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A VENDE

A VENDE

Les fournisseurs d'accès et le contrôle d'internet, une analogie

Nicolas Sarkozy l'a récemment suggéré pour la France. La Suède est en train d'étudier cette possibilité. Chez nous, Solange Drouin de l'ADISQ a demandé au CRTC de l'appliquer. Il s'agit de la suggestion de faire des fournisseurs d'accès internet (FAI) les responsables légaux de ce que circulent sur le réseau, notamment en ce qui concerne les oeuvres protégées par le droit d'auteur. Autrement dit, de faire des FAI les gendarmes d'internet.

C'est une très mauvaise idée. Voici pourquoi.

Le protocole à la base du réseau internet a été conçu de manière que, lorsqu'une communication est établie entre 2 ordinateurs, les noeuds par lesquels l'information transige n'effectuent aucun contrôle sur le contenu: ils ne font que transmettre aveuglément. C'est un des principes les plus importants d'internet: l'intelligence se situe aux bouts du réseau, pas à l'intérieur de celui-ci. Toutes les innovations qui sont apparues grâce à internet au cours des dernières années (pensez à google, wikipédia, YouTube!, ptaff.ca) l'ont été parce que les gens avaient le plein contrôle sur leur bout. Le protocole pour communiquer tous ces 0 et ces 1 lui, n'a pas changé d'un iota. Et, pour ce que l'on peut voir de l'avenir, ce n'est pas prêt de changer.

Visualisation des multiples chemins à travers une portion de l’Internet.

C'est ce principe-là que les politiciens et les gens de l'industrie de la propriété intellectuelle attaquent en voulant faire des FAI des contrôleurs de contenu. Les FAI ont été identifiés parce qu'ils sont la porte d'entrée sur internet. Ils possèdent des noeuds qui sont pratiquement incontournables pour le citoyen moyen qui veut accéder à internet. Ils ont donc été ciblés pour contrôler ce qui s'y passe.

Or, si les FAI doivent contrôler tout ce qui circule sur internet, cela pose d'énormes difficultés. C'est n'est pas pour rien que Solange Drouin de l'ADISQ a cité la Chine en exemple pour le contrôle d'internet. C'est que, pour exercer un contrôle qui est contre la nature du réseau, il faut avoir une approche, et les moyens, d'un système totalitaire.

L'analogie

Étudions l'ampleur de la tâche et les complications qu'entraînerait une telle décision au Canada. Pour ce faire, j'utiliserai l'analogie suivante:

  • les ordinateurs sont représentés par nos maisons;
  • internet est représenté par les routes;
  • les paquets de 0 et de 1 sont transportés les voitures;
  • posons que tous les ponts du Canada sont gérés par des compagnies privées (les FAI).

En dernier lieu, posons que l'alcool de contrebande pose un problème de société grave. Celle-ci est rendue monnaie courante, le gouvernement voit le revenu des taxes sur l'alcool fondre, les grands brasseurs du monde entier prétendent que la production d'alcool est menacée de disparaître si leur modèle de revenu n'est pas protégé (on aura reconnu les oeuvres protégées par le droit d'auteur). Pour combattre ce fléau, le gouvernement décrète que les compagnies privés qui sont en charge des ponts sont responsables si les véhicules qui circulent sur leurs infrastructures transportent de l'alcool de contrebande.

Bar dans une résidence de Villeray

Examinons les défis auxquels feront faces les compagnies privées qui gèrent les ponts.

Défi structurel

Bien qu'une certaine réglementation existe pour les véhicules qui circulent sur les ponts (limite de poids, type de véhicule, conducteur en état d'ébriété, etc.), cette réglementation est la même sur tout le réseau routier et le contrôle est effectué par les autorités responsables (police, ministères des transports, etc.).

Photo d’un poste de péage sur l’autoroute de l’État de Virginie

Avec cette nouvelle loi, les compagnies privées doivent contrôler tous les véhicules. Bien que certains ponts, pas tous, soient munis de guérites pour le péage, la plupart des gens y circulent sans s'arrêter (des cartes magnétiques permettent aux véhicules d'être identifiés, les propriétaires paient un montant mensuel ou reçoivent une facture à la fin du mois). Dorénavant, tous les véhicules devront être contrôlés. La circulation sur les ponts étant déjà problématique à cause des embouteillages, elle le sera encore plus puisque chaque véhicule devra s'arrêter à une guérite. Il faudra donc que les compagnies développent, testent et déploient ces systèmes. Comme il y a des centaines de compagnies différentes en charge des ponts, il y aura fort probablement des centaines de systèmes de guérites différents qui vont être mises en place. De plus les guérites devront aussi répondre aux critères de sécurité du gouvernement, ce qui fait que chaque modification du système devra être approuvée par des fonctionnaires, à moins que le gouvernement n'assouplisse la réglementation pour permettre d'effectuer plus rapidement des changements au système de guérite mais, ce faisant, ils diminuent la sécurité qu'ils sont supposés assurer.

Il y a, bien sûr, des véhicules qui pourront passer sans s'arrêter aux guérites. On pense aux ambulances, aux voitures des policiers, les camions de pompiers, les véhicules diplomatiques, militaires, etc. La compagnie en charge du pont pourrait même louer ou vendre des véhicules « autorisés », véhicules qui seraient dépouillés de toute installation permettant de transporter de l'alcool de contrebande ou, encore mieux, offrir un service d'autobus qui ne s'arrête pas aux guérites. Je reviendra sur ce système de transport plus loin.

Défi juridique

Nos compagnies n'ont aucune expérience ni en contrôle ni en fouille de véhicules. Elles doivent maintenant recruter du personnel et faire en sorte que ceux-ci empêchent tout véhicule de transporter de l'alcool de contrebande sur leurs ponts. Nommons-les les gendarmes. Ces gendarmes ne sont pas des policiers, ils n'ont ni la formation ni le code déontologique de ceux-ci mais, sur le pont, ils auront maintenant les mêmes pouvoir qu'eux. Quelles sont les règles qu'ils utiliseront? Quels recours auront les citoyens contre ces gendarmes? Comment faire pour conjuguer la vie privée et les fouilles systématiques?

Encore une fois, puisqu'il y a des centaines de compagnies privées, il y aura aussi plusieurs façons de faire respecter la nouvelle réglementation. Y aura-t-il moyen de connaître exactement les moyens et politiques mis en place par les compagnies pour faire respecter cette loi? Les textes de loi du gouvernement sont publics et nous pouvons toujours utiliser la loi d'accès à l'information. Cette protection n'existe pas dans le cas des compagnies privées.

Les contenants

L'alcool de contrebande est, parfois, aisément identifiable à l'étiquette. Mais, il est possible de transférer le liquide dans un autre contenant. Les brasseurs ont promis de mettre au point un contenant scellé, inviolable, qui permettra aux gendarmes sur les ponts de l'identifier immédiatement. Nomme-le un contenant certifié.

Bouteille de Klein

Qu'adviendra-t-il des liquides dans les autres contenants? Seront-ils systématiquement saisis? Si oui, n'avantage-t-on pas ainsi les brasseurs commerciaux produisant les quelques contenants certifiés par rapport aux petits brasseurs et aux brasseurs artisanaux qui n'ont pas ces moyens? Si non, devra-t-on tester les liquides dans les contenants non certifiés avant de les laisser passer? Dans ce cas, quels seront les tests? qui sera en charge de l'analyse et comment pourra-t-on vérifier ou contester les résultats? Le conducteur ayant en main un contenant non certifié ne sera-t-il pas indûment ralenti dans ses déplacements?

De plus, si les contenants certifiés sont destinés à être ouvert pour en boire le contenu, comment peut-on s'assurer qu'un bricoleur n'inventera pas dans son sous-sol un bouchon permettant de mettre un autre liquide et de le reboucher? Ou encore d'imiter l'apparence du contenant certifié?

Le cas de la Chine

Voyons maintenant, tout en continuant notre analogie, pourquoi la Chine est en mesure d'effectuer ce contrôle.

Premièrement, le gouvernement chinois possède tous les ponts. Il n'y a donc qu'un seul type d'infrastructure à mettre en place.

Deuxièmement, le style de vie des Chinois est beaucoup moins axé sur les transports sur les routes que peut l'être celui des Canadiens. Cette réglementation touche donc, proportionnellement, moins de gens (quoique ce nombre soit sans cesse croissant).

Troisièmement, la Chine possédant tous les ponts, c'est sa propre réglementation qu'elle met en vigueur. Les Chinois possèdent donc les mêmes leviers contres les gendarmes des ponts que pour ceux des autres secteurs du gouvernement chinois, c'est-à-dire pas grand chose.

Donc, la réglementation peut être appliquée en Chine à cause du monopole étatique qu'il possède. Puisque les pays où ce contrôle est proposé (Canada, France, Suède) n'ont pas de monopole sur les ponts (les FAI) et qu'il est plus qu'improbable qu'il l'impose, la Chine n'est pas un exemple valable pour nos pays.

Notons que je n'ai pas eu à invoquer la liberté d'expression ou encore les droits de l'homme pour démontrer que la méthode chinoise ne peut s'appliquer ici. Je ne veux pas diminuer l'importance ou la valeur de ces arguments, seulement que je n'ai pas eu à les utiliser.

Anticipation

Tout en poursuivant la même analogie, supposons que, malgré tous les problèmes évoqués plus haut, le gouvernement décide tout de même d'aller de l'avant. Que se produira-t-il?

Dans un premier temps, ça ne fera pas l'affaire des compagnies privées responsables des ponts. Ce sont des experts en génie civil, pas en contrôle de véhicules. Mais, puisqu'ils y sont contraints, ils en profiteront pour faire des affaires, loi du marché oblige.

Les gens étant habitués à circuler librement et, surtout, rapidement, ils chercheront des moyens pour revenir à cette situation. Les compagnies possédant les ponts, sensibles à cette demande et aux opportunités commerciales, vont s'organiser en consortium pour proposer un système de transport efficace et rapide évitant les moyens de contrôle (pour l'autre côté de l'analogie, on parle ici de neutralité de réseaux). Ils auront ainsi un monopole, inévitable, sur les moyens de transport efficaces et auront ainsi tous les avantages que cette position implique dans un marché.

Il y aura aussi, bien sûr, un partenariat avec les grands brasseurs, les transporteurs vantant les mérites de ces produits, affichant de la publicité dans les autobus de la compagnie de transport, installant des magasins vendant ces produits aux terminus et aux gares routières.

Le summum de ce marché surviendrait si une même compagnie était un grand brasseur et possédait des ponts. Le potentiel commercial serait dès lors très, très intéressant.

Mais n'est-ce pas déjà le cas?

Le graphique circulaire du prix de l'essence à la pompe

Parlant de mauvaise utilisation des graphiques circulaires, pourquoi ne pas s'attarder quelques instants sur le graphique plus visible dans la vie de nos concitoyens automobilistes, fort nombreux on en conviendra, j'ai parlé du graphique circulaire posé sur les pompes à essence, graphique ayant pour titre « Prix moyen à la pompe au Canada en 2006 ».

Pompe à essence

C'est un graphique circulaire avec une perspective 3D, une mauvaise idée puisque la proportion des pointes est ainsi trompeuse. On voit aussi que la pointe de 48% est loin de représenter la moitié de notre tarte, ce qui devrait pourtant être le cas. Le maigre 3% de bénéfice est tellement petit qu'il faut écrire le nombre sur la tranche. On peut aussi s'interroger sur le choix des couleurs.

Reprenons les données et regardons le résultat sans l'effet 3D:

Graphique circulaire du prix de l’essence à la pompe sans effet 3D

Et ce que ça donnerait avec un graphique à barres:

Graphique à barres du prix de l’essence à la pompe

Le graphique n'est pas de mauvaise foi, à moins qu'il y ait quelque chose qui m'échappe. Avec la latitude qu'offre le graphique circulaire, il aurait été possible de faire encore pas mal plus pitié. Peut-être ont-ils choisi de manipuler les nombres à la place?

Sidr, riz, bambou et rats

Le cyclone Sidr a frappé le Bangladesh le 15 novembre 2007.

Il en a résulté une destruction des cultures de riz au Bangladesh pour une valeur de plus de 600 millions de dollars. Les prix du riz ont augmenté de 70%.

Pour ajouter au malheur, la floraison des bambous (un sujet d'étude et d'étonnement en soit), qui a lieu à tous les 50 ans pour l'espèce de ce pays, est survenue à la même période.

Que vient faire la floraison des bambous dans toute cette histoire? L'éclosion de ces fleurs donne lieu à une épidémie de rats, ceux-ci ayant un surplus de nourriture et pouvant se reproduire avec beaucoup plus de vigueur et de succès qu'à l'ordinaire. La dernière ayant frappé cette région remonte à 1959. Il y a donc eu des millions de rats qui ont dévastés les cultures dans le champs et celles qui étaient entreposées. Résultat, encore moins de nourriture pour nos pauvres Bangladeshis.

Si les questions d'ordre évolutionniste comme la période floraison des bambous vous intéressent, je vous suggère de lire Darwin et grandes énigmes vie de Stephen Jay Gould, vous ne le regretterez pas.

Référence:
* Asia Times

Copyright © 2008 Miguel Tremblay. Permission est accordée de copier, distribuer et/ou modifier ce document selon les termes de la Licence de Documentation Libre GNU (GNU Free Documentation License), version 1.1 ou toute version ultérieure publiée par la Free Software Foundation.

Un peu de Frank Zappa

Extrait d'un article sur les visionnaires du magazine Jobboom signé Jean-Sébastien Marsan:

En 1983, le compositeur américain Frank Zappa a sollicité un appui financier de la part de la société de capital de risque Rothschild Venture Capital. Le musicien avait conceptualisé un système de téléchargement de pièces musicales, numérisées ou analogiques, par téléphone ou par câble. L’industrie du disque vinyle disparaîtra un jour, plaidait Zappa. «Les consommateurs de musique consomment de la musique […] et pas spécialement des articles de vinyle dans des pochettes en carton.» Rothschild Venture Capital a rejeté le projet… Frank Zappa a été emporté par un cancer en 1993, peu avant l’explosion du téléchargement de musique au moyen d’Internet.

Source de la citation : Zappa par Zappa, Editions de l'Archipel, Paris, 2000, ISBN 2-84187-226-2, p. 360

De l'eau embouteillée en France, vendue au Québec

J'attendais un ami sur le bord de la rue hier et, le party de bureau de la veille me causant une certaine déshydratation, je décidais d'aller m'acheter une bouteille d'eau au dépanneur juste à côté.

Le dîner de mon party de bureau avait l'environnement comme thématique. Une idée géniale avait germé dans l'esprit des organisateurs: acheter tous les ingrédients du repas dans un rayon de 500 km autour de Montréal. Il y a un mot pour ça: localvore. À part quelques exceptions, il est impossible d'avoir des patates du Québec après la mi-octobre, la mission a été accomplie. Le repas était excellent!

C'est donc avec cette expérience toute récente que je me retrouve au dépanneur à magasiner une bouteille d'eau. Je prends la première du bord, celle-là plus en évidence, et je regarde d'où provient l'eau de la bouteille. Stupeur. Elle vient de France.

Evian, Eau de Source Naturelle Des Alpes Françaises

Arrêtons-nous un instant pour mettre en perspective cette découverte. Il y a une compagnie qui, en France, embouteille de l'eau, la met dans un camion, puis dans un bateau, puis dans un camion et vient la vendre… chez nous! Ils ont le front de venir nous vendre de l'eau française à nous, royaume de l'eau douce sur la planète! Et ça marche! Il y a vraiment quelque chose que je ne saisis pas.

Cette aberration me met hors de moi pour plusieurs raisons, chacune étant suffisante. Niveau environnemental: l'eau embouteillée en France est transportée sur plus de 5000 km pour être vendue au dépanneur du coin à Montréal. Niveau économique: comment se fait-il que l'eau embouteillée en France puisse être compétitive avec celle que nous avons ici? Ma fibre nationale résonne: comment se fait-il que l'on soit obligé de prendre notre eau douce en France, ou de n'importe quel autre pays en fait? Sommes-nous pauvres en eau douce à ce point? L'image que j'ai du Québec n'est-elle pas celle d'un pays de lacs et de rivières?

Selon l'Atlas du Canada, « les cours d'eau canadiens déversent près de 9 % des ressources en eau renouvelables de la planète ». Le Québec possède 20% de cette eau douce. Environ 1% de l'eau douce de la planète est sur le territoire du Québec et nous représentons 0,1 % de la population mondiale.

Comment se fait-il, en considérant ces chiffres, que l'on puisse acheter de l'eau douce ayant traversé un océan avant de se rendre sur nos tablettes? Comment se fait-il que nous achetions ces produits? Je ne vois qu'une réponse possible: nous ignorons d'où nous vient cette eau, ou plutôt nous ne pensons pas aux considérations qu'implique la consommation de cette eau.

Ce laxisme sur l'importance de nos choix lors de l'achat de nos produits n'est pas sans conséquence. L'exploitation myope des ressources naturelles a un coût. Ce coût commence globalement à se faire sentir, et très sérieusement, au niveau environnemental, mais la prise de conscience n'est pas encore suffisamment forte pour avoir un effet marqué sur nos habitudes de vie.

Le jour où la possession d'un VUS sera considérée comme une honte, que « plus gros » ne sera plus synonyme de richesse, mais bien de vulgarité, que les marques de commerce, comme Evian, devront abdiquer devant la logique, ce jour-là, oui, le monde aura changé. Espérons seulement que ce ne soit pas trop tard.

Note: l'équipe de ptaff.ca s'abreuve avec l'eau du St-Laurent, le fleuve aux grandes eaux, et elle en est fière.

Eau du St-Laurent dans un verre du Real Villeray Ultimate Club

Lettre ouverte aux poursuivants de QuebecTorrent

Chers ayants-droit,

Je vous écris en réaction à la requête que vous avez déposée en Cour supérieure du Québec le 26 novembre 2007, requête exigeant l'arrêt des opérations du site web QuebecTorrent: http://www.quebectorrent.com/ . Votre poursuite se base, je crois, sur la prétention de l'illégalité de la diffusion des fichiers de type torrent permettant de télécharger sur internet des oeuvres protégées par le droit d'auteur.

Votre industrie n'a, au cours des dernières années, utilisé la technologie qu'à des fins de consolidation de votre modèle de revenus. Vous n'avez pas essayé de développer une autre manière de produire ou de diffuser la culture. Cette attitude de votre part a eu 2 effets.

Premièrement, il est très difficile pour les créateurs de produire hors du modèle que vous défendez. En effet, votre main mise sur les productions culturelles et les moyens de diffusion inhibe la majorité des autres manières de créer. Les programmes de subvention et les prévisions de revenus des oeuvres culturelles sont basés sur votre modèle. Or, il y a tout à penser qu'une partie des créations n'ont pas un besoin impératif de cette manière de faire. Vous aviez, et avez toujours, les leviers nécessaires pour expérimenter d'autres modes qui favoriseraient la culture. Votre industrie telle qu'elle existe en ce moment s'en trouverait, il est certain, profondément changée, mais le statu quo n'est pas une option, et vous en êtes conscients.

D'autre part, pendant que vous essayiez de contrôler la technologie, d'autres individus et entreprises ont appris à la domestiquer pour en faire non seulement un outil de diffusion, mais aussi de création, plus convivial. QuebecTorrent est un de ces moyens que vous attaquez en justice. Peu importe le résultat de cette poursuite, un fait demeure, votre conception de la création et de la diffusion est déphasée par rapport à la réalité. D'autres moyens existent et vous devriez apprendre à les domestiquer plutôt que de tenter de les annihiler.

Vous n'avez tenté de voir dans la technologie qu'un prolongement des façons de faire de votre industrie. Or, celle-ci est basée sur un médium physique qui, que vous le vouliez ou non, n'est plus aujourd'hui un incontournable de diffusion de la culture.

Ce n'est pas en utilisant des termes comme « pirate » et « vol » que vous pouvez justifier votre comportement. Essayez de penser un peu plus « culture » et moins « industrie ». Vous y trouverez là les pistes de votre salut.

Sincèrement,

Miguel Tremblay
Physicien
//ptaff.ca/miguel/

Le grand dictionnaire terminologique: enfant de la loi 101

Pourquoi le gouvernement du Québec en est-il venu à créer l'Office québécois de la langue française et, plus précisement, le grand dictionnaire terminologique?

Excellente question.

On se souvient de la situation qui prévalait au Québec avant les années 60: les francophones étaient économiquement minoritaires alors qu'ils représentaient la majorité de la population.

À partir de 1969 et pendant toute la décennie qui suivra, « les gouvernements québécois successifs ont, sous la pression de l'opinion publique francophone et au milieu de tensions considérables, élaboré une véritable politique linguistique. Cette élaboration est jalonnée par trois lois importantes, avec leur cortège de règlements d'application: la Loi pour promouvoir la langue française (loi 63) adoptée en 1969; la Loi sur la langue officielle (loi 22), en 1974; la Charte de la langue française (loi 101) de 1977. »

En gros, la loi de 1969 propose le libre choix mais promeut l'usage du français dans la société. En 1974, le gouvernement de Robert Bourassa crée le projet de loi 22 qui consacre le français comme langue officielle du Québec tout en reconnaissant deux langues nationales, l'anglais et le français. Cette perspective sera éliminée par la suite par la loi 101 qui consacre le français comme langue officielle du Québec. Un crescendo dans les mesures faisant du français LA langue du Québec.

« La politique linguistique, enfin, prévoit l'existence d'organismes spécifiques pour admnistrer les lois. Depuis 1961, existait l'Office de la langue française, chargée d'améliorer la qualité de la langue au Québec. La loi 63 élargit son mandat en lui confiant un pouvoir d'enquête et de recommandation. La loi 22 le remplace par une Régie de la langue, aux pouvoirs étendus, qui doit veiller à l'application et au respect de la loi. La Charte de la langue française [loi 101], enfin, établit trois organismes: un Office, chargé des programmes de francisation et des travaux de terminologie; un Conseil, qui évalue la situation linguistique; une Commission de surveillance, véritable "police linguistique" s'occupant des contraventions à la loi. »

Qui s'en serait douté? Le grand dictionnaire terminologique est un enfant de la loi 101. L'anglais étant la langue technique par défaut dans les entreprises, le gouvernement de René Levesque décida de prendre le taureau par les cornes et de créer un organisme responsable de la francisation du langage technique, pour qu'il n'y ait plus aucune barrière à l'utilisation du français dans le milieu de travail des Québécois.

Référence:
Histoire du Québec contemporain tome II: Le Québec depuis 1930, Paul-André Linteau, René Durocher, Jean-Claude Robert et François Ricard, chapitre 41 - La question linguistique, pages 595-604

Texte révisé de la ptafflist.

Apple: avoir votre argent n'est pas suffisant

Apple refuse l'argent comptant des clients lorsque vient le moment d'acheter un iPhone.

Apple a une entente commerciale avec AT&T, entente qui empêche les propriétaires de iPhone d'utiliser les fonctionalités multimédia de l'appareil tant que ceux-ci n'ont pas ratifié un contrat de 2 ans avec AT&T. AT&T ne faisant affaires qu'aux États-Unis, le iPhone n'est distribué par Apple que dans ce pays.

Le blocage des fonctionnalités multimédia est bien sûr un cadenas logiciel. Comme il fallait s'y attendre, il a fallu peu de temps avant qu'un groupe de programmeurs crée un programme pour retirer ce cadenas. Apple change la nature de son cadenas à chaque mise à jour du système d'exploitation du iPhone, essayant d'avoir une longueur d'avance sur les développeurs tentant de le libérer.

La légalité de ce contournement est dans une zone grise. Puisque l'appareil appartient à l'usager, il est difficile juridiquement d'expliquer pourquoi il ne pourrait pas l'utiliser comme bon lui semble, y compris l'utilisation de toutes ses fonctionalités. De plus, Apple n'aurait pas une bonne image s'il commençait à poursuivre des consommateurs pour avoir utilisé le iPhone sans avoir versé une contribution à AT&T, sous forme de contrat pour 2 ans, pour respecter l'entente entre Apple et ceux-ci.

Afin d'éviter l'achat de masse de iPhone par des particuliers, pour les revendre décadenassé, Apple contrôle l'achat par les particuliers. Dans un premier temps, ils ont imposé une limite à 2 iPhone par consommateur. Cependant, il était toujours possible à un individu d'aller à plus d'un magasin Apple, se procurant 2 iPhone à chaque fois.

C'est ici qu'Apple a innové. Il est impossible d'acheter un iPhone avec de l'argent comptant. Il faut absolument l'acheter avec une carte de crédit. Apple conserve sur ses serveurs votre nom associé à votre numéro de carte de crédit et, si quelqu'un tente d'acheter plus de 2 iPhone, son achat est refusé.

Outre la légalité de l'utilisation de cette information, les avocats de Visa et de Mastercard planchent en ce moment sur la question, ce contrôle est un dangeureux précédent. Il implique que l'argent comptant n'est plus suffisant pour se procurer de la marchandise, votre identité doit également être divulguée. L'argent comptant n'a donc plus de valeur.

Ça me donne le goût de danser sur un fond de couleur tout ça!

Bell Sympatico contrôle votre vitesse

Quelque part au beau milieu de son forum anglophone de support technique , nous apprenons que Bell Sympatico utilise maintenant un « gestionnaire de trafic internet pour restreindre les comptes qui utilisent une large portion de la bande passante durant les heures de pointe ». Les comptes utilisant une large portion de bande passante appartiennent essentiellement aux gens utilisant les applications dites poste à poste (P2P): bittorrent, amule, etc.

Premier constat: En procédant de la sorte, Bell Sympatico ne respecte pas la neutralité des réseaux, c'est-à-dire qu'une discrimination entre les applications utilisant internet est appliquée.

Note de traduction

En anglais, le terme utilisé pour le type de contrôle que Bell Sympatico effectue est « throttling », mot provenant de « throttle » qui signifie « valve ». Le grand dictionnaire terminologique propose, pour à peu près tous les champs lexicaux, le mot étranglement comme traduction de throttling.

Le mot « étranglement » dans le champ lexical génie mécanique a comme définition: « Diminution de débit grâce à un organe d'étranglement mis en place dans la conduite ». Si l'on considère que l'organe d'étranglement est un logiciel et que la conduite est la bande passante, la définition convient parfaitement à la pratique de Bell Sympatico.

Deuxième constat: Bell Sympatico, tout comme les FAI américains utilisant l'étranglement, a commencé la strangulation en catimini. Aucune annonce chez Bell Sympatico: il faut lire le quatrième article, en anglais, sur un forum de support technique fait par un Administrator. Les détails sur la façon dont se fait cet étranglement sont bien sûr inconnus des usagers. Toutes les spéculations sont dès lors permises.

Par exemple, Bell, tout comme Vidéotron, offre des services qui passent sur internet. Dès lors, qu'est-ce qui l'empêchera de prioriser son propre contenu? Même s'il ne le fait pas, Bell sera tout de même accusé d'exercer cette pratique. Mais comment faire la différence? En faisant confiance à Bell?

Cet étranglement de la part de Bell Sympatico soulève aussi d'autres questions. Qu'arrive-t-il aux autres FAI utilisant la technologie ADSL et passant par le réseau de Bell? Leurs clients subissent-ils eux aussi cet étranglement par cascade? Bien que m'affirmant que mon service n'est pas touché, mon FAI (AEI Internet) est-il un client de Bell plus respecté qu'un simple individu? Et à supposer que mon FAI n'utilise pas d'étranglement, serai-je averti s'il commence à utiliser cette technique?

Certes, ce n'est pas par plaisir que Bell Sympatico impose cet étranglement. En fait, Bell Sympatico commence à manquer de bande passante aux périodes de pointe, problème qui peut être amenuisé en jugulant les applications les plus carnivores, soient les applications poste à poste. Une autre solution serait d'augmenter la bande passante de leur infrastructure. La rumeur est que, Bell Canada ayant changé de propriétaire dernièrement, ce soit pour l'instant le statuo quo jusqu'à ce que la nouvelle direction décide où seront fait les investissements et coupures. L'étranglement est une solution logicielle ne nécessitant pas, ou très peu, d'investissement, c'est celle-ci qui aurait été adoptée.

Comment peuvent s'opposer les clients de Bell Sympatico? Je vois 4 moyens.

1 - Recours légaux. Bell Sympatico, comme tous les autres FAI, est lié par un contrat ou une entente d'utilisation qui peut, peut-être, offrir une protection contre l'étranglement. Je doute par contre que quiconque soit intéressé par une bataille juridique contre un horde d'avocats avec un financement quasi-infini.

2 - Nouvelle législation. Crise annoncée depuis 1999 par Lawrence Lessig dans son livre Code and Other Laws of Cyberspace, l'étranglement effectué par les FAI était prévisible. La littérature concernant le pour et le contre d'une intervention des gouvernements dans la neutralité d'internet est abondante. Puisque ce débat a lieu depuis un bon bout de temps chez nos voisins du sud et qu'aucune nouvelle loi n'a été promulguée, il y a fort à penser qu'un gouvernement Conservateur au Canada ne fera rien non plus, du moins à court ou moyen terme.

3 - Fuite des clients. Si les clients de Bell Sympatico optent pour un autre FAI, une fois leur contrat arrivé à échéance, peut-être cela aura-t-il un effet sur l'étranglement effectué par Bell. Encore faudrait-il que les clients qui quittent soient nombreux, que leur motif de départ soit clair et qu'ils soient certains de trouver mieux ailleurs. Des alternatives existent, notamment tous les joueurs mineurs tel que mon propre fournisseur. Cependant, si le réseau de Bell Sympatico ne peut supporter tout le trafic aux heures de pointe, il ne pourra pas plus le supporter si les clients font affaires avec des FAI étant eux-mêmes sur ce réseau. Il ne reste donc qu'à utiliser une autre technologie disponible, alternative pour l'instant réduite au câble, c'est-à-dire Vidéotron. Or, Vidéotron n'offre plus de forfait illimité et fait payer pour la bande passante utilisée supérieure à la limite fixée. Bien qu'ayant le mérite d'avoir une politique claire, ce service n'est pas équivalent à un forfait illimité chez Bell Sympatico.

4 - Combat technologique. Puisque l'étranglement est basé sur l'identification des applications poste à poste, il suffirait à ces dernières, tel qu'expliqué par Wayne sur la ptafflist, de se déguiser en d'autres applications. Cette solution, à mon avis, est simple et, une fois implémentée dans un ou des logiciels, se propagera rapidement sur les ordinateurs des utilisateurs. Oui mais, puisque l'étranglement prévient la congestion, toute cette mascarade ne risque-t-elle pas de ralentir tout le trafic de Bell Sympatico? Oui, et à ce moment-là, la seule option de Bell Sympatico sera d'augmenter la capacité de son réseau.

Parrions que, tout au long de cette épopée appréhendée, le contenu produit, vendu et diffusé par Bell Canada aura le champ libre et respirera librement sur son propre réseau. La charité bien ordonnée ne commence-t-elle pas par soi-même?

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