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TransCanada Est émettra autant de GES que toutes les industries du Québec

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

En permettant à l'oléoduc TransCanada Est de passer sur son territoire, le gouvernement du Québec provoquera une augmentation d'émission de gaz à effet de serre (GES) supérieure à toutes les diminutions qu'il a prévues d'ici 2020.

À terme, c'est le tiers de toute la production des sables bitumineux de l'Alberta qui passera par le Québec, par le plus gros oléoduc du continent. C'est 1,1 million de barils de pétrole supplémentaires qui seront extraits des sables bitumineux et qui passeront quotidiennement par TransCanada Est. Cette extraction causera l'émission de 25 mégatonnes (Mt) de CO2 par année, l'équivalent de ce qu'émettent toutes les industries du Québec réunies. Ou encore 30% de tous les GES émis par le Québec. Avec un seul projet.

Aucun projet entrepris par le Québec ne permettra de diminuer d'une quantité équivalente les émissions de CO2. L'atteinte des objectifs du protocole de Kyoto par le Québec, une diminution de 17 Mt par année, ne permettrait même pas de compenser les émissions supplémentaires de tout ce pétrole.

Ce qu'il faut comprendre, c'est que cet oléoduc n'est pas une option parmi d'autres pour sortir le pétrole de l'Alberta. Tous les moyens de transporter le pétrole de l'Alberta sont déjà utilisés à pleine capacité. Si le Québec refuse le passage de cet oléoduc, ce sera donc autant de pétrole qui restera sous terre.

Rappelons que selon le GIEC, 65 à 80 % de toutes les réserves d'hydrocarbures connues doivent demeurer inexploitées afin que le climat ne se détériore pas au-delà du seuil jugé scientifiquement acceptable (2⁰C de réchauffement en 2100). Ces réserves devant rester inexploitées incluent bien sûr les sables bitumineux de l'Alberta et les pétroles de schistes qui seront transportés dans cet oléoduc.

C'est fort probablement pour cette raison que l'Office national de l'énergie, l'organisation responsable d'approuver la construction de l'oléoduc TransCanada Est, n'a pas pris en compte l'émission des GES. L'effet sur le bilan des GES est si désastreux, qu'aucune propagande du gouvernement du Canada n'aurait pu justifier d'aller de l'avant. Plutôt que d'affronter un problème insoluble, le gouvernement fédéral a simplement décidé de l'écarter des critères à prendre en compte.

Si d'un côté le Québec s'engage à réduire les émissions de GES sur son territoire, mais que de l'autre il prend des décisions créant une augmentation supérieure sur un autre territoire, il respecte l'accord de Kyoto, mais nuit aux efforts pour lutter contre les changements climatiques en empirant le solde du Canada. Car ce qui contribue au réchauffement climatique, c'est la quantité totale de CO2 dans l'atmosphère, quel que soit l'endroit d'où ce CO2 est émis.

L'oléoduc TransCanada Est n'est pas seulement une menace terrible pour le fleuve St-Laurent et l'environnement du Québec dans son ensemble. Il fait aussi partie des projets ne devant pas voir le jour si l'on veut être cohérent dans la lutte contre les changements climatiques.

La quantité supplémentaire de GES qui sera émise si ce projet voit le jour est une raison suffisante pour que le gouvernement du

Liste des valeurs québécoises

J'ai vu pour la première fois une liste des fameuses valeurs québécoises. Cette liste provient de la Demande de certificat de sélection du Québec (CST), un document officiel d'immigration délivré par le gouvernement du Québec aux travailleurs sélectionnés pour s'installer sur le territoire.

VALEURS COMMUNES [du Québec]

Les principales valeurs énoncées dans cette charte qui fondent la société québécoise sont les suivantes :

  • Le Québec est une société libre et démocratique.
  • Les pouvoirs politiques et religieux au Québec sont séparés.
  • Le Québec est une société pluraliste*.
  • La société québécoise est basée sur la primauté du droit.
  • Les femmes et les hommes ont les mêmes droits.
  • L’exercice des droits et libertés de la personne doit se faire dans le respect de ceux d’autrui et du bien-être général.

La société québécoise est aussi régie par la Charte de la langue française qui fait du français la langue officielle du Québec. En conséquence, le français est la langue normale et habituelle du travail, de l’enseignement, des communications, du commerce et des affaires.

*En sciences sociales, le pluralisme est un système d'organisation politique qui reconnaît et accepte la diversité des opinions et de leurs représentants (source).

Lettre à Gilles Duceppe d’une ancienne militante du Bloc québécois

Bravo Monsieur Duceppe d’aller scander bien haut votre indignation face à la division du vote. Vous ne faites que renforcer ma position.

Je suis justement lasse qu’on prenne mon vote pour acquis, comme si, peu importe ce qui se passait au Parti québécois, mon vote leur appartenait. Vous n’êtes pas sans savoir Monsieur Duceppe, ce qui arrive aux partis qui prennent leur électorat, leur population ou leurs militants pour acquis.  Vous avez été chanceux toutefois, vous pouvez toujours  prétendre que vous ne l’aviez pas venu venir, mais le Parti québécois n’a pas ce luxe.

Quand le Parti québécois m’accordera le droit d’user de mon propre jugement pour décider du parti qui me rejoint le plus, alors il aura déjà franchi une belle étape de maturité politique, ou peut-être de respect de la démocratie. Pour l’instant, le Parti québécois est le seul responsable du mécontentement, de la désillusion, du cynisme qui a habité plusieurs de ses membres, et même de ses députés. Vous ne pouvez en aucun cas nous reprocher de prendre position, de vouloir quelque chose de différent, de penser différemment, de vouloir mieux, et peut-être même, de pouvoir mieux.

Ce qui m’attriste, c’est qu’aujourd’hui le message que le Parti québécois, et que vous Monsieur Duceppe, tentez de nous faire avaler, c’est que peu importe si un citoyen est mécontent d’un parti, d’un chef, d’un programme, de la démocratie d’un parti, et bien s’il a toujours voté pour lui avant, il doit continuer de le faire. Peu importe ce qu’il pense. Ce message est défaitiste, vide, amer et sombre.

Ce qui m’apparaît paradoxal aussi dans ce discours, c’est que vous espérez qu’on ne vote pas massivement pour le PLQ encore une fois aux prochaines élections générales. Pourtant, si les citoyens qui n’aiment pas « le parti, le chef, le programme et la démocratie de parti du PLQ » doivent quand même voter pour le PLQ puisqu’ils l’ont toujours fait avant, le PQ n’est pas sorti du bois. Ceux qui font ça s’inscrivent dans un comportement corporatiste et électoraliste qui est loin d’être reluisant pour l’image de la politique au Québec. En sommes-nous là, en 2012 ? Vraiment ?

Je milite parce que je crois qu’on peut changer les choses, que les sociétés, comme les institutions démocratiques et davantage les partis, doivent se renouveler, s’adapter, s’actualiser et finalement veiller à la prospérité des générations suivantes. Vous entrez en profonde contradiction avec ces principes qui m’habitent. Aujourd’hui, à quelques jours d’un déclenchement électoral, à quelques semaines d’un probable gouvernement du Parti québécois, j’ai beaucoup plus d’espoir en voyant que certains osent encore quitter les rangs du PQ par principe qu’en voyant ceux qui les rejoignent à la hâte, par intérêt personnel.

Qu’on soit fédéraliste, souverainiste, de centre, de droite ou de gauche, le principe même de la démocratie repose sur le droit des citoyens d’appuyer le parti qui représente au mieux de leur connaissance leurs intérêts. Accordez-moi un peu de respect en faisant confiance en mon jugement : le Parti québécois n’est définitivement pas le parti qui représente le mieux mes intérêts et, en conséquence, il n’aura pas mon vote.

Le Parti québécois ne détient pas le monopole du vote souverainiste, nationaliste ou progressiste au Québec, comme il ne détient aucun vote d’aucune manière. S’il est passé maître dans l'art de contrôler son Congrès, je vous certifie que le Parti québécois ne pourra jamais contrôler où nous apposerons notre X aux prochaines élections.

Cette vieille politique, cet abrutissement populaire, cet engouement pour un militantisme servile qui remet rarement les choses en question ou en perspective, je veux en débarrasser les générations qui nous succéderont.

Moi, et tous ceux qui ont quitté vos rangs, au Bloc et au Parti québécois, dans les dernières années, nous avons décidé de nous investir ailleurs. Nous ne baissons pas les bras. C’est ce qu’on appelle une santé démocratique plutôt que de l’acharnement aveugle ou de l’attentisme inutile.

Et si j’utilise votre vocabulaire, vous comprendrez qu’aujourd’hui je nous souhaite qu’on divise tous massivement le vote et qu’aucun des vieux partis qui propagent un engourdissement social inavoué ne remporte cette élection. Le Parti québécois est incontestablement rangé dans ce camp.

Comprenez-moi bien, vous, Monsieur Duceppe, et les autres du PQ : mon vote, vous devez le mériter, il ne vous appartient pas. Il en va de même pour le vote de tous les citoyens du Québec.

J’ai quitté vos rangs par principe puis j’ai été quelques mois orpheline de parti. Mais, en réalisant que nous étions beaucoup trop à n’avoir plus de famille politique, il est devenu évident qu’il manquait un joueur essentiel sur la scène politique québécoise et qu’il y avait trop d’angles morts dans la vision du Parti québécois.

Aujourd’hui, je milite fièrement pour un parti où l’on fait de la politique autrement. On y cultive une politique assumée, claire, citoyenne, ambitieuse, contagieuse, renouvelée, et l'on est définitivement en terrain fertile pour réaliser l’indépendance du Québec.

Mon vote ira avec convictions, cœur et tête à Option nationale. Si ça vous embête, essayez de faire mieux qu’eux, et nous jaserons.

Pour l’instant, faites votre deuil, nous ne sommes plus des vôtres, nous ne divisons pas le vote péquiste, parce que nous ne leur avons jamais rien dû. Si vous l’aviez compris plus tôt, le Bloc québécois aurait peut-être plus que 4 députés et le Parti québécois ne serait pas en train de crier au feu et de paniquer en tirant dans tous les sens, sans trop savoir à qui il essaie de plaire et qui il est en train de sacrifier.

Le projet d’indépendance du Québec ne stagnera plus dans vos rangs, nous reprenons le flambeau. Nous faisons le pari qu’il faut parfois rebrousser chemin pour mieux repartir. Un peu comme dans la fable du lièvre et de la tortue : rendez-vous à la ligne d’arrivée! Ce jour-là, nous serons tous des frères.

Bien à vous Monsieur Duceppe,

D’une fière militante d’Option nationale,
Élisabeth Émond
20 juillet 2012

Rendez-vous le 22 avril pour un printemps québécois

Logo de l

Le 22 avril prochain, jour de la Terre, une manifestation « pour un printemps québécois » se tiendra au centre-ville de Montréal.

Dominic Champagne, impliqué notamment dans la lutte contre l'exploitation des gaz de schistes, explique quel est l'objectif de cette manifestation (de 2:02 à 10:14):

Une série de vidéos à été produite pour mousser la participation du 22 avril. Les gens de partout au Québec y seront:

Tout indique que cette manifestation sera plus populaire que celle du 22 mars, peut-être même la plus importante de l'histoire du Québec. Les Québécois en ont marre, et ils prendront la rue pour le faire comprendre aux gouvernements.

Si vous faites parti de ce nombre, et que vous pouvez vous rendre à Montréal le 22 avril, joignez-vous au mouvement. Vous trouverez les renseignements sur le site web du 22 avril:
http://22avril.org/

Pour ma part, je serai présent à la manifestation sous la bannière d'Option nationale, qui propose un programme extraordinaire pour les ressources naturelles. C'est notamment une des raisons de mon affiliation à ce parti. Si vous vous y reconnaissez et désirez appuyer ce parti, joignez-vous à nous, à 13h30 devant le Bar F. Vous pouvez aussi consulter notre événement Facebook.

Soyez du nombre, pour un printemps québécois, pour un avenir qui nous appartient.

L'influence des baby-boomers sur la société québécoise

Pyramide des âges du Québec, 2008

Fruits d'une fécondité retenue par la crise des années 30 et la Seconde Guerre mondiale, les enfants du baby boom ont, depuis leur naissance, formé la génération comptant le plus grand nombre d'individus. Ils sont même si nombreux par rapport aux autres générations qu'ils n'ont pas eu à s'adapter à la société: c'est la société qui s'est adaptée à eux.

Bien que le phénomène du baby boom soit commun aux anciennes colonies anglaises (Australie, États-Unis, Nouvelle-Zélande, Canada), sa marque a été d'autant plus importante au Québec que cette société était en retard par rapport à l'occident, bridé par un conservatisme religieux depuis les débuts du XXe siècle.

C'est la combinaison de ces deux facteurs (retard de la société québécoise par rapport au reste de l'occident et abondance relative des représentants d'une génération), qui est à la base de la Révolution tranquille. Les baby-boomers ont créé les institutions qui sont aujourd'hui la colonne vertébrale de l'État québécois: nationalisation de l'électricité, école obligatoire jusqu'à 16 ans, Caisse de dépôt et placements, Charte de la langue française, etc. Grâce aux programmes d'éducation, ils ont même choisi les valeurs et la vision de l'histoire qui allaient être transmises aux générations suivantes, incluant leurs propres réalisations.

En conséquence, non seulement les baby-boomers ont toujours vu la société comme étant faite sur mesure pour eux, mais ils ont aussi transmis cette vision à leurs cadets. Depuis le début des années 40, toutes les personnes nées au Québec n'ont donc qu'une seule lorgnette, celle de la société par et pour les baby-boomers.

Ce n'est pas un jugement ou un apitoiement que de faire pareil constat. C'est une simple réalité mathématique. Plus nombreux que les générations suivantes et ayant beaucoup à faire pour adapter l'État aux théories en vogue ailleurs en occident, les baby-boomers se sont attelés à la tâche et y ont très bien réussi. Aucune autre génération n'ayant été en mesure, numériquement parlant, de les surpasser depuis, ils sont restés à la barre de l'État et du discours de celui-ci.

Aujourd'hui, il semble que les baby-boomers sont peu solidaires avec les générations qui les suivent. Par exemple, les groupes en faveur de la hausse de frais de scolarité (recteurs, gouvernement, patronat) sont issus de cette génération, de même que ceux qui instaurent les clauses orphelines dans les conventions collectives. Les baby-boomers ont tendance à remettre en question des choses dont ils ont profité mais dont ils ne profiteront plus. À leurs rêves de jeunesse, ils ont substitué leurs intérêts.

En considérant tout ceci, quels sont les scénarios qui pourraient faire en sorte que les générations X et Y puissent prendre le contrôle de l'État?

Scénario 1: le cataclysme financier

Une crise économique ou financière dont les solutions pour s'en sortir se feraient au détriment de la population active pourrait être un germe de cette transition. Des clauses orphelines pour financer les fonds de pension et les coûts de soin de santé des baby-boomers pourraient causer une crise si elles sont adoptées à grande échelle.

Comme les baby-boomers sont nombreux et vont voter en plus grand nombre, il pourrait être électoralement sensé d'adopter des mesures économiquement contraignantes pour les plus jeunes. Il faudrait alors qu'en plus de sortir dans la rue, les générations touchées se présentent aux urnes et optent pour un parti politique qui refuse d'emprunter cette voix (en supposant qu'un parti politique fasse écho à ces préoccupations). L'élection d'un tel parti consacrerait alors la transition.

Scénario 2: l'union fait la force

Autre scénario possible, les générations trouvent une (ou des) cause commune et décident de prendre les moyens nécessaires afin que la société québécoise reflète leurs préoccupations. Ces causes peuvent inclure ou non les baby-boomers.

Les enjeux qui semblent rejoindre ces conditions sont ceux portant sur l'environnement ou sur la question nationale. Cela dit, le contexte actuel ne laisse pas penser qu'une telle mobilisation naîtra dans la population. Là aussi, il faudrait probablement un phénomène extérieur pour initier un tel mouvement. Si un événement comparable à l'explosion de la centrale nucléaire de Fukushima se produisait au Québec, la population se mobiliserait.

Scénario 3: le temps passe

Une dernière façon pour effectuer une transition est simplement d'attendre que les baby-boomers s'éteignent. Puisque leur espérance de vie est d'environ 80 ans, il faudra attendre encore entre 10 et 25 ans avant que cela se produise.

Selon ce scénario, les membres de la génération X seront, pour les plus vieux, proches de la retraite, ou pour les plus jeunes, à un stade avancé de leur vie professionnelle. Même si cela demeure une généralisation, ce n'est pas vers cet âge que les gens changent leurs modes de penser et de concevoir la société.

Pour les Y, ils se retrouveront à ce moment au cœur de la vie active. Il leur sera possible, s'ils s'en donnent la peine, de prendre le relais des baby-boomers pour influencer la société. Cela dit, la différence numérique avec la génération précédente étant à leur désavantage, ils devront lutter contre l'inertie. Mais comme il y aura un vide, ils rencontreront moins de résistance et se plairont sans doute à la prise de décision.

Conclusion

Selon cette perspective, il est peu probable que la société québécoise connaisse dans un futur prévisible un événement de l'ampleur de la Révolution tranquille. Les prochains défis mobilisateurs semblent être d'ordre économique: le vieillissement de la population coûtera trop cher aux personnes qui auront à supporter la charge économique des baby-boomers.

Cependant, des événements extérieurs peuvent causer une réorientation de la société. Dans le cas du Québec, cet événement devra toucher plus d'une génération pour avoir un effet notable dans la gestion de l'État. S'il y a lieu, de quelle nature sera-t-il? Environnemental, identitaire, économique? Difficile à prévoir mais selon toute vraisemblance, il viendra en réaction à un événement extérieur et non pas à une pulsion interne de la population.

Inspiration et lecture complémentaire:
François Ricard, La génération lyrique, - Essai sur la vie et l’œuvre des premiers–nés du baby-boom -, Climats, 2001, [1992], Coll. Sisyphe, 234 p

UPA 101

Logo de l’UPA

L'Union des producteurs agricoles du Québec, mieux connu sous son acronyme UPA, est une institution unique au monde.

Pour un petit cours d'UPA 101, il suffit de lire ce qu'en disait en 2008 la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois:

LE SYNDICALISME AGRICOLE

1. Une situation unique au Québec

Le besoin des agriculteurs québécois de se regrouper au sein d’associations représentatives a émergé dès 1789, au moment où furent créées les premières sociétés d’agriculture subventionnées par le gouvernement. Ce n’est cependant qu’un siècle plus tard, soit en 1875, que ces différents cercles agricoles se sont unis pour former le premier regroupement provincial, soit l’Union agricole nationale. En 1924, 2400 agriculteurs fondaient l’Union catholique des cultivateurs, l’UCC.

En 1972, le gouvernement du Québec adoptait la Loi sur les producteurs agricoles. Cette Loi précisait qu’une association représentative des producteurs agricoles devait comporter des structures générales et spécialisées, des syndicats de base et des fédérations. Ces caractéristiques correspondaient à l’organisation de l’Union des producteurs agricoles (UPA). La Loi stipulait en outre qu’un référendum devait être tenu pour re- connaître à l’association des producteurs le droit de percevoir des cotisations et des contributions obligatoires auprès des agriculteurs, ce qui fut fait en décembre 1972.

Depuis lors, aux termes de la Loi, l’UPA détient l’exclusivité de la représentativité des agriculteurs. Tous les producteurs agricoles ont l’obligation de verser une cotisation à ce syndicat, même s’ils peuvent formellement choisir de ne pas en être membre. La Loi ne contient aucun mécanisme pour vérifier périodiquement la volonté d’adhésion des agriculteurs à leur syndicat. Comme il a déjà été mentionné, la dernière consultation a eu lieu en 1972, c’est-à-dire il y a 35 ans. Non seulement la Loi crée-t-elle, à toutes fins utiles, une instance unique de représentation des producteurs agri- coles, mais elle lui donne pour ainsi dire un caractère permanent. Une organisation qui souhaiterait représenter les agriculteurs québécois devrait d’abord rassembler une majorité des producteurs. La Loi sur les producteurs agricoles stipule en effet « qu’une association qui demande l’accréditation doit établir, à la satisfaction de la Régie [des marchés agricoles et alimentaires du Québec] et de la manière que cette dernière juge appropriée, qu’elle représente la majorité des producteurs du Québec ».

La Commission a demandé à l’Observatoire de l’administration publique de l’École nationale d’administration publique d’étudier les modes d’association des agriculteurs d’autres provinces et d’autres pays. L’Observatoire n’a recensé aucun cas s’apparentant à celui du Québec. Partout ailleurs, il y a plus d’une association. Les producteurs agricoles adhèrent librement à celle de leur choix et ils peuvent changer d’allégeance.

2. Une représentation pour tous les agriculteurs

Plusieurs représentants aux audiences régionales et nationales de la Commission ont avancé qu’il était temps de remettre en cause ce qu’ils ont appelé le « monopole syndical ». L’Union paysanne est celle qui exprime le plus ouvertement son opposition au mode unique de représentation des producteurs agricoles. Le mémoire qu’elle a présenté à la Commission en fait foi : « La question du monopole de l’UPA, bien qu’elle puisse sembler à premier abord étrangère au débat sur l’agriculture, est au contraire au centre de la tempête et doit ici être abordée. Pendant des décennies, l’UPA a étendu son contrôle bien au-delà d’un simple rôle de représentation syndicale. Son influence est maintenant démesurée sur le financement de l’agriculture, sur la mise en marché, sur les orientations municipales, sur l’aménagement du territoire et sur les instances gouvernementales de contrôle et de supervision. » Elle ajoute : « Loin de vouloir nier le rôle de l’UPA, nous croyons toutefois qu’elle ne représente qu’une partie du monde agricole. Travailleurs agricoles, petites fermes, artisans d’une agriculture différente, autant d’éléments qui n’ont pas droit au chapitre. »

Source: Rapport de la Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire québécois (page 234)

Du désintérêt politique: la montée des ONG

Des filles et des garçons

Ce billet est le sixième et dernier de la série Du désintérêt politique. Cette série présente des hypothèses expliquant le désintérêt de la population pour la politique dans les démocraties occidentales. Vous pouvez consulter toute la série en vous rendant sur le billet d'introduction.

Devant la montée en puissance des mégacorporations, le pouvoir de l'État sur la vie des citoyens semble diminuer. Ces corporations ont une influence accrue sur les politiques économiques, internationales et réglementaires des nations.

Devant l'étiolement du pouvoir de l'État, les citoyens optent pour un repli vers les mouvements abordant une seule problématique, plutôt que vers les partis politiques traditionnels qui semblent impuissants ou complaisants face à ces pressions. Ces mouvements, afin d'être distingués des gouvernements, sont regroupés sous un concept négatif: les organisations non gouvernementales (ONG).

Comme la majorité des ONG se concentre sur un seul enjeu (environnement, féminisme, paix, antimondialisation, etc.), il est possible aux individus de cibler une ONG agissant sur un enjeu important à leurs yeux. Il est ainsi plus aisé d'être en accord avec les positions d'une ONG, concentrée sur une seule problématique, plutôt que sur celles d'un parti politique traditionnel qui doit avoir une multitude de positions face aux enjeux touchant la société. Il est possible de magasiner ses ONG pour qu'ils correspondent à nos principes, comme on compose un bouquet de fleurs, alors que les partis politiques sont plutôt comme des boîtes de chocolats assortis; il y en aura toujours quelques-uns qui nous déplairont.

Un parallèle peut aussi être fait entre l'explosion du nombre des ONG et la société de consommation. La montée des ONG correspond en effet à la diversification des produits de consommation dans les années 70. Selon ce nouveau paradigme moussé par l'industrie de la mise en marché, l'individu se différencie par ce qu'il consomme, la diversité des produits disponibles lui permettant d'exprimer sa personnalité et d'être unique par ses choix. Il en serait de même pour les ONG, chaque personne peut choisir une cause et l'ONG qui lui correspond et s'y identifier. On lui remettra même un insigne (ruban, bracelet) pour afficher cet appui.

Certaines ONG sont actives par delà les frontières des États. De cette façon, elles ont une étendue rivalisant avec celle des mégacorporations ayant des intérêts dans plusieurs pays. Pour plusieurs enjeux, les ONG sont donc mieux adaptées que les États, dont le pouvoir ne dépasse habituellement pas ses frontières, pour faire contrepoids à ces corporations.

Ajoutons à cela que la pression médiatique à laquelle les politiciens sont soumis est plutôt absente auprès des porte-parole ou des dirigeants des ONG.

Pour toutes ces raisons, les personnes désirant s'impliquer pour influencer le fonctionnement de la société opteront souvent pour les ONG plutôt que pour un parti politique. L'effet de ces organisations est plus ciblé, plus concret et l'attention médiatique moins grande. On peut voir cette implication de façon positive: le nombre de personnes s'impliquant dans la société est toujours important, il y a simplement eu migration des partis politiques vers les ONG.

Au Québec

Il y a 40 ans, aucune ONG n'était présente dans les débats de sociétés entourant l'environnement. Pensons par exemple à la construction en 1971 des barrages sur la Grande Rivière à la baie James. Les opposants au Parti Libéral du Québec (PLQ) étaient les Cris et le Parti Québécois (qui prônait plutôt l'utilisation de l'énergie nucléaire).

D'autre part, regardons le dossier contemporain des gaz de schistes. Il y a le PLQ d'un côté, appuyé cette fois-ci par une coalition de corporations gazières. De l'autre côté, on retrouve encore le Parti Québécois mais, cette fois-ci, il est appuyé par une constellation d'ONG de défense de l'environnement (AQLPA, Nature Québec, Greenpeace, etc.).

Hier comme aujourd'hui, le secteur privé est présent aux côtés du parti au pouvoir afin de favoriser son profit. L'élément nouveau, ce sont les ONG qui tentent de leur faire contre poids avec l'opposition. Alors que les partis politiques de part et d'autre demeureront les mêmes, les ONG changeront selon les enjeux.

Au niveau de l'implication personnelle, le cas de Steven Guilbeault est révélateur. Alors qu'il était porte-parole pour Greenpeace Québec, il s'est vu offrir un château fort du Parti Libéral du Canada (PLC), alors en position de former le gouvernement. Étant donné son profil, on peut penser que le PLC lui aurait offert le poste de ministre de l'Environnement dans l'éventualité où il aurait pris le pouvoir. Plutôt que de saisir l'opportunité d'occuper le poste le plus puissant au niveau de la législation environnementale au Canada, sans parler d'influence internationale, Steven Guilbeault a préféré décliner l'offre, pour des raisons personnelles, mais aussi parce qu'il croit que la cause écologique est mieux servie s'il oeuvre dans une ONG plutôt que dans un parti politique, fut-il ministre au pouvoir.

Si les gens ayant l'environnement à coeur suivent la voie tracée par Steven Guilbeault, ils seront d'emblée exclus des postes de pouvoir, les laissant à d'autres sur lesquels ils devront faire pression.

Le problème soulevé par les ONG n'est pas qu'elles canalisent une partie des gens désirant s'impliquer, mais qu'elles véhiculent l'image de l'implication politique comme étant impure. Par opposition, les gens impliqués dans les ONG seraient plus intègres, conservant la virginité de leurs principes.

Toutefois, il ne faut pas oublier que c'est en exerçant directement le pouvoir que l'on a le plus d'effet sur le cours des événements, pas en faisant pression sur ceux qui le détiennent, aussi noble et efficace soit-on.

Aujourd'hui, j'appelle Nathalie

J'ai réalisé que le bureau de Nathalie Normandeau devait prendre tous les appels téléphoniques. J'ai donc appelé et j'ai demandé, gentiment, un moratoire sur les gaz de schiste.

Pour lui demander vous aussi:

Nathalie Normandeau: 1 800 490-3511

Le PQ numérique | Digital PQ

Les données sont l'hémoglobine de la science. Pour faire avancer la connaissance, les données doivent pouvoir circuler entre différents organes de la société: gouvernements, population, institutions et entreprises.

Dans ce contexte, l'État a un rôle essentiel à jouer. Il est le dépositaire de données uniques, payées et appartenant à la population dans son ensemble. Ces données, pour des questions d'équité, de transparence et d'efficacité, doivent être pleinement sous le contrôle de ses propriétaires, c'est-à-dire la population.

Afin d'intégrer ces valeurs dans des politiques, l'État québécois doit amorcer un changement dans ses appels d'offres. Ce changement sera de l'ordre de celui effectué dans les années '60 qui imposait l'usage de la langue française dans tous les appels d'offres du gouvernement du Québec. Comme alors, le combat se situe au niveau de la communication et de l'appropriation des ressources du Québec par sa population, à la différence que cette fois-ci, le front est numérique.

Étant militant au Parti Québécois et ayant l'opportunité de participer au cycle d'amendements qui mènera à l'adoption du programme du parti en avril 2011, j'ai intégré une initiative nommée PQ numérique. Ce projet a pour but de jeter les bases d'une véritable gouvernance numérique au Québec.

Je présente ici, dans un film de 4 minutes, les motivations derrières ce mouvement.

De plus, puisque de nombreux Québécois sont anglophones et afin de pouvoir rayonner à l'extérieur du Québec, notamment au Canada anglais, le site web est aussi disponible en langue anglaise: Digital PQ.

La tomassisation

Tony Tomassi

La tomassisation est un néologisme issu du nom de l'ancien ministre Libéral de la Famille, Tony Tomassi. C'est une technique qui consiste à identifier et publiciser un prétexte afin de justifier une volte-face.

C'est cette technique que le gouvernement de Jean Charest a utilisée pour renvoyer le ministre de la Famille Tony Tomassi. Soupçonné d'avoir participé à un réseau de corruption permettant d'accorder des permis de garderie à des contributeurs du parti Libéral du Québec (PLQ), Tomassi a été renvoyé sous prétexte qu'il avait eu en sa possession la carte de crédit de son ancien employeur alors qu'il occupait son poste de ministre.

La gravité de cette accusation, par rapport à celle de corruption, était minime. Mais, si la direction du PLQ voulait se débarrasser de Tony Tomassi, il fallait un prétexte. Comme il s'agissait d'une volte-face, le PLQ avait jusqu'ici appuyé le ministre face aux attaques de l'opposition, il fallait invoquer une nouvelle information qui n'était pas reliée aux attaques concernant les garderies. Aussitôt qu'une autre histoire a fait surface, la fameuse carte de crédit, la direction du PLQ s'est indignée et a déchu Tony Tomassi, et du cabinet des ministres, et du parti Libéral. Personne n'y croit vraiment, mais quelques mois plus tard, c'est la raison qui est retenue pour son départ. Mission de communication réussi.

La technique de la tomassisation permet de changer d'idée et de pouvoir garder la tête haute, puisque c'est un nouvel élément qui influence le jugement, pas la réflexion, la prise de conscience ou la pression publique.

La ministre des Ressources naturelles du Québec, Nathalie Normandeau, doit en ce moment être en train de réfléchir à un moyen d'utiliser la technique de la tomassisation pour les gaz de schiste. Peut-être que son lit est fait sur la question, mais comme toute bonne politicienne, elle doit penser à un moyen de conserver une marge de manoeuvre dans ce dossier.

Peu importe l'imposition ou non d'un moratoire sur l'exploitation des gaz de schiste, la nouvelle dauphine de Jean Charest aura un coût politique à payer dans ce dossier. Soit elle persiste et se met la population contre elle, on ne touche pas impunément à l'eau au Québec, soit elle fait volte-face et montre ainsi un manque de caractère.

La meilleure façon de s'en sortir? La tomassisation. Une opportunité a été manquée lorsqu'une nouvelle étude a démontré que l'exploitation des gaz de schiste pouvait compromettre le bilan d'émission des gaz à effet de serre (GES) du Québec. Madame Normandeau aurait ainsi pu changer d'idée, non pas parce que la nappe phréatique est en danger, non sous la pression de la population, mais parce que le dépassement du plafond d'émission de GES coûtera éventuellement cher au Québec lorsque sera mis en place la bourse du carbone.

Le PLQ invoque des raisons économiques pour justifier son aveuglement pour exploiter les gaz de schiste, il peut aussi invoquer une raison économique pour changer d'idée. Il faut simplement que cette volte-face soit sur la base d'une nouvelle information, aussi faible soit-elle. Le département des communications s'occupera du reste.

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