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Des Forces armées canadiennes à l'armée du Québec

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

L'accession d'un État à l'indépendance pose plusieurs questions capitales, notamment celle portant sur l'armée du pays qui serait créé. Tout projet sérieux d'accession du Québec à l'indépendance doit donc aborder cette question et fournir des réponses étoffées au peuple québécois. Afin d'inviter les Québécois à débattre de cet important sujet, j'ai esquissé sous forme de questions-réponses un portrait d'une armée possible pour le Québec.

Divisé en trois parties, les réponses aux questions donnent un point de départ pour permettre les discussions sur cet important sujet. La première partie exposait la mission et les alliances de l'armée du Québec et la deuxième partie la composition de l'armée du Québec. Voici la troisième partie où j'expose ce que serait la transition des Forces armées du Canada à l'armée du Québec.

Combien coûterait l'armée du Québec?

Le coût d'une armée du Québec serait étroitement relié aux missions qu'elle aurait à remplir. Il est possible de faire une estimation en comparant le budget des armées ayant des missions et des troupes semblables à celles indiquées dans la deuxième partie des questions-réponses.

En se basant sur l'armée néo-zélandaise, les Royal Marines ou la Légion étrangère, on peut estimer le coût annuel entre 2 et 3 milliards de dollars canadiens. Cette somme est inférieure à la proportion du budget militaire canadien correspondant au poids démographique du Québec (4,3 milliards selon le budget 2014-2015). Une armée du Québec représenterait donc une économie par rapport à ce que paient les contribuables québécois pour les Forces armées du Canada.

Cependant, il faut souligner que la création d'un ministère de la Défense serait coûteux. Cela permettrait par contre de créer des structures légères départies du poids administratif que le Canada traîne depuis la fin de la guerre froide.

Les Québécois économiseraient en n'investissant pas dans les domaines suivants:

Quel matériel pourrait-on récupérer des Forces canadiennes?

Il serait fort probablement possible de récupérer tout le matériel des unités de l'armée de terre sur le territoire québécois, incluant tout ce qui est à Valcartier (chars, artillerie, véhicules, etc.).

La négociation portant sur les avions CF-18 pourrait se faire à l'avantage du Québec, compte tenu qu'il possède la moitié de la flotte et que celle-ci pourrait avoir une grande valeur monétaire. Cependant, puisque les CF-18 ne seraient pas essentiels pour accomplir les missions de l'armée du Québec, il serait possible de les échanger contre d'autre matériel, comme par exemple celui du 25e Dépôt d'approvisionnement situé à Longue-Pointe. Il serait par la suite possible de faire l'acquisition d'avions de transport, d'attaque au sol et de surveillance du territoire.

Le Québec n'aurait aucun matériel provenant de la Marine royale canadienne.

Le Québec n'a aucune ressources en renseignement ou en espionnage électronique. Ce domaine devrait donc être développé entièrement, ce qui pourrait s'avérer coûteux.

Le Centre de recherche scientifique militaire serait situé à Valcartier, puisque les infrastructures et les équipements de recherche de l'armée canadienne sont déjà à cet endroit. Ce centre pourrait devenir un centre de recherche gouvernemental qui pourrait être utile aux autres ministères du Québec, en plus de la Défense.

Que proposer aux soldats québécois dans les Forces canadiennes?

Il y a fort à parier que, pour des raisons de langue et de culture, un grand nombre de Québécois présents dans les Forces armées du Canada voudrait rejoindre l'armée du Québec lors de la création du pays.

Il faudrait que le transfert des soldats d'une armée à l'autre se fasse sans difficulté. Pour se faire, il faudrait au minimum offrir aux soldats québécois présents dans l'armée canadienne:

  • La reconnaissance de leur rang;
  • La reconnaissance des années de services au Canada;
  • Un salaire et des avantages sociaux similaires.

Comment reconnaître les décorations et les grades militaires acquis dans les Forces canadiennes?

Une loi devrait être votée pour reconnaître les décorations et les grades militaires acquis dans les Forces canadiennes.

Actuellement, les militaires canadiens peuvent d'ailleurs porter certaines décorations étrangères (gagnées avec les Américains par exemple). C'est chose commune entre les armées.

Où seraient situées les bases militaires?

Les bases militaires de l'armée canadienne déjà présentes sur le territoire québécois seraient transformées en bases de l'armée du Québec. Il s'agirait de:

  • Saint-Jean-sur-Richelieu: formation
  • Valcartier: brigade d'élite
  • Longue-Pointe: quartier général national et centre logistique
  • Bagotville: composante aérienne

Les ports pour la garde côtière légèrement armée seraient situés à Québec pour la surveillance du fleuve Saint-Laurent, et à Sept-Îles pour la surveillance du golfe.

Où se trouverait l'école militaire?

Puisque Saint-Jean-sur-Richelieu possède déjà les infrastructures d'entraînement, cette ville deviendrait le centre nerveux de la formation militaire, tant pour les cours de base que pour les cours spécialisés.

Les professeurs sont d'ailleurs déjà sur place pour l'école des officiers de l'armée canadienne. L'école des recrues des Forces canadiennes se trouve elle aussi à Saint-Jean-sur-Richelieu et pourrait être convertie pour les sous-officiers du Québec.

Quels seraient les uniformes de l'armée du Québec?

L'armée du Québec devrait rapidement se doter d'un uniforme distinct de l'armée canadienne. Les composantes terrestres, aériennes et maritimes auraient le même uniforme, mais auraient des signes d'identification spécifiques aux différents métiers (ailes de pilotes, parachutistes, etc.).

Quels seraient les noms des grades militaires de l'armée du Québec?

L'armée du Québec aurait un système de grade militaire distinct de l'armée du Canada. Les noms des grades militaires serait le même que les armées occidentales (capitaine, sergent, général, etc.) mais des identifications visuelles distinctes seraient créées afin de distinguer les militaires québécois.

Un comité de vétérans et d'historiens serait formé afin de formuler des recommandations à cet effet.

Que faire pour le nom et les types de médailles?

Il serait important de créer un comité formé d'historiens, d'anciens militaires et d'universitaires qui créerait un système de décorations et honneurs propres au Québec. Ce système devrait à la fois reconnaître et témoigner de l'histoire et des traditions du Québec, tout en marquant sa singularité.

Il ne faudrait pas pour autant rejeter tout ce qui rappelle l'héritage de la Grande-Bretagne ou du Commonwealth, car ce passé fait partie intégrante de l'histoire du Québec.

À quoi ressemblerait l'armée du Québec indépendant?

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

L'accession d'un État à l'indépendance pose plusieurs questions capitales, notamment celle portant sur l'armée du pays qui serait créé. Tout projet sérieux d'accession du Québec à l'indépendance doit donc aborder cette question et fournir des réponses étoffées au peuple québécois. Afin d'inviter les Québécois à débattre de cet important sujet, j'ai esquissé sous forme de questions-réponses un portrait d'une armée possible pour le Québec.

Divisées en trois parties, les réponses aux questions donnent un point de départ pour permettre les discussions sur cet important sujet. Divisé en trois parties, les réponses aux questions donnent un point de départ pour permettre les discussions sur cet important sujet. La première partie exposait la mission et les alliances de l'armée du Québec. Voici la deuxième partie où j'expose ce que serait la composition de l'armée du Québec. La troisième partie couvre la transition des Forces armées canadiennes à l'armée du Québec.

À quoi ressemblerait l'armée du Québec?

L'armée du Québec serait composée d'une force mobile légèrement armée, capable de se déplacer par voie aérienne et de se déployer dans une zone d'opération, n'importe où sur la planète. Elle aurait des soldats bien entraînés, mais peu nombreux, à l'image des forces spéciales. Avec au plus 9 000 soldats, cela permettrait de maintenir environ 1 500 soldats en opération dans un pays étranger. Il serait possible de les ravitailler à l'aide d'avions de transport et de les appuyer par des moyens héliportés et des avions légers comme des Super Tocano ou des AirLand Scorpion. La mobilité serait privilégiée à la protection (véhicule légers et rapides au lieu de chars lourds), car elle combine efficacité et économie de coût.

Cette force de soldats professionnels serait appuyée par une milice nationale ayant une présence dans les communautés (Régiment du Saguenay, Régiment de la Chaudière, etc.) et connaissant bien sa région. Cette milice serait composée d'un effectif entre 10 000 et 15 000 réservistes qui seraient équipés pour intervenir en cas de catastrophe naturelle. Ce type d'équipement serait moins dispendieux qu'un équipement militaire, car il n'aurait pas à répondre aux normes militaires (blindage, communications encryptées, etc.). Seules quelques centaines de réservistes seraient en service au même moment, avec un pic de quelques milliers pendant l'été, lors d'entraînements estivaux. Ces «garde nationaux» auraient également comme mission d'appuyer le noyau de professionnels dans le scénario improbable où le Québec devrait défendre sa souveraineté.

En résumé:
• De 6 000 à 9 000 soldats d'élite, dont un groupe de 1000 soldats toujours prêts à être déployés n'importe où dans le monde;
• Milice nationale impliquée dans sa communauté;
• Force de surveillance garantissant l'intégrité du territoire.

À l'armée de quels pays celle du Québec pourrait-elle être comparée?

En termes de soldats et de budget, l'armée du Québec serait comparable à celle de :
• La Nouvelle-Zélande: une force régulière d'environ 7 000 soldats (2,7 milliards $CA de budget).
• Les Royal Marines britanniques: une force d'élite de 8 500 soldats qui est une branche semi-indépendante de l'armée britannique. Ils sont reconnus pour avoir les soldats les mieux entraînés de la planète.
• La Légion étrangère française: 7 700 soldats d'élite (3 milliards d'euros, ou 4,3 milliards $CA, de budget).

De quel type d'équipement l'armée du Québec disposerait-elle?

Au moment de la création de l'armée du Québec, cette question ne serait pas primordiale.

Il faudrait plutôt mettre en place un processus d'acquisition d'équipement flexible et sortir des programmes d'armement qui s'étendent sur des dizaines d'années. Nos adversaires potentiels seraient probablement des organisations non-étatiques qui sont très flexibles et qui peuvent s'adapter rapidement aux changements technologiques. L'armée du Québec devrait avoir un processus d'acquisition pouvant s'adapter rapidement à cette évolution.

La question de la surveillance du territoire serait intimement liée à une force aérienne. Drones et avions de reconnaissance seraient au cœur de cette surveillance. Il n'y aurait pas d'avion de chasse et d'interception, ce qui permettrait d'économiser des sommes importantes.

La mission la plus importante de l'aviation serait le transport de troupes vers l'étranger. Une capacité de transport est aussi un élément qui pourrait donner de la visibilité au Québec lors de missions internationales. Cette capacité pourrait être utilisée pour déplacer des vivres et autre matériel nécessaire lors d'un soutien d'aide humanitaire. Les avions de transport sont rares et l'impact politique d'un avion québécois livrant des sacs de vivres à une population en difficultés, par exemple, serait marquant.

La marine prendrait la forme d'une garde côtière légèrement armée pour faire face à des éléments criminels, mais insuffisamment armée pour engager le combat contre des navires de guerre modernes. Encore une fois, la technologie de drones maritimes, équipés de radars, caméras infra-rouge et autres systèmes de surveillance, permettrait de surveiller le golfe du Saint-Laurent, évitant ainsi les coûts importants d'une marine militaire traditionnelle. La composante maritime pourrait transporter des troupes vers un théâtre d'opération extérieur et assurer la patrouille et la souveraineté du golfe du Saint-Laurent, notamment en le maintenant libre de glaces en hiver.

Il serait logique de mettre les services de recherche et sauvetage sous le commandement d'une force militaire, par souci d'économies. Les services de recherche et sauvetage pourraient alors bénéficier des ressources de surveillance militaire, à des fins de sauvetage.

L'armée du Québec auraient-elles des «Casques blancs»?

Ce n'est pas une question qui relève de l'armée du Québec.

Les «Casques blancs» sont souvent définis comme des troupes entraînées et équipées, mais non armées, pouvant se déployer à l'extérieur des frontières d'un pays afin de venir en aide à la population d'un autre pays. Or, une armée est par définition une force armée.

La proposition de doter le Québec de Casques blancs pour construire des écoles est porteuse, mais cette force ne devrait pas être sous la responsabilité du ministère de la Défense car elle n'est pas une force militaire. Cette force devrait être sous la responsabilité du département des affaires étrangères ou encore d'un département de l'aide extérieure du Québec, à l'instar de l'Agence canadienne de développement international (ACDI) dans le cas du Canada.

Selon les circonstances, les Casques blancs pourraient ainsi être déployés de manière indépendante, accompagnés dans leur transport par des militaires, ou encore protégés par ces derniers lorsque déployés dans un environnement hostile.

Qui serait le commandant en chef de l'armée du Québec?

Le commandant en chef de l'armée du Québec serait un civil, le chef d'État. Il serait le supérieur du chef de l'état-major de l'armée (un général ou un lieutenant-général, selon la structure militaire qui serait choisie).

Le titre précis du chef du gouvernement est lié à la structure politique de chaque pays, il en serait de même pour le Québec. Par exemple, au Canada, c'est la reine, représentée par le gouverneur général, qui est commandant en chef de l'armée, tandis qu'aux États-Unis et en France, c'est le président qui assume cette fonction.

L'armée du Québec indépendant: mission et alliances

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

L'accession d'un État à l'indépendance pose plusieurs questions capitales, notamment celle portant sur l'armée du pays qui serait créé. Tout projet sérieux d'accession du Québec à l'indépendance doit donc aborder cette question et fournir des réponses étoffées au peuple québécois. Afin d'inviter les Québécois à débattre de cet important sujet, j'ai esquissé sous forme de questions-réponses un portrait d'une armée possible pour le Québec.

Je me suis inspiré en partie des études déposées à la Commission d'étude des questions afférentes à l'accession du Québec à la souveraineté, initiée par le gouvernement de Robert Bourassa en 1991. Plus spécifiquement, l'étude rédigée par Charles-Philippe David La défense d'un Québec souverain : ses pièges et ses possibilités, où l'auteur exposait certains scénarios possibles pour l'armée du Québec. Pour la rédaction de mes réponses, j'ai opté pour une voie hybride entre les différents scénarios identifiés par David.

Mon approche prend par ailleurs comme prémisse que les missions de maintien de la paix de l'ONU ont gagné en complexité au cours des dernières décennies et nécessitent aujourd'hui des ressources différentes que lors de la guerre froide. Afin d'identifier un objectif pérenne pour déterminer la composition des forces armées du Québec, j'ai substitué «mission de maintien de la paix» par «missions contribuant à la paix et à la stabilité mondiale, et approuvées par le peuple du Québec». La mission ultime de la force armée du Québec serait ainsi reliée à la volonté du peuple qui sous-tend cette force armée, et non à une conjecture particulière de l'histoire.

Afin de ne pas alourdir le texte, les termes employés pour désigner des personnes sont pris au sens générique; ils ont à la fois valeur d'un féminin et d'un masculin. Ainsi, le mot « soldat » désigne autant une femme qu'un homme soldat.

Divisées en trois parties, les réponses aux questions donnent un point de départ pour permettre les discussions sur cet important sujet. Voici la première partie, où j'expose quelles seraient la mission et les alliances de l'armée du Québec. La deuxième partie porte sur la composition de l'armée du Québec la troisième sur transition des Forces armées canadiennes à l'armée du Québec.

Pourquoi une armée au Québec ?

Une force armée de l'État du Québec aurait cinq rôles:

  • Appuyer les autorités civiles en cas de crise, par exemple en cas de catastrophe naturelle (ex.: déluge au Saguenay, tempête de verglas de 1998, etc.);
  • Offrir un soutien opérationnel et logistique au gouvernement lors d'un événement important au pays (ex.: Jeux olympiques, conférences importantes de type G8, etc.);
  • Mener des opérations quotidiennes sur le territoire québécois (y compris dans le nord) et sur le continent nord-américain en collaboration avec nos alliés canadiens et américains afin d'assurer la surveillance et la souveraineté du territoire;
  • Mener des opérations extérieures en support à la communauté internationale;
  • Répondre à une attaque violente majeure d'un groupe non-étatique.

L'armée du Québec participerait-elle à des missions à l'extérieur de son territoire ?

Oui. Le succès du Québec sur la scène internationale reposerait en grande partie sur son intégration dans un ensemble mondial, avec le droit international comme base pour régler les conflits politiques ou commerciaux.

Grâce à la primauté de ce droit, le Québec pourrait exporter ses richesses et importer les matières premières essentielles à son développement. Il serait donc dans l'intérêt du Québec de participer au maintien de cet espace mondial et même à son élargissement. C'est pourquoi le Québec devrait considérer avec attention les diverses options de participation à des missions internationales visant le maintien de la stabilité mondiale. Ces missions pourraient prendre plusieurs formes, allant de l'implication diplomatique au soutien humanitaire jusqu'aux opérations de combat. Ces missions seraient, généralement, entreprises avec la participation et l'appui de nos partenaires internationaux les plus importants (Canada, États-Unis, Europe).

De plus, la présence militaire du Québec dans des missions extérieures prouverait le sérieux du Québec sur la scène internationale. Ce serait un moyen de se distinguer des autres pays avec des populations comparables dont l'implication sur la scène mondiale n'est pas significative. Le Québec pourrait ainsi avoir un rôle international comparable à celui de la Nouvelle-Zélande (4 millions d'habitants) ou de la Suède (9 millions), qui contribuent beaucoup plus à la sécurité mondiale que des pays aux populations comparables, comme la Grèce (10,8 millions) ou l'Autriche (8,5 millions).

L'armée du Québec participerait-elle uniquement aux missions de maintien de la paix de l'ONU ?

Non. Les missions de maintien de la paix sont habituellement définies comme les missions militaires approuvées par le Conseil de sécurité des Nations unies. Si l'armée du Québec participait seulement aux missions de paix, le pays du Québec soumettrait sa volonté au Conseil de sécurité, donnant un droit de veto à chacun des cinq membres permanents du Conseil de sécurité.

Il n'est pas souhaitable qu'un de ces cinq pays, comme la Chine ou la Russie, puissent ultimement décider où et quand pourrait intervenir l'armée du Québec.

C'est pourquoi l'armée du Québec ne participerait pas seulement aux missions de maintien de la paix, mais bien à celles qui seraient identifiées par son gouvernement comme étant dans l'intérêt national du Québec.

L'armée du Québec ferait-elle partie du NORAD ?

Oui, le Québec devrait demander son admission au NORAD.

Le NORAD (Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord) est un partenariat entre le Canada et les États-Unis qui permet d'assurer la surveillance de l'espace aérien nord-américain. En raison de la situation géographique du Québec, tout laisse croire que le Canada et les États-Unis ne voudront pas d'une brèche dans la défense de leur territoire et préféreront dès lors inclure le Québec.

Cette alliance s'étendrait logiquement à la surveillance maritime. Le Québec assurerait la surveillance d'une partie du golfe du Saint-Laurent ainsi que d'une bonne partie de la voie maritime du Saint-Laurent, voie stratégique donnant accès au cœur du continent américain.

Le Québec devrait chercher à maintenir des liens militaires étroits avec ses deux voisins dans ces domaines. Ceci s'inscrirait dans une logique de participation à la défense du continent nord-américain.

L'armée du Québec ferait-elle partie de l'OTAN ?

Le Québec ne devrait pas intégrer l'OTAN, mais plutôt chercher à obtenir le statut de partenaire.

L'OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique nord) est une association de pays dont le but premier est d'assurer la défense des pays membres contre les menaces extérieures. Or, comme le Québec ne fait présentement face à aucune menace militaire conventionnelle, on peut questionner la pertinence qu'il aurait à intégrer l'OTAN, d'autant plus qu'une telle participation amène une série de contraintes, comme la défense mutuelle et automatique. Si la Russie, par exemple, attaquait l'Estonie, le Québec entrerait automatiquement en guerre contre la Russie.

Il existe une série d'autres statuts pour les pays non-membres de l'OTAN mais désirant collaborer à certaines missions. C'est par exemple à titre de partenaire non-membre que l'Australie a participé à la mission de l'OTAN en Afghanistan, ou que la Nouvelle-Zélande a participé à celle en Irak.

De plus, le statut de partenaire permettrait à l'armée du Québec de collaborer avec les forces armées des pays membres, développant notre armée en suivant les normes techniques de l'OTAN (armement, systèmes de télécommunications, encryptage, etc.). Ceci faciliterait l'intégration de l'armée du Québec à une éventuelle force internationale, en tirant profit du système de logistique et d'approvisionnement de l'OTAN.

L'armée du Québec ferait-elle partie de Five Eyes ?

Il est improbable que le Québec puisse en faire partie, même s'il le souhaitait. Five Eyes désigne l'alliance des services de renseignement de l'Australie, du Canada, de la Nouvelle-Zélande, du Royaume-Uni et des États-Unis (elle a entre autres été popularisée par les révélations d'Edward Snowden). Il s'agit essentiellement d'une entente qui permet l'échange de données de renseignement entre ces pays.

Il est improbable que le Québec soit invité à joindre ce groupe, car sa formation résulte de 60 ans d'opérations communes entre les pays membres, et elle est basée sur des liens de confiance étroits dans les domaines militaires et de renseignement. Chaque participant fait suffisamment confiance aux autres membres pour partager ses secrets les plus importants. Le Québec indépendant ne bénéficiant pas de ce lien de confiance avec les pays du Five Eyes, il aurait à le développer au cours des décennies.

Dans un premier temps, le Québec devrait tenter de créer des ententes bilatérales avec certains pays (États-Unis, Canada, Royaume-Uni, France) afin de partager des renseignements sur des sujets et opérations spécifiques.

L'indépendance n'est pas un match de baseball

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

Après les deux défaites référendaires de 1980 et de 1995 sur l'avenir du Québec, la croyance qu'un troisième échec serait fatal au mouvement d'indépendance s'est imposée. Un peu comme si l'indépendance était un match de baseball, laissant seulement trois chances au frappeur pour cogner la balle du pays en lieu sûr. Depuis, cette impossibilité de perdre a tellement été dite et redite, tant par les analystes politiques que par les chefs du Parti québécois, que cette croyance s'est transformée en mythe, transmutant la peur de l'échec référendaire en pierre d'assise de la pensée indépendantiste.

En psychologie, cette peur persistante de l'échec a un nom, il s'agit de « l'atychiphobie ». L'une des principales conséquences de l'atychiphobie est la procrastination. La « gouvernance souverainiste », les « référendums d'initiatives populaires», « le référendum dans un second mandat » et la pléthore de stratégies mises de l'avant par le Parti québécois depuis 1995, y compris dans la présente course à la chefferie, entrent dans cette catégorie. Plutôt que de subir un troisième échec, la créativité indépendantiste est mise à profit pour remettre l'ultime consultation à plus tard, pour procrastiner.

Une deuxième conséquence de la peur de l'échec est qu'il mène à l'autodénigrement. À mettre dans cette catégorie les Nicolas Marceau et François Legault de ce monde, qui annoncent que le Québec est trop pauvre pour être indépendant. Ils présentent l'amélioration d'indices économiques, tels que la dette ou le taux de chômage, comme préalable à l'indépendance. Cette technique rend l'échec certain en diminuant les capacités du peuple québécois à ses propres yeux. Et comme l'échec est certain, que faire sinon l'éviter ou la repousser?

Les indépendantistes québécois doivent lutter contre cette peur de l'échec s'ils désirent un jour obtenir leur propre État. Un premier pas dans cette direction serait de réaliser que des nations beaucoup plus petites, avec moins de moyens, et dans des conditions autrement plus adverses que le Québec, ont vu le jour dans les dernières décennies.

Par exemple l'Estonie, pays 38 fois plus petit que le Québec, dont la langue officielle n'est parlée que par un million d'habitants sur la planète. Les Estoniens ont réussi à obtenir leur indépendance non pas contre une petite fédération comme le Canada, mais bien contre l'Union soviétique! Un autre exemple, la Slovénie, 80 fois plus petite que le Québec, et avec seulement deux millions de locuteurs du slovène dans le monde, a réussi à obtenir l'indépendance de la Yougoslavie. Dans ces deux cas, l'indépendance n'est pas survenue par le fruit du hasard ou par l'arrivée fortuite de « conditions gagnantes ». Ces peuples ont participé et préparé leur indépendance, leurs échecs précédents faisant partie de leur histoire.

Les indépendantistes devraient prendre conscience que cette peur de l'échec est injustifiée. Une défaite référendaire n'est pas la fin du peuple québécois, pas plus que l'invasion soviétique n'a pu éliminer le peuple estonien. Les échecs sont des occasions d'apprendre de ses erreurs afin de préparer la victoire finale. Il faut que cesse la procrastination.