pour la suite du monde »

Pierre Perrault est un documentariste québécois (1927, 1999) qui a donné naissance au cinéma-direct, plus tard rebaptisé cinéma-vérité en France. Le premier film de ce mouvement a été réalisé en 1963, il s'agit du premier film de la trilogie de l'Île-aux-Coudres: Pour la suite du monde.

Pierre Perrault, voulant donner un accès direct à ce qu'étaient vraiment les gens de l'Île-aux-Coudres, mit à profit une récente innovation technique: la synchronisation d'un magnétophone et d'une caméra. Aujourd'hui, cela peut sembler une évidence mais, avant cette époque, l'appareillage pour enregistrer le son était trop encombrant et la synchronisation avec l'image peu fiable. La bande sonore des documentaires était donc créée en parallèle et apposée aux images lors du montage. Tous les films qui n'ont pas été enregistrées en studio, avant 1963, ont une bande sonore artificielle.

Plutôt que d'utiliser une voix radio-canadienne hors champ, qui ne ressemble en rien au langage des canadien-français, Pierre Perrault laisse la parole aux habitants de l'Île-aux-Coudres afin qu'ils se racontent eux-mêmes. Ils s'expriment avec leur joual et leur tournure poétique des mots d'usage courant, mots qui composent leur quotidien. C'est la toute première fois qu'un documentaire présente des hommes tels qu'ils sont dans leur milieu, sans mise en scène ni artifice.

Ce n'est pas en Europe ni aux États-Unis que ceci s'est produit, mais bien chez nous au beau milieu du fleuve St-Laurent, sur une île dont les habitants étaient décrits jusqu'alors comme étant sans histoire parce que trop occupé à survivre.

D'une part, ce nouveau cinéma de Pierre Perrault a vu le jour grâce à la technologie de ce moment mais, d'autre part, Perrault a utilisé cette technologie non pour faire des films à succès, mais pour explorer les racines de son propre peuple, alors confronté au choc de la modernité au début de la Révolution tranquille. À l'inverse d'un cinéma d'isolement, c'est plutôt un cinéma universel qu'il a ainsi créé.

Aujourd'hui, une autre révolution technologique est survenue: internet. Le premier réflexe est d'utiliser cette technologie pour tenter de comprendre le monde dans sa globalité, dans son ensemble. Mais ce n'est probablement pas en visant des marchés internationaux à l'aide de produit culturel de masse, et certainement pas en faisant un culte au mégapixel ou à l'outil suprême de consommation numérique, que nous atteindrons la part de l'universel de l'homme.

C'est plutôt en racontant le particulier et ce que l'on connaît le mieux, nous, que nous parviendrons à toucher l'universel, et peut-être à percevoir des nouveaux aspects de l'homme. Dans cette optique, la technologie sert les mêmes fins que l'art.

Et tout comme Pierre Perrault créa le cinéma-direct à quelques kilomètres au sud de Charlevoix, sur une île isolée, de même nous pouvons nous-mêmes explorer les moyens technologiques, ou que nous soyons. C'est dans l'oeil de l'observateur que se trouve la beauté et cet oeil est superposé d'un cerveau qui se doit de travailler à communiquer ce qu'il voit, peu importe où il se trouve. La technologie doit être utilisée dans ce sens.


L'ONF, qui produisait les films de Pierre Perrault, a mis en ligne sur son fantastique site web les 3 films de la trilogie de l'Île-aux-Coudres en version intégrale:
1. Pour la suite du monde
2. Le règne du jour
3. Les voitures d'eau

Pour ceux qui préfèrent les voir sur leur télévision, vous pouvez aussi commander la trilogie en format DVD. Le coffret contient un livret dont la lecture mérite amplement sont achat. Et la publication d'un billet sur son blogue.