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La Révolution tranquille voudrait se réveiller

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

Cet article a originalement été écrit et publié en catalan par le député indépendantiste catalan Ferran Civit sur le site web VilaWeb. Ferran était de passage au Québec dans le cadre de la première mondiale du documentaire Le peuple interdit. Traduction de Marc Pomerleau.

«Le Québec se trouve dans une situation semblable à celle du Pays basque, où le mirage de l'entente économique donne l'impression que l'unique aspiration politique est celle de gouverner une agence administrative.»

C'est au Festival du nouveau cinéma de Montréal qu'a eu lieu la première mondiale du documentaire Le peuple interdit, réalisé par le cinéaste québécois Alexandre Chartrand, qui traite d'un peuple à qui on interdit de faire un référendum, le peuple catalan. Tout le gratin de l'indépendantisme québécois était présent: tant les représentants des principaux partis politiques souverainistes (Parti québécois, Québec solidaire et Option nationale) que des Organisations unies pour l'indépendance (OUI Québec). La communauté catalane, en pleine expansion, était également de la partie: on pouvait y croiser des membres du Cercle culturel catalan du Québec, du chapitre québécois de l'Assemblée nationale catalane (ANC Québec) et des Castellers de Montréal, ces constructeurs de tours humaines à la catalane. L'enthousiasme était palpable à la fin de la projection: applaudissements et ovation de plusieurs minutes pour le documentariste.

Mais cet enthousiasme était-il partagé de part et d'autre? Le spectateur catalan a-t-il vu le film comme le spectateur québécois? Non. Le Catalan l'a regardé avec nostalgie, soit celle du pays, soit celle des mobilisations, et avec l'envie de rentrer dans ce pays pratiquement converti en République catalane. Le spectateur québécois, lui, est resté bouche bée après avoir appris que les Catalans ne peuvent pas voter sur l'avenir de leur pays et avoir constaté l'ampleur des mobilisations faites en Catalogne et ce, même si le documentaire ne présente que la gigantesque V de 2014 et la Via Lliure [Voie libre] de 2015.

Les conversations qui ont eu lieu après le visionnement du documentaire et surtout celles tenues au cours de la semaine ont fait ressortir que le mouvement québécois est pris dans un enlisement stratégique. Après les pas de géant réalisés à l'époque des référendums de 1980 et 1995, le Québec recommence à se mobiliser pour l'indépendance, à débattre et à élaborer des scénarios.

Malgré la loi qui 101 qui garantit la prédominance du français au Québec et l'acceptation de la plurinationalité sur le territoire canadien - ce que beaucoup aimeraient voir au sein de l'État espagnol -, le Québec aimerait se réveiller face au mirage du fédéralisme canadien. Il se trouve dans une situation semblable à celle du Pays basque, où le mirage de l'entente économique donne l'impression que l'unique aspiration politique est celle de gouverner une agence administrative. Toutefois, avec un peu de recul, il semble que la Catalogne n'aurait pas tant progressé vers l'indépendance si elle avait obtenu le niveau de respect auquel ont droit les Québécois et les ressources propres dont jouissent les Basques. L'indépendantisme serait-il si fort si la langue catalane était considérée égale à l'espagnol par l'administration centrale, si la Catalogne n'était pas fiscalement spoliée et si l'État espagnol investissait dans les infrastructures catalanes? Il semble que les fédéralistes canadiens ont compris cet aspect, du moins en partie. En Espagne, comme le fédéralisme est inexistant, personne ne l'a compris.

La sensation de confort rend amorphe quand il est question de changement. Mais la volonté y est. Les débats au sein du Parti québécois n'ont pas cessés avec l'élection récente de Jean-François Lisée comme chef. On parle de comment et quand faire un troisième référendum, mais on ne voit pas arriver les conditions gagnantes pour mettre le processus en marche. Sans consensus tant à l'interne qu'à l'externe, l'unique option semble être sur le long terme. Pour cette raison, il y a quelques années est né un parti plus indépendantiste et plus à gauche, Option nationale, dont le chef est Sol Zanetti et qui pour le moment ne compte aucun député.

On retrouve également Québec solidaire, encore plus à gauche, mais davantage timide sur la question de l'indépendance. En vertu du système en vigueur, ce parti a obtenu trois sièges à l'Assemblée nationale (oui oui, nationale!) du Québec. Il est parfois question de créer une coalition plus progressiste et indépendantiste qui allierait ces deux formations politiques minoritaires.

Pour ce qui est de la société civile, un ensemble d'organisations indépendantistes se regroupe au sein de Oui Québec. Ce regroupement ressemble davantage à la Plateforme pour le droit de décider (PDD) qu'à l'Assemblée nationale catalane (ANC), mais avec l'option indépendantiste en plus. Même si les conditions gagnantes ne sont pas réunies, les organisations québécoises sont conscientes qu'elles doivent travailler de concert avec les partis politiques afin de préparer le terrain.

Bien qu'en surface les eaux semblent stagnantes, des gens veulent que les choses commencent à bouger. Des personnalités de la société civile de divers horizons (écologie, politique, mouvements étudiants, féminisme, culture, etc.) croient qu'il est nécessaire de parler du Québec de l'avenir en énonçant le célèbre « Faut qu'on se parle ». Pour l'heure, des séances n'ont eu lieu qu'à Québec et Montréal, mais l'objectif est de se mobiliser sur l'ensemble du territoire. L'idée est d'enclencher un mouvement national du bas vers le haut à l'aide des nouvelles technologies dont l'objectif est la mise en œuvre d'un processus émancipateur et politiquement renouvelé.

Il semble parfois que la Révolution tranquille voudrait se réveiller, comme dans le cas des grandes mobilisations étudiantes d'il y a quelques années. Et peut-être le verrons-nous dans la foulée du projet de construction d'un oléoduc qui traverse le Québec. Lorsque d'autres régions canadiennes ont refusé le passage du pétrole des sables bitumineux de l'Alberta par le Pacifique, le gouvernement fédéral a décidé de passer par l'est. Environ 90 % de la partie à construire traverse le Québec, principalement la région où il y a la plus importante concentration démographique, c'est-à-dire la vallée du Saint-Laurent. L'oléoduc a été vu comme une atteinte à la souveraineté du Québec et comme un attentat contre l'environnement. Qui sait, l'opposition qui en découle pourrait faire passer le débat d'une transition énergétique à une transition nationale vers l'indépendance, le tout dépendant de l'attitude du gouvernement québécois et de celle du gouvernement fédéral.

Le bouillonnement reprend au Québec, mais on ne sait pas encore s'il se poursuivra et où il mènera. La Catalogne, quant à elle, est en pleine ébullition et c'est ce qu'Alexandre Chartrand a filmé en 2014 et 2015. Et si les Catalans veulent savoir comment ils sont perçus depuis le Québec, ils ont pu se rendre en salle et voir Le peuple interdit à Barcelone le 24 novembre et à Perpignan le 26 novembre. Pour revenir sur ce qui a été accompli, il n'y a rien de mieux que l'œil averti d'un étranger qui nous offre son miroir. Merci, Alex!

1738 études sur l'indépendance du Québec

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

Je me suis récemment intéressé à la question de la création de l'armée d'un Québec indépendant et, lors de mes recherches pour rédiger la série de trois articles sur ce sujet, j'ai découvert un corpus important d'études sur l'indépendance publiées dans les années 1990 dans le cadre de la Commission d'étude des questions afférentes à l'accession du Québec à la souveraineté.

Malgré mes efforts et ceux de mon frère bibliothécaire, il m'a été impossible de trouver ces études en ligne. J'ai donc été contraint de passer quelques après-midis à la BAnQ pour photocopier ces études (à 15¢ la page).

Outre la richesse du contenu de ces documents, j'ai été marqué par le caractère concret des témoignages rapportés dans le Journal des débats de la Commission.

À l'époque où cette commission a siégé, en 1991 et 1992, ce que l'on nommait alors la souveraineté du Québec était un projet concret auquel des ressources gouvernementales étaient dédiées (par un gouvernement libéral!), et non un hochet électoral se référant à un projet aux contours flous et à l'échéance improbable. À la lecture de ces débats, le contraste avec l'époque ayant suivi le référendum de 1995 est manifeste.

Réalisant que ces documents étaient incontournables pour travailler sur des aspects concrets de l'accession du Québec à l'indépendance, il m'a semblé nécessaire de les rendre accessibles gratuitement en ligne. Mathieu Thomas, bibliothécaire militant que j'ai connu à Option nationale, m'a aidé dans cette tâche de libération de documents.

Fort surpris que ces documents ne soient pas déjà disponibles en ligne, Mathieu a contacté la Bibliothèque de l'Assemblée nationale afin de s'enquérir de la disponibilité des documents et des conditions d'accès. Il s'avéra que ces documents étaient en fait déjà accessibles en ligne, sur le site de la Bibliothèque de l'Assemblée nationale, mais qu'on ne pouvait y accéder qu'après une recherche (plutôt poussée) dans le catalogue. Autrement dit, ils se retrouvaient dans ce qu'on appelle le «Web caché» (aussi connu comme «Web invisible», «Web profond» ou, en anglais, «Deep Web»), cette partie du web qui n'est pas référencée dans les moteurs de recherche traditionnels tels Google.

Pour que ces documents puissent être repérées par une simple recherche Google, une solution était de créer une page web dédiée à ce seul sujet. Chaque document, débat, etc., associé à la Commission y seraient détaillé. Un hyperlien serait intégré à chacune des entrées, permettant un accès direct et facile à l'information enfouie dans le Web caché des collections numériques de la Bibliothèque de l'Assemblée nationale. Le summum serait d'ajouter un lien vers les résultats de la recherche menant à tous les documents publiés dans le cadre de cette commission: ils seraient ainsi tous indexés!

Ce travail complété, il serait donc plus aisé d'à la fois repérer et télécharger ces documents sur le web.

Mais où publier cette page sur le web? Nous avons choisi de publier cette liste de liens sur Wikipédia, dans un article consacré à cette Commission. Opter pour Wikipédia représentait la solution la plus simple: il s'agit d'un site dont la pérennité est assurée, autant que faire se peut. Aussi, je possède déjà depuis 2003 un compte sur cette encyclopédie en ligne et y ai développé une certaine expertise. Enfin, les articles de Wikipédia figurent bien souvent très haut dans les résultats de recherches Google, favorisant la visibilité et donc la diffusion de notre page.

Pour compléter l'article, Danic Parenteau a contribué à la rédaction de son introduction, clarifiant la différence entre cette commission et la commission Bélanger-Campeau.

Le résultat est maintenant en ligne! L'article sur Wikipédia est intitulé Commission d'étude des questions afférentes à l'accession du Québec à la souveraineté et contient les liens vers toutes les études et les échanges leur correspondant dans le Journal des débats.

À ma grande satisfaction, une recherche sur le web avec les mêmes mots-clés que j'avais utilisés à l'époque ("La défense d'un Québec souverain : ses pièges et ses possibilités") donne dans les premiers résultats un lien vers le texte de l'étude. Quiconque effectuant une recherche sur une étude publiée à la Commission trouvera donc dorénavant aisément le document en question en format PDF.

Grâce au lien vers les résultats de recherche de la Bibliothèque de l'Assemblée nationale, les titres des 1738 études déposées à cette Commission sont maintenant disponibles dans les moteurs de recherche!

Les militants indépendantistes investissent beaucoup de temps et d'énergie pour préparer l'accession du Québec au statut de pays. Dans ce contexte, il nous faut mettre des outils en place afin de permettre la recherche et la collaboration sur les sujets qui devront être étudiés en profondeur. Ceci devra être fait de manière non partisane, afin que toute la connaissance soit accessible et que le peuple québécois ait l'heure juste sur les projets et capacités du Québec-pays.

Cela dit, on aurait pu s'attendre à ce que les divers partis politiques indépendantistes consacrent un minimum d'efforts à des tâches de ce type. N'est-il pas inconcevable que, pendant toutes ces années, ni le Parti québécois, ni le Bloc Québécois n'aient fait le nécessaire pour rendre ces documents plus facilement accessibles en ligne, alors qu'ils avaient les ressources pour le faire?

Les partis politiques indépendantistes doivent s'extraire de ce «stratégisme du pouvoir» qui ne vise qu'à se faire élire, et consacrer davantage d'énergie à la diffusion des idées indépendantistes au sein de la population. Faire sortir des études et documents pertinents du Web caché (et il en reste encore beaucoup!) représente un exemple d'initiative qui aide le peuple à prendre le relais. Espérons que notre modeste contribution pourra inspirer d'autres actions du même type, qu'elles soient le fait d'individus ou de groupes.

Des Forces armées canadiennes à l'armée du Québec

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

L'accession d'un État à l'indépendance pose plusieurs questions capitales, notamment celle portant sur l'armée du pays qui serait créé. Tout projet sérieux d'accession du Québec à l'indépendance doit donc aborder cette question et fournir des réponses étoffées au peuple québécois. Afin d'inviter les Québécois à débattre de cet important sujet, j'ai esquissé sous forme de questions-réponses un portrait d'une armée possible pour le Québec.

Divisé en trois parties, les réponses aux questions donnent un point de départ pour permettre les discussions sur cet important sujet. La première partie exposait la mission et les alliances de l'armée du Québec et la deuxième partie la composition de l'armée du Québec. Voici la troisième partie où j'expose ce que serait la transition des Forces armées du Canada à l'armée du Québec.

Combien coûterait l'armée du Québec?

Le coût d'une armée du Québec serait étroitement relié aux missions qu'elle aurait à remplir. Il est possible de faire une estimation en comparant le budget des armées ayant des missions et des troupes semblables à celles indiquées dans la deuxième partie des questions-réponses.

En se basant sur l'armée néo-zélandaise, les Royal Marines ou la Légion étrangère, on peut estimer le coût annuel entre 2 et 3 milliards de dollars canadiens. Cette somme est inférieure à la proportion du budget militaire canadien correspondant au poids démographique du Québec (4,3 milliards selon le budget 2014-2015). Une armée du Québec représenterait donc une économie par rapport à ce que paient les contribuables québécois pour les Forces armées du Canada.

Cependant, il faut souligner que la création d'un ministère de la Défense serait coûteux. Cela permettrait par contre de créer des structures légères départies du poids administratif que le Canada traîne depuis la fin de la guerre froide.

Les Québécois économiseraient en n'investissant pas dans les domaines suivants:

Quel matériel pourrait-on récupérer des Forces canadiennes?

Il serait fort probablement possible de récupérer tout le matériel des unités de l'armée de terre sur le territoire québécois, incluant tout ce qui est à Valcartier (chars, artillerie, véhicules, etc.).

La négociation portant sur les avions CF-18 pourrait se faire à l'avantage du Québec, compte tenu qu'il possède la moitié de la flotte et que celle-ci pourrait avoir une grande valeur monétaire. Cependant, puisque les CF-18 ne seraient pas essentiels pour accomplir les missions de l'armée du Québec, il serait possible de les échanger contre d'autre matériel, comme par exemple celui du 25e Dépôt d'approvisionnement situé à Longue-Pointe. Il serait par la suite possible de faire l'acquisition d'avions de transport, d'attaque au sol et de surveillance du territoire.

Le Québec n'aurait aucun matériel provenant de la Marine royale canadienne.

Le Québec n'a aucune ressources en renseignement ou en espionnage électronique. Ce domaine devrait donc être développé entièrement, ce qui pourrait s'avérer coûteux.

Le Centre de recherche scientifique militaire serait situé à Valcartier, puisque les infrastructures et les équipements de recherche de l'armée canadienne sont déjà à cet endroit. Ce centre pourrait devenir un centre de recherche gouvernemental qui pourrait être utile aux autres ministères du Québec, en plus de la Défense.

Que proposer aux soldats québécois dans les Forces canadiennes?

Il y a fort à parier que, pour des raisons de langue et de culture, un grand nombre de Québécois présents dans les Forces armées du Canada voudrait rejoindre l'armée du Québec lors de la création du pays.

Il faudrait que le transfert des soldats d'une armée à l'autre se fasse sans difficulté. Pour se faire, il faudrait au minimum offrir aux soldats québécois présents dans l'armée canadienne:

  • La reconnaissance de leur rang;
  • La reconnaissance des années de services au Canada;
  • Un salaire et des avantages sociaux similaires.

Comment reconnaître les décorations et les grades militaires acquis dans les Forces canadiennes?

Une loi devrait être votée pour reconnaître les décorations et les grades militaires acquis dans les Forces canadiennes.

Actuellement, les militaires canadiens peuvent d'ailleurs porter certaines décorations étrangères (gagnées avec les Américains par exemple). C'est chose commune entre les armées.

Où seraient situées les bases militaires?

Les bases militaires de l'armée canadienne déjà présentes sur le territoire québécois seraient transformées en bases de l'armée du Québec. Il s'agirait de:

  • Saint-Jean-sur-Richelieu: formation
  • Valcartier: brigade d'élite
  • Longue-Pointe: quartier général national et centre logistique
  • Bagotville: composante aérienne

Les ports pour la garde côtière légèrement armée seraient situés à Québec pour la surveillance du fleuve Saint-Laurent, et à Sept-Îles pour la surveillance du golfe.

Où se trouverait l'école militaire?

Puisque Saint-Jean-sur-Richelieu possède déjà les infrastructures d'entraînement, cette ville deviendrait le centre nerveux de la formation militaire, tant pour les cours de base que pour les cours spécialisés.

Les professeurs sont d'ailleurs déjà sur place pour l'école des officiers de l'armée canadienne. L'école des recrues des Forces canadiennes se trouve elle aussi à Saint-Jean-sur-Richelieu et pourrait être convertie pour les sous-officiers du Québec.

Quels seraient les uniformes de l'armée du Québec?

L'armée du Québec devrait rapidement se doter d'un uniforme distinct de l'armée canadienne. Les composantes terrestres, aériennes et maritimes auraient le même uniforme, mais auraient des signes d'identification spécifiques aux différents métiers (ailes de pilotes, parachutistes, etc.).

Quels seraient les noms des grades militaires de l'armée du Québec?

L'armée du Québec aurait un système de grade militaire distinct de l'armée du Canada. Les noms des grades militaires serait le même que les armées occidentales (capitaine, sergent, général, etc.) mais des identifications visuelles distinctes seraient créées afin de distinguer les militaires québécois.

Un comité de vétérans et d'historiens serait formé afin de formuler des recommandations à cet effet.

Que faire pour le nom et les types de médailles?

Il serait important de créer un comité formé d'historiens, d'anciens militaires et d'universitaires qui créerait un système de décorations et honneurs propres au Québec. Ce système devrait à la fois reconnaître et témoigner de l'histoire et des traditions du Québec, tout en marquant sa singularité.

Il ne faudrait pas pour autant rejeter tout ce qui rappelle l'héritage de la Grande-Bretagne ou du Commonwealth, car ce passé fait partie intégrante de l'histoire du Québec.

À quoi ressemblerait l'armée du Québec indépendant?

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

L'accession d'un État à l'indépendance pose plusieurs questions capitales, notamment celle portant sur l'armée du pays qui serait créé. Tout projet sérieux d'accession du Québec à l'indépendance doit donc aborder cette question et fournir des réponses étoffées au peuple québécois. Afin d'inviter les Québécois à débattre de cet important sujet, j'ai esquissé sous forme de questions-réponses un portrait d'une armée possible pour le Québec.

Divisées en trois parties, les réponses aux questions donnent un point de départ pour permettre les discussions sur cet important sujet. Divisé en trois parties, les réponses aux questions donnent un point de départ pour permettre les discussions sur cet important sujet. La première partie exposait la mission et les alliances de l'armée du Québec. Voici la deuxième partie où j'expose ce que serait la composition de l'armée du Québec. La troisième partie couvre la transition des Forces armées canadiennes à l'armée du Québec.

À quoi ressemblerait l'armée du Québec?

L'armée du Québec serait composée d'une force mobile légèrement armée, capable de se déplacer par voie aérienne et de se déployer dans une zone d'opération, n'importe où sur la planète. Elle aurait des soldats bien entraînés, mais peu nombreux, à l'image des forces spéciales. Avec au plus 9 000 soldats, cela permettrait de maintenir environ 1 500 soldats en opération dans un pays étranger. Il serait possible de les ravitailler à l'aide d'avions de transport et de les appuyer par des moyens héliportés et des avions légers comme des Super Tocano ou des AirLand Scorpion. La mobilité serait privilégiée à la protection (véhicule légers et rapides au lieu de chars lourds), car elle combine efficacité et économie de coût.

Cette force de soldats professionnels serait appuyée par une milice nationale ayant une présence dans les communautés (Régiment du Saguenay, Régiment de la Chaudière, etc.) et connaissant bien sa région. Cette milice serait composée d'un effectif entre 10 000 et 15 000 réservistes qui seraient équipés pour intervenir en cas de catastrophe naturelle. Ce type d'équipement serait moins dispendieux qu'un équipement militaire, car il n'aurait pas à répondre aux normes militaires (blindage, communications encryptées, etc.). Seules quelques centaines de réservistes seraient en service au même moment, avec un pic de quelques milliers pendant l'été, lors d'entraînements estivaux. Ces «garde nationaux» auraient également comme mission d'appuyer le noyau de professionnels dans le scénario improbable où le Québec devrait défendre sa souveraineté.

En résumé:
• De 6 000 à 9 000 soldats d'élite, dont un groupe de 1000 soldats toujours prêts à être déployés n'importe où dans le monde;
• Milice nationale impliquée dans sa communauté;
• Force de surveillance garantissant l'intégrité du territoire.

À l'armée de quels pays celle du Québec pourrait-elle être comparée?

En termes de soldats et de budget, l'armée du Québec serait comparable à celle de :
• La Nouvelle-Zélande: une force régulière d'environ 7 000 soldats (2,7 milliards $CA de budget).
• Les Royal Marines britanniques: une force d'élite de 8 500 soldats qui est une branche semi-indépendante de l'armée britannique. Ils sont reconnus pour avoir les soldats les mieux entraînés de la planète.
• La Légion étrangère française: 7 700 soldats d'élite (3 milliards d'euros, ou 4,3 milliards $CA, de budget).

De quel type d'équipement l'armée du Québec disposerait-elle?

Au moment de la création de l'armée du Québec, cette question ne serait pas primordiale.

Il faudrait plutôt mettre en place un processus d'acquisition d'équipement flexible et sortir des programmes d'armement qui s'étendent sur des dizaines d'années. Nos adversaires potentiels seraient probablement des organisations non-étatiques qui sont très flexibles et qui peuvent s'adapter rapidement aux changements technologiques. L'armée du Québec devrait avoir un processus d'acquisition pouvant s'adapter rapidement à cette évolution.

La question de la surveillance du territoire serait intimement liée à une force aérienne. Drones et avions de reconnaissance seraient au cœur de cette surveillance. Il n'y aurait pas d'avion de chasse et d'interception, ce qui permettrait d'économiser des sommes importantes.

La mission la plus importante de l'aviation serait le transport de troupes vers l'étranger. Une capacité de transport est aussi un élément qui pourrait donner de la visibilité au Québec lors de missions internationales. Cette capacité pourrait être utilisée pour déplacer des vivres et autre matériel nécessaire lors d'un soutien d'aide humanitaire. Les avions de transport sont rares et l'impact politique d'un avion québécois livrant des sacs de vivres à une population en difficultés, par exemple, serait marquant.

La marine prendrait la forme d'une garde côtière légèrement armée pour faire face à des éléments criminels, mais insuffisamment armée pour engager le combat contre des navires de guerre modernes. Encore une fois, la technologie de drones maritimes, équipés de radars, caméras infra-rouge et autres systèmes de surveillance, permettrait de surveiller le golfe du Saint-Laurent, évitant ainsi les coûts importants d'une marine militaire traditionnelle. La composante maritime pourrait transporter des troupes vers un théâtre d'opération extérieur et assurer la patrouille et la souveraineté du golfe du Saint-Laurent, notamment en le maintenant libre de glaces en hiver.

Il serait logique de mettre les services de recherche et sauvetage sous le commandement d'une force militaire, par souci d'économies. Les services de recherche et sauvetage pourraient alors bénéficier des ressources de surveillance militaire, à des fins de sauvetage.

L'armée du Québec auraient-elles des «Casques blancs»?

Ce n'est pas une question qui relève de l'armée du Québec.

Les «Casques blancs» sont souvent définis comme des troupes entraînées et équipées, mais non armées, pouvant se déployer à l'extérieur des frontières d'un pays afin de venir en aide à la population d'un autre pays. Or, une armée est par définition une force armée.

La proposition de doter le Québec de Casques blancs pour construire des écoles est porteuse, mais cette force ne devrait pas être sous la responsabilité du ministère de la Défense car elle n'est pas une force militaire. Cette force devrait être sous la responsabilité du département des affaires étrangères ou encore d'un département de l'aide extérieure du Québec, à l'instar de l'Agence canadienne de développement international (ACDI) dans le cas du Canada.

Selon les circonstances, les Casques blancs pourraient ainsi être déployés de manière indépendante, accompagnés dans leur transport par des militaires, ou encore protégés par ces derniers lorsque déployés dans un environnement hostile.

Qui serait le commandant en chef de l'armée du Québec?

Le commandant en chef de l'armée du Québec serait un civil, le chef d'État. Il serait le supérieur du chef de l'état-major de l'armée (un général ou un lieutenant-général, selon la structure militaire qui serait choisie).

Le titre précis du chef du gouvernement est lié à la structure politique de chaque pays, il en serait de même pour le Québec. Par exemple, au Canada, c'est la reine, représentée par le gouverneur général, qui est commandant en chef de l'armée, tandis qu'aux États-Unis et en France, c'est le président qui assume cette fonction.

L'armée du Québec indépendant: mission et alliances

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

L'accession d'un État à l'indépendance pose plusieurs questions capitales, notamment celle portant sur l'armée du pays qui serait créé. Tout projet sérieux d'accession du Québec à l'indépendance doit donc aborder cette question et fournir des réponses étoffées au peuple québécois. Afin d'inviter les Québécois à débattre de cet important sujet, j'ai esquissé sous forme de questions-réponses un portrait d'une armée possible pour le Québec.

Je me suis inspiré en partie des études déposées à la Commission d'étude des questions afférentes à l'accession du Québec à la souveraineté, initiée par le gouvernement de Robert Bourassa en 1991. Plus spécifiquement, l'étude rédigée par Charles-Philippe David La défense d'un Québec souverain : ses pièges et ses possibilités, où l'auteur exposait certains scénarios possibles pour l'armée du Québec. Pour la rédaction de mes réponses, j'ai opté pour une voie hybride entre les différents scénarios identifiés par David.

Mon approche prend par ailleurs comme prémisse que les missions de maintien de la paix de l'ONU ont gagné en complexité au cours des dernières décennies et nécessitent aujourd'hui des ressources différentes que lors de la guerre froide. Afin d'identifier un objectif pérenne pour déterminer la composition des forces armées du Québec, j'ai substitué «mission de maintien de la paix» par «missions contribuant à la paix et à la stabilité mondiale, et approuvées par le peuple du Québec». La mission ultime de la force armée du Québec serait ainsi reliée à la volonté du peuple qui sous-tend cette force armée, et non à une conjecture particulière de l'histoire.

Afin de ne pas alourdir le texte, les termes employés pour désigner des personnes sont pris au sens générique; ils ont à la fois valeur d'un féminin et d'un masculin. Ainsi, le mot « soldat » désigne autant une femme qu'un homme soldat.

Divisées en trois parties, les réponses aux questions donnent un point de départ pour permettre les discussions sur cet important sujet. Voici la première partie, où j'expose quelles seraient la mission et les alliances de l'armée du Québec. La deuxième partie porte sur la composition de l'armée du Québec la troisième sur transition des Forces armées canadiennes à l'armée du Québec.

Pourquoi une armée au Québec ?

Une force armée de l'État du Québec aurait cinq rôles:

  • Appuyer les autorités civiles en cas de crise, par exemple en cas de catastrophe naturelle (ex.: déluge au Saguenay, tempête de verglas de 1998, etc.);
  • Offrir un soutien opérationnel et logistique au gouvernement lors d'un événement important au pays (ex.: Jeux olympiques, conférences importantes de type G8, etc.);
  • Mener des opérations quotidiennes sur le territoire québécois (y compris dans le nord) et sur le continent nord-américain en collaboration avec nos alliés canadiens et américains afin d'assurer la surveillance et la souveraineté du territoire;
  • Mener des opérations extérieures en support à la communauté internationale;
  • Répondre à une attaque violente majeure d'un groupe non-étatique.

L'armée du Québec participerait-elle à des missions à l'extérieur de son territoire ?

Oui. Le succès du Québec sur la scène internationale reposerait en grande partie sur son intégration dans un ensemble mondial, avec le droit international comme base pour régler les conflits politiques ou commerciaux.

Grâce à la primauté de ce droit, le Québec pourrait exporter ses richesses et importer les matières premières essentielles à son développement. Il serait donc dans l'intérêt du Québec de participer au maintien de cet espace mondial et même à son élargissement. C'est pourquoi le Québec devrait considérer avec attention les diverses options de participation à des missions internationales visant le maintien de la stabilité mondiale. Ces missions pourraient prendre plusieurs formes, allant de l'implication diplomatique au soutien humanitaire jusqu'aux opérations de combat. Ces missions seraient, généralement, entreprises avec la participation et l'appui de nos partenaires internationaux les plus importants (Canada, États-Unis, Europe).

De plus, la présence militaire du Québec dans des missions extérieures prouverait le sérieux du Québec sur la scène internationale. Ce serait un moyen de se distinguer des autres pays avec des populations comparables dont l'implication sur la scène mondiale n'est pas significative. Le Québec pourrait ainsi avoir un rôle international comparable à celui de la Nouvelle-Zélande (4 millions d'habitants) ou de la Suède (9 millions), qui contribuent beaucoup plus à la sécurité mondiale que des pays aux populations comparables, comme la Grèce (10,8 millions) ou l'Autriche (8,5 millions).

L'armée du Québec participerait-elle uniquement aux missions de maintien de la paix de l'ONU ?

Non. Les missions de maintien de la paix sont habituellement définies comme les missions militaires approuvées par le Conseil de sécurité des Nations unies. Si l'armée du Québec participait seulement aux missions de paix, le pays du Québec soumettrait sa volonté au Conseil de sécurité, donnant un droit de veto à chacun des cinq membres permanents du Conseil de sécurité.

Il n'est pas souhaitable qu'un de ces cinq pays, comme la Chine ou la Russie, puissent ultimement décider où et quand pourrait intervenir l'armée du Québec.

C'est pourquoi l'armée du Québec ne participerait pas seulement aux missions de maintien de la paix, mais bien à celles qui seraient identifiées par son gouvernement comme étant dans l'intérêt national du Québec.

L'armée du Québec ferait-elle partie du NORAD ?

Oui, le Québec devrait demander son admission au NORAD.

Le NORAD (Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord) est un partenariat entre le Canada et les États-Unis qui permet d'assurer la surveillance de l'espace aérien nord-américain. En raison de la situation géographique du Québec, tout laisse croire que le Canada et les États-Unis ne voudront pas d'une brèche dans la défense de leur territoire et préféreront dès lors inclure le Québec.

Cette alliance s'étendrait logiquement à la surveillance maritime. Le Québec assurerait la surveillance d'une partie du golfe du Saint-Laurent ainsi que d'une bonne partie de la voie maritime du Saint-Laurent, voie stratégique donnant accès au cœur du continent américain.

Le Québec devrait chercher à maintenir des liens militaires étroits avec ses deux voisins dans ces domaines. Ceci s'inscrirait dans une logique de participation à la défense du continent nord-américain.

L'armée du Québec ferait-elle partie de l'OTAN ?

Le Québec ne devrait pas intégrer l'OTAN, mais plutôt chercher à obtenir le statut de partenaire.

L'OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique nord) est une association de pays dont le but premier est d'assurer la défense des pays membres contre les menaces extérieures. Or, comme le Québec ne fait présentement face à aucune menace militaire conventionnelle, on peut questionner la pertinence qu'il aurait à intégrer l'OTAN, d'autant plus qu'une telle participation amène une série de contraintes, comme la défense mutuelle et automatique. Si la Russie, par exemple, attaquait l'Estonie, le Québec entrerait automatiquement en guerre contre la Russie.

Il existe une série d'autres statuts pour les pays non-membres de l'OTAN mais désirant collaborer à certaines missions. C'est par exemple à titre de partenaire non-membre que l'Australie a participé à la mission de l'OTAN en Afghanistan, ou que la Nouvelle-Zélande a participé à celle en Irak.

De plus, le statut de partenaire permettrait à l'armée du Québec de collaborer avec les forces armées des pays membres, développant notre armée en suivant les normes techniques de l'OTAN (armement, systèmes de télécommunications, encryptage, etc.). Ceci faciliterait l'intégration de l'armée du Québec à une éventuelle force internationale, en tirant profit du système de logistique et d'approvisionnement de l'OTAN.

L'armée du Québec ferait-elle partie de Five Eyes ?

Il est improbable que le Québec puisse en faire partie, même s'il le souhaitait. Five Eyes désigne l'alliance des services de renseignement de l'Australie, du Canada, de la Nouvelle-Zélande, du Royaume-Uni et des États-Unis (elle a entre autres été popularisée par les révélations d'Edward Snowden). Il s'agit essentiellement d'une entente qui permet l'échange de données de renseignement entre ces pays.

Il est improbable que le Québec soit invité à joindre ce groupe, car sa formation résulte de 60 ans d'opérations communes entre les pays membres, et elle est basée sur des liens de confiance étroits dans les domaines militaires et de renseignement. Chaque participant fait suffisamment confiance aux autres membres pour partager ses secrets les plus importants. Le Québec indépendant ne bénéficiant pas de ce lien de confiance avec les pays du Five Eyes, il aurait à le développer au cours des décennies.

Dans un premier temps, le Québec devrait tenter de créer des ententes bilatérales avec certains pays (États-Unis, Canada, Royaume-Uni, France) afin de partager des renseignements sur des sujets et opérations spécifiques.

Lettre aux Acadiens et aux francophones hors du Québec

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

Lors de mes deux campagnes électorales comme candidat pour Option nationale (ON), il m'est arrivé à plusieurs reprises de discuter avec des Acadiens. Lorsque j'expliquais qu'ON militait pour l'indépendance du Québec, ils avaient pour la grande majorité une réaction négative. Ils m'expliquaient que l'indépendance du Québec allait affaiblir les communautés francophones hors Québec, que leurs communautés seraient encore plus rapidement assimilées.

Amis acadiens et francophones hors Québec, le Québec pays sera plus utile à la prospérité de vos communautés qu'il ne peut l'être à l'intérieur du Canada. Voici pourquoi.

Observons d'abord que la survie de la langue française au Canada est étroitement liée au nombre d'habitants et au pourcentage relatif de francophones dans chaque province. Moins il y a de francophones dans une province, plus l'assimilation vers l'anglais y est rapide. Le déclin des communautés francophones est présentement rapide et avancé dans la majorité des provinces, alors même que le Québec fait partie du Canada.

Constatons ensuite que le Québec n'a aucun rôle officiel dans la protection de la langue française dans les autres provinces. C'est à chaque gouvernement provincial, sur son territoire, de même qu'au gouvernement fédéral, d'assurer cette protection. Que le Québec soit présent dans cette fédération ne représente aucune garantie que les autres juridictions protégeront le français. C'est d'ailleurs une réalité qui se vérifie tout au long de l'histoire du Canada. Prenons par exemple le règlement 17 de l'Ontario, qui fut en vigueur de 1911 à 1927, interdisant l'enseignement en français au-delà des deux premières années du primaire. Ou encore plus récemment, en 2003, alors que le gouvernement néo-écossais s'est fait blâmer de ne pas avoir suivi l'ordonnance d'un juge acadien, qui le sommait de construire des écoles françaises pour les Acadiens. On trouve de tels exemples dans chacune des provinces du Canada.

La présence du Québec dans la fédération canadienne n'assure donc aucune protection pour les communautés francophones des autres provinces. Le Québec lui-même peine à mettre en place des mesures de protection de la langue, notamment parce qu'il est soumis à la constitution canadienne. Comment pourrait-il aider politiquement les autres communautés francophones?

Même si leur gouvernement est menotté, rappelons que les Québécois ont déjà soutenu de façon indirecte les francophones des autres provinces. Avant la Révolution tranquille, cela se faisait grâce à un réseau d'entraide parallèle mis sur pied par l'Église catholique. Ce mouvement religieux, représentant l'écrasante majorité des Québécois francophones, a joué un rôle essentiel grâce aux prêtres québécois ayant mis sur pied des écoles de langue française dans les autres provinces. Avec la laïcisation de la société, ce réseau n'a plus les moyens, ni la mission, de soutenir de tels projets.

Lorsqu'il sera un pays, le Québec disposera de représentations dans les États étrangers, y compris le Canada. S'ajoutera alors tout un réseau d'institutions inexistant dans le Québec-province. Ces institutions auront des ressources pour promouvoir les intérêts et les valeurs des Québécois. Et comme la langue française sera une pierre d'assise de ce nouveau pays, la promotion de cette langue sera sans aucun doute au cœur de ses mandats. Ce soutient pourrait prendre la forme, par exemple, d'un réseau d'éducation calqué sur le modèle des collèges français, les « collèges québécois », dans les provinces du Canada.

Amis Acadiens et francophones de toutes les provinces du Canada, pourquoi défendre l'intégrité d'un pays qui, depuis sa création, utilise les outils politiques qu'il possède pour forcer directement ou indirectement votre assimilation? En appuyant l'indépendance du Québec, vous favorisez la création d'un pays francophone en Amérique du Nord qui sera en mesure de vous aider à sauvegarder votre culture. Le Québec province ne peut à peu près rien pour vous, alors qu'un Québec pays possédera les institutions, les moyens financiers et le mandat de renforcer les communautés francophones.

Lettre à Jean-Marc Fournier

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

Monsieur le Ministre des Affaires intergouvernementales du Québec,

Je vous écris pour vous encourager dans vos démarches afin que le Québec signe la constitution canadienne. Depuis trop longtemps, nous, les indépendantistes québécois, avons été les seuls à proposer un projet pour l'avenir constitutionnel du Québec. Il est grand temps que le Parti libéral du Québec, avec les autres partis fédéralistes du Québec, fasse lui aussi des propositions concrètes. La peur référendaire ne peut être votre seul programme constitutionnel pour le Québec. Cela doit cesser.

Le Québec, n'ayant pas signé la constitution du Canada en 1982, est enfermé dans un cadre constitutionnel auquel il n'a pas adhéré. Monsieur Fournier, vous avez identifié cela comme un problème, c'est d'une lucidité dont trop peu de fédéralistes font preuve, et je la salue.

Votre enthousiasme pour signer la constitution canadienne permet également à Philippe Couillard de se distinguer de son prédécesseur. Contrairement à Jean Charest, M. Couillard désire ébranler le statu quo qui caractérise la relation du Québec et du Canada. Le premier ministre Couillard croit en effet que le Canada est le meilleur cadre pour le Québec, on le dit radical dans cette croyance, il est donc cohérent que son gouvernement demande aux partenaires de la fédération canadienne de remplir les conditions nécessaires pour inclure le Québec et ainsi donner vie à sa vision.

Il me tarde que le gouvernement du Parti libéral entreprenne concrètement ces démarches. Ceci permettra aux Québécois de constater les changements que votre parti juge nécessaire d'apporter afin de pouvoir signer la constitution canadienne. De cette façon, comme vous le croyez fermement, le Québec pourra occuper la place qu'il lui revient au Canada. Il me tarde également de voir les réactions des provinces et du gouvernement central lorsque vous formulerez ces demandes.

Un dernier mot. Les conditions énoncées par la Cour Suprême qui permettraient au Québec de changer son statut constitutionnel doivent s'appliquer, logiquement, qu'il veuille quitter ou joindre une fédération, celle du Canada dans ce cas-ci. La ratification du Québec à la constitution canadienne devra donc être soumise à la population québécoise par référendum, à l'aide d'une question claire, et devra être approuvée par une majorité claire. Les Québécois constitueraient ainsi le premier peuple de l'histoire du Canada à se prononcer sur le texte qui les régit, une exigence dont notre démocratie peut difficilement se passer, vous en conviendrez.

En espérant vous donner du courage dans votre démarche,

Miguel Tremblay
Vice-président Option nationale

L'indépendance n'est pas un match de baseball

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

Après les deux défaites référendaires de 1980 et de 1995 sur l'avenir du Québec, la croyance qu'un troisième échec serait fatal au mouvement d'indépendance s'est imposée. Un peu comme si l'indépendance était un match de baseball, laissant seulement trois chances au frappeur pour cogner la balle du pays en lieu sûr. Depuis, cette impossibilité de perdre a tellement été dite et redite, tant par les analystes politiques que par les chefs du Parti québécois, que cette croyance s'est transformée en mythe, transmutant la peur de l'échec référendaire en pierre d'assise de la pensée indépendantiste.

En psychologie, cette peur persistante de l'échec a un nom, il s'agit de « l'atychiphobie ». L'une des principales conséquences de l'atychiphobie est la procrastination. La « gouvernance souverainiste », les « référendums d'initiatives populaires», « le référendum dans un second mandat » et la pléthore de stratégies mises de l'avant par le Parti québécois depuis 1995, y compris dans la présente course à la chefferie, entrent dans cette catégorie. Plutôt que de subir un troisième échec, la créativité indépendantiste est mise à profit pour remettre l'ultime consultation à plus tard, pour procrastiner.

Une deuxième conséquence de la peur de l'échec est qu'il mène à l'autodénigrement. À mettre dans cette catégorie les Nicolas Marceau et François Legault de ce monde, qui annoncent que le Québec est trop pauvre pour être indépendant. Ils présentent l'amélioration d'indices économiques, tels que la dette ou le taux de chômage, comme préalable à l'indépendance. Cette technique rend l'échec certain en diminuant les capacités du peuple québécois à ses propres yeux. Et comme l'échec est certain, que faire sinon l'éviter ou la repousser?

Les indépendantistes québécois doivent lutter contre cette peur de l'échec s'ils désirent un jour obtenir leur propre État. Un premier pas dans cette direction serait de réaliser que des nations beaucoup plus petites, avec moins de moyens, et dans des conditions autrement plus adverses que le Québec, ont vu le jour dans les dernières décennies.

Par exemple l'Estonie, pays 38 fois plus petit que le Québec, dont la langue officielle n'est parlée que par un million d'habitants sur la planète. Les Estoniens ont réussi à obtenir leur indépendance non pas contre une petite fédération comme le Canada, mais bien contre l'Union soviétique! Un autre exemple, la Slovénie, 80 fois plus petite que le Québec, et avec seulement deux millions de locuteurs du slovène dans le monde, a réussi à obtenir l'indépendance de la Yougoslavie. Dans ces deux cas, l'indépendance n'est pas survenue par le fruit du hasard ou par l'arrivée fortuite de « conditions gagnantes ». Ces peuples ont participé et préparé leur indépendance, leurs échecs précédents faisant partie de leur histoire.

Les indépendantistes devraient prendre conscience que cette peur de l'échec est injustifiée. Une défaite référendaire n'est pas la fin du peuple québécois, pas plus que l'invasion soviétique n'a pu éliminer le peuple estonien. Les échecs sont des occasions d'apprendre de ses erreurs afin de préparer la victoire finale. Il faut que cesse la procrastination.

Il ne sert à rien d'écraser les bulbes

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

Les sorties des souverainistes contre Mario Beaulieu, depuis son élection comme chef du Bloc québécois en juin dernier, ont été si nombreuses qu'il y a lieu de se questionner sur les motivations de leurs auteurs. Il y a quelques jours, c'était au tour de l'historien Fréréric Bastien, auteur du livre « La bataille de Londres » d'y aller d'un opus contre Mario Beaulieu sur le site de l'Actualité.

L'argumentaire de son texte est essentiellement basé sur deux arguments. D'abord, Mario Beaulieu serait coupable d'un rapprochement idéologique avec le FLQ en ayant scandé « Nous vaincrons » au moment de sa victoire à la chefferie du Bloc. Par la suite, il s'indigne au nom des anciens chefs du Bloc puisque Beaulieu a dénoncé « 20 ans d'attentisme et de défaitisme ». Or, bien que Mario Beaulieu ait donné des explications pour ces deux gestes (il n'a pas fait le lien « Nous vaincrons » = FLQ à l'instant de sa victoire, et les « 20 ans de défaitisme » faisaient référence au mouvement dans son entier, et non aux anciens chefs du Bloc), cela ne suffit pas à l'historien, il préfère ignorer ces réponses et aller de l'avant en rendant son mécontentement public.

Bastien y va ensuite de sa propre analyse, désignant lui-même les coupables de l'attentisme qu'aurait plutôt dû nommer Mario Beaulieu, soient les anciens chefs du PQ, notamment Lucien Bouchard et Bernard Landry. S'ensuit une analyse grossière des résultats des dernières élections québécoises, analyse où il néglige une foule de facteurs pouvant expliquer en tout ou en partie les résultats : rien sur la charte des valeurs du Parti québécois, rien sur la démobilisation de l'électorat indépendantiste. Il explique même la baisse du nombre de votes pour Option nationale par le manque de « pureté independantiste » des Québécois, comme si l'absence de couverture médiatique pour ce parti n'avait joué aucun rôle.

On ne s'étonnerait pas si cette sélection bâclée d'arguments contre Beaulieu émanait d'un chroniqueur populiste ou encore d'un adversaire politique désirant détruire la crédibilité du Bloc québécois, mais venant d'un intellectuel, historien de surcroît, lié au projet d'indépendance du Québec, il est difficile de se l'expliquer. Qu'a donc fait Mario Beaulieu pour que ses propres alliés idéologiques lui tombent dessus, utilisant des raccourcis intellectuels dans leurs arguments? Pourquoi ne pas laisser la chance au coureur?

Peut-être qu'il ne sert à rien de tirer sur les fleurs (*), mais il ne sert à rien non plus de piétiner le bulbe avant de le mettre en terre.

(*) La célèbre phrase sur l'inutilité de tirer sur la tige des fleurs pour les faire pousser, que l'on attribue à tort à René Lévesque ou à Bernard Landry, est à l'origine un proverbe chinois (拔苗助长).

La radicale clarté

Billet originalement publié sur le Huffington Post.

L'étiquette « radicale » est semblable à celle de « terroriste », en ceci qu'elle est toujours utilisée pour désigner l'autre, habituellement l'adversaire, mais n'est jamais utilisée par les personnes ou les groupes pour se désigner eux-mêmes. Cet étiquetage est en fait un outil de propagande redoutable, permettant avec un seul mot de réduire l'adversaire à un extrémiste, tout en positionnant l'émetteur comme un modéré.

C'est le sort qu'a connu Mario Beaulieu après son élection à la tête du Bloc québécois. Michel David avait déjà préparé le terrain deux jours auparavant en le qualifiant d'homme « pur et dur ». Dès lors, la table était mise pour qu'il soit identifié par la suite comme un « radical ». À preuve, cette entrevue de Radio-Canada où les journalistes traitent à cinq reprises Mario Beaulieu de « radical ». Quelle idée les journalistes ont-ils mise de l'avant? Mario Beaulieu est un radical.

Qu'a bien pu faire Mario Beaulieu pour mériter pareil épithète? C'est que l'homme a un message clair sur l'indépendance du Québec. Le Bloc doit servir à promouvoir l'indépendance du Québec, avant, pendant et après les élections.

Mais après plus d'une décennie de « stratégies » du Parti québécois et du Bloc pour séduire l'électorat, la clarté d'un message est maintenant considérée comme étant radicale. Voilà où nous en sommes. Or, proposer clairement un projet à une population ce n'est pas être radical, cela s'appelle simplement faire de la politique.

Cette course à la chefferie du Bloc est une répétition générale pour celle du PQ. La clarté sera taxée de « radicalité », de « ceinture fléchée », de « caribous » et d'une foule d'autres étiquettes visant à réduire le message, et le messager par le fait même, à une option déraisonnable. Cela fait près de 20 ans que le PQ a institutionnalisé le louvoiement comme stratégie vers l'indépendance, refusant aux Québécois de voter clairement pour prendre leur avenir en main. Près de 20 ans à tergiverser, cela laisse des traces. Il ne faut pas se surprendre que ceux qui ont le courage d'incarner un virage pour réaliser sans biais l'indépendance du Québec soient vus comme « radicaux ». C'est pour amorcer ce virage que Mario Beaulieu a été élu, notamment avec l'aide des jeunes à la tête du Bloc.

Nous en avons soupé de la stratégie, place à la clarté.

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