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Norman et Oscar: une histoire en trois actes

Premier acte

Dans une boîte de nuit enfumée, au centre-ville de Montréal, à l'époque où le jazz se jouait à d'autres moments de l'année qu'au début du mois de juillet.
Entracte du spectacle du trio d'Oscar.
Norman s'approche pour entamer la conversation avec celui-ci.

NORMAN

Bonsoir Oscar, mon nom est Norman. Est-ce que je pourrais vous parler quelques instants?

OSCAR

NORMAN

Heu… (Un temps.) C'est que je fais des petits films, des films expérimentaux qu'on appelle, et comme j'aime bien ce que vous jouez comme musique, je me demandais si vous accepteriez de faire la bande sonore d'un de ceux-ci.

OSCAR

C'est quoi ça, un film expérimental?

NORMAN

C'est un peu dur à expliquer… Si vous voulez, vous pourriez passer demain à mon atelier et je pourrais vous montrer à quoi ça ressemble.

OSCAR

Mouais. Laissez-moi l'adresse de votre travail, je passerai si ça adonne.

Deuxième acte

Dans un édifice qui ressemble à un entrepôt sur le bord de l'autoroute 40.
Oscar est dans une pièce sombre où l'on voit la fin d'un film.
La lumière s'allume.

NORMAN

Voilà, ça vous donne un peu une idée de ce que je fais.

OSCAR

C'est ça qu'on appelle un film expérimental?

NORMAN

Oui…

OSCAR

Ha ben, y a pas de problème avec ça debord. Je vais revenir avec ma gang pis on va vous faire ça la musique de ton film.

Troisième acte

Sur le web, quelque part au bout d'un fil de données en transit.
Dans un rectangle, on voit un film expérimental de Norman avec la musique à Oscar.

La flame obéissante

Vous savez, nous, chez ptaff.ca, on sait combiner nos passions. Et c’est pourquoi je vous invite à écouter ce court métrage qui combine: Norman McLaren, la thermodynamique ainsi que conseils pour femmes au foyer.

Bon visionnement!

De l'ONF à la révolution numérique

J'ai découvert Norman McLaren grâce à Claude Jutra et Il était une chaise. Suite à cette rencontre, j'ai écrit un billet sur 3 autres de ses films sur le blogue Hors des lieux communs:
* Les voisins;
* Lignes verticales
* Lignes horizontales.

Ses films sont tellement différents les uns des autres qu'il est difficile, voire impossible, de résumer son oeuvre avec quelques films représentatifs. Je termine donc avec ce billet ma série sur Norman McLaren. Si jamais un lecteur désirait continuer son exploration, je recommande les films suivant:
* Le merle (1958);
* Blinkity Blank (1955);
* Caprices en couleurs (musique par l'Oscar Peterson trio!, 1949).

Étudions le contexte qui a permis à une oeuvre comme celle de Norman McLaren d'être créée. Quelles sont les conditions nécessaires pour l'émergence d'une telle oeuvre? Qu'en est-il aujourd'hui de ces conditions? Ce sont ces 2 questions que j'explore ici.

Le contexte de création de Norman McLaren

Pour qu'il soit possible d'obtenir une oeuvre comme celle de McLaren, il faut tout d'abord un artisan de talent, sinon de génie. Dans ce cas-ci, il s'agit bien sûr de lui-même: Norman McLaren.

Dans un deuxième temps, il faut des conditions idéales pour créer. Arrivé à l'ONF en 1941, Norman McLaren a eu accès à ces conditions après la guerre, en 1945 (cf: cinema-quebecois.net). L'effort de guerre de l'ONF étant terminé, il se consacra alors à des projets personnels, le plus souvent dénués d'objectifs utilitaires. Il expérimenta à sa guise avec les outils de création qui étaient à sa disposition à l'ONF: caméra, pellicule, projecteurs, etc. Il n'était pas obligé de faire un film de 40 minutes pour la télévision avec des temps morts pour la publicité. Il pouvait créer des courts métrages de la durée qu'il jugeait la meilleur.

Il manque un dernier ingrédient, les collaborateurs. Ceux-ci provenait d'abord de l'ONF qui recrutait des créateurs et des techniciens talentueux. Puis, la réputation de Norman McLaren grandissant, ce sont les artisans qui l'ont contacté pour collaborer avec lui. C'est ce qui s'est produit lorsque Claude Jutra le contacta en 1959 pour la coréaliser Il était une chaise.

Le contexte de création à l'ère numérique

Quelles conditions constituant le contexte de création de Norman McLaren sont-elles aujourd'hui comblées grâce à la révolution numérique?

Le premier point abordé dans le cas de Norman McLaren était le talent. Ère numérique ou pas, il y a tout à penser que de par le vaste monde, il y a une foule de gens talentueux, des gens qui pourraient créer des oeuvres ayant un certain impact sur la société. Ce n'est certainement pas une ressource qui est disparue de la surface de la Terre, il y en a encore et il y en aura toujours. C'est en fait une condition indépendante du contexte matériel.

Le talent est une chose, avoir les moyens de créer en est une autre. Norman McLaren avait le contrôle sur les instruments de création. Il a d'ailleurs énormément expérimenté avec les limites des appareils. Aujourd'hui les appareils de production sont pour la plupart électroniques: caméra, appareil photo, microphone. En fonction du projet à effectuer, le créateur devra avoir accès à un plus ou moins grand nombre d'appareils numériques. Or, nous notons que, à performance égale, le coût des appareils numériques diminue constamment. Il est ainsi plus facile pour un les créateurs d'avoir accès aux appareils qui lui sont nécessaire, ceux-ci étant beaucoup plus communs qu'avant. Souvent, il les possède lui-même ou peut y avoir accès au près d'un ami.

Il faut aussi ajouter l'informatique: ordinateurs et logiciels. L'ordinateur, l'élément physique, entre dans la même logique de coût que les équipements électroniques. Quant aux logiciels, les 4 libertés nécessaires pour être qualifié de logiciel libre garantissent le contrôle du logiciel par l'usager. Il lui sera donc possible de faire ses expérimentations comme bon lui semble et non tel quel le vendeur aura bien voulu lui permettre. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'énoncé de ces 4 libertés permet ces expérimentations: elles ont été rédigées explicitement à cette fin.

Les personnes, talentueuses ou non, ayant accès aux dispositifs nécessaires peuvent créer avec peu de contraintes de format. Elles ont bien sûr celles imposées par la limite de l'espace de stockage ainsi que celles imposées par le temps. Ceci dit, Norman McLaren avec des contraintes semblables. Donc, à moins d'avoir obtenu un financement extérieur ou d'effectuer un contrat, un individu pourra occuper sont temps libre à créer. La différence qu'il peut y avoir avec Norman McLaren, c'est que celui-ci travaillait à temps plein sur ses projets de film. Une personne occupant un emploi non relié à la création de film, la grande majorité des gens, aura probablement moins de temps à consacrer à cette création.

Il reste à aborder le dossier des collaborations. Bien sûr, les personnes faisant partie du cercle intime de nos créateurs sont susceptibles de devenir des collaborateurs. Ils connaissent le créateur, peuvent être sensibles au sujet et accepter de lui donner un coup de main. Mais, aujourd'hui, il est aussi possible d'ajouter internet comme source pour le recrutement. Que ce soit en se joignant à un groupe de créateurs, comme canal d'échange avec des individus ou encore pour avoir une vitrine présentant ses projets, internet permet souvent de trouver des collaborateurs. Ces collaborateurs auront certes une attitude et une disponibilité différentes de ceux qui sont directement payés pour aider le créateur, mais à partir du moment où quelqu'un se joint au projet, il n'est pas moins compétent ou moins motivé, au contraire.

Ce que l'on constate, c'est que la révolution numérique a fondamentalement changé les moyens nécessaires pour obtenir un contexte favorable à la création de films, particulièrement les courts métrages. Par exemple, il y a 20 ans, il aurait été impensable que j'aie pu, dans mes temps libres, créer un film avec les 1696 coups de foudre observés le 1 août 2006 à Montréal. Cette révolution permet aussi, en plus d'une diffusion sans précédent, une collaboration entre plusieurs individus ne s'étant jamais rencontrés et vivant dans des pays différents. Le court métrage Elephants Dream a été conçu de cette manière (regardez le making of du film). En plus, les créateurs de ce film ont profité du projet pour avancer le développement du logiciel à la base de leurs images: blender.

Il y a en ce moment une certaine résistance à cette transition de modèle de création. La résistance provient des milieux traditionnels de diffusion, notamment les chaînes de télévision qui sont habituées à un canevas très précis pour leurs émissions. Mais, il ne faut pas s'en faire, l'énergie créatrice humaine est trop forte pour pouvoir être longtemps contrainte par des intérêts commerciaux.

L'homme se définit et se construit par la culture, il ne saurait être question qu'une partie en soit détournée pour se mouler dans un cadre rigide. Nous pouvons dès aujourd'hui créer hors de l'ancien carcan. L'ère numérique est aux gens ordinaires ce que l'ONF a été pour Norman McLaren.

Embrassons cette réalité et explorons l'infini grandeur de la créativité!

Lignes horizontales — Lines horizontal

Vous avez aimé Lignes verticales?

En 1962, deux ans après la création de Lignes verticales, Norman McLaren se demande quel effet aurait ce film si, au lieu de lignes verticales, il utilisait des lignes horizontales. Il effectue une rotation de 90° des images, change les couleurs, utilise une autre musique et crée Lignes horizontales! Cette fois, la musique est de Pete Seeger.

Je vous avais demandé de prendre note de vos émotions lors de l'écoute de Lignes verticales. Je vous invite à les comparer avec celles que vous aurez en écoutant Lignes horizontales.

Lignes verticales | Lines vertical

Lignes verticales est un court métrage, 5 minutes 49 secondes, produit par Norman McLaren en 1960.

C'est une expérience de McLaren. Il voulait créer un film le plus minimaliste possible, à l'instar du peintre Kasimir Malevitch qui a peint la toile carré noir sur fond blanc. Il a donc utilisé la forme qui lui semblait la plus simple: la ligne verticale.

Sans contredit une oeuvre marquante pour l'époque, pour ne pas dire de l'histoire du cinéma, ce film a remporté plusieurs prix. La musique, de Maurice Blackburn, y est probablement pour beaucoup.

Quoiqu'on en pense, ce film fait parti de toute culture cinématographique qui se respecte.

Je vous offre donc, gentiment, de vivre cette expérience. Prenez note de vos émotions durant le film, cette observation va servir plus tard. Bonne écoute!

Les voisins de Norman McLaren

En lisant la biographie de Norman McLaren, je vise que son film le plus populaire, réalisé en 1952, se nomme Voisins. Quelle n'est pas ma surprise lorsque je le trouve sur YouTube! (je l'ai aussi trouvé par la suite sur le site de l'ONF).

Vous l'avez peut-être déjà vu dans votre jeunesse, c'est le genre de court métrage dont quelques scènes me semblent particulièrement familières.

De ce film, McLaren dira:

I was inspired to make Neighbours by a stay of almost a year in the People’s Republic of China. Although I only saw the beginnings of Mao’s revolution, my faith in human nature was reinvigorated by it. Then I came back to Quebec and the Korean War began. (…) I decided to make a really strong film about anti-militarism and against war.

Fermez les lumières. Action!

Il était une chaise, les détails techniques

Trois pages d'explications de Norman McLaren (pdf) à propos de la production d'Il était une chaise.

Un petit avant goût, le schéma, sur du papier millimétrique svp, du déroulement du film donné à Ravi Shankar pour créer la musique. 1 carré = 1 seconde.

Part of visual outline of A Chairy Tale

Il était une chaise

Découvrez ce fantastique court métrage de Claude Jutra et de Norman McLaren: Il était une chaise ou encore, dans son titre anglais, A chairy tale.

La musique est de Ravi Shankar, découvert en 1957 par Jutra et McLaren, quelques années avant le début de sa collaboration avec George Harrison.

À voir absolument!

Il était une chaise par Claude Jutra et par Norman McLaren, Office national du film du Canada

Voir aussi le billet Il était une chaise, les détails techniques.