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Texte du manifeste du FLQ

Beaucoup de bruit a été fait autour de la lecture du manifeste du FLQ qui a été élu lors du Moulin à paroles soulignant les 250 ans de la bataille des Plaines d’Abraham.

Mais que dit ce texte?

Voici la lecture du manifeste qui fut diffusé sur les ondes de Radio-Canada le 8 octobre 1970, deux jours avant l’enlèvement du vice-Premier ministre québécois; Pierre Laporte.

L’intégral du manifeste tel que recopié à partir de Wikisource. Curieusement, la lecture qui est faite sur les Radio-Canada ne correspond pas intégralement à ce texte. Un bon bout n’est pas dit (de Oui, il y en a des raisons, et les gars de la Lord les connaissent jusqu’à et de la politique, prêts à toutes les bassesses pour mieux nous fourrer.).

Front de libération du Québec: Manifeste

Le Front de libération du Québec n’est pas le messie, ni un Robin des bois des temps modernes. C’est un regroupement de travailleurs québécois qui sont décidés à tout mettre en œuvre pour que le peuple du Québec prenne définitivement en mains son destin.

Le Front de libération du Québec veut l’indépendance totale des Québécois, réunis dans une société libre et purgée à jamais de sa clique de requins voraces, les « big boss » patronneux et leurs valets qui ont fait du Québec leur chasse-gardée du cheap labor et de l’exploitation sans scrupule.

Le Front de libération du Québec n’est pas un mouvement d’agression, mais la réponse à une agression, celle organisée par la haute finance par l’entremise des marionnettes des gouvernements fédéral et provincial (le show de la Brinks, le bill 63, la carte électorale, la taxe dite de « progrès social », Power Corporation, l’assurance-médecins, les gars de Lapalme …).

Le Front de libération du Québec s’autofinance d’impôts volontaires prélevés à même les entreprises d’exploitation des ouvriers (banques, compagnies de finance, etc.).

«Les puissances d’argent du statu quo, la plupart des tuteurs traditionnels de notre peuple, ont obtenu la réaction qu’ils espéraient, le recul plutôt qu’un changement pour lequel nous avons travaillé comme jamais; pour lequel on va continuer à travailler.» - René Lévesque, 29 avril 1970.

La « democracy » des riches

Nous avons cru un moment qu’il valait la peine de canaliser nos énergies, nos impatiences comme le dit si bien René Lévesque, dans le Parti Québécois, mais la victoire libérale montre bien que ce qu’on appelle démocratie au Québec n’est en fait et depuis toujours que la « democracy » des riches. La victoire du Parti Libéral en ce sens n’est en fait que la victoire des faiseurs d’élections Simard-Cotroni. En conséquence, le parlementarisme britannique, c’est bien fini et le Front de libération du Québec ne se laissera jamais distraire par les miettes électorales que les capitalistes anglo-saxons lancent dans la basse-cour québécoise à tous les quatre ans. Nombre de Québécois ont compris et ils vont agir. Bourassa dans l’année qui vient va prendre de la maturité: 100 000 travailleurs révolutionnaires organisés et armés!

Oui, il y en a des raisons à la victoire libérale. Oui, il y en a des raisons à la pauvreté, au chômage, aux taudis, au fait que vous M. Bergeron de la rue Visitation et aussi vous M. Legendre de Ville de Laval, qui gagnez 10 000 dollars par année, vous ne vous sentiez pas libres en notre pays le Québec.

Oui, il y en a des raisons, et les gars de la Lord les connaissent, les pêcheurs de la Gaspésie, les travailleurs de la Côte Nord, les mineurs de la Iron Ore, de Quebec Cartier Mining, de la Noranda les connaissent eux aussi ces raisons. Et les braves travailleurs de Cabano que l’on a tenté de fourrer une fois de plus en savent des tas de raisons.

Les « vaisseaux d’or »

Oui, il y en a des raisons pour que vous, M. Tremblay de la rue Panet et vous, M. Cloutier qui travaillez dans la construction à St-Jérôme, vous ne puissiez vous payer des « vaisseaux d’or » avec de la belle zizique et tout le fling flang comme l’a fait Drapeau l’aristocrate, celui qui se préoccupe tellement des taudis qu’il a fait placer des panneaux de couleurs devant ceux-ci pour ne pas que les riches touristes voient notre misère.

Oui, il y en a des raisons pour que vous Madame Lemay de St-Hyacinthe, vous ne puissiez vous payer des petits voyages en Floride comme le font avec notre argent tous les sales juges et députés.

Les braves travailleurs de la Vickers et ceux de la Davie Ship les savent ces raisons, eux à qui l’on n’a donné aucune raison pour les crisser à la porte. Et les gars de Murdochville que l’on a écrasés pour la seule et unique raison qu’ils voulaient se syndiquer et à qui les sales juges ont fait payer plus de deux millions de dollars parce qu’ils avaient voulu exercer ce droit élémentaire. Les gars de Murdochville la connaissent la justice et ils en connaissent des tas de raisons.

Oui, il y en a des raisons pour que vous, M. Lachance de la rue Ste-Marguerite, vous alliez noyer votre désespoir, votre rancœur et votre rage dans la bière du chien à Molson. Et toi, Lachance fils avec tes cigarettes de mari… Des tas de raisons Oui, il y en a des raisons pour que vous, les assistés sociaux, on vous tienne de génération en génération sur le bien-être social. Il y en a des tas de raisons, les travailleurs de la Domtar à Windsor et à East Angus les savent. Et les travailleurs de la Squibb et de la Ayers et les gars de la Régie des Alcools et ceux de la Seven-Up et de Victoria Precision, et les cols bleus de Laval et de Montréal et les gars de Lapalme en savent des tas de raisons.

Les travailleurs de Dupont of Canada en savent eux aussi, même si bientôt ils ne pourront que les donner en anglais (ainsi assimilés, ils iront grossir le nombre des immigrants, Néo-Québécois, enfants chéris du bill 63).

Et les policiers de Montréal auraient dû les comprendre ces raisons, eux qui sont les bras du système; ils auraient dû s’apercevoir que nous vivons dans une société terrorisée parce que sans leur force, sans leur violence, plus rien ne fonctionnait le 7 octobre!

Le fédéralisme « canadian »

Nous en avons soupé du fédéralisme canadien qui pénalise les producteurs laitiers du Québec pour satisfaire aux besoins anglo-saxons du Commonwealth; qui maintient les braves chauffeurs de taxi de Montréal dans un état de demi-esclaves en protégeant honteusement le monopole exclusif à l’écœurant Murray Hill et de son propriétaire-assassin Charles Hershorn et de son fils Paul qui, à maintes reprises, le soir du 7 octobre, arracha des mains de ses employés le fusil de calibre 12 pour tirer sur les chauffeurs et blesser ainsi mortellement le caporal Dumas, tué en tant que manifestant ; qui pratique une politique insensée des importations en jetant un à un dans la rue des petits salariés des textiles et de la chaussure, les plus bafoués au Québec, aux profits d’une poignée de maudits « money makers » roulant en Cadillac; qui classe la nation québécoise au rang des minorités ethniques du Canada.

Nous en avons soupé, et de plus en plus de Québécois également, d’un gouvernement de mitaines qui fait mille et une acrobaties pour charmer les millionnaires américains en les suppliant de venir investir au Québec, « la Belle Province », où des milliers de milles carrés de forêts remplies de gibier et de lacs poissonneux sont la propriété exclusive de ces mêmes Seigneurs tout-puissants du XXe siècle;

Les blindés de la Brinks

D’un hypocrite à la Bourassa qui s’appuie sur les blindés de la Brinks, véritable symbole de l’occupation étrangère au Québec, pour tenir les pauvres « natives » québécois dans la peur de la misère et du chômage auxquels nous sommes tant habitués;

De nos impôts que l’envoyé d’Ottawa au Québec veut donner aux boss anglophones pour les « inciter », ma chère, à parler français, à négocier en français : repeat after me: « cheap labor means main-d’œuvre à bon marché ».

Des promesses de travail et de prospérité, alors que nous serons toujours les serviteurs assidus et les lèche-bottes des big shot, tant qu’il y aura des Westmount, des Town of Mount-Royal, des Hampstead, des Outremont, tous ces véritables chateaux forts de la haute finance de la rue St-Jacques et de la Wall Street, tant que nous tous, Québécois, n’aurons pas chassé par tous les moyens, y compris la dynamite et les armes, ces big boss de l’économie et de la politique, prêts à toutes les bassesses pour mieux nous fourrer.

Nous vivons dans une société d’esclaves terrorisés, terrorisés par les grands patrons, Steinberg, Clark, Bronfman, Smith, Neapole, Timmins, Geoffrion, L. Lévesque, Hershorn, Thompson, Nesbitt, Desmarais, Kierans (à coté de ça, Remi Popol la garcette, Drapeau le dog, Bourassa le serin des Simard, Trudeau la tapette, c’est des peanuts).

Les grands maîtres de la consommation

Terrorisés par l’église capitaliste romaine, même si ça parait de moins en moins (à qui appartient la Place de la Bourse ?), par les paiements à rembourser à la Household Finance, par la publicité des grands maîtres de la consommation Eaton, Simpson, Morgan, Steinberg, General Motors…;

Terrorisés par les lieux fermes de la science et de la culture que sont les universités et par leurs singes-directeurs Gaudry et Dorais et par le sous-singe Robert Shaw. Nous sommes de plus en plus nombreux à connaître et à subir cette société terroriste et le jour s’en vient où tous les Westmount du Québec disparaîtront de la carte.

Travailleurs de la production, des mines et des forêts; travailleurs des services, enseignants et étudiants, chômeurs, prenez ce qui vous appartient, votre travail, votre production et votre liberté. Et vous, les travailleurs de la General Electric, c’est vous qui faites fonctionner vos usines; vous seuls êtes capables de produire; sans vous, General Electric n’est rien!

Travailleurs du Québec, commencez dès aujourd’hui à reprendre ce qui vous appartient; prenez vous-mêmes ce qui est à vous. Vous seuls connaissez vos usines, vos machines, vos hôtels, vos universités, vos syndicats; n’attendez pas d’organisation miracle.

Faites votre révolution

Faites vous-mêmes votre révolution dans vos quartiers, dans vos milieux de travail. Et si vous ne la faites pas vous-mêmes, d’autres usurpateurs technocrates ou autres remplaceront la poignée de fumeurs de cigares que nous connaissons maintenant et tout sera à refaire. Vous seuls êtes capables de batir une société libre.

Il nous faut lutter, non plus un à un, mais en s’unissant, jusqu’à la victoire, avec tous les moyens que l’on possède comme l’ont fait les Patriotes de 1837-1838 (ceux que Notre sainte mère l’Eglise s’est empressée d’excommunier pour mieux se vendre aux intérêts britanniques).

Qu’aux quatre coins du Québec, ceux qu’on a osé traiter avec dedain de lousy French et d’alcooliques entreprennent vigoureusement le combat contre les matraqueurs de la liberté et de la justice et mettent hors d’état de nuire tous ces professionnels du hold-up et de l’escroquerie: banquiers, businessmen, juges et politicailleurs vendus.

Nous sommes des travailleurs québécois et nous irons jusqu’au bout. Nous voulons remplacer avec toute la population cette société d’esclaves par une société libre, fonctionnant d’elle-même et pour elle-même, une societe ouverte sur le monde.

Notre lutte ne peut être que victorieuse. On ne tient pas longtemps dans la misère et le mépris un peuple en réveil.

Vive le Québec libre !

Vive les camarades prisonniers politiques !

Vive la révolution québécoise !

Vive le Front de libération du Québec !

Le deuxième et le second

V sign

Peu de gens le savent, mais il y a une différence entre la signification du mot second et du mot deuxième.

Certes, les 2 mots indiquent ce qui suit le premier.

Cependant, le terme second n’est employé que lorsqu’il n’y a que 2 éléments. Dans ce cas, second équivaut à dire dernier, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de troisième.

Dans le cas où il y a plus de deux éléments, on utilisera le terme deuxième. On peut déduire que si l’on utilise le terme deuxième, c’est qu’il y a un troisième.

Il est intéressant de noter que pour le cas de la guerre de 1939-45, les 2 termes sont acceptés: Seconde Guerre mondiale et Deuxième Guerre mondiale. Les optimistes peuvent opter pour le terme Seconde, les pessimistes pour Deuxième.

Non, il n’y a pas de terme neutre.

Source: Grand dictionnaire terminologique

Le Sri Lanka et les trois règles pour gagner une guerre contre-insurrectionnelle

Tigre

Le Sri Lanka vient de vaincre les Tigres Tamouls, après une guerre sanglante qui durait depuis des dizaines d’années. Ce conflit a la particularité d’être un exemple d’une armée conventionnelle qui a défait un mouvement de guérilla. Ces exemples ne sont guères nombreux.

Le Sri Lanka y a réussi parce qu’il a appliqué 2 des 3 règles pour gagner guerre contre-insurectionnelle

La règle numéro 2 stipule que pour vaincre un mouvement de guérilla, il faut mettre des forces suffisantes en place et occuper le terrain. Dans les dernières années, le Sri Lanka a appliqué cette règle religieusement. Voyant que le conflit s’était enlisé depuis des décennies, le Sri Lanka pris les grand moyens. Il a entre autre doublé la grosseur de ses forces armées à 190 000 hommes.

En même temps, le Sri Lanka a tissé des liens étroits avec le Pakistan et la Chine. Voyant l’aide de l’Ouest diminuer pour causes de violations humanitaires, le Sri Lanka a décidé d’acheter des quantités importantes d’armes de pays qui sont beaucoup moins stricts concernant ce genre de violations (sources: Los Angeles Time, Times Online).

Grâce à cet arsenal, le Sri Lanka a débuté une longue offensive en 2007 visant a conquérir le territoire tenu par l’adversaire. Changement important de stratégie, l’armée nationale se concentrait désormais à occuper le terrain gagné et ainsi réduire petit a petit le territoire tenu par les tigres Tamouls. Fini les offensives éclairs et les replis stratégiques.

Ceci nous mène à la règle numéro 1: isoler le champ de bataille.

Equipé d’avions de combats chinois, et de navires de patrouilles très performants, le Sri Lanka a réussi à fermer le détroit séparant l’île, de l’Inde, par où passait la grande majorité de l’approvisionnement en armement des Tigres. Depuis l’assassinat de Rajiv Ghandi par les Tigres Tamouls, le support de l’Inde aux Tigres avait en effet grandement diminué, malgré une forte population tamoule sur le continent indien. La coopération “passive” de l’Inde sur ce point fut cruciale. Autre facteur important, les images satellites fournies par une grande puissance occidentale (!) aidèrent grandement la cause Sri Lankaise. Ainsi donc, les Tigres, privés de leur approvisionnement, ont perdu graduellement leur territoire depuis les 2 dernières années, jusqu’à l’effondrement final il y a quelques jours.

Le Sri Lanka n’a pas vraiment eu besoin d’appliquer la règle 3, offrir à la population une alternative pacifique au changement, mais si leur offensive militaire avait été supportée après une forte offensive de propagande, les résultats auraient sûrement été beaucoup plus rapides et moins coûteux en vies humaines. L’armée nationale aurait perdu près de 7000 hommes dans les 2 dernières années.

Ce billet est publié sous licence Creative Commons BY-SA.

Étendue géographique des attaques des pirates somaliens

Les cartes suivantes montrent l’évolution du problème de la piraterie en Somalie. De 2005 à 2007, le problème n’était pas très répandu et les opérations des pirates s’effectuaient plutôt près des côtes.

Carte des attaques de pirates dans le golfe d’Aden pour 2005
Carte des attaques de pirates dans le golfe d’Aden pour 2005
Carte des attaques de pirates dans le golfe d’Aden pour 2006
Carte des attaques de pirates dans le golfe d’Aden pour 2006
Carte des attaques de pirates dans le golfe d’Aden pour 2007
Carte des attaques de pirates dans le golfe d’Aden pour 2007

Il semble que c’est en 2008 que se produit le plus grand changement. À partir de cette année, la majorité des attaques se produisent dans un secteur bien déterminé, entre le Yémen et la Somalie. On peut déduire qu’à partir de ce moment, ce qui était une activité locale commence à s’organiser. On peut présumer qu’avant 2008, les actes de pirateries étaient commis par des pécheurs désoeuvrés. Puis, à partir de 2008, le tout s’organise, un peu comme une grande entreprise. Les pirates acquérant de l’expérience, ils décident de cibler une zone particulièrement riche en objectifs.

Carte des attaques de pirates dans le golfe d’Aden pour 2008
Carte des attaques de pirates dans le golfe d’Aden pour 2008

Puis en 2009, c’est le choc. La piraterie côtière prend le large! Il semble que les pirates opèrent maintenant à partir de vaisseaux-mères qui naviguent au large pour plusieurs jours. Ces navires lancent des petites embarcations d’attaques rapides sur les objectifs. L’avantage est que la portée des attaques en est décuplée. Aussi le territoire devant être couvert par les forces navales internationales devient de plus en plus grand, diminuant donc les risques pour les pirates.

Carte des attaques de pirates dans le golfe d’Aden pour 2009
Carte des attaques de pirates dans le golfe d’Aden pour 2009

Ces derniers démontrent d’excellentes capacités d’adaptation. Chapeau.

Lire aussi Comment régler le problème des pirates en Somalie?

Référence

* Piracy Map 2008, de l’International Maritime Bureau Piracy Reporting Centre

Comment régler le problème des pirates en Somalie?

Pirates somaliens

Le problème de la piraterie dans le golfe d’Aden est couvert d’une manière plutôt sommaire par les anciens médias. À leur défense, il est en effet plutôt difficile de se rendre au Somaliland ou au Puntland afin de conduire une enquête en profondeur sur le terrain, le contexte de sécurité ne s’y prêtant pas.

On nous dépeint les pirates de la Somalie comme des criminels de la pire espèce. Mais pourquoi y a-t-il des pirates dans cette région du monde? La présence des pirates sur la côte somalienne est une conséquence directe de l’absence d’autorité étatique sur ce territoire. Cette absence d’autorité a comme conséquence que la Somalie ne peut ni défendre ses côtes ni assurer sa souveraineté maritime. Cet état de fait a eu pour conséquence de laisser le champ libre, depuis plusieurs années, aux pêcheurs asiatiques et européens qui ont dépouillé la côte somalienne de tout poissons. De plus, on a retrouvé sur les côtes somaliennes de mystérieux barils remplis de matières toxiques et radioactives. La mafia italienne (qui est souvent dans le business du « recyclage ») s’est servie de cette côte comme véritable dépotoir.

Ceci à pour conséquence que le pêcheur somalien n’a plus de revenu et doit trouver une méthode alternative pour gagner de l’argent. La piraterie s’impose rapidement comme une solution possible.

Y-a-t-il des solutions à ce problème? Évidemment, mais comme pour bien des problèmes, il s’agit avant tout d’une question d’intérêts, d’économie et de motivation. Le règlement du problème en vaudrait-il les coûts humains et financiers? Pour qu’il y ait intervention, il faut qu’il y ait bénéfice pour celui qui la mène. Ce bénéfice peut être économique ou géostratégique. Il pourrait même être au niveau de l’image et de la perception. Imaginez les grands titres: « Le Québec indépendant règle définitivement la question des pirates somaliens ». Belle opération de relations publiques.

Voici donc je crois les grandes lignes pouvant mener à la solution du problème.

1. La solution « beau, bon pas cher »

Augmenter les patrouilles maritimes de la région. Les Combined Task Forced 150 et 151, patrouillent dans la région depuis quelques années déjà. Ceci assure un minimum de présence, mais bien des pirates vont continuer de passer entre les mailles du filet.

2. La solution musclée

Il s’agit d’armer les navires. Les navires commerciaux est bien entendu. Cette décision relève de chaque compagnie maritime. Ça revient donc à comparer les coûts d’assurances au coûts pour engager une petite équipe de contractuels en sécurité (des gros bras!). Quoiqu’il en soit, le problème n’est pas réglé à la source et les pirates se tourneraient vers les navires non armés, cette solution n’est pas globale mais seulement limitée à une compagnie qui prend cette décision.

3. L’invasion!

Envahir et occuper la côte somalienne. Pour éliminer la menace, il faudrait sans aucun doute priver les pirates de leurs bases arrières en Somalie (voir les 3 règles pour gagner une guerre contre-insurrectionnelle). Ça a le mérite d’être diablement efficace! Par contre, la liste des pays ayant la capacité et la volonté de mener des opérations de combat en Somalie semble bien courte, sinon vide.

4. La solution « tous azimuts »

Aider le gouvernement somalien à rétablir son autorité sur le pays et à se développer. Évidemment, ceci serait la meilleure solution, reconstruire un pays est un noble but. Par contre, la liste des « success story » de reconstruction dans les dernières années est bien mince. Nous reste-t-il des milliards pour la Somalie?

5. La solution dite: « romantico-libertarienne »

La publication de lettres de marque. Une solution qui a le mérite d’être originale! Une lettre de marque ou lettre de course est une lettre patente d’un souverain permettant à un capitaine et son équipage de rechercher, attaquer, saisir et détruire les navires ou les équipements d’une nation adverse dans les eaux territoriales internationales ou étrangères. En 1856, le Déclaration de Paris mit fin à cette pratique pour beaucoup de pays, avec la notable exception des États-Unis. À cette époque, la marine américaine étant très petite, le gouvernement voulait se garder l’option d’utiliser cette méthode dans une éventuelle guerre (comme en 1812). Le pouvoir d’émettre des lettres de marque est même enchâssé dans la constitution américaine. À noter, ce pouvoir est détenu par le Congrès américain, non par le Président. Eh oui, il s’agiterait d’un retour au temps romantique des corsaires! Comme une intervention par des citoyens privés se ferait en eaux internationales, nous nageons (!) ici dans un joli flou juridique.

Références

*You are being lied to about pirates, The Independant.
*The two piracies in Somalia: why the world ignores the other? de Mohamed Abshir Waldo.

Le sophisme de la réallocation de ressources

Le sophisme de la réallocation de ressources consiste à nier un problème en proposant d’allouer les ressources qui sont liées à sa résolution à une autre problématique.

Exemple: Si on éliminait l’armée, on pourrait investir les milliards économisés dans le domaine de la santé.

La solution paraît noble, en effet, comment peut-on être contre un investissement supplémentaire en santé? Cependant, les problèmes abordés par l’armée (protection du territoire, mobilisation de personnel entraîné en un minimum de temps, participation à des missions armées, etc.) ne sont en rien réglés par la réallocation des ressources ainsi économisées.

Plus la réallocation des ressources se fera pour une cause noble, plus l’abandon d’un secteur en sera fortifié. C’est d’ailleurs pourquoi le domaine de la santé est le domaine de prédilection pour la réallocation de ressources. Il sera toujours de bon ton de dire « c’est de l’argent que l’on aurait pu investir dans la santé! ».

Le bec et les ongles de Josée Verner

Il y a des expressions qui apparaissent dans les médias et qui disparaissent par la suite. Des modes de vocabulaire si l’on veut.

Ces expressions sont soient l’effet d’un événement important, pensons à nos armes de destructions massives, ou encore popularisées par un personnage.

On se souviendra bien sûr de l’arrivé du mot prorogation au mois de décembre dernier.

Ces temps-ci, dans le cadre du scandale de la fête, ou commémoration, de la défaite des plaines d’Abraham, il est impossible de lire la position de Josée Verner sans qu’il soit ensuite question du fait qu’elle a défendu le projet «bec et ongles».

J’ignore de qui vient la première citation, mais chapeau, elle a fait des petits.

Trois règles pour gagner une guerre contre-insurrectionnelle

Avec le 100ème mort Canadien en Afghanistan, on se remet, dans les médias, à discuter de l’engagement occidental dans ce pays. Beaucoup d’experts donnent leur opinion à RDI ou dans les journaux, sur la meilleure manière de prévaloir en Afghanistan. Évidemment, on y entend beaucoup d’inepties. Commenter la guerre en Afghanistan s’apparente beaucoup à commenter la météo, le déneigement a Montréal ou la politique provinciale: tout le monde a une opinion mais il y a peu d’experts. Ceci favorise l’apparition de ce que j’appelle «les Richard Martineau de la stratégie militaire». Beaucoup de vent, peu de substance et surtout, peu de contexte historique au-delà des clichés.

L’histoire a beaucoup à nous apprendre sur les guerres contre-insurrectionnelles. Les commentateurs militaires amateurs n’hésitent jamais à nous dire que le conflit en Afghanistan n’est pas gagnable car «jamais une puissance occidentale n’a triomphé devant une insurrection nationale». On s’empresse alors de nous citer les exemples classiques: les Américains au Vietnam, les Russes et les Britanniques en Afghanistan, Napoléon en Espagne (où le terme guérilla est né) les Britanniques aux États-Unis (1776), et j’en passe.

Il est pertinent de se pencher sur les exemples de guerres contre-insurrectionnelles qui se sont terminées par la victoire de la puissance étrangère ou occupante. Nous pourrions en déduire quelques conclusions qui font que l’occupant ait le dessus sur les insurgés et voir si elles sont appliquées en Afghanistan.

Sans faire la petite histoire de ces guerres, voici quelques exemples. Les Français en Algérie (militairement le Front de libération nationale était défait en 1961), les Britanniques en Afrique du Sud (guerre des Boers), les Américains aux Philippines (1898) et en Haïti (1915). Les meilleurs exemples restent encore les Britanniques en Malaisie (années 50) et à Oman (1962-1975). L’étude de ces conflits nous apprend qu’ils avaient presque tous trois choses en commun. Voyons quelles sont ces règles et voyons si elles s’appliquent en Afghanistan.

1. Isoler la zone de combat

Un mouvement insurrectionnel peut difficilement réussir sans appui extérieur. L’exemple classique est sûrement celui du Viêt-Cong et de la piste Ho Chi Minh. La géographie a clairement aidé les Américains aux Philippines (1898) et les Britanniques en Malaisie (1950), en isolant les groupes armés. Les deux mouvements insurrectionnels n’avaient, pour ainsi dire, aucun appui extérieur. Lorsque la géographie ne favorise pas l’occupant, on peut toujours tenter d’imposer des barrières articifielles. En Algérie, l’armée française a bâti la ligne Morice, qui a coupé les lignes d’approvisionnements du Front de libération nationale en Tunisie. Il est difficile de juger de l’efficacité à long terme de cette ligne de défense, la guerre s’étant terminée en 1962. La même observation s’applique en Israël ou les attentats terroristes ont dramatiquement diminués depuis la construction du « mur de sécurité ». Est-ce soutenable à long terme? Probablement que non, la solution idéale réside à isoler la zone de combat en convaincant le pays limitrophe de ne plus supporter le mouvement insurectionnel.

Est-ce le cas en Afghanistan? Non. La zone de combat n’est pas isolée. L’OTAN ne s’occupe en fait que d’une moitié de la zone de combat. L’autre moitié étant au Pakistan, dans ce que l’on appelle les zones tribales (Waziristan). Une ligne tracée arbitrairement par un britannique en 1893 (Mortimer Durand) vient diviser la zone de combat et empêche les interventions occidentales dans sa moitié est. Le coté pakistanais de la zone de combat n’est contrôlé, militairement ou politiquement, ni par les Occidentaux, ni par les Pakistanais eux-mêmes. La règle numéro 1 n’étant pas remplie, un succès militaire en Afghanistan est improbable.

2. Déployer suffisamment de forces

La guerre contre-insurrectionnelle demande un rapport de force nettement en faveur de la force étrangère. Les Français en Algérie y étaient souvent à 11 contre 1 et les Britanniques en Malaisie bénéficiaient d’un avantage d’au moins 30 contre 1. Dans les opérations d’imposition de la paix, l’OTAN a eu un succès relatif en Bosnie avec 54 000 hommes et au Kosovo avec 50 000 hommes.

En Afghanistan, on compte maintenant 50 700 soldats de l’OTAN (auquel on doit ajouter 12 500 Américains ne faisant pas partis de la force internationale d’assistance et de sécurité et conduisant des missions très agressives). Est-ce suffisant? Poser la question c’est y répondre. Pour déployer, toutes proportions gardées (population et superficie), autant de troupes en Afghanistan qu’au Kosovo, il faudrait y envoyer près de 800 000 soldats. C’est clairement irréaliste. Un succès militaire en Afghanistan avec les moyens déployés présentement est donc improbable.

3. Offrir à la population une alternative pacifique au changement

Mener une révolution ou une insurrection contre un régime démocratique est très difficile, voire impossible, dixit Che Guevara. La population locale peut en effet changer de régime sans avoir recours à la violence. Les dernières élections au Népal en sont un exemple. Les Maoïstes n’ont jamais réussi à renverser le gouvernement par la force, mais ils viennent de prendre démocratiquement le pouvoir. L’histoire nous montre que la démocratie peut être le fossoyeur des insurrections.

Qu’en est-il en Afghanistan? Des institutions démocratiques sont en place, et le pays à récemment mené des élections reconnues comme ayant été démocratiques. Le processus n’est pas encore très robuste, mais il a clairement du potentiel. La question que tout le monde se pose est la suivante: comment l’Occident réagirait-il à une victoire démocratique d’un parti pro-taliban en Afghanistan? ou encore à la création démocratique d’un « califat islamiste »?

Il est intéressant de regarder le conflit présent en Afghanistan à travers ces trois règles. Il est selon moi improbable que l’Occident n’atteigne ses objectifs (à court, moyen et long terme) en Afghanistan si les trois conditions ne sont pas remplies.

Le premier film français à l’ONF

L’ONF a été créé en 1939 dans un effort de propagande du gouvernement du Canada. Il ne faut donc pas s’étonner si le premier film français de l’ONF vise le recrutement dans le premier et seul régiment francophone de l’armée canadienne à cette époque, le Royal 22e régiment.

Je vous invite à écouter ce film, Un du 22e, où on y parle de machines et où on voit ces dites machines foncer sur des arbres debouts pour les abattre.

Les 90 ans de l’Armistice à l’ONF

Demain, le 11 novembre 2008, sera le 90ème anniversaire de l’Armistice.

Pour souligner cet anniversaire, appelé jour du Souvenir au Canada, l’ONF propose d’écouter en version intégrale, seulement cette journée-là, le film de Claude Guilmain, Entre les lignes.

Voici une « Capsule documentaire relatant le parcours de deux combattants de la Grande Guerre. Enrôlé volontairement ou mobilisé par la patrie, le soldat est celui qui subit le plus durement la douleur physique et morale de la guerre dans les tranchées. Ce court film nous raconte l’histoire de deux d’entre eux

9 minutes pour commémorer le sacrifice de plus de 100 000 canadiens morts au front au cours des Première et Seconde Guerre mondiale:

Et pour ceux qui se demandent pourquoi porter un coqueliquot pour le 11 novembre, vous avez la réponse dans vos poches, sur le texte que se trouve sur le billet de banque canadien de 10 dollars.

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