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Glace arctique: vitesse de fonte record en mai 2010

Jamais la glace dans l’Arctique n’a fondue aussi rapidement qu’au mois de mai 2010. L’étendue de glace Arctique est encore plus petite que celle atteinte en 2007 à pareille date, année où la glace avait atteint son étendue minimale record.

Étendue de glace arctique: 2006, 2007, 2010, moyenne et écart-type.
Étendue de glace arctique: 2006, 2007, 2010, moyenne et écart-type

Cette fonte printanière rapide a été causée par un hiver anormalement chaud dans l’Arctique: de 2 à 5⁰C plus chaud selon les endroits. Il y eut moins de nouvelle glace formée qu’à l’habitude l’hiver dernier, ce qui a causé un maximum de couverture 1 mois plus tard en saison en plus d’une fonte printanière accélérée.

Anomalie de température de la glace arctique pour l’hiver 2009-2010
Anomalie de température de la glace arctique pour le mois de mai 2010

L’été qui s’en vient va probablement être plus chaud que la moyenne. Le Service des Glaces de l’Amérique du Nord prévoit, dans son Aperçu saisonnier pour l’été 2010 des eaux arctiques, que de nombreux records pourraient être établies pour la fonte totale des glaces sur certains plans d’eau, notamment dans la baie d’Hudson qui pourrait être libérée des glaces jusqu’à 1 mois plus tôt que la normale.

Pourquoi ces valeurs minimales sont-elles surprenantes? Pour plusieurs raisons, mais, notamment en raison de ce qui était prévu par les modèles. Si on compare les observations aux prévisions pour la couverture de glace en Arctique effectuée par le GIEC pour son rapport de 2006, on constate que la réalité devance les prévisions d’environ 40 ans. On voit aussi que la moyenne des modèles prévoit l’atteinte d’un nouveau plateau.

Observation des étendues minimales de glace observées par rapport à celles modélisées
Observation des étendues minimales de glace observées par rapport à celles modélisées

Depuis 2007, les observations de la couverture de glace dans l’Arctique posent un grave problème. Celui de savoir si le régime des glaces en Arctique a atteint un nouveau plateau plus bas que le précédent, ou s’il est plutôt en chute libre et que la couverture atteindra sous peu le zéro.

Étendues de glace arctique observée selon la saison
Étendues de glace arctique observée selon la saison

Dans la mesure où un nouveau minimum record serait atteint en septembre cette année, et en fonction de son ampleur, cela pourrait mettre la table pour la rencontre de la réunion de la COP-16 qui se tiendra début décembre 2010 au Mexique. Cette réunion qui suit celle de Copenhague de l’an dernier.

HDLC dans Le Devoir (2)

Le billet intitulé Où est passée la glace du golfe du Saint-Laurent? est cité par Louis-Gilles Francoeur dans l’article intitulé La dérive de la banquise, publié dans l’édition du 5 mars 2010 du journal Le Devoir.

Je recopie ici, avec l’aimable permission de l’auteur, l’intégrale de l’article en question. Toute autre reproduction est interdite.

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Le Devoir, NATURE, vendredi 5 mars 2010, p. b8

La dérive de la banquise

Louis-Gilles Francoeur

Animalistes, écologistes et conservationnistes partagent pour une fois une même inquiétude: où les phoques du Groenland vont-ils se reproduire cette année en l’absence de glaces dans le golfe du Saint-Laurent et quel sera l’impact à long terme d’une pareille situation si le phénomène s’installe à demeure?

Selon le Service des glaces du Canada, l’espace central entre Terre-Neuve et les côtes du Québec, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse était au centre totalement libre de glaces, et en bordure des côtes, la superficie couverte était d’un dixième alors qu’elle est généralement de neuf à dix fois plus dense.

En clair, la quasi-totalité des zones du golfe du Saint-Laurent et du versant nord du Québec est «présentement libre de glaces alors qu’elle devrait en être recouverte en entier».

Un blogueur, Michel Tremblay, a réuni sur son site (www.ptaff.ca/blogue/) plusieurs des caractéristiques de cet hiver pour le moins anormal. Par exemple, il note que les villes de l’est du Québec ont connu un relèvement surprenant de leurs températures. Ainsi, à Natashquan, la température moyenne de janvier est passée de -13,5 °C à -8,1 °C, une différence énorme, alors que celle de Gaspé passait de -11,9 °C à -8 °C. À Natashquan, on a même vu le sol dénudé de neige en février!

Une conjonction de facteurs semble expliquer ce portrait inusité, dont profitent par contre en milieux terrestres plusieurs autres espèces, dont les cerfs et les orignaux, mais aussi leurs prédateurs, parce que le faible couvert de neige facilite les déplacements et l’accès à la nourriture. D’ailleurs, on mesure mal l’importance des changements qui vont toucher la faune en raison du changement climatique. Il suffit de se remémorer que des chercheurs de Laval ont récemment établi que la ligne de démarcation du pergélisol avait régressé vers le nord sur 130 km en quelques décennies pour mesurer à quel point la végétation et les espèces animales vont modifier leurs aires de distribution dans les prochaines années.

Le réchauffement du climat apparaît comme le moteur principal de cette tendance à l’amenuisement des glaces dans le golfe, un phénomène tout aussi visible dans un fleuve qu’on peut de moins en moins traverser sur la glace, que ça plaise ou non aux climato-sceptiques.

Mais l’année en cours est aussi une année El Nino, ce qui suscite une température plus douce partout en Amérique, et de façon de plus en plus importante jusque dans nos régions nordiques et de l’est. L’année prochaine, qui devrait être une année

El Niña, devrait par contre nous apporter plus de froid et de précipitations neigeuses.

Deux impacts majeurs résultent de ce phénomène. L’érosion des rives tout autour du golfe va s’accentuer, car les glaces en rive ne sont plus là pour les protéger contre les puissantes tempêtes hivernales. Dans certains secteurs, on peut perdre jusqu’à 20 mètres par année!

Mais un impact non moins important est sans contredit l’impossibilité dans un tel contexte pour les phoques femelles de se reproduire sur les glaces, comme elles ont l’habitude de le faire. Plusieurs questions se posent désormais. Est-ce que les phoques vont migrer comme d’habitude vers les Îles-de-la-Madeleine et le sud de Terre-Neuve comme par le passé pour se rendre compte à la dernière minute que leur rendez-vous annuel avec les glaces est raté? Les femelles n’auront alors d’autre choix que d’accoucher dans l’eau, ce qui va noyer en quelques minutes les nouveaux nés. On imagine qu’un nombre indéterminé de phoques pourraient tenter d’accoucher sur des îlots rocheux près des côtes, voire sur les plages où ils seront plus vulnérables aux prédateurs.

Mais avec un troupeau de près de six millions de têtes, ce n’est pas la perte d’une année de reproduction qui va justifier l’inscription des phoques sur la liste des espèces menacées! Pour avoir un troupeau en santé, selon les biologistes de Pêches et Océans Canada, il faudrait d’ailleurs ramener ce troupeau à 4,1 millions de têtes, ce qui laisse une ample marge de manoeuvre aux autorités fédérales qui définissent annuellement le quota de prises.

Mais à court terme, il est particulièrement intéressant d’observer le discours des acteurs principaux de ce dossier. Par exemple, le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW), un puissant groupe animaliste, dit s’inquiéter énormément de cette situation sans précédent depuis 30 ans. Il demande du même souffle au gouvernement fédéral de mettre fin à cette chasse «cruelle et inutile» pour aider le cheptel à se maintenir. Assez curieusement, le groupe animaliste met l’accent sur la chasse, alors qu’avec un quota de capture autour de 300 000 têtes par année, le troupeau ne court aucun risque à court terme. Par contre, l’IFAW n’engage pas ses immenses ressources financières contre la cause principale du problème qu’elle pointe, soit le réchauffement du climat et ses causes, la surconsommation de biens et services, la production d’énergies fossiles, l’usage immodéré des transports individuels, la consommation de viande, etc. Elle préfère continuer d’émouvoir le grand public avec de véritables campagnes de désinformation qui misent toujours sur l’image de blanchons attendrissants alors que leur abattage est strictement interdit depuis 20 ans au Canada.

À l’opposé, la sénatrice Céline Hervieux-Payette demandait en décembre au gouvernement Harper d’assurer aux chasseurs terre-neuviens et des Îles le revenu minimum qu’ils tiraient de cette chasse en 2005, soit 15,4 millions, pour contrer l’impact du boycottage institué l’an dernier par l’Union européenne.

«Si le gouvernement conservateur s’est empressé de trouver 4 milliards pour sauver l’industrie automobile américaine, peut-être pourrait-il sauver l’emploi de milliers de travailleurs canadiens» qui tirent un revenu de la chasse au phoque! Le budget fédéral d’hier devrait nous fournir la réponse de Stephen Harper.

***

Lecture: L’Énergie de l’eau, une richesse à exploiter dans le respect de l’environnement, par Maylis Gaillard, éditions Le Cherche midi, Paris, 2009, 117 pages. Une apologie assez peu critique mais intéressante sur le plan technique de la production hydroélectrique dans les eaux douces et salées. On part du principe discutable selon lequel «toute eau est bonne à turbiner» (p. 22) en se fiant, cependant, au contexte législatif de France où, contrairement à ici, les passes migratoires pour les poissons sont obligatoires pour la plupart des projets. On ne fait par contre aucune mention des conclusions du rapport très critique de la Commission mondiale des barrages, publié en 2000.La dérive de la banquise

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Numéro de document : news·20100305·LE·284336
Date d’émission : 2010-03-06
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Où est passée la glace du golfe du Saint-Laurent?

En plein mois de février, il n’y a pas de glace dans le golfe du St-Laurent. Ou si peu.

Les zones en blanc et bleu sur cette carte représentent les endroits où il n’y a pas ou très peu de glace.

Couverture de glace du golfe du St-Laurent le 22 février 2010
Couverture de glace du golfe du St-Laurent le 22 février 2010. (source, Service canadien des glaces)

On peut constater que la situation est anormale en regardant la carte de l’anomalie de la couverture de glace. À pareille date, habituellement, les zones en rouge ont une couverture de 9 à 10 dixième plus élevée. Autrement dit, ces zones sont présentement libres de glace alors qu’elles devraient en être recouvertes en entier.

Anomalie de la couverture de glace du golfe du St-Laurent pour le 22 février 2010
Anomalie de la couverture de glace du golfe du St-Laurent pour le 22 février 2010 (source, Service canadien des glaces)

Et si vous n’êtes pas convaincus que la situation est hors de l’ordinaire, voici le graphique de la couverture de glace pour l’hiver 2009-2010 pour le golfe du St-Laurent. Le trait vert représente la moyenne, les barres en bleu sont les observations.

Graphique de la couverture de glace pour l’hiver 2009/2010 pour le golfe du St-Laurent
Graphique de la couverture de glace pour l’hiver 2009/2010 pour le golfe du St-Laurent (source, Service canadien des glaces)

Vous pouvez visualiser à quoi ressemble une année normale dans le golfe sur le billet portant sur la couverture de glace du golfe du St-Laurent.

Les villes de l’est du Québec ont connu des températures excessivement chaudes en janvier 2010. À Natashquan, la moyenne de température pour le mois de janvier est habituellement de -13,5°C. Elle a été de -8,1°C cette année. À Sept-Îles, la moyenne est habituellement de -15,3°C pour janvier. Il a fait -8,0°C. À Gaspé, habituellement il fait -11,9°C. Il a fait -6,1°C. Les autres villes de la Côte-Nord, et même du Saguenay, ont connu des écarts de température semblables.

Ça donne des paysages surréalistes, comme Natashquan sans neige au mois de février.

Vue de webcam de l’aéroport de Natashquan pour le 28 février 2010. On n’y voit le sable.

Les différences de température que connaissent ces villes ne sont pas des fluctuations auxquelles l’on pourrait s’attendre: elles sont de 2 à 3 fois plus élevées que l’écart-type habituel pour le mois de janvier. C’est, à tout le moins, excessif.

Effets

Quels sont les effets d’une telle absence de glace sur le golfe du St-Laurent?

On peut penser que l’érosion que subit la Côte-Nord sera plus grande cette année. L’augmentation de l’érosion dans les dernières années est principalement due, au premier degré, à la diminution de la couverture de glace dans le golfe du St-Laurent. Ce phénomène en sera donc fort probablement accentué.

La couverture de glace jouant un rôle sur la reproduction des phoques, cela aura un impact majeur sur le nombre de blanchons pour l’année 2010. Il sera bien sûr difficile pour les chasseurs de phoques d’aller sur la banquise, celle-ci n’existera pas selon toute vraisemblance.

Il n’y a pas que la couverture de glace dans le golfe du St-Laurent qui soit affectée par les températures chaudes de cet hiver. La couverture de glace sur le Saguenay est elle aussi plus mince. Cela a écourté la saison de pêche blanche de 3 à 4 semaines, empêchant tout un secteur de dépasser le seuil de rentabilité pour cette année.

Il y aura probablement d’autres effets sur la faune, la flore et l’économie qui pourront être mesurés après l’hiver.

Causes

Deux causes sont vraisemblablement à l’origine de ces températures exceptionnellement chaudes : le réchauffement climatique additionné à un épisode El Niño (valeurs numériques).

C’est d’ailleurs l’addition de ces 2 facteurs qui ont amené le UK Met office, l’équivalent anglais du Service météorologique d’Environnement Canada, à prévoir que l’année 2010 sera la plus chaude jamais mesurée, surpassant le record précédent de 1998 ( it is more likely than not that 2010 will be the warmest year in the instrumental record, beating the previous record year, which was 1998).

1998 était aussi une année El Niño. On peut penser que les épisodes El Niño représentent un réchauffement naturel de l’atmosphère qui s’additionne au réchauffement climatique artificiel, celui-ci augmentant sans cesse. On aurait alors un record de température à chaque épisode El Niño.

Il y a aussi comme cause potentielle le changement dans la circulation atmosphérique de l’hémisphère nord. C’est un effet du réchauffement climatique, puisque ce changement serait causé par la diminution de la couverture de glace dans l’océan Arctique. On peut dès lors penser que le curieux hiver que nous avons connu en 2009/2010 soit chose courante à l’avenir.

Cette diminution de la couverture de glace a une rétroaction positive: moins il y a de glace dans l’Arctique, plus l’air chaud des latitudes tropicales est amené loin au nord, entraînant la glace à fondre plus rapidement. Comme il fait plus chaud cet hiver dans l’hémisphère nord, il y a tout à penser que la glace de l’Arctique sera mince au mois de septembre prochain, moment où elle est à sa plus faible étendue. Peut-être même qu’un record d’étendue sera établi, battant ainsi celui de 2007. À suivre sur le Cryosphere Daily. Et sur Hors des lieux communs.

Portrait canadien des gaz à effet de serre

Environnement Canada vient de publier les données des émissions des gaz à effet de serre (GES) pour le Canada de 1990 à 2006.

Les résultats concernant les émissions globales du pays:

En 2006, les émissions ont été 22 % plus élevées qu’en 1990. Elles ont connu un sommet en 2004, où elles ont atteint 743 mégatonnes, puis ont diminué de 3 % entre 2004 et 2006.

Côté individuel:

Les émissions par personne ont augmenté de 3 % entre 1990 et 2006.

Côté intensité (tonne de GES/PIB):

Les émissions de gaz à effet de serre par unité de PIB ont diminué de 21 % entre 1990 et 2006.

On comprend pourquoi le gouvernement Conservateur souhaitait ardamment une réduction de l’intensité des émissions des gaz à effet de serre plutôt qu’une réduction absolue. Il n’y aurait rien eu à faire. C’est facile d’être bon là-dedans.

Composantes anthropogéniques du forçage radiatif

La Terre

Ce billet fait un survol de tous les facteurs humains qui peuvent influencer le climat. Une fois terminé, le lecteur aura visité les facteurs les plus communément abordés dans la cause des changements climatiques.

Introduction

Anthropogénique: Qui a pour source l’être humain

Forçage radiatif: Énergie du soleil qui est retenue ou repoussée de la Terre.

La composante anthropogénique du forçage radiatif est la partie de l’énergie du soleil qui est retenue sur la Terre à cause de l’action de l’humain.

Le quatrième rapport du Groupe intergouvernemental sur l’évolution climatique contient un résumé pour les preneurs de décisions dont une partie détaille la composante anthropogénique du forçage radiatif (Figure SPM2, page 4). J’en fais la traduction et la vulgarisation ici.

Le watt par mètre carré

Premièrement, une note sur l’unité utilisée. Le forçage radiatif a pour unité le watt par mètre carré (W/m² ou Wm-2). Cette unité est en fait une quantité d’énergie par seconde, le Watt, par unité de surface, le mètre carré.

Pour avoir une meilleure idée de la quantité d’énergie que peut représenter 1 W/m², reportons-nous à la page soleil de ptaff.ca. Une des graphiques produits par cet outil présente le flux solaire maximal théorique en W/m² pour chaque jour à un endroit. Autrement dit, c’est une quantification de la force du soleil tout au long de l’année.

Regardons le graphique qui illustre le flux solaire pour Montréal:

Graphique du flux solaire maximal quotidien pour Montréal

La valeur maximale du flux solaire pour Montréal est de 1018 W/m², lorsque le soleil est à son plus fort, c’est-à-dire autour du 20 juin. La valeur minimale est de 361 W/m², lorsque le soleil est à son plus faible, autour du 20 décembre. Pour les Québécois, notre peau est probablement ce qu’il y a de meilleur pour estimer ce qu’est le W/m². Imaginez une journée dehors en juin au plein soleil de midi, c’est environ 1000 W/m². Imaginez la même situation, mais pendant les vacances de Noël, c’est entre 300 et 400 W/m².

Graphique des composantes anthropogéniques du forçage radiatif

Nous voici avec une idée intuitive du W/m², continuons.

Ceci est le graphique intitulé Composantes du forçage radiatif du quatrième rapport du Groupe intergouvernemental sur l’évolution climatique :

Graphique présentant les composantes du forçage radiatif

SPM2. Moyenne globale du forçage radiatif (RF) estimée selon les émissions de 2005 pour le dioxyde de carbone anthropogénique (CO2), méthane (CH4), l’oxyde nitreux (N2O) et d’autres facteurs et mécanismes importants, avec l’échelle spatiale de l’influence du forçage ainsi que la confiance des scientifiques dans les niveaux affichés (level of scientific understanding, LOSU). Le forçage anthropogénique net et son étendu sont aussi illustrés. Ceci nécessite l’addition d’estimée d’incertitude et ne peut être obtenu par une simple addition. D’autres facteurs de forçage sont absents à cause de la faible confiance des scientifiques dans l’estimation de leurs valeurs. Les aérosols volcaniques contribuent un forçage naturel additionnel, mais ne sont pas inclus ici à cause de leur caractère épisodique. La plage pour les traînées de condensation n’inclut pas les effets possibles de l’aviation sur la couverture nuageuse.

Sur l’abscisse, l’axe des X, on retrouve les valeurs du forçage en W/m². On constate que, peu importe le facteur de forçage considéré, les valeurs considérées sont de l’ordre de 1 W/m². Au regard des valeurs considérées pour Montréal, entre 350 et 1000 W/m², on pourrait être tenté de se dire que ce forçage est négligeable. Rappelons que le forçage dont il est question est une valeur pour toute la surface de la planète et à longueur d’année. Nous y reviendrons.

La balance totale du forçage anthropogénique est positive: 1,6 ou encore 0,6 à 2,4 si on inclut la marge d’erreur. La marge d’erreur est plus grande que la valeur (une plage de 1,8 pour une valeur de 1,6), mais la conclusion est tout de même que la valeur est positive. C’est la somme de ces valeurs qui amène à conclure qu’il y a un réchauffement climatique et qu’il est causé par l’action de l’homme.

Le CO2

Barre du CO2

On voit que le CO2 est nettement le terme dominant. En faisant ainsi le premier facteur à réduire si l’on désire atténuer les effets du réchauffement climatique. Les 2/3 de ces émissions sont dues à la combustion des combustibles fossiles, l’autre 1/3 est dû au changement de vocation dans l’usage des terres (p. 25).

Le méthane

Barre du CH4

Le méthane, ou CH4, est relâché principalement par les activités agricoles et la fonte du pergélisol. Les halocarbures sont des molécules artificielles crées par l’humain et ayant des applications spécifiques dans différents domaines de l’industrie. Ces molécules ont une durée de vie dans l’atmosphère exceptionnellement longue, ce qui leur permet de voyager jusque dans la stratosphère et y détruire la couche d’ozone, en plus de la participation au réchauffement de l’atmosphère.

L’ozone

Barre d’ozone

Il y a 2 types d’ozone: celle dans la stratosphère et celle dans la troposphère. L’ozone est un gaz à effet de serre. Comme il y en a moins qu’avant dans la stratosphère, cette couche se refroidit. Or, dans la troposphère, l’émission de polluants comme le monoxyde de carbone ou encore l’oxyde nitreux a pour effet d’augmenter le taux d’ozone. C’est d’ailleurs une des composantes du smog. Plus d’ozone dans la troposphère, dont une contribution positive à la rétention de la chaleur.

La vapeur d’eau stratosphérique

Barre pour la vapeur d’eau stratosphérique

La durée de vie du CH4, environ 10 ans, lui permet d’atteindre la stratosphère. Rendu là, le méthane s’oxyde créant ainsi des molécules d’eau (H2O). Comme le méthane est émis par l’activité des humains et que l’eau est un gaz à effet de serre, cette contribution dans la stratosphère est considérée comme un forçage anthropogénique. C’est bien sûr une contribution positive (source).

L’albédo

Barre pour l’albedo

L’albédo, c’est le rapport de l’énergie solaire réfléchie par une surface sur l’énergie solaire incidente. Plus l’albédo est élevé, plus la surface réfléchit l’énergie, plus il est bas et plus il l’absorbe. L’activité humaine à un effet sur l’utilisation des terres, son albédo est ainsi changé. Il suffit de penser à une forêt qui fait place à une ville. Le vert n’a pas le même albédo que le gris. En effet, la forêt absorbe plus les rayons du soleil qu’une surface déboisée, ce qui est encore plus vrai lorsque la surface déboisée peut être recouverte de neige (voir chapitre 2, page 180). Cette diminution de l’albédo est représentée par la partie du bleu du graphique. D’autre part, les poussières émises par l’activité humaine recouvrent la neige et augmentent ainsi son albédo, augmentant également la partie de rayon du soleil absorbée. C’est la partie rouge du graphique.

Les aérosols

Effet direct
Barre pour l’effet direct des aérosols

Les aérosols sont en fait les poussières en suspensions dans l’atmosphère. Les activités humaines créant ces poussières sont des plus diverses: sulfate, carbone provenant du combustible fossile, combustion de biomasse et poussière minérale. Ces poussières bloquent les rayons du soleil en les réfléchissant. Ils absorbent aussi une partie de ce rayonnement, mais l’effet net est négatif (voir chapitre 2, page 153). C’est pourquoi l’effet direct est représenté en bleu.

Effet sur l’albédo des nuages
aerosols_albedo_cloud_effect.png

Figure 2.10 (page 154). Diagramme schématique montrant les différents mécanismes radiatifs associés aux effets sur les nuages qui ont été identifiés comme étant significatifs en relation avec les aérosols. Les petits points noirs représentent les particules; les gros cercles représentent des gouttes dans les nuages. Les lignes droites représentent les rayons du soleil incidents et réfléchis et les lignes onduleuses représentent la radiation terrestre. Les cercles blancs pleins indiquent la concentration du nombre de gouttes (cloud droplet number concentration, CDNC). Le nuage non perturbé contient des gouttes d’eau plus grosses puisque les seuls noyaux de condensation existants proviennent des aérosols naturels, alors que le nuage perturbé contient un plus grand nombre de petites gouttes d’eau puisque et la poussière naturelle et la poussière anthropogénique sont disponibles comme noyaux de condensation (cloud condensation nuclei, CCN). Les lignes grises pointillées représentent les précipitations et LWC fait référence au contenu en vapeur liquide (liquid water content).

Barre pour l’albedo des nuages

Ce mécanisme est celui qui est le plus compliqué à comprendre pour les forçages radiatifs. La physique des nuages est un phénomène complexe. Le résultat du changement d’albédo dans les nuages donne un rendement négatif dans le bilan énergétique. Cette valeur est obtenue à l’aide de la modélisation: plusieurs modèles avec des paramètres différents arrivent tous à la conclusion d’une contribution négative.

Pour en savoir plus sur l’influence des aérosols sur les nuages, reportez-vous à la section 2.4.5 du rapport (page 171).

Traînée de condensation

Barre pour la traînée de condensation

Les traînées de condensation sont des traînées de vapeur créées par les moteurs d’avion dans l’atmosphère. Après le passage des avions, les traînées se transforment en nuage artificiel.

De façon générale, les nuages jouent 2 rôles par rapport aux flux d’énergie. Dans un premier temps, ils bloquent les rayons du soleil (contribution négative) et dans un deuxième temps ils empêchent le rayonnement infrarouge de quitter la Terre pour aller dans l’espace (contribution positive puisqu’ils gardent la chaleur dans l’atmosphère). C’est d’ailleurs pour cette dernière raison que les nuits les plus chaudes sont celles avec des nuages.

Dans le cas des traînées de condensation, l’effet de conservation des rayons infrarouges est plus important que celui du blocage du soleil. C’est pourquoi elles ont une contribution positive.

Rayonnement solaire

Graphique du rayonnement solaire du 1600 à nos jours.

Figure 2.17. Reconstruction de la série temporelle du rayonnement solaire total depuis 1600. On distingue bien le cycle de 11 ans dans la reconstruction de Y. Wang et Al. (Source, page 190)

Barre pour le rayonnement solaire

Le rayonnement solaire suit un cycle de 11 ans, tel qu’illustré sur la figure 2.17. On constate aussi que le rayonnement solaire à une tendance moyenne à la hausse. Ces variations seraient communes chez les étoiles du même type que notre soleil. Nous sommes présentement dans une période où le soleil est assez fort comparativement à la moyenne des 400 dernières années.

Conclusion

Barre pour la somme de tous les forçages anthropogéniques
Sommes des forçages anthropogéniques

Les termes les plus significatifs du forçage radiatif imposé à la Terre par l’homme peuvent se résumer à 8 facteurs. La somme de ces 8 facteurs est comme on l’a vu positive. C’est pourquoi on parle de réchauffement climatique. Eut-il fallu que la somme de ces facteurs eut été négative que l’on aurait assisté à un refroidissement climatique.

Toutes les solutions dites de géo-ingénierie tente d’influencer un de ces facteurs en faisant abstraction des autres conséquences. Il a par exemple été proposé de répandre des sulfates en haute atmosphère pour augmenter l’effet direct des aérosols. Ou encore d’ensemencer la mer avec du sulfate de fer pour stimuler l’absorption de CO2 par le plancton, ceci pour diminuer la concentration de ce gaz dans l’atmosphère.

Le degré de confiance dans la valeur de ces différents facteurs est illustré sur le graphique dans chacune des barres (|—|). Bien que les marges d’erreur puissent paraître énormes pour le lecteur profane, il n’en reste pas moins que la valeur finale est positive. Et elle l’est suffisamment pour être certain qu’un réchauffement climatique aura des effets importants.

On ne saura le souligner avec assez d’ardeur, ce réchauffement en tant que tendance pour l’atmosphère dans les prochains siècles est une certitude. De plus, les scientifiques s’entendent également pour dire qu’il est causé par l’action de l’humain. La question est de savoir jusqu’à quel point le comportement humain pourra être modifié dans les prochaines années pour diminuer l’impact qu’aura ce réchauffement.

La modélisation de la géo-ingénierie

La géo-ingénierie, c’est l’ensemble des solutions fofolles proposées pour refroidir la planète, étant donné qu’elle se réchauffe. Quelques exemples: ensemencer l’océan avec du sulfate de fer pour développer le plancton, mettre des miroirs dans l’espace ou encore de la poussière en haute atmosphère.

J’ai assisté à une présentation du conférencier itinérant 2009 de la SCMO: Kenneth Denman. Sa présentation avait pour titre Le changement climatique : un choc d’idées scientifiques, politiques, économiques et éthiques .

Kenneth Denman y aborde le thème de la géo-ingénierie. Il ne l’a pas fait pour expliquer comment la technologie pourra nous sauver. Non, il s’est plutôt appuyé sur la façon dont les changements climatiques sont traités par les politiciens. Suite à un tel examen, il a prédit que d’ici 30 ou 40 ans, paniqués, ces derniers se tourneront vers la géo-ingénierie pour éviter que la situation ne se détériore encore plus.

Selon lui, pour pallier ces agissements et prévenir les éclaboussures, les scientifiques devraient modéliser dès maintenant les différentes solutions de géo-ingénierie possibles.

En résumé, ce qu’il propose est de transformer le scientifique en modélisateur de comportement de politiciens. Dans cette perspective, la responsabilité du scientifique repose dans la capacité de prévoir leurs agissements futurs et de se préparer pour avoir des réponses.

Je trouve ça d’une ironie infinie. Pourquoi les scientifiques ne seraient-ils pas en mesure d’influencer les politiciens pour prévenir le pire dont il est question? Maintenant.

Le mythe de la voiture électrique (II)

La voiture Tesla

Dans ma tendre enfance, la voiture de l’avenir était la voiture volante. Aujourd’hui, la voiture de l’avenir est la voiture électrique.

Or, dans le contexte actuel si la voiture électrique remplaçait totalement les voitures à pétrole, ce serait un véritable désastre environnemental.

Nous avons déjà calculé sur ce blogue que, si toutes les voitures du Québec étaient dotées d’un moteur électrique, il faudrait construire une centrale hydro-électrique ayant une demi-fois la puissance de la centrale Robert-Bourrassa.

Nous pourrions toujours, au Québec du moins, construire une autre centrale hydro-électrique de ce genre. Si l’on suppose que contaminer la superficie de 2 ou 3 fois le Lac-Saint-Jean et déplacer 10 000 autochtones constitue une option écologique, nous pourrions nous en tirer de façon plus propre que de brûler vulgairement du pétrole dans les rues de nos villes.

Mais, pour beaucoup de pays sur la planète, notamment les États-Unis, la future production d’énergie électrique proviendra essentiellement de nouvelles centrales au charbon. Certes, la qualité de l’air des villes s’en trouverait grandement améliorée si nous avions des voitures électriques, mais le bilan total des émissions des gaz à effets de serre serait désastreux. Si l’efficacité énergétique d’un moteur électrique est exceptionnelle, jusqu’à 90%, celle de la combustion du charbon elle, l’est grandement moins, au mieux 40%.

Au premier degré, on penserait que l’on est super écologique en se propulsant à l’électricité. Mais en regardant attentivement la source de l’énergie, on constate que l’on a simplement déplacé le problème.

J’ai un truc tout simple, qui ne nécessite aucune nouvelle technologie ni aucune nouvelle infrastructure, pour diminuer de 50% la consommation de pétrole per capita : Embarquez 2 par char.

Ce billet est publié sous licence Creative Commons BY-SA.

Implication des scientifiques dans les processus de décision: les présentations

Au début de l’année, j’avais discuté de la session que j’allais tenir, aidé de Simon Hobeila, conseiller en éthique de la recherche à l’Université de Montréal, ainsi que Jacques Descurieux, conseiller national en communications à Environnement Canada, pour tenir une session ayant pour titre l’Implication des scientifiques dans les processus de décision au congrès 2008 de la Société canadienne de météorologie et d’océanographie.

Eh bien voilà, la session s’est tenue à la fin mai à Kelowna en Colombie-Britannique. Et comme, vous le savez, la pérennité est pour moi un sujet important, nous avons filmé chaque présentateur, recueilli les fichiers des présentations et fait signer des licences Creative Commons BY afin de retirer le maximum de cette manifestation.

Vous pouvez trouver le tout sur la page de ptaff.ca consacrée à cette session.

Pour vous donner un avant-goût, je vous suggère d’écouter la présentation de Charles Lin qui nous parle du passé, du présent et du futur du Groupe intergouvernemental sur l’évolution climatique (GIEC) sur lequel il a siégé. On y apprend plein de détails intéressants, notamment comment se déroulait les réunions lorsqu’il fallait arriver à un consensus et que, bien sûr, le temps venait à manquer. Vous pouvez aussi télécharger la présentation qui accompagne le film.

Réchauffement climatique: les effets au Canada

Couverture du rapport Vivre avec les changements climatiques au Canada : édition 2007

Ce billet est le cinquième d’une série portant sur le rapport Vivre avec les changements climatiques au Canada : édition 2007. Le lecteur pourra retrouver l’ensemble de cette série en consultant les billets portant l’étiquette Vivre avec les changements climatiques au Canada.

Les conséquences du réchauffement climatique sont très nombreuses et souvent complexes. J’expose ici 8 conséquences prévues du réchauffement climatique au Canada: 4 pour la température de l’air et 4 pour les précipitations. Elles sont très simples à retenir, et constituent une base de compréhension et de discussion sur les réchauffements climatiques et sur leurs conséquences.

Température de l’air

1- Le réchauffement sera plus important dans le nord du Canada, dans la région Arctique;
2- Le centre du Canada, les prairies, connaîtront un réchauffement plus important que les régions est et ouest du Canada, qui seront tempérées par les océans;
3- Le réchauffement sera plus marqué l’hiver que l’été;
4- Le réchauffement sera plus marqué la nuit que le jour (la température minimale atteinte sur un période de 24h sera plus élevée);

Précipitations

1- Il y aura une augmentation des précipitations, mais une diminution des précipitations sous forme de neige;
2- Il y aura une augmentation des épisodes de précipitations quotidiennes extrêmes;
3- L’augmentation des précipitations sera plus marquée au nord du Canada qu’au sud (0 à 10% pour l’extrême sud, 50% dans l’Extrême-Arctique).
4- Les périodes de chaleur intense, supérieures à 30°C, pendant l’été devraient être plus fréquentes dans toutes les régions du Canada;

Références

* Ressources naturelles Canada. «Vivre avec les changements climatiques au Canada : édition 2007». Impacts et adaptation liés aux changements climatiques. Site de Ressources naturelles Canada, pp. 42-51 [En ligne]. http://www.adaptation.nrcan.gc.ca/assess/2007/pdf/full-complet_f.pdf (Document consulté le 11 juillet 2008)

HDLC dans le National Post

Marianne White de canwest a publié un article, dans le National Post cette fois-ci (également disponible sur canada.com), à propos du billet de ce blogue où l’on peut télécharger le rapport de Santé Canada sur les changements climatiques.

Mise à jour: il semble que l’article n’est pas dans la version papier du journal.
Mise à jour 2: Le même article, dans l’Ottawa Citizen.

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